Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "Les Echos" le 14 mars 2006, sur la mobilisation contre le contrat première embauche (CPE) et son refus des propositions d'aménagement du CPE présentées par le Premier ministre, M. Dominique de Villepin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "Les Echos" le 14 mars 2006, sur la mobilisation contre le contrat première embauche (CPE) et son refus des propositions d'aménagement du CPE présentées par le Premier ministre, M. Dominique de Villepin.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

Circonstances : Intervention de Dominique de Villepin, Premier ministre, au journal de 20h00 de TFI le 12 mars 2006

ti : Les Échos. Les propositions faites par Dominique de Villepin vous ont-elles fait changer d'avis sur le CPE ?

François Chérèque. Non, parce que ce sont des aménagements mineurs et que le Premier ministre refuse de revenir sur deux poins essentiels : la possibilité de licencier sans motivation et la période d'essai de deux ans. Je remarque aussi que tout ce que Dominique de Villepin propose vise à renforcer les droits en cas de licenciement. Pour quelqu'un qui affirme que son contrat n'est pas précaire, c'est quand même étonnant ! Il n'est pas question pour la CFDT de s'engager dans une concertation pour adapter le CPE.

La CFDT rejette donc la proposition du Premier ministre ?

D'abord, les bases qu'il fixe sont inacceptables. En outre, il y a un problème de confiance avec Dominique de Villepin. Il n'a pas respecté sa parole de trop nombreuses fois. En juin, il nous a reçu la veille de son discours de politique générale, mais il a décidé le contrat nouvelles embauches sans même nous en avertir.
En septembre, il s'est engagé à créer un chèque transport, il n'y a toujours rien de concret. Le 7 novembre, il a rencontré la CFDT, le soir même il annonçait l'apprentissage à 14 ans, dont il ne nous avait pas dit un mot. Le 12 décembre, il a accepté d'ouvrir une concertation sur la sécurisation des parcours professionnels en commençant par les jeunes, et un mois plus tard il décidait le CPE, là encore sans nous avertir. Sans compter que le gouvernement s'était engagé à évaluer le CNE avant d'aller plus loin. Chat échaudé craint l'eau froide. Cette fois-ci, pour que nous soyons sûrs de sa bonne foi, le Premier ministre doit en préalable à toute discussion retirer le CPE.

Mais la loi a été votée par le parlement, qui s'est exprimé souverainement...

Il y a une autre loi qui a été votée par le Parlement en 2004 : la loi sur le dialogue social. Le gouvernement auquel appartenait déjà Dominique de Villepin s'est engagé, dans son préambule, à passer par une négociation entre les partenaires sociaux avant toute modification du Code du travail. Sur ce sujet, le Premier ministre n'a pas de leçon à nous donner.

Ne craignez-vous pas d'être accusés de participer à une campagne de déstabilisation de Dominique de Villepin ?

Quand un Premier ministre de la même majorité a fait une réforme, celle des retraites, en pleine concertation avec les partenaires sociaux et en prenant en compte nos exigences, la CFDT a été capable de la soutenir jusqu'au bout. Notre démarche syndicale, faite d'engagement mais aussi de contestation, crédibilise notre rejet du CPE. Cela dit, la CFDT ne sera jamais dans une demande de démission d'un Premier ministre. C'est une question politique qui n'est pas de notre ressort.

Que répondez-vous à Gilles de Robien, qui conteste le niveau de la mobilisation chez les étudiants ?

Le ministre de l'Éducation est maladroit dans ses expressions et ce n'est pas comme ça qu'il ramènera le calme dans les universités. Il a tort de faire croire que seuls ceux qui bloquent les campus sont contre le CPE. La contestation dépasse largement ceux qui font grève. Les jeunes en difficulté savent que ce n'est pas ce contrat qui leur permettra d'accéder à un emploi mais une formation et de la croissance. En revanche, le CPE crée des difficultés aux jeunes qui sont actuellement embauchés en CDI.

Deux dates de mobilisation ont été fixées, le 16 et le 18. Et après ? Si le Premier ministre s'entête, envisagez-vous d'appeler à la grève ?

On n'en est pas là. Une chose est sûre : si le Premier ministre n'entre pas dans une vraie démarche de dialogue social, le mouvement risque de durer. L'histoire des mouvements sociaux montre que les choses peuvent changer vite. Je remarque que des voix politiques à droite commencent à s'élever pour protester contre le CPE, que les présidents d'université commencent à se mobiliser...

La virulence de votre opposition au CPE n'est-elle pas une façon de vous assurer un congrès tranquille, en juin ?

Ce n'est pas la CFDT qui a choisi le calendrier du CPE. Et c'est le Premier ministre qui nous contraint à une contestation aussi ferme. Vous avez simplement là la démonstration que la CFDT est en capacité de s'engager comme de protester. Ce qui est sûr, c'est que le Premier ministre est en train de plomber tout débat serein sur une évolution du contrat de travail dans notre pays.


Source http://www.cfdt.fr, le 15 mars 2006

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