Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, en hommage au gendarme François Widmann, décédé au cours d'une mission d'entraînement au secours en montagne, Nice le 14 mars 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, en hommage au gendarme François Widmann, décédé au cours d'une mission d'entraînement au secours en montagne, Nice le 14 mars 2006.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

Circonstances : Obsèques du gendarme François Widmann à la caserne Ausseur à Nice (Alpes-Maritimes), le 14 mars 2006

ti : Mesdames, Messieurs,


Nous sommes réunis aujourd'hui, en présence des autorités administratives, judiciaires et militaires et des élus des Alpes Maritimes pour honorer la mémoire du gendarme François Widmann, et pour dire à son épouse Mylène, à son fils Gabriel, à sa famille, à tous ses proches et camarades combien nous partageons l'immense peine qui est la leur.

Ma présence et celle à mes côtés du Ministre délégué à l'aménagement du territoire, Christian Estrosi, témoignent de l'hommage que le gouvernement tout entier a tenu à adresser solennellement à ce serviteur exemplaire de l'Etat qu'a été François Widmann, durant une carrière riche malheureusement trop tôt interrompue.

Je tiens aussi à m'exprimer au nom de la Ministre de la Défense Madame Alliot Marie, qui en déplacement officiel à l'étranger, regrette de ne pouvoir être à mes côtés.

Sachez Madame que notre disponibilité et notre soutien vous sont acquis. Ils iront, soyez en assurée, bien au-delà de notre présence à cette cérémonie.

Avec la disparition tragique de votre mari, c'est toute la communauté gendarmerie qui est aujourd'hui endeuillée et cela pour la quatrième fois depuis le début de l'année.

Mais ce sont aussi, vous le savez, tous les acteurs du secours en montagne, et au-delà tous les professionnels de la montagne, quel que soit leur statut ou leur corps d'appartenance qui ressentent douloureusement la perte d'un des leurs.

François Widmann est né le 25 septembre 1971 à DESERTINES dans l'Allier et a grandi dans le Briançonnais. Après avoir suivi une scolarité brillante et obtenu le diplôme d'ingénieur en génie de l'environnement, il effectue, à compter du 1er octobre 1995, son service national au 13ème bataillon de chasseurs alpins de CHAMBERY.

C'est pour le jeune appelé, depuis longtemps habité par la montagne, la découverte de l'institution militaire et des solides vertus et traditions des troupes alpines. Cette expérience lui permet aussi d'entrevoir des perspectives nouvelles qui vont le guider dans ses choix professionnels à venir.

Le 20 mai 1998, il souscrit un engagement au titre de la gendarmerie. Au terme de sa période de formation initiale, à l'école de sous-officier de Chaumont, il peut, grâce à son excellent classement recevoir l'affection de son choix : l'escadron de gendarmerie mobile 25/6 de Digne-les-Bains qui est entraîné pour intervenir été comme hiver en zone de montagne. Il sert de surcroît dans une région et des massifs qu'il connaît déjà.

Il entame alors avec constance le long et exigeant cursus des qualifications montagne de la gendarmerie. Ses attentes sont particulièrement comblées lorsqu'il rejoint le 1er mai 2004 le peloton de gendarmerie de haute montagne de Saint-Sauveur-Sur-Thinée, unité dédiée, aux côtés de la CRS de Saint Laurent du Var, au secours en montagne dans les Alpes Maritimes. Il vient enfin d'intégrer le monde prestigieux et difficile des spécialistes du secours en montagne et peut entreprendre la préparation à la formation d'aspirant guide.

Il s'intègre immédiatement à sa nouvelle unité. En juillet 2005, Il reçoit la médaille de bronze pour actes de courage et de dévouement. Cette décoration lui est attribuée au regard du professionnalisme et du courage dont il a fait preuve le 11 avril 2005, alors qu'avec d'autres militaires de son unité, il intervient en qualité de chef d'équipe de recherches sur la commune de Valdeblore pour retrouver une personne disparue en montagne. Les conditions de neige, le terrain, la nuit et la tempête qui sévissait alors rendaient l'opération très périlleuse. Cette décoration s'ajoute à la médaille de bronze de la défense nationale qu'il lui a été remise le 1er janvier 2005.

Au cours des 7 ans et 10 mois pendant lesquels il a servi dans la gendarmerie, le gendarme Widmann a constamment cherché à donner le meilleur de lui-même. Volontaire, courageux, attentif à ses camarades et respectueux de ses chefs, il agissait avec dynamisme et une véritable détermination. Son souci premier était d'être parfaitement préparé, techniquement et physiquement, au difficile exercice de son métier de gendarme de haute montagne.

François Widmann voulait être utile aux autres. Ce désir l'a naturellement conduit à choisir un métier qui comportait les plus fortes exigences du service public, celles qui consistent à accepter de mettre en jeu sa propre sécurité pour préserver la vie ou l'intégrité physique d'autrui.

En cette journée tragique du 9 mars 2006, il s?engage, comme à l?accoutumée, avec le sérieux et la détermination qui l'animent dans une mission d?entraînement au secours en montagne sur la commune de Saint-Etienne de Tinée.

Cet exercice réunit une douzaine de secouristes du PGHM de Saint-Sauveur-sur-Tinée, de la CRS n°6 de Saint-Laurent-du-Var et de la station d?Auron. Trois d?entre eux, durant leur progression sur un itinéraire hors piste sécurisé le matin même par des tirs d'explosifs sont brusquement emportés par une plaque de neige accumulée par le vent. Les gendarmes Widmann et Romain et le brigadier major Beunart sont entraînés sur plusieurs centaines de mètres. S'ils parviennent à rester en surface, ils sont cependant grièvement blessés en raison de la dureté de la neige et de la gravité des chocs provoqués par la vitesse de l'avalanche. Le gendarme Romain souffre de contusions aux membres inférieurs, le brigadier Major Beunart d'un traumatisme à la colonne vertébrale. Le Gendarme Widmann, malheureusement est plus gravement touché et décède peu de temps après son arrivée à l'hôpital de Nice.

A l?image de nombre de ses camarades, le gendarme Widmann a fait don de sa vie en accomplissant son devoir. Son engagement total au service du public a valeur d'exemple et restera gravé dans les mémoires.

Responsable de l'emploi de la gendarmerie, je sais les efforts réalisés et l'engagement quotidien des militaires de cette institution. Ils méritent un soutien à la hauteur des objectifs qui leur sont fixés.
J'attends aussi les conclusions de l'enquête judiciaire qui a été ouverte dès le jour des faits et qui vise à déterminer les circonstances exactes de ce drame. Il est important en effet d'essayer de comprendre pourquoi des secouristes expérimentés qui connaissent parfaitement la montagne et ses dangers ont pu eux-mêmes être victimes d'un tel accident. Cette vérité, nous la devons à la famille, nous la devons à ses camarades et nous la devons aussi à tous les professionnels de la montagne. J'entends aussi tirer toutes les conséquences de ce drame pour éviter autant que possible qu'il se renouvelle. Si des équipements de sécurité supplémentaires et nouveaux paraissaient utiles, je veillerai alors personnellement à ce que les dotations nécessaires soient rapidement réalisées. Les unités indispensables que sont les PGHM et les CRS de montagne ont besoin des meilleurs équipements.

A vous Madame qui venez d'être brutalement séparée de votre mari alors que vous construisiez ensemble de beaux projets d'avenir, à votre petit garçon, à vous ses parents qui aimiez et étiez fiers de François, je tiens à vous renouveler notre compassion, à vous assurer de notre très vive sympathie comme de notre total soutien.

Gendarme François Widmann, nous nous inclinons respectueusement devant vous. La médaille militaire que je vais maintenant vous décerner rappelle votre appartenance à la communauté militaire ainsi que la valeur de vos mérites.

En vous remettant également la médaille pour acte de courage et de dévouement échelon argent, l?Etat tient, également, à rendre hommage au choix que vous avez fait de protéger vos compatriotes dans le milieu difficile de la haute montagne.

Ces médailles constituent l'ultime salut de vos chefs et de vos pairs qui vous expriment ainsi de manière concrète leur respect et leur reconnaissance.

Gendarme François Widmann reposez en paix.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 16 mars 2006

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