Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à RMC le 23 mars 2006, sur les manifestations et les blocages de lycées et d'universités en opposition au contrat première embauche, l'orientation scolaire des élèves et la réforme des IUFM. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à RMC le 23 mars 2006, sur les manifestations et les blocages de lycées et d'universités en opposition au contrat première embauche, l'orientation scolaire des élèves et la réforme des IUFM.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, CAHOUR Guillaume.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti : Q- Tout d'abord, une petite explication de texte. D. de Villepin, hier, a dit : "Je suis prêt à dialoguer sans a priori avec les partenaires sociaux". On a l'impression que chaque mot est bien pesé. Cela veut dire quoi précisément, c'est assez flou quand même.

R- C'est flou de dire qu'on veut dialoguer ? Non, il est prêt à dialoguer...

Q- Mais dialoguer veut dire : on retire le CPE, on remet tout à plat ?

R- Non, il a bien dit qu'il y a trois hypothèses qu'on ne peut pas accepter, c'est : un, le retrait, deux, la suspension, et troisièmement, dénaturer le projet de loi.

Q- C'est ce qu'il avait dit la veille.

R- C'est ce qu'il avait dit la veille. Donc...

Q- Il n'y a pas de changement de position ?

R- Il n'y a pas de changement de position là-dessus. Enfin, écoutez, que vous soyez pour ou contre, vous ne pouvez pas souhaiter que la loi ne s'applique pas ! Vous êtes démocrate, vous êtes républicain : une loi est votée, elle a été discutée des dizaines et des dizaines d'heures. Et donc, que vous soyez pour ou contre le CPE, là-dessus, le débat est très très ouvert, on peut être pour et contre. Moi je pense que ce qui nous départagera, ça sera les résultats. Et je suis sûr qu'au bout du compte, il y aura des résultats extrêmement positifs. Mais vous ne pouvez pas souhaiter dans un pays démocratique que la loi ne s'applique pas. Et en dehors de ça, le Premier ministre dit : je suis prêt à dialoguer. C'est-à-dire que, vraiment, porte ouverte, table ouverte, de façon à savoir un peu mieux, très concrètement, comment on peut aménager le CPE, dans le cadre notamment de l'article 8, qui permet vraiment d'aménager les conditions qui se passent pendant les deux premières années, c'est-à-dire, la première et la deuxième année, dite de consolidation.

Q- Vous dites qu'on ne peut pas être contre le fait que la loi s'applique parce qu'elle a été votée à l'Assemblée nationale de manière démocratique. Mais on a l'impression aussi qu'il y a une fermeté un peu inutile. La fermeté, bon, certes, c'est bien peut-être dans ce pays, ça ne nous fera pas de mal, mais il faut une fermeté à bon escient, une fermeté quand il y a eu du dialogue avant. Le dialogue il arrive un peu tard. Et fermeté aussi, sur un projet est apprécié par les Français. Aujourd'hui, ce CPE, on n'a pas l'impression que tout le monde en veuille, peu de personnes en veulent finalement .
Même les patrons n'en veulent pas !

R- C'est l'action qui arrive peut-être un peu tard. Si, il y a dix ou quinze ans, on s'était un peu plus préoccupés du chômage des jeunes, on aurait peut-être mis en place des dispositifs comme celui-là, qui seraient aujourd'hui, ou depuis quelques années efficaces. On n'a pas fait ça. On n'a pas de temps à perdre.

Q- On n'a pas de temps à perdre, même pour discuter avec les partenaires sociaux avant de voter une loi ?

R- On ne perd jamais de temps en discutant avec les partenaires sociaux. Mais cette discussion, elle est possible aujourd'hui, puisque la loi donne le cadre, la loi donne les grandes lignes, la loi donne l'outil pour créer des emplois. Mais la façon dont on peut gérer, par exemple, les deux années dites de consolidation, la première et la deuxième année, à travers les conditions d'accès, à travers même les accords de branche... Les accords de branche, aujourd'hui, permettent de moduler ces deux années comme les professions le ressentent. Eh bien, que ce dialogue s'ouvre bon sang !

Q- Aujourd'hui une nouvelle manifestation des étudiants, des lycéens. Vous avez peur de la casse à la fin de cette manif ?

R- Oui, j'ai toujours, tous les jours, peur de la casse, je suis très très attentif à cela. Il y en a déjà eue parce qu'en plus des étudiants ou à côté des étudiants, il y a souvent, trop souvent, quelques dizaines, voire quelques centaines de casseurs qui sont là pour vraiment casser, perturber. Ce sont des sortes d'anarchistes qui n'ont qu'une envie : c'est de mettre en l'air la société.

Q- Mais, finalement, ce n'est pas plus mal, parce que le mouvement est moins populaire du coup ?

R- Mais pas du tout. Enfin, écoutez, franchement ! Je vois très bien où vous voulez en venir. Non. A chaque fois, il y a des dangers. Moi, si j'avais des enfants en âge de manifester, je leur dirais : "Attention, c'est ton droit ; si tu es majeur, tu es libre d'y aller ; je ne te conseille pas d'y aller". C'est vrai qu'on voit de plus en plus des casseurs, des gens qui débordent les manifestants, et qui sont là pour dénaturer le sens de la manifestation.

Q- Quelle est votre question aux auditeurs de RMC ?

R- Ma question est d'une grande simplicité. Elle est toujours basée autour de la liberté. Est-ce que vous estimez normal que, dans une période de manifestations, les étudiants qui souhaitent travailler puissent avoir accès à leurs cours ? Est-ce que vous trouvez normal qu'on ait toujours la liberté d'accès aux cours, même si il y a des manifestations ?

Q- Que va-t-on faire avec les examens, puisque vous nous parlez du blocage des universités ? Les examens, ils ont commencé dans certaines universités, ils auraient dû, à Perpignan notamment, je crois. Dans d'autres, d'une manière générale, c'est dans un mois. C'est possible ?

R- C'est toujours possible. Le retard évidemment qu'on prend est préoccupant, mais je rappelle d'abord que les diplômes sont des diplômes nationaux, qui attestent que les étudiants ont bien assimilé un programme, le programme pour la formation a été fixé bien sûr avant l'année, c'est prévu. Et donc, il est normal que chaque étudiant ait assimilé tout son programme pour passer les examens.

Q- Mais techniquement, est-il possible de faire des examens aujourd'hui ou pas ?

R- Dans chaque université, en fonction de l'emploi des perturbations, il faut envisager soit de rattraper les cours au troisième trimestre, ou bien, le cas échéant, dans les cas extrêmes, de décaler les examens.

Q- De les décaler peut-être à la rentrée prochaine ?

R- Peut-être en septembre pour certains cas. J'en ai discuté avec certains présidents d'université. Il y a des réflexions qui ont en cours, et, à chaque fois, on essaye de trouver la meilleure solution. En tout cas, moi je me refuse à envisager que l'année universitaire puisse être une année blanche.

Q- Certains profs sont anti-CPE. Ils vont faire des examens sans poser de questions sur ce qui n'a pas été vu au programme, tout simplement non ?

R- Non, non, non. Le programme doit être entièrement assimilé. On ne manipule pas les programmes, sous prétexte qu'il y a des profs qui sont pour ou contre le CPE. En tant que citoyens, ils peuvent avoir les idées qu'ils veulent, leurs convictions sont respectables...

Q- Vous êtes persuadé qu'il n'y aura pas d'examens au rabais ?

R- Ah sûrement pas ! Il ne faut pas qu'il y ait des examens au rabais, parce que c'est dévaloriser l'examen, dévaloriser évidemment la ligne sur le curriculum vitae, et dévaloriser l'étudiant qui a passé un examen au
rabais. C'est lui donner moins de chance d'accéder à l'emploi.

Q- Les auditeurs de RMC vous posent des questions et témoignent. Telle Géraldine, qui est secrétaire, en congé parental. Vous avez 31 ans, et vous habitez les Pyrénées Orientales.

R- Géraldine (auditrice) : Je vous appelle en tant que parent d'une enfant qui a trois ans et demi, qui est scolarisée en maternelle à Perpignan. L'école nous a prévenus de sa fermeture pour cause de grève contre le CPE, aujourd'hui et mardi 28 mars. Je voudrais demander au ministre ce qu'il pense de cette prise en otages des enfants de 3ans qui, à mon avis, sont peu concernés par le CPE ?

Q- J'en pense que du mal, madame. Il n'y a pas besoin... Je suis moi aussi parent, et même grand-parent maintenant. Eh bien je peux vous dire que je trouve absolument inadmissible qu'on prenne en otages des parents, des enfants, et qu'on s'en serve pour mettre un petit peu de désordre, et qu'on dise : "Oui, ces gens sont mécontents contre le CPE". Le CPE, c'est une affaire d'adultes, de débat démocratique. Certainement pas en tout cas, de prise d'otages - enfin le mot est quand même très très fort, parce que, hélas, il y a des prises d'otages qui sont autrement plus gravissimes que celle-là, dans des pays étrangers. Mais c'est inadmissible que l'on se serve de fermetures de classes, d'écoles, que l'on bloque certaines entrées d'université, de lycée ou de collège pour mettre des jeunes dans la rue, des adolescents, et grossir ainsi les rangs des manifestants. Dans un pays démocratique, ça ne devrait pas pouvoir se passer.

Q- Lalanne a envoyé un mail cette nuit, il nous dit : "les lycéens sont la bouée de sauvetage du mouvement qui perd son souffle". C'est votre sentiment aussi ?

R- Je ne peux pas dire que le mouvement perde son souffle... J'en sais rien, on va le voir aujourd'hui. Vous savez, ce mouvement, il est utile pour que l'on mesure, même les gouvernants que nous sommes, effectivement le degré d'incompréhension entre le monde réel de l'entreprise, et puis l'idée qu'on s'en fait dans le monde étudiant. Je crois que là, il y a beaucoup à faire. Et puis en même temps, cette espèce d'incompréhension du CPE qu'on a le devoir d'expliquer toujours, parce que nous, nous sommes persuadés que c'est un outil pour créer des emplois. D'autres ne le sont pas. Et donc, il n'y aura jamais suffisamment d'explication. En tout cas, la manifestation tant qu'elle est calme, elle est démocratique, c'est un des outils pour faire connaître son opinion. Mais au-delà de tout ça, je rappelle qu'il y a la loi. Personne ne peut souhaiter qu'une loi ne soit pas appliquée.

Q- Mais dans les manifestations, on voit des collégiens de 14 ans, des lycéens de 16 ans...

R- Ce n'est pas bien.
Q- Pourquoi ?

R- Parce que bien sûr on peut être éveillé à la démocratie à 10 ans, 12 ans, 13 ans, 14 ans. Mais aujourd'hui, un adolescent de 12, 13, 14 ans, il doit être au collège ou au lycée. C'est comme çà qu'il gagne des chances dans la vie de s'épanouir.

Q- Mais il a le droit de dire : je ne suis pas d'accord quand même ?

R- Oui, il a le droit de dire : je ne suis pas d'accord. Mais pas de quitter l'école. C'est de l'absentéisme. Formellement, c'est de l'absentéisme, surtout quand l'adolescent est à la porte du collège par la force de quelques énergumènes qui bloquent ou qui cassent à l'intérieur de l'établissement. Ca, c'est inadmissible ! Alors, on est dans la rue...

Q- Il y a beaucoup de témoignages d'auditeurs qui nous disaient : "Le proviseur a fermé beaucoup trop rapidement l'établissement et il avait seulement 50 lycéens qui bloquaient l'établissement".

R- Les chefs d'établissement ont la tâche extrêmement difficile aujourd'hui. Alors, ce n'est certainement pas moi qui les accablerais. Ils font face, avec beaucoup d'esprit et de responsabilité, mais ils sont des situations particulières extrêmement difficiles. Quand ils voient arriver une dizaine ou une centaine de casseurs pour casser l'établissement, il faut qu'ils ferment la porte au plus vite, sinon il n'y aura plus d'établissement, ou il y aura six mois de travaux dans l'établissement.

Q- Ca s'est passé à Savigny-Le Temple, vous êtes certainement au courant, avec des "profs" qui se sont faits agresser. Et également en Seine-Saint-Denis. Tout à l'heure, un syndicat de policiers nous disait : "On regarde les choses de manière très précise, avec beaucoup de vigilance ; les casseurs d'aujourd'hui sont les mêmes que pendant les émeutes". Est-ce qu'il y a un vent de retour d'émeutes en ce moment ?

R- Non, Dieu merci. A la marge, il peut y en avoir ici ou là. On a vu quelques casseurs arriver de certains coins où il y a eu des émeutes au mois de novembre, mais c'est vraiment à la marge. Aujourd'hui, il y a d'une part des manifestations quotidiennes ou plusieurs fois par semaine, de gens qui sont contre le CPE, dont acte. Il y a avec des collégiens et des lycéens, qui ne devraient pas y être parce qu'ils feraient mieux d'assurer leur avenir en cours, ça, c'est un problème. Il y a aussi des étudiants, qui ne peuvent pas aller dans leurs cours, parce qu'il y a des piquets de grève à l'entrée des universités comme de certains lycées, ça, c'est inadmissible. La liberté de travailler s'exerce pour tout le monde.

Q- La contestation étudiante met aussi en avant un malaise, le malaise des facs : seulement 24 % des Français pensent que la fac prépare bien à l'emploi. C'est dramatique ce manque de confiance vis-à-vis de la fac ?

R- Oui, on a des marges de progrès pour tout vous dire. Pourquoi ? Parce qu'il y a d'abord un problème d'orientation ...

Q- Orientation en collège et lycée ?

R- D'abord en collège et lycée. Alors, si je parle déjà du collège, il ne faut pas orienter le plus tôt possible, mais le plus tôt possible, il faut éveiller les jeunes à la gamme des métiers possibles pour lui, de façon à ce que, petit à petit, au moment qu'il aura choisi, ça n'est pas tout seul [qu'on
choisit] une vocation...

Q- Qu'il n'ait pas trois mois pour décider ce qu'il va faire de sa vie.
R- Voilà. Et donc, vous savez qu'on a mis en place en septembre 2005, par semaine, trois heures de découverte professionnelle dans chaque lycée. Cela sera étendu à tous les lycées à la rentrée 2006, mais il y en a déjà beaucoup à la rentrée 2005. Et ces trois heures de découverte professionnelle, faites par des enseignants, permettent à des jeunes de recevoir en classe des professionnels - un artisan, un journaliste, un artiste, un chef d'entreprise, un contremaître, etc. - et d'aller aussi, pendant ces trois heures de découverte professionnelle, sur des lieux de travail, chantiers, ateliers. Et je pense que c'est bien. Et ensuite, évidemment, à l'université, il y a vraiment à pousser, comme d'ailleurs dans le secondaire, l'apprentissage dans l'enseignement supérieur. L'apprentissage permet en tout cas une insertion professionnelle beaucoup plus sûre puisque 80% de celles et ceux qui ont suivi un apprentissage ont un contrat à durée indéterminée dans l'année ou les deux années qui suivent la fin de leur apprentissage.

[Deuxième partie ? 8h48]

G. de Robien, on va discuter avec Françoise.

Q- Françoise (auditrice) : Oui, monsieur de Robien, bonjour. Je viens vers vous pour évoquer plus particulièrement les filières du sport, notamment j'ai au travers de mon fils qui vient d'être prof de sport et d'obtenir un CAPES avec toutes les difficultés qu'on connaît sur ce secteur, et je continue de vivre ça intensément parce que je suis très investie dans un gros club d'athlétisme. On voit que nos jeunes, aujourd'hui, qui vivent le sport au quotidien, ont envie de se diriger vers ces métiers. Par ailleurs, on a les statistiques et on voit que d'année en année le recrutement dans ces secteurs à l'Education nationale diminue considérablement... Est-ce qu'il ne faudrait pas qu'on dise aux jeunes encore au collège, quand ils contactent des centres d'orientation : "Attention, vous allez sur un secteur où il n'y a pas de débouché...

R- Oui, madame, je vous remercie beaucoup pour cette question parce qu'elle m'émeut aussi. D'ailleurs, moi, quand j'ai dû prendre une décision de ramener à 440 je crois, le nombre de débouchés d'EPS, donc à la suite des STAPS - EPS, c'est éducation Physique et Sportive, et STAPS c'est la formation qui mène vers l'éducation Physique et Sportive. Alors, d'abord, je voudrais vraiment vous rassurer, quand on a dû prendre cette décision-là, donc 400 au lieu de 800, aussitôt avec J.-F. Lamour, le ministre de la Jeunesse et des Sports, on a beaucoup travaillé et il a trouvé à travers notamment le futur Championnat mondial de rugby et à travers d'autres débouchés, 1.500 postes supplémentaires. Ça c'est la première réponse. La deuxième réponse, il faut être réaliste : aujourd'hui il y a beaucoup de professeurs d'éducation Physique et Sportive à l'Education nationale, je me permets de dire beaucoup plus qu'il n'y a de postes disponibles, il y a 740...

Q- D'une manière générale, parce que ce que disait Françoise, c'est sur l'orientation, c'est de ne pas envoyer les gens dans des filières, je dirais par wagon où il n'y a pas de débouché.

R- J'y arrive.

Q- C'est pareil pour Socio, Lettres ou des choses comme ça, où il n'y a pas de débouché ?

R- Justement, ça n'est pas le cas des Lettres, ou de la Sociologie que pour les maîtres EPS.

Q- Quand on voit les résultats à la sortie, les statistiques parlent ...

R- Non, je vais vous expliquer tout de suite. Les statistiques c'est qu'il n'y a pas que l'Education nationale pour des débouchés à l'Education Physique et Sportive. Les trois quarts des jeunes qui sortent de cette formation-là trouvent des débouchés en dehors de l'Education nationale. Mais on focalise tous sur le concours pour rentrer à l'Education nationale. 75 % trouvent des débouchés ailleurs : c'est, par exemple, dans les collectivités territoriales, c'est dans le monde associatif, et là, je vous assure que c'est une filière qui est toujours porteuse en termes d'insertion professionnelle. Mais à l'Education nationale, il n'y aura que des contingents relativement limités dans les prochaines années parce que les effectifs démographiques, c'est-à-dire des jeunes au collège et au lycée ont tendance à diminuer, mais les débouchés à l'extérieur sont toujours aussi importants. J'ai reçu les présidents de STAPS il y a environ quinze jours, ils m'ont apporté les chiffres : il y a toujours des débouchés en éducation Physique et Sportive.

Q- Un étudiant sur deux échoue en DEUG. C'est un chiffre catastrophique, on ne peut pas admettre ça dans une société où les diplômes sont de plus en plus importants et surtout dans la filière fac. Est-ce qu'il ne faudrait pas mettre tout simplement une sélection à l'entrée parce qu'à côté de ça il y a des formations universitaires, des masters par exemple, qui sont des formations professionnalisantes avec des taux de réussite exceptionnels, comme pour les grandes écoles ?

R- Il y a deux problèmes. Le premier problème, c'est de bien orienter le jeune quand il passe en enseignement supérieur. Et là, franchement, ce n'est pas bien fait. Au moment de l'inscription à la faculté, on devrait dire [à l'étudiant] : "Voilà, dans cette faculté, dans cette filière, depuis trois ans, quatre ans ou cinq ans que les jeunes sont sortis, voilà ce qu'ils sont devenus. Il y en a un sur deux, deux sur trois, ou dix sur dix, qui ont un métier, et voilà les métiers auquel cette filière mène". Et ce travail là n'est pas fait, et du coup vous rentrez dans certaines disciplines sans savoir les débouchés, pensant même qu'il y a des débouchés ou parce que vous êtes passionné par cette discipline ? vous avez le droit d'être passionné - mais vous ne connaissez pas les responsabilités ou les conséquences.

Q- Mais alors, que faire ?

R- Donc, d'abord, l'information et la clarté sur les débouchés. La deuxième chose, c'est qu'en cours d'enseignement supérieur, il y ait des passerelles vers des formations plus professionnalisantes. Je vais prendre un exemple : on peut rentrer en faculté pour faire de la sociologie pendant trois ans - licence, master, doctorat. Mais s'il y a en plus, par exemple sous forme d'alternance, d'apprentissage, la possibilité d'avoir une formation par exemple de responsable de ressources humaines - et un sociologue sait bien faire cela - alors à ce moment-là il aura toute la joie de la formation qu'il a choisie, et en plus il aura une formation professionnellisante.

Q- Souvent, les patrons qui témoignent au 3216 de RMC disent, mais les jeunes qui sortent de la fac ne connaissent rien à la vie active et le monde de l'entreprise.

R- Alors, que les patrons aussi ouvrent peut-être encore davantage leur entreprise au monde étudiant, leur proposent des stages d'étudiants pour faire connaître mieux l'entreprise, mieux les métiers et qu'ainsi les étudiants acquièrent plus de connaissances pour être directement opérationnels à la sortie de la faculté.

Bonjour, Didier, prof de génie électrique. On vous écoute.

Q- Didier (auditeur) : Avant de rentrer dans l'Education nationale, j'étais officier dans l'armée. Je peux vous dire que ma formation d'officier m'a autant sinon plus servi que ma formation technique... Voilà ma question. Je remarque que depuis pas mal de temps déjà, tous les enseignants, tous les jeunes enseignants que je vois arriver dans mon lycée ou partout, viennent tous pratiquement du milieu universitaire. Alors, on arrive à quelque chose d'extraordinaire : on a du personnel qui enseigne des métiers alors qu'ils n'ont jamais mis les pieds dans une usine, dans une entreprise ou alors fait un petit stage d'un mois, deux mois, trois mois. Je vais vous la poser la question : quand est-ce qu'enfin l'Education nationale va recruter des gens pour leurs compétences ? Quand est-ce qu'enfin on va recruter des gens pour leurs compétences autres que leur tas de diplômes ?

Q- Des profs qui viennent du terrain, qui connaissent la vie... On va peut-être écouter la réponse de G. de Robien ?

R- Merci Didier de votre question parce que c'est justement l'un de mes grands chantiers de l'année 2006. C'est ce qu'on appelle la réforme des IUFM. Les IUFM, ce sont les écoles d'enseignants, celles qui forment les enseignants. Aujourd'hui, force est de constater qu'ils ont un enseignement d'une discipline, pas forcément l'enseignement suffisant pour avoir de la pédagogie, de l'autorité en classe et surtout de la connaissance de la vie réelle. Et donc, dans le cahier des charges des futurs IUFM, il y aura naturellement un rapprochement entre la formation de l'enseignant et les entreprises. C'est-à-dire qu'il y aura obligation, pour être enseignant, d'avoir fait des stages dans certaines entreprises. Cela durera, on va voir si c'est trois semaines, cinq semaines ou dix semaines, mais il y aura cette dimension-là qui est une dimension à la fois économique et à la fois aussi de découverte professionnelle parce que quand on enseigne, il faut pouvoir dire à des élèves ce que c'est que la vie qui les attend derrière, pour qu'ils puissent eux-mêmes choisir et avoir une vocation.

Q- On le voit, ce qui marche aussi dans les formations universitaires, c'est les IUT...

R- C'est les IUT, ce qui est très professionnalisant.

Q- Et les Masters avec des profs qui sont des professionnels.

R- Je le rappelle, c'est l'apprentissage, même en enseignement supérieur. Il y a aujourd'hui 68.000 étudiants qui sont en apprentissage et ils ont tous un boulot à la sortie.

Q- Et je reviens aussi à ma question de tout à l'heure : la sélection à l'entrée. On peut voir les choses de manière différente. Soit on dit, ça permet de sélectionner des étudiants qui ont vraiment le profil et qui vont réussir et s'épanouir dans cette formation, soit on dit, oui, mais on filtre à l'entrée et on ne donne pas sa chance à tout le monde. Vous, comment vous voyez les choses ?

R- La tradition française, c'est la démocratisation de l'enseignement supérieur : donc, on a le bac et on peut s'inscrire en enseignement supérieur. Mais à l'intérieur de l'enseignement supérieur, sachez aussi qu'on développe beaucoup les écoles d'ingénieurs. La filière de l'apprentissage, je viens d'en parler. Et derrière cela, avec cette démocratisation, la contrepartie doit être la professionnalisation à l'intérieur de l'enseignement supérieur et très vite plus de passerelles avec le monde de l'entreprise.

Q- Pour que les transitions soient moins brutales à la sortie dès qu'on a son diplôme !

R- Et puis, surtout qu'on sache de quoi on parle et ce qu'on va faire très concrètement et ne pas être des intellectuels purs dont les chefs d'entreprise disent qu'il leur reste maintenant, s'ils les embauchent, à les former.

Q- Il faut peut-être aussi sortir le carnet de chèques parce qu'on investit 10.000 euros par an pour les lycéens et 6.000 pour les étudiants.

R- Vous avez raison. Pour les lycéens et les collégiens, c'est même 12.000 euros et on n'engage pas assez de financement public pour l'enseignement supérieur. C'est la contrepartie aussi de cette démocratisation, c'est-à-dire qu'il y a tellement, tellement de monde dans l'enseignement supérieur que les sommes qu'on y consacre, divisées par le nombre d'étudiants, fait une somme relativement modeste. On a des efforts à faire mais c'est pour ça qu'on voté quand même en 2005 un milliard d'euros supplémentaire, en 2006, deux milliards d'euros supplémentaires, en 2007 trois milliards d'euros supplémentaires en embauchant 3.000 chercheurs et enseignants chercheurs pour l'enseignement supérieur.

Q- Le temps presse. Avant les infos, je voudrais juste vous poser cette question avant d'écouter la réponse à votre question aux auditeurs de RMC. Là, le moment est venu, il y a une opportunité inouïe de tout remettre à plat, tout le monde est d'accord pour le faire.

R- Tout le monde est d'accord et nous le faisons.

Q- Non mais pas seulement le CPE, tout, les diplômes, la précarité.

R- Au ministère de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, j'ai 16 chantiers qui sont ouverts. Et ces 16 chantiers, j'espère bien et je souhaite bien et je fais tout pour pouvoir les aboutir et les terminer dans, disons l'année qui vient, dans les douze mois qui viennent, et toujours avec la méthode la plus concertante possible.

Q- [La réponse des auditeurs à] votre réponse à la question, rapidement.

P. Dufreigne (de RMC) : Alors, est-ce que ceux qui veulent étudier normalement peuvent le faire, selon vous ? Alexandre de l'Hérault :? Il faut que le droit du travail soit assuré partout et en tout lieu et en tout temps. Mais qui est responsable de l'application de ce droit ? Pourquoi le gouvernement ne l'assure-t-il pas ce droit ? ?. Eliane, des Pyrénées- Atlantiques : ? Ceux qui empêchent les étudiants de suivre les cours ou les salariés de travailler en période de grève ne sont pas des démocrates.Mon fils de quinze ans est lycéen, il ne manifeste pas. En tant que mère, mon devoir est de le protéger de ces violences. A son âge, sa place de mineur est au lycée et non dans la rue ?. Puis, Marie-Claude, d'Ile-et- Vilaine, ? Je ne suis pas apte à juger le bien-fondé du CPE, mais je suis contre le blocage des facs. Où est la liberté, sinon ? ?.

R- La cause est entendue.

Source:premier-ministre? Service d'information du gouvernement, le 23 mars 2006

Rechercher