Interview de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, au "Journal du Dimanche" du 26 mars 2006, sur sa rencontre avec le Premier ministre le 24 mars 2006 et la poursuite de la mobilisation contre le contrat première embauche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, au "Journal du Dimanche" du 26 mars 2006, sur sa rencontre avec le Premier ministre le 24 mars 2006 et la poursuite de la mobilisation contre le contrat première embauche.

Personnalité, fonction : THIBAULT Bernard.

FRANCE. CGT, secrétaire général

Circonstances : Rencontre entre le Premier ministre, M. Dominique de Villepin et les 5 grandes centrales syndicales, puis les organisations patronales, autour du débat sur le contrat première embauche à Paris le 24 mars 2006 après-midi.

ti : Dominique de Villepin a proposé hier de discuter de la période d'essai du CPE (deux ans) et de la rupture du contrat, les deux points les plus contestés par les syndicats et les jeunes. Qu'en pensez vous ?
Nous avons dit que nous ne participerions pas à des rencontres consacrées à la mise en oeuvre du CPE. Le Premier ministre est en difficulté, c'est évident. Il souhaite nous associer à la mise en oeuvre de son dispositif, quitte à le modifier. Autrement dit, il voudrait que nous soyons la bouée de sauvetage de son CPE. On n'est pas là pour ça. Personne ne lui a demandé d'inventer un contrat pour les moins de 26 ans ! J'ajoute que la majorité a adopté, début 2004, une loi obligeant à négocier avant toute réforme du droit du travail. Je constate que le gouvernement ne respecte même pas ses propres lois.

Vous appelez de nouveau à manifester mardi. La situation semble bloquée...
Nous n'avons pas encore atteint le pic de la contestation. Chaque rendez-vous a montré un élargissement de la mobilisation. Ce mardi peut être un tournant. Les choses sont susceptibles d'évoluer de jour en jour. En début de semaine, Villepin tenait un discours martial à ses troupes, mais mercredi il s'est dit prêt à discuter sans a priori. Vendredi, nous nous quittons sur un désaccord... La seule solution, c'est le retrait du CPE. Nous pouvons l'obtenir.

Les manifestations du 18 mars ont rassemblé 1,5 million de personnes selon vous. Ce chiffre peut-il être dépassé mardi ?
Le 18 mars, l'objectif était de réunir le plus grand nombre de manifestants. C'était un samedi, pour permettre aux salariés, aux familles, à toutes les générations de défiler. Mardi, les choses seront différentes. Le nombre de manifestants ne sera pas le seul baromètre de la journée. Le succès se mesurera aux nombreux d'arrêts de travail et de grèves, en y ajoutant les manifestations. D'ores et déjà, les appels à la grève que nous avons enregistrés dépassent le niveau du conflit sur les retraites de 2003.

Force ouvrière veut poursuivre les arrêts de travail si le CPE est maintenu. Etes-vous d'accord?
Les organisations syndicales se réuniront mercredi pour décider de la suite à donner au mouvement. Il y a un front uni avec les lycéens et les étudiants. Nous nous concertons en permanence. Toutes les initiatives doivent être réfléchies dans ce cadre unitaire. Le plus grand service à rendre au gouvernement serait de lui offrir une division syndicale. Mais je n'ai aucune crainte. Jusqu'au bout, les syndicats considéreront qu'il n'y a qu'une seule issue: le retrait du CPE. Conservons une stratégie unitaire pour réussir.

La rencontre entre les syndicats et Dominique de Villepin vendredi n'a-t-elle servi à rien ?
Je n'ai pas senti le Premier ministre conscient de la gravité de la situation. On peut se demander s'il n'attend pas une dégradation du climat qui placera le CPE au second plan de l'actualité. Les heurts sont aussi provoqués par un gouvernement intransigeant, autiste face à la jeunesse. Il y a des risques à jouer le pourrissement d'une mobilisation sociale. Cela inspire des jeunes qui veulent recourir à d'autres formes de contestation. Le gouvernement joue avec le feu.

Pour arrêter les casseurs, la police veut être présente dans les cortèges. Etes-vous favorable à cette initiative ?
Non. Nous ne souhaitons pas qu'elle intervienne à l'intérieur des défilés. La police doit se concentrer sur son rôle, mais à l'extérieur. Pour notre part, nous devons faire en sorte que les cortèges syndicaux ne soient pas détournés de leur objectif.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, estime que les «événements» actuels «mettent en danger l'économie française». Qu'en pensez-vous ?
Il fallait se poser la question avant ! Qui en est responsable? La crise repose sur le choix d'un seul homme encouragé par le Medef qui prône la mort du code du travail.

Si des négociations sur l'emploi s'ouvrent, que proposerez-vous?
Nous avons plein de sujets à aborder si le Premier ministre veut vraiment s'attaquer au problème de l'emploi et à celui des jeunes en particulier. Il n'y aura pas de créations d'emplois parce qu'on aura laminé les droits des salariés. L'emploi dépend de l'activité économique. Parlons donc du budget de l'Etat, de l'investissement public, de la recherche, de la formation... Nous serons les premiers disponibles dès que le CPE sera retiré.


Source http://www.cgt.fr, le 27 mars 2006


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