Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, sur son projet politique de "rupture" et "l'esprit de compromis" dans le dialogue social, Douai le 27 mars 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, sur son projet politique de "rupture" et "l'esprit de compromis" dans le dialogue social, Douai le 27 mars 2006.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

Circonstances : Déplacement à Douai (Nord) le 27 mars 2006 : réunion publique sur le thème "Pour une France plus juste"

ti : Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


C'est vraiment une très grande joie pour moi de retrouver le Nord. J'y suis venu plus d'une dizaine de fois depuis 2002. L'énergie que dégage votre région et ses habitants, votre hospitalité chaleureuse, sont pour moi une source d'encouragement et d'espoir.

Ce soir, je suis venu vous parler de politique, de politique au sens le plus noble du terme. Celle des débats et des choix décisifs qui décideront de notre destin collectif. Celle des idées et des propositions sur lesquelles les Français seront amenés à se prononcer. Celle des changements à apporter pour conforter notre niveau de vie et faire en sorte que l'avenir soit pour nos enfants une promesse et pas une menace.

La France n'est pas condamnée à regarder le monde qui change autour d'elle, ses performances économiques qui se dégradent, son modèle social qui s'épuise, tout en restant immobile, tétanisée par le changement, prisonnière de tous les conservatismes, incapable de changer et de se réformer.

La France n'est pas condamnée à voir ses jeunes partir à l'étranger pour réussir.

Elle n'est pas condamnée à avoir de moins en moins de gens qui travaillent pour financer les besoins de plus en plus de gens qui ne travaillent pas.

Elle n'est pas condamnée à être la seule en Europe à ne pas pouvoir décider de qui doit être accueilli en France et de qui ne doit pas y demeurer.

Elle n'est pas condamnée à subir sous les yeux du monde entier le déchaînement de la violence chaque fois qu'elle essaie une réforme.

Je suis venu ce soir pour vous dire que la rupture avec nos habitudes, nos certitudes, nos conformismes, est nécessaire, qu'elle est urgente et surtout qu'elle est possible.
Chers amis, notre pays a de grands défis à relever et des échéances politiques cruciales sont devant lui. Nous arrivons à un moment de vérité : les Français vont devoir choisir entre l'immobilisme et le mouvement. C'est le seul choix qui compte. C'est le vrai, l'unique.

A l'inverse je n'accepte pas celui dans lequel on voudrait enfermer les Français, qui opposerait le changement d'un côté et la protection contre les insécurités de tous ordres de l'autre. Le plus grand danger serait de ne pas se remettre en cause dans un monde qui change si vite autour de nous. C'est le changement qui nous protégera, c'est l'immobilisme qui est destructeur. C'est par le changement que les Français obtiendront la sécurité contre les risques de notre temps.

Notre responsabilité est immense. Les Français savent que le changement est inéluctable, même s'ils le redoutent. Je veux les convaincre que seul le changement permettra l'avènement d'une France plus juste et donc plus sûre pour tous.

Notre responsabilité est immense parce que les Français sont en train de perdre espoir. Ils constatent l'échec de notre modèle social. Depuis plus de 20 ans, nous nous sommes accommodés d'une croissance trop faible. Depuis plus de 20 ans, un actif sur 10 est au chômage et c'est un jeune sur quatre qui est privé d'emploi. Depuis 15 ans, le RMI ne cesse d'accueillir de nouveaux bénéficiaires. Depuis plusieurs années, le pouvoir d'achat des Français est en berne et le nombre de travailleurs pauvres ne cesse d'augmenter. La précarité est devenue une réalité d'aujourd'hui, ce n'est malheureusement pas seulement un risque pour demain. Rester immobile, c'est accepter la précarité : bouger, changer, innover c'est se donner la chance de la faire reculer.

Le changement protégera les Français de tous les risques. L'immobilisme exposera les Français à toutes les menaces.

Alors, c'est vrai qu'il y a de nouvelles insécurités! Eh bien imaginons ensemble de nouvelles protections. C'est cela dont nous avons besoin. Ce qui n'a rien à voir avec le rafistolage d'un système qui n'est plus ni financé, ni garanti, et qui, au final, entretient les injustices plus qu'il ne les combat.

Voici pourquoi j'ai proposé la rupture. Je ne veux pas être complice d'un système à bout de souffle que je veux refonder.

Il n'y a pas de fatalité. J'ai la conviction que nous pouvons changer la donne.

Mon ambition c'est de vous proposer de bâtir une France, plus juste et donc plus sûre.

Plus sûre, car il faut en finir avec la pensée unique qui empêche depuis tant d'années les gouvernements successifs de résoudre les questions les plus difficiles et pourtant incontournables pour qui veut garantir la sécurité des Français.

Je n'ai pas peur de dire qu'il y a urgence à réformer profondément l'ordonnance de 1945 sur les mineurs délinquants. Ce n'est rendre service ni à la société ni à ces jeunes que de multiplier les sanctions dérisoires ou symboliques qui finissent par les installer dans un sentiment d'impunité qui fait des ravages. En novembre, de jeunes voyous ont mis le feu à une femme handicapée dans un bus de la banlieue parisienne. Ils ont été identifiés et interpellés voici quelques jours. Ils ont été remis en liberté du seul fait qu'ils étaient mineurs. Je ne l'accepte pas ! Changeons la loi pour que le mineur qui commet un délit soit jugé tout de suite et réellement sanctionné. C'est lui rendre service que de lui fixer des bornes. Cela lui évitera le risque de la récidive.

Nous devons reconsidérer notre approche en matière de prévention de la délinquance. Lorsqu'un enfant est violent contre ses camarades ou contre son institutrice, l'école ne doit pas rester sans réagir. Elle a le devoir de se poser des questions, d'en chercher les causes. Les meurtriers d'Hilan Halimi étaient déjà violents à l'école à 14 ans. Tout le monde le savait. Et il faudrait que je m'excuse d'avoir proposé qu'on agisse ? évidemment qu'un enfant anormalement agressif n'est pas forcément un futur délinquant. Mais c'est de toutes façons un enfant qui souffre. Notre devoir est de le prendre en compte, de le soigner, de ne pas l'abandonner.

La détection précoce des comportements à risques doit être une priorité. La protection maternelle et infantile et la médecine scolaire ne doivent plus se borner à suivre les vaccinations et la courbe de croissance de l'enfant. Les familles doivent être mises face à leur responsabilité. Un accompagnement adapté, de nature médicale, psychologique ou sociale, doit pouvoir leur être proposé sans perdre de temps. En cas de démission des parents, il ne faut pas hésiter à mettre les prestations familiales sous tutelle.

La famille n'est pas qu'un lieu où l'on reçoit des aides et exige des droits, c'est aussi un lieu où l'on doit assumer ses devoirs.

Je veux que les services chargés d'aider les familles en difficulté puissent échanger leurs informations. Le secret professionnel n'est pas institué au profit de celui qui le détient, mais au profit de celui qu'il concerne. Il n'y aurait pas eu l'affaire d'Angers si les services avaient pu échanger des informations au lieu de tous penser que c'était un autre qui s'occupait des problèmes.

Et il faut naturellement poursuivre la politique de lutte contre les bandes et les trafics que j'ai initiée en 2002. Il faut démanteler les trafics qui gangrènent nos quartiers, empoisonnent la vie quotidienne de leurs habitants et corrompent notre jeunesse. La drogue est un fléau qu'il faut traiter en tant que tel, car elle est à l'origine d'une part considérable de la délinquance sous toutes ses formes. Il est temps que la loi de 1970 sur le trafic et la consommation des stupéfiants soit modernisée. Cette loi n'est plus appliquée, car elle n'est plus applicable. Il nous faut redonner vie à l'interdit social à l'égard de la drogue. Il est temps que certains rendent des comptes sur l'origine de leur train de vie et la provenance de leur patrimoine. Quand on ne travaille pas, on n'a pas à être propriétaire d'un appartement, d'une voiture que celui qui travaille ne pourra jamais se payer

Pour une France plus sûre, je veux aussi que la Justice se mette au service des victimes.

La Justice est indépendante et doit le rester. Mais l'indépendance, cela ne veut pas dire la surdité. Je sais que le travail des juges est extrêmement difficile. Mais j'ai l'impression parfois que l'institution judiciaire est trop repliée sur elle-même, pas assez en prise avec la réalité de la vie. Il y a trop de complaisance à l'égard de certains délinquants lorsqu'ils sont laissés en liberté ou que les peines ne sont pas exécutées. Et à l'inverse on assiste à un traitement parfois aveugle et implacable d'innocents comme lors de la tragédie d'Outreau.

Les victimes sont encore trop souvent considérées comme une pièce encombrante du procès alors qu'elles devraient en être le centre. Il est inacceptable pour elles que tant de peines ne soient pas exécutées.

L'instruction doit être réformée profondément.

La responsabilité individuelle des juges doit pouvoir être mise en cause, comme c'est le cas des élus, des médecins, de tous les agents publics, parce qu'un pouvoir qui n'est pas responsable n'est plus légitime. C'est une garantie pour les victimes, pour les suspects, pour tous les justiciables. Et c'est le meilleur service que l'on puisse rendre à la justice et aux magistrats. Je crois à la responsabilité individuelle, pas à la responsabilité collective. Quand tout le monde est responsable cela veut dire que personne n'est coupable !

Et d'un autre côté il faut donner à la Justice les moyens de remplir la mission qui est la sienne. La Justice a besoin d'une grande réforme de son organisation.

Une France plus juste c'est celle qui saura protéger les Français contre l'insécurité économique et sociale.

La mondialisation est aujourd'hui en marche, comme jamais elle ne l'a été. Tout dans la mondialisation n'est pas mauvais. Elle ouvre de nouveaux marchés à nos entreprises. Elle favorise des investissements étrangers qui créent de la richesse et des emplois dans notre pays. La mondialisation offre des chances, mais elle est aussi un risque. Les chances, il faut les saisir. Ce ne sont pas les milliers de salariés de Toyota à Valenciennes et leurs familles qui me démentiront. Le risque, il faut s'en prémunir. On n'y parviendra qu'en créant de nouvelles protections, non en maintenant le barrage illusoire d'un soi-disant modèle dont on constate chaque jour qu'il ne fonctionne plus, qu'il ne protège plus rien, ni personne.

Il nous faut inventer la protection sociale du XXIème siècle. Nous devons passer du siècle de la protection des emplois pour entrer dans le siècle de la protection des personnes. C'est le sens de ma proposition d'instituer une Sécurité sociale professionnelle qui repose sur trois piliers.

Tout d'abord, la libération des embauches. La plus grande sécurité pour un salarié, c'est la certitude de pouvoir trouver un nouvel emploi. Il faut passer de la défensive à l'offensive. Il faut encourager les entreprises à embaucher. Le système actuel est perdant-perdant : les entreprises ne disposent pas de la souplesse nécessaire pour faire face aux fluctuations de leurs activités ; d'un autre côté, les salariés n'ont jamais éprouvé un tel sentiment d'insécurité, la précarité n'a jamais été aussi forte et la durée du chômage jamais si élevée. L'enjeu est la simplification du droit du travail. Voilà pourquoi je propose de créer un contrat unique de travail à durée indéterminée dont les garanties se renforceraient au cours du temps. Ce serait plus juste : il n'existerait plus de salariés de 1ère classe en CDI et de salariés de en de zone enchaînant les CDD. Nous devons imaginer un contrat qui sera à la fois plus souple pour l'employeur, et plus protecteur pour le salarié.

Deuxième pilier de la sécurité sociale professionnelle: une véritable protection pour tous ceux qui traversent une période de chômage.

Il faut créer un service public de l'emploi qui aide de façon beaucoup plus performante les chômeurs à retrouver rapidement du travail. La fusion de l'ANPE et l'UNEDIC est un rendez-vous incontournable, comme l'ont fait tous nos partenaires européens, afin de gagner en efficacité dans la recherche de l'emploi.

Il faut revoir les règles d'indemnisation du chômage qui doivent être à la fois plus justes et plus incitatives à la reprise du travail. 40% des chômeurs n'ont aucune indemnité et ces dernières sont insuffisantes pour les salariés des catégories modestes ou même intermédiaires !

En contrepartie, car il n'y a pas de droits sans devoirs, il faut exiger des demandeurs d'emploi qu'ils recherchent véritablement une activité, et en reprennent une quand ils le peuvent, sous peine de voir leurs droits à indemnisation réduits voire supprimés. C'est en luttant contre les abus de la générosité qu'on protège la générosité. La France qui se lève tôt et travaille dur, veut bien être au rendez-vous de la solidarité, mais elle attend en retour que ceux qui sont aidés soient au rendez-vous de leur responsabilité.

La justice c'est le parler vrai et le courage de mettre chacun devant le principe de réalité.

Enfin il faut garantir le droit à une formation professionnelle tout au long de la vie. Je propose que chaque salarié puisse disposer d'un compte-épargne formation individuel qui lui resterait attaché en cas de changement de situation professionnelle. Ce compte pourrait être abondé par l'Etat, par les collectivités et par les entreprises, afin de permettre aux salariés d'acquérir de nouvelles compétences. Il vaut mieux investir l'argent public dans la formation des hommes pour qu'ils puissent vivre du fruit de leur travail plutôt que d'acheter leur silence par un assistanat qui permet tout juste de survivre.

S'agissant de l'impact des restructurations sur nos territoires, elle pose la question lancinante de la réindustrialisation et de la recréation d'activités.

La solidarité, c'est reconnaître que le choc au niveau local d'une restructuration industrielle d'ampleur ne peut être absorbé uniquement par le territoire touché. Notre politique d'accompagnement des territoires touchés par de violentes restructurations ne m'apparaît pas à la hauteur des enjeux. Je veux proposer une véritable politique de revitalisation de nos territoires. Je suis attaché à la discrimination positive à la française. Elle doit s'appliquer aux territoires.

Il nous faut revoir l'organisation des services de l'Etat pour gagner en efficacité. Je propose la création d'une agence nationale de ré-industrialisation, chargée d'anticiper les mutations et de coordonner les actions de soutien aux territoires les plus touchés.
Ensuite, je propose par redéploiement budgétaire la multiplication par cinq des moyens consacrés par l'Etat à la revitalisation. Il s'agit d'utiliser un part de l'argent destiné à financer les préretraites et les dispenses de recherche d'emploi, dont le coût est supérieur à 5 milliards d'Euros. Nous devons désormais donner la priorité absolue à l'activité et à l'emploi.

J'ajoute que notre pays doit impérativement conforter ses bases industrielles et son potentiel d'innovation. C'est notre statut de puissance économique et la compétitivité de nos entreprises et de nos territoires qui sont en jeu. Si elle abandonne sa composante industrielle, notre économie ne pourra retrouver la voie d'une croissance forte et durable. C'est la raison pour laquelle nous ne devons pas renoncer, en France et en Europe, à conduire des politiques industrielles offensives fondées sur l'intensification de l'effort d'innovation. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu les pôles de compétitivité. Mais ceci suppose également que notre système d'enseignement supérieur et de recherche reste l'un des plus performants au monde. C'est pour cela qu'il nous faut le réformer en profondeur pour qu'il réponde aux meilleurs standards internationaux. Cela passe par la constitution d'universités puissantes et autonomes qui soient au centre, et non plus à la périphérie, de l'effort de recherche.

Il ne faut pas avoir peur du mot autonomie qui est la clef du succès des grandes universités mondiales.
Une France plus juste c'est encore une France qui respecte le travail, qui le récompense et qui en fait une valeur exemplaire.

C'est l'activité qui crée de l'activité et l'emploi qui crée de l'emploi. Ceux qui l'ont oublié en réduisant le travail alors qu'il fallait le multiplier se sont lourdement trompés. Ils ont trompé les Français. Le travail, il fallait le protéger au lieu de s'appliquer à l'affaiblir de façon systématique. La meilleure manière de protéger le travail, c'est de le réhabiliter en permettant à ceux qui travaillent davantage de gagner davantage.

Il ne faut pas avoir honte de vouloir une vie plus facile pour sa famille, une meilleure école pour ses enfants, un appartement plus grand pour être heureux.

Je propose d'exonérer de charges sociales les heures supplémentaires et le rachat de jours ARTT. Cela renforcera le pouvoir d'achat des salariés et la compétitivité de nos entreprises. De même, si les fonctionnaires veulent travailler plus, il faut leur en donner le droit. Enfin, nous devons exiger des bénéficiaires de minima sociaux une contrepartie effective en termes d'activité. Qu'il s'agisse d'une formation qualifiante, de la recherche active d'un emploi ou de la participation à des tâches d'intérêt général. La collectivité ne peut valablement aider que ceux qui fournissent un effort. Tout Rmiste doit ainsi se voir proposer une activité.

Ce sont les mêmes principes de responsabilité qui doivent prévaloir en matière de protection sociale. Les Français sont très attachés à leur système de protection sociale. Ils ont raison. Que la collectivité s'organise pour aider chacune et chacun d'entre nous à faire face aux aléas de l'existence, c'est son devoir. Accidents, maladie, vieillesse, chômage : personne, lorsqu'il met un genou à terre, ne doit être laissé au bord de la route. Le remboursement des soins, la retraite par répartition, l'indemnisation du chômage, ce sont des acquis sociaux qui doivent être défendus et renforcés.

Ce que je dénonce ce sont les abus, les fraudes et les gaspillages qui fragilisent l'édifice de nos solidarités. Le montant des gaspillages dans notre système de santé avoisinerait les 10 milliards d'euros, soit l'équivalent du déficit enregistré par l'assurance-maladie. Est-il normal, comme cela a pu être établi, qu'on laisse une patiente consulter en moyenne 75 médecins par mois, consommer 12 boites par jour d'anxiolytiques achetés dans 27 pharmacies différentes ? Est-il acceptable qu'en quelques mois, le régime d'assurance-chômage mette au jour 19 affaires d'escroquerie impliquant plus de 6 000 personnes pour un coût de près de 100 millions d'euros ? Toutes les fraudes aux ASSEDIC ou au RMI, tous les arrêts de travail de complaisance ou les prestations versées à des familles en situation irrégulière sont autant d'atteintes au pacte social. Il est grand temps que les 500 milliards d'euros de nos politiques sociales soient enfin contrôlés comme ils le méritent.

Ma conception de la solidarité, ce n'est pas la charité d'Etat, l'assistanat généralisé ou la ligne de crédit illimitée fonctionnant à guichet ouvert. La solidarité s'épuise et s'abîme quand elle tourne le dos à toute exigence de responsabilité et d'équité. Ce n'est pas seulement une question de soutenabilité financière. C'est une certaine vision de l'homme et de sa dignité qui est en jeu. La solidarité que j'appelle de mes voeux, c'est celle qui tend la main à ceux qui ont besoin d'un appui pour se relever. Ce n'est pas celle qui consiste à installer les individus et les familles dans une dépendance complète vis-à-vis de la collectivité.

Ma conception de la solidarité, c'est également que les politiques sociales n'oublient pas les classes moyennes. Nous devons cesser de considérer qu'elles sont juste assez riches pour payer des impôts, mais jamais assez pauvres pour bénéficier des prestations. C'est particulièrement nécessaire dans le domaine du logement, où les difficultés touchent désormais un très grand nombre de nos concitoyens. Pour beaucoup de jeunes ménages, le choix se résume aujourd'hui à supporter les risques d'un crédit sur 30 ans pour acquérir un bien dont le prix s'est envolé ou à demeurer dans une location qui ponctionne chaque mois leur revenu. Face à cette situation de blocage, le problème est moins de construire davantage d'HLM, que d'aider les Français à accéder à la propriété.

Nous devons porter une politique d'accession populaire à la propriété. Car être propriétaire de son logement, c'est la certitude de ne pas être à la rue, malgré les vicissitudes de l'existence. C'est la certitude de se constituer un patrimoine pour la retraite et d'avoir quelque chose à transmettre à ses enfants. Il faut rendre à nouveau déductibles de l'impôt les intérêts d'emprunts pour les primo-accédant. Il faut réformer le crédit hypothécaire pour lui permettre de se développer comme dans d'autres pays où il est l'un des principaux moteurs de la croissance.

Réhabiliter le travail, c'est aussi permettre à ceux qui se sont constitués un patrimoine à la sueur de leur front de le transmettre à leurs enfants en franchise d'impôt sur les successions. Quand on transmet un capital à ses enfants, il a déjà subi de la CSG, de l'impôt sur le revenu, des impôts locaux, de l'impôt sur les produits de l'épargne. On n'est pas obligé d'ajouter un impôt sur les successions.

Dans notre pays, depuis 20 ans, devant notre incapacité à lutter contre le chômage, nous nous sommes appliqués à sortir du marché du travail des centaines de milliers de travailleurs âgés de plus de 53, 55 ou 57 ans. Cette stratégie est suicidaire. La France se trouve, à cause de cela, avec un niveau d'emploi des seniors parmi les plus bas du monde : l'âge moyen de fin d'activité est de 57 ans et demi en France quand il est de 64 ans chez nos voisins européens. A 55 ans, pourtant, on possède une expérience et un savoir-faire dont la collectivité a encore grandement besoin. Il faut au contraire récompenser ceux qui accepteront de poursuivre leur activité. Et ceux qui veulent continuer à travailler, en même temps qu'ils toucheront leur retraite, doivent pouvoir le faire sans aucune restriction. Car ils ne prennent la place de personne. Par leur activité, ils créent des richesses qui profitent à tous.

Je souhaite que notre objectif soit de rendre la promotion sociale et la réussite accessibles à tous. Pour cela, l'école est un enjeu majeur.

Je ne me résous pas à ce que l'école soit devenue un lieu de reproduction des inégalités sociales. Il y a des établissements scolaires où l'on a toutes ses chances de réussir dans la vie, d'autres où l'on est à peu près certain d'échouer.. On ne peut accepter une telle situation.

Nous devons avoir des choix. Or depuis plus de vingt ans, on compense l'absence de choix clairs par des objectifs grandiloquents et des discours dépourvus de toute portée pratique. Combien de fois a-t-on entendu que l'école était le creuset de l'égalité des chances, le pivot des valeurs républicaines ? Mais qu'a-t-on fait concrètement ?

Mon premier choix pour l'école, c'est de rétablir l'autorité des enseignants dans leur classe et dans l'établissement scolaire. Que l'on demande à un élève d'enlever sa casquette lorsqu'il est en cours, de se lever lorsque le professeur entre dans la classe, et de s'abstenir de fumer dans la cour de récréation, me semble être le minimum ! Que l'on dise qu'un enseignant n'a pas à endurer les insultes, les crachats et parfois même les coups, me semble un préalable non négociable.
Il faut aussi rétablir la liberté pédagogique des enseignants. Aucune circulaire de l'administration ne peut remplacer l'expérience d'une institutrice qui, depuis 20 ans, apprend à lire à 20 enfants tous différents. Que veut-dire faire confiance aux enseignants si on les encadre par des circulaires technocratiques ?
Je ne crains pas d'affirmer que ce sont avec les enfants les moins favorisés qu'il faut avoir l'ambition la plus grande. Plus un enfant est défavorisé, plus il a besoin qu'on lui parle des grands auteurs, qu'on lui enseigne l'intérêt de la démonstration mathématique, qu'on lui donne les clés de l'histoire et de la culture.

Nous devons faire en sorte que tous les enfants puissent faire l'objet, dans leur école, dans leur collège, d'une prise en charge encadrée jusqu'à 18 heures au moins. C'est un grand service que nous rendrons aux familles, mais encore plus aux enfants qui se retrouvent livrés à eux-mêmes jusqu'à ce que leurs parents rentrent à la maison. Ce sera un soulagement pour beaucoup de parents de savoir que les devoirs sont faits lorsqu'ils retrouvent le soir leurs enfants.

Je veux réaffirmer que la carte scolaire est une fatalité pour ceux qui n'ont pas les moyens ou les relations pour s'en affranchir. Je propose la liberté du choix de l'établissement pour toutes les familles et l'excellence pour tous les établissements. Ces mesures ne pénaliseront pas ceux qui réussissent déjà à l'école. Elles donneront en revanche une chance réelle à ceux qui ont un potentiel, mais ne bénéficient pas des conditions nécessaires pour pouvoir l'exprimer pleinement.

Je veux redire que l'orientation vers les études et les perspectives professionnelles est à revoir de fond en comble. Aujourd'hui elle conduit à trop d'échecs.

C'est ce même souci de l'égalité réelle - et non pas virtuelle - des chances qui me conduit à défendre l'idée de la discrimination positive à la française. Il n'a jamais été question dans mon esprit d'exonérer ses bénéficiaires de toute exigence d'effort et de mérite. La réalité, c'est qu'il y a des personnes qui cumulent tellement de difficultés qu'ils ne peuvent espérer s'en sortir sans une intervention renforcée des pouvoirs publics. Essayons de faire beaucoup plus pour ceux qui ont beaucoup moins. Qu'ils vivent dans une zone rurale enclavée, dans une banlieue défavorisée ou dans un bassin d'emploi sinistré - et vous en connaissez dans votre région.

J'ajoute que lutter contre le racisme, l'antisémitisme, la discrimination entre les hommes et les femmes, c'est absolument primordial et nécessaire. Mais nous ne ferons pas comprendre que la différence n'est pas un risque, mais au contraire une chance, tant que nous ne serons pas capables d'intégrer dans notre communauté de vie, ceux de nos concitoyens qui sont handicapés.

Un enfant handicapé sur deux en France n'est pas scolarisé, contrairement à ce que prévoit la loi. Pire encore, entre 15 et 20 000 enfants handicapés ne vont tout simplement pas à l'école. Or, la présence d'un enfant handicapé dans une école est une chance pour tous, y compris pour les enfants dits "normaux".

Une France plus juste c'est celle qui aura le courage de réguler l'immigration pour conserver la maîtrise de sa cohésion sociale.

Lorsqu'en 2002, je suis venu dans le Pas-de-Calais, c'était pour organiser la fermeture du centre de Sangatte. Personne n'imaginait alors qu'il était possible de démanteler les filières d'immigration clandestine qui avaient abandonné ici, des milliers de malheureux, sans le moindre scrupule. J'ai refusé que le Calaisis soit une terre sacrifiée au nom de l'impuissance publique. Aujourd'hui, tous les problèmes n'ont pas disparu. Mais qui niera que nous avons trouvé à ce drame l'issue la plus digne, la plus humaine et la plus juste ?

Notre politique d'immigration, doit être guidée par cette recherche d'un équilibre entre la fermeté et la justice. C'est pourquoi, depuis quatre ans, j'ai proposé aux Français de rompre avec les deux illusions qui rythment les débats sur l'immigration depuis 20 ans : d'une part, l'immigration zéro, le repli sur soi et la négation de l'engagement historique de la France aux côtés des réfugiés, d'autre part, la bonne conscience et l'angélisme d'une ouverture illimitée et incontrôlée de nos frontières. Au lieu de choisir notre immigration, nous l'avons subie. Et nous avons compromis grandement les chances d'intégrer les populations les plus récemment installées sur notre territoire. La France ne peut être le seul pays au monde, à refuser d'adapter sa politique d'immigration en fonction de ses besoins économiques et de ses capacités d'accueil. Nous ne pouvons continuer à accueillir des personnes à qui nous n'avons ni emploi, ni logement à proposer. Cependant qu'autour de nous d'autres pays s'organisent, eux, pour attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs chercheurs. Je veux réaffirmer solennellement que la première condition à remplir pour pouvoir être admis au séjour dans notre pays, c'est d'en respecter toutes les règles et toutes les valeurs. Rien n'oblige ceux qui n'y sont pas prêts, à s'établir et à se maintenir dans notre pays. C'est ainsi que la France sera fidèle à elle-même et s'affirmera comme une nation libre, sûre d'elle-même et ouverte sur le monde.

Comme vous ici, je crois profondément en la France. Pas seulement la France glorieuse et idéalisée de nos livres d'histoire. Mais en la France d'aujourd'hui, unie dans sa diversité, telle qu'elle se présente à nous. Car pour moi, notre nation n'appartient pas au passé. Je souhaite que la France assume sans complexe son destin de nation, soucieuse de la promotion de sa culture, de ses valeurs et de ses intérêts. Je refuse que l'on s'excuse d'être Français.

Une France juste c'est une France qui sait se parler, dialoguer, se comprendre, se respecter.
Chers Amis, ce que nous voulons pour notre pays, ce n'est pas le changement pour le changement, la rupture pour la rupture. Le changement a un objectif : celui de la justice et de l'équité.

La France n'est pas une page blanche et l'Etat y tient une place plus importante qu'ailleurs. L'Etat, ce n'est pas seulement une administration. C'est le garant de l'intérêt général et de l'équité. Equité entre individus, équité entre les territoires, équité entre les générations. C'est pourquoi j'ai la conviction que le changement dans notre pays ne peut se construire sur l'affaiblissement de l'Etat. Ni l'Europe, ni la décentralisation, ni les marchés ne pourront se substituer à lui. Nous avons besoin d'un Etat fort et légitime pour conduire le changement. Cet Etat sera d'autant plus fort et légitime qu'il sera investi d'un mandat clair donné par les Français. C'est la raison pour laquelle l'élection présidentielle de 2007 est si capitale. Elle doit être l'occasion de demander à nos compatriotes de se prononcer sur le projet de société qu'ils veulent.

Mais pour réussir le changement, le dialogue social est nécessaire. Le dialogue social est une condition essentielle de la réussite de toute réforme. Il faut sortir des jeux de rôles convenus et des scénarios écrits d'avance, avec d'un côté des pouvoirs publics qui consultent pour la forme, et de l'autre des syndicats qui veulent bien discuter des réformes mais qui refusent de les endosser. Je veux donc profondément rénover le dialogue social français.

Nous devons aider les organisations syndicales à mieux représenter le monde des salariés. Il faut pour cela instaurer davantage de démocratie dans les élections professionnelles. Je n'ai jamais compris le maintien de la règle archaïque qui donne le monopole de la présentation des candidats au premier tour des élections aux 5 grandes centrales syndicales issues de la guerre. Rendons à chacun le droit imprescriptible de se présenter librement à une élection. Si l'on veut que la démocratie sociale fonctionne, il faut qu'elle soit réellement une démocratie.

Nous devons, par un système de crédit d'impôt favoriser l'adhésion syndicale. Nous devons faire davantage de place à la négociation en mettant au point une charte du dialogue social qui distingue clairement ce qui en matière de droit du travail relève du législateur et ce qui est du domaine exclusif des partenaires sociaux. Nous devons multiplier les organismes tels que le Conseil d'orientation des Retraites qui permettent de donner aux partenaires les éléments objectifs de la discussion et évitent les fausses querelles.

En réalité, le problème de notre pays n'est pas d'avoir des syndicats trop puissants, mais des organisations trop émiettées et trop petites. Aidons les organisations syndicales à élargir leur base, à devenir plus responsables et plus constructives. C'est ainsi aussi que la France pourra sortir de la culture de la grève, où le conflit social n'est pas le dernier recours mais reste souvent le préalable à toute discussion.

Il faut enfin retrouver l'esprit de compromis, où chacun accepte de faire un pas vers l'autre pour construire une société plus juste. Il faut se faire confiance entre gouvernants et partenaires sociaux. Pas de textes gouvernementaux sur les questions sociales qui n'aient pas fait l'objet d'une concertation préalable. Pas d'ultimatum et de blocages de la part des organisations syndicales. Telle devrait être la règle de bonne foi et de bonne gouvernance.

De la même façon, il me semble utile qu'avant toute initiative d'application on prenne le temps que la négociation aboutisse.

Si ces règles étaient mises en oeuvre nous ferions l'économie des oppositions stériles sur le CPE.

Je crois que l'on peut être ferme sans être rigide.
Je crois que l'on peut être à l'écoute sans abdiquer ses convictions.
Je crois que l'on peut être conciliant sans être faible.
Je crois que l'on peut être parfaitement solidaire du gouvernement et faire entendre loyalement ses solutions pour sortir de la crise.
Mes chers amis,

Les événements de ces dernières semaines pourraient laisser penser que la France se divise. Je crois pour ma part qu'elle s'interroge. Elle sait que des choix sont nécessaires mais elle veut être certaine d'en anticiper toutes les conséquences. Elle a vu tant de réformes infructueuses qu'elle veut s'assurer de ne pas être abusée une fois encore. La France ne craint pas le changement. Elle le veut conforme à son idéal d'une société qui crée plus de richesses et qui soit plus juste, plus équitable, moins incertaine. Elle veut inventer les contours d'un nouveau modèle social qui reste généreux avec les faibles mais qui d'abord donne un travail à chacun, qui rende à chacun le sentiment de sa dignité. Au fond, elle lance un défi au politique. A nous de le relever. Et la France, réconciliée avec elle-même, pourra alors se tourner vers l'avenir avec confiance.

Mon objectif c'est que chaque Français ait la certitude d'avoir la juste récompense de ses efforts, de son mérite, de son travail.

Une France plus juste c'est une France où la réussite sera possible pour chaque famille qui la souhaite !

Source http://www.u-m-p.org, le 29 mars 2006

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