Déclaration de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, lors du point de presse conjoint avec M. Cyril Svoboda, ministre tchèque des affaires étrangères, sur les relations franco-tchèques, l'avenir de l'Union européenne et l'image de la France à l'étranger liée aux manifestations anti-CPE, Paris le 6 avril 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, lors du point de presse conjoint avec M. Cyril Svoboda, ministre tchèque des affaires étrangères, sur les relations franco-tchèques, l'avenir de l'Union européenne et l'image de la France à l'étranger liée aux manifestations anti-CPE, Paris le 6 avril 2006.

Personnalité, fonction : DOUSTE-BLAZY Philippe.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Visite en France de Cyril Svoboda le 6 avril 2006 à Paris

ti :
Mesdames et Messieurs, merci d'être là ; j'ai été très heureux de retrouver mon ami Cyril ici à Paris puisque nous nous connaissons bien et que je tiens à saluer son engagement actif et constructif dans les instances européennes ainsi que son implication personnelle en faveur de l'amitié franco-tchèque. De plus sa francophonie est impressionnante ; il parle le français comme vous et moi et cela me fait plaisir de voir les progrès spectaculaires qu'il a réalisés depuis quelques mois dans la maîtrise du français.

Notre entretien a eu lieu alors que la République tchèque est en proie à de fortes crues, à des inondations et que la situation reste critique dans plusieurs régions. J'ai tenu à exprimer à M. Svoboda la solidarité de la France. Je l'ai assuré de notre disponibilité à examiner toutes demandes en vue d'une aide d'urgence aux populations sinistrées, comme nous l'avions déjà fait lors des inondations du mois d'août 2002.

Le déplacement de M. Cyril Svoboda intervient quelques mois après plusieurs visites que je qualifierai de très positives. Celle que nous avons faite à Prague d'une part, avec Catherine Colonna, les 6 et 7 octobre 2005, celle à Paris du Premier ministre tchèque M. Paroubek le 18 octobre, et celle de la ministre de la Défense, le 2 décembre 2005, à l'occasion de la commémoration du bicentenaire de la bataille d'Austerlitz.

Sur tous les sujets que nous avons évoqués, mon entretien avec M. Svoboda a permis d'approfondir le dialogue engagé lors de ces visites et de confirmer le caractère extrêmement étroit et confiant de nos relations bilatérales.

Parmi les grands dossiers européens, nous avons évoqué la libre circulation des travailleurs et la décision française d'une ouverture progressive et maîtrisée du marché du travail. Je saisis cette occasion pour confirmer notre volonté d'appliquer la libre circulation des salariés le plus tôt possible. J'ai également souhaité que les négociations en cours entre nos deux pays sur les jeunes professionnels et sur la lutte contre le travail illégal puissent aboutir rapidement.

Nous avons bien sûr abordé les sujets qui seront à l'ordre du jour du Conseil européen du mois de juin prochain, notamment l'avenir de l'Union. A cet égard, j'ai rappelé à Cyril l'importance que nous accordons au débat sur l'élargissement de l'Union européenne, non pas pour remettre en question les engagements pris ou l'élargissement de 2004, qui a été un succès remarquable, mais pour souligner que l'Union européenne doit être en mesure de réussir les futures adhésions.

C'est tout l'enjeu de la notion de capacité d'absorption de l'Union européenne qu'il nous faut maintenant préciser. La République tchèque est, pour nous, un partenaire européen important ; notre dialogue se nourrit d'une convergence de fond sur les principaux dossiers : d'abord, sur la politique énergétique de l'Union européenne et ensuite, sur une Europe des projets susceptible de renforcer la confiance des citoyens à l'égard de l'Union européenne et puis, bien sûr, une coopération étroite en matière de politique extérieure.

Nous avons également évoqué la situation en Biélorussie et la nécessité d'avoir un langage fort vis-à-vis de Minsk, doublé d'un effort pour rompre l'isolement de la population biélorusse. Nous souhaitons que ces convergences s'accentuent encore à l'approche de nos présidences successives de l'Union européenne, au second semestre 2008 pour nous, puis au premier semestre 2009 pour la République tchèque.

Je veux souligner, pour témoignage de cette étroite coopération, le développement de la Francophonie dans la Fonction publique tchèque que nous accompagnerons avec l'aide de l'organisation internationale de la Francophonie. 22 membres du gouvernement, 415 fonctionnaires tchèques, chargés des dossiers européens ont été formés en 2005 et 554 le seront en 2006. Cela, nous le devons à M. Cyril Svoboda. Nous le lui devons de A à Z. C'est lui qui a des discussions passionnées et passionnantes au sein de sa majorité et de son gouvernement pour défendre la Francophonie. Il s'engage personnellement en faveur de l'apprentissage accru de notre langue. Je voudrais vraiment t'en remercier, du plus profond de mon être.

Enfin, sur le plan bilatéral, nos relations sont denses et solides, sur le plan politique, dans le domaine culturel et dans le domaine économique. Pour ce dernier, j'espère que notre présence pourra être confortée et renforcée dans l'avenir, vous savez que la France est, avec près de 400 filiales, le septième fournisseur en République tchèque et le quatrième investisseur.

Nous sommes également intéressés par une coopération dans le domaine des pôles de compétitivité qui permettrait de développer des synergies franco-tchèques dans le domaine de l'innovation et de la recherche où nos deux pays ont un fort potentiel.

En conclusion, je dirai que l'importance de la République tchèque dans les instances européennes, l'engagement résolument européen de son gouvernement, son poids régional en particulier au sein du groupe de Visgrade et la perspective de nos présidences successives de l'Union européenne plaident pour une coopération très étroite de nos deux pays à laquelle j'entends oeuvrer personnellement.

(...)

Q - Etes-vous prêts à soutenir l'initiative que pourrait prendre la République tchèque sur l'avenir de l'Union européenne ?

R - Concernant la question qui m'est posée, je pense que l'année 2006 doit être une année utile pour l'Union européenne. Aujourd'hui, nous savons que la Constitution a été rejetée par le référendum français, par le référendum néerlandais et je trouve qu'il est bon, qu'il est logique que nous puissions ensemble travailler pour parler de notre projet. Cette période de réflexion permet de bien définir le projet européen que nous voulons. Tout ce qui va dans le sens de la définition d'un projet européen va dans le bon sens. J'adhère totalement à l'idée de décrire notre projet européen ; c'est l'intérêt de cette phase de réflexion, qui peut nous permettre de nous mettre d'accord sur une vision partagée. En particulier sur une vision partagée de l'Europe politique et pas uniquement économique.

Je voudrais remercier Cyril de lancer une idée comme celle-ci, il y en aura d'autres et la France sera toujours du côté de ceux qui veulent définir avec force, le projet politique européen.

Q - Très rapidement, j'aimerais demander à M. Douste-Blazy ce qu'il pense de l'image donnée par la France ces derniers mois, de l'opinion négative que l'on peut se faire depuis l'extérieur de la France ?

R - En effet, notre pays a été confronté à la violence dans certaines banlieues et, récemment, à l'occasion d'une réforme sur le travail des jeunes. Lorsque je lis les éditoriaux écrits dans les différents journaux internationaux, je pense que les journalistes qui écrivent le font avec juste raison en exprimant la difficulté de notre pays à se réformer. Il est vrai que le CPE existe en République Tchèque, en Allemagne, où il fait partie du programme de la grande coalition CDU-SPD, sans que cela pose le moindre problème. Il est vrai que dans le gouvernement socialiste de M. Blair, il n'y a pas de sujet comme celui-là alors qu'il y a beaucoup plus de précarité pour l'emploi des jeunes Britanniques que pour ce qui est de l'emploi des jeunes Français.

La France est un beau pays, très démocratique, où l'ordre public règne malgré ce qui a pu être dit et où il y a, en effet, des discussions. Aujourd'hui, ces discussions sont véritablement au sein de la majorité ; il n'y a pas de proposition de l'opposition. Je pense que le Premier ministre va résoudre cette crise assez rapidement en raison de sa capacité d'écoute d'une part, et parce que, d'autre part, les deux groupes parlementaires du Sénat et de l'Assemblée nationale reçoivent les différents syndicats aujourd'hui, en présence de MM. Borloo et Larcher.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 avril 2006

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