Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement, sur France info le 11 avril 2006, sur l'annonce du remplacement du contrat première embauche par la signature de contrats de professionnalisation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement, sur France info le 11 avril 2006, sur l'annonce du remplacement du contrat première embauche par la signature de contrats de professionnalisation.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis, LAGARDE Olivier de.

FRANCE. Ministre de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement;

ti : O. de Lagarde - J.-L. Borloo, on sait que parmi les membres du Gouvernement, vous n'étiez pas parmi les plus "chauds" partisans du CPE, mais tout de même, n'y avait-il pas d'autres façons de conclure l'affaire autrement qu'en le retirant ?

R - Il est remplacé par ce que tout le monde demandait, partenaires sociaux comme employeurs : les contrats de professionnalisation. Qu'est-ce que c'est que le contrat de professionnalisation ? C'est du travail en entreprise et de la formation théorique à l'extérieur. C'est de l'alternance. On l'a lancé il y a un an, on a 171.000 qui ont été signés, qui ont été conçus par les partenaires sociaux, je le rappelle. C'est la modernité, c'est l'alternance, et on donne des moyens considérables pour que ça s'adresse d'abord aux publics les moins qualifiés, les plus éloignés de l'emploi, et notamment chez les jeunes. Donc, voilà. C'est quelque chose qui marche. Le mois dernier, on en a fait 16 % de plus que les mois précédent. L'alternance, c'est la modernité, c'est la formation de demain, y compris d'ailleurs dans les cycles universitaires. Et ce produit était demandé, il fonctionne, on le dope. Alors, après, discuter de la manière, comment on aurait dû faire, etc, franchement, c'est un autre débat. Mais je voudrais dire ça et une deuxième chose sur le calendrier : nous allons demander ce matin à la Conférence des présidents de l'Assemblée qu'on fixe la lecture le plus tôt possible, j'espère ce soir à 21 heures, de façon à ce que tout le monde soit parfaitement rassuré. Le respect du calendrier, c'est aussi le respect de la parole donnée.

Q - Revenons sur ces mesures. Finalement, vous remplacez le CPE par du traitement social du chômage. Cela va coûter 450 millions d'euros en deux ans, ça creuse le déficit ?

R - Qu'est-ce que vous appelez "le traitement social du chômage" avec manifestement une petite pointe de mépris derrière...

Q - Ah ! Pas du tout.

R - Ah bon ! L'apprentissage, c'est bien ou ce n'est pas bien ?

Q - Hier, à votre place, J.-F. Roubaud de la CGPME, réclamait davantage de flexibilité dans les entreprises. Aujourd'hui, il n'en est plus question.

R - Ecoutez, on a un produit voulu par les deux. Monsieur Roubaud est signataire des contrats de professionnalisation [négociés] il y a an. Il les a mis au point avec les partenaires sociaux. Donc, sortons franchement de ces débats français, où on essaie d'opposer les uns aux autres. La France était en retard en matière d'alternance. On avait 330.000 apprentis il y a 18 mois, on va passer le cap des 400.000. On a dit [...] de Cohésion sociale - je ne sais pas si ça s'appelle du "traitement social" ou pas : 400.000 sur 500.000 dans 18 mois. Contrats de professionnalisation lancés il y a un an, on est à 171.000 ; cap, 300.000. Si on fait ça, qui est le bon sens absolu, je crois qu'on aura largement progressé, et notamment vis-à-vis des jeunes, qui ont du talent, et qui n'ont pas forcément une qualification classique. Alors, ça s'adresse aux jeunes dits "en difficulté", encore que je ne sache pas bien ce que ça veut dire, ça s'adresse aussi à des étudiants qui ont fait une ou deux années à l'université, dans des formations générales, qui n'ont pas de diplôme, qui du coup n'ont pas de métier à proprement parler. Eh bien ils vont pouvoir faire un contrat de professionnalisation dans un secteur où il y a des métiers qu'ils aiment. Voilà, c'est ça les contrats professionnalisation. Saluons le contrat de professionnalisation, qui en plus fait l'unanimité de tous.

Q - Permettez-moi tout de même de reparler du CPE : c'est tout de même le symbole de l'échec de la méthode Villepin. Aujourd'hui, est-ce que ce Gouvernement est crédible lorsqu'il parle encore de réformer le pays ?

R - On peut tout dire après. Pendant ces 19 réunions, près de 25 heures que j'ai menées avec les deux formidables présidents de groupe au Sénat et à l'Assemblée, J. de Rohan et B. Accoyer, toutes les organisations ont dit : "On comprend, et le Premier ministre a eu raison de s'attaquer, de dénommer, de dénoncer, de mettre les mots, et de s'attaquer à ce problème particulier du chômage des jeunes". Ils ont tous donné acte. Alors, après, une fois que c'est passé, on peut discuter de la méthode, de tout ça. Mais en tous les cas, ça, on ne peut pas le lui reprocher.

Q - Un dernier petit mot, puisque nous sommes à Rome : la gauche française, s'est déplacée en force durant la campagne pour soutenir R. Prodi. On a peu vu les leaders de droite aux côtés de Berlusconi. Pourquoi ?

R - Ecoutez, très franchement, en ce qui me concerne, vous savez où j'étais : dans mon bureau, en train de travailler, à mettre au point ce remplacement de CPE. Quant aux autres leaders, très sincèrement, je ne sais pas s'ils sont allés ou pas à Rome. Ils ne m'ont en tous les cas pas téléphoné.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, 12 avril 2006

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