Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, à France Info le 20 avril 2006, sur la grève à France Soir et la polémique autour de l'exposition "La Force de l'Art" au Grand Palais. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, à France Info le 20 avril 2006, sur la grève à France Soir et la polémique autour de l'exposition "La Force de l'Art" au Grand Palais.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti : Q- D'abord un mot de la situation de France Soir : nos confrères journalistes refusent le plan de reprise de leur journal, ils vous ont même appelé à l'aide cette semaine : ils voudraient des aides financières pour défendre un projet alternatif. Votre ministère a répondu, et c'est un "non" catégorique ; pourquoi ?

R- Nous avons beaucoup soutenu France Soir parce que c'est un journal dont le passé est immense, qui a marqué l'actualité française à une époque où il était distribué à plus d'un million d'exemplaire. Il a été créé par P. Lazareff, un grand nom du pluralisme et de la démocratie médiatique. Depuis 2002, chaque année, l'Etat a accordé deux millions d'euros à France Soir pour lui permettre de faire vivre le pluralisme politique. Un plan de reprise de ce journal a été décidé par la justice et par le tribunal ; je souhaite qu'il redémarre le plus rapidement possible, c'est absolument essentiel pour sa survie. S'il s'agit toujours d'un quotidien d'information politique, il aura droit au soutien de l'Etat, si c'est un journal qui prend une autre destination, une autre philosophie, il n'aura plus droit aux aides liées au pluralisme politique ; les choses sont très simples. J'espère en tout cas qu'il va redémarrer le plus vite possible. Je comprends l'inquiétude des salariés, je comprends que lorsque l'on est menacé par un licenciement que ce soit particulièrement dur. Je n'ai pas à me substituer à la justice, l'attache de l'importance au pluralisme, c'est pour cela que s'il s'agit d'un quotidien d'informations politiques, il aura droit aux aides renforcées pour le pluralisme.

Q- Mais vous savez que le futur France Soir sera fabriqué sans service politique et sans service culturel, cela ne peut pas vous laisser indifférent.

R- Evidemment que cela ne me laisse pas indifférent, parce que c'est un peu moins de pluralisme sur le plan de l'information dans notre pays. Ce n'est pas à moi de me substituer mais je fais en sorte que l'Etat garantisse le pluralisme et pour les quotidiens qui ont de faibles ressources publicitaires - c'est le cas de la Croix et de l'Humanité -, il y a un dispositif renforcé d'aides de l'Etat, pour susciter de nouveaux lecteurs, il y a un dispositif très performant, expérimental pour renforce l'audience de la presse écrite. Ce sont des défis, aujourd'hui, à l'heure d'Internet. Je soutiens le pluralisme politique.

Q- On en sait plus aujourd'hui sur l'exposition "La force de l'art" qui doit ouvrir ses portes au Grand Palais, le 9 mai. D'abord, pourquoi ce nouveau rendez-vous parisien dédié à l'art contemporain ?

R- Je crois que nous rattrapons un retard, il manquait dans notre pays un rendez-vous régulier tous les trois ans avec la création et les créateurs qui travaillent en France pour faire découvrir leur actualité. Notre pays est riche d'un patrimoine absolument fantastique. Le Premier ministre, D. de Villepin a voulu montrer aussi que la France était riche de sa création des artistes qui travaillent dans notre pays, quelle que soit leur nationalité et de faire en sorte qu'il y ait ce rendez-vous régulier. Je crois que c'est très important. Cela permettra un meilleur rayonnement de nos artistes et deuxièmement, une rencontre qui va peut-être être un peu conflictuelle, qui va peut-être être un peu difficile, entre le public, les créateurs et leurs créations. Parce que l'art contemporain, ce n'est pas évident, cela fait irruption, cela pose des questions, cela bouscule les neurones, cela rend intelligent parce que cela fait réfléchir sur le réel et sur le monde. Et donc, le Grand Palais va ouvrir
ses portes ; c'est un rendez vous très important. La plupart des grandes capitales du monde, New York, Londres et maintenant, même de la Suède, se lançaient dans ces rendez-vous réguliers pour présenter l'actualité de l'art. Nous rattrapons un retard. Je crois que le Premier ministre est un passionné de culture, un passionné de créations contemporaines, il m'a demandé de mettre en oeuvre cette idée et je le fais avec passion.

Q- Vous avez dit "ça bouscule", ça secoue même un peu : depuis que l'idée de cette exposition a été lancée, le monde de l'art contemporain n'est pas vraiment en ébullition mais il y a comme un frémissement. C'est D. de Villepin qui a porté ce projet, du coup il y a un soupçon agité par certains artistes, un soupçon de récupération.

R- C'est ridicule ! On pourrait nous reprocher de ne rien faire, de rester les bras croisés, de laisser Londres ou New York devenir les places les plus importantes du monde pour le marché de l'art. Nous voulons agir ! Et D. de Villepin, de ce point de vue, a raison de faire preuve de passion et d'énergie. Mais lui comme moi nous sommes totalement respectueux de la liberté et de l'indépendance des artistes. Quinze commissaires ont eu la charge de la conception de cette rencontre, de cette exposition, plus un certain nombre de personnalités vont animer des débats, des rencontres, ce sera un lieu très vivant pendant plusieurs semaines, avec de la présence de musique et des rencontres sous toutes leurs formes. C'est moi qui ai voulu que cela se passe avant l'été parce que je pensais justement qu'il fallait que ce soit le plus loin possible des grandes échéances et que l'on ne puisse pas dire : "Ah, ils essayent de faire un coup politique !".

Q- Le peintre G. Fromanger a dit qu'il ne viendrait pas à l'exposition.
Il dénonce un coup médiatique et des arrière-pensées, il parle même
d'une "expo Villepin".

R- C'est de la polémique, je trouve regrettable mais chacun peut exprimer les choses dans les termes qu'il choisit. Je trouve cela tout à fait regrettable. Ce qui est important c'est que l'on rattrape un retard. On a regretté, il y a quelque temps, qu'un certain nombre d'artistes ou d'oeuvres partent à l'étranger et ne soient pas exposés en France, eh bien c'est une manière de dire "on relocaliser dans notre pays", de la même manière que nous le faisons pour les tournages de films, pour l'activité culturelle dans son ensemble. La France est riche son patrimoine, de cette richesse absolument extraordinaire liée à l'héritage de notre histoire, mais aussi des créateurs. Il faut aussi que l'on prouve ce dynamisme.

Q- Cette polémique naissante sur un projet qui devrait normalement faire l'unanimité parmi les artistes, c'est un projet qui devrait les enthousiasmer, n'est ce pas le signe d'un Gouvernement qui peine à continuer à imposer ses projets ?

R- Non, par définition, l'art contemporain fait débat. Reconnaissons que les commissaires ont choisi en toute indépendance les oeuvres et les artistes qu'ils voulaient exposer, certains ont été retenus, d'autres ne l'ont pas été. Pour la plupart, c'est une chance fantastique parce que ce sont des artistes qui n'étaient exposés nulle part ! Aujourd'hui, vous savez très bien que l'on n'a pas assez de galeries, de lieux d'expositions, c'est la raison pour laquelle on essaie de donner cette chance nouvelle pour que faire en sorte que nos concitoyens qui n'ont jamais vu une oeuvre contemporaine, qui ne sont jamais rentrés dans une galerie, soient incités à le faire.

Q- Avec cette exposition, est-ce que le Gouvernement n'essaie pas un peu de rattraper la gaffe qui a été faite avec F. Pinault ? Vous avez dit vous-même que vous voulez défendre l'art contemporain en France aujourd'hui et on a laissé partir en Italie une collection formidable.

R- C'est la décision personnelle de F. Pinault que de vouloir s'installer dans un pays européen, je la regrette et la respecte. Ce n'est pas à moi de m'y substituer. Par contre, la responsabilité traditionnelle, en France, du Premier ministre, du ministre de la Culture, du Gouvernement, du président de la République, c'est de prendre de grandes initiatives culturelles. Vous allez avoir au cours de cette année 2006 toute une série de grands coups de tonnerre positifs. Au mois de juin, il y a l'ouverture d'un nouveau musée au Quai Branly, ouvert sur toutes les cultures du monde, le musée des Arts premiers. Vous avez aux mois de mai et au mois de juin cette présentation de la création contemporaine. Il y aura le musée des Arts décoratifs, la Cité de l'Architecture et du patrimoine. Vous avez, dans nos régions, un certain nombre de centres chorégraphiques nouveaux. Bref, il y a une effervescence autour de la création contemporaine, c'est un pays fort. Nous avons pris des dispositions fiscales qui étaient attendues depuis des années. A César ce qui est à César : le Premier ministre a pris les arbitrages et les décisions pour que le soutien à l'art contemporain et aux artistes vivants soit une réalité. Où est le problème ? On a le droit de le regretter mais c'est de la polémique politique.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 20 avril 2006

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