Conférence de presse mensuelle de Dominique de Villepin, Premier ministre, sur la situation économique, l'emploi, la représentativité syndicale et la croissance, le projet de loi sur l'immigration, le grand débat sur l'université et l'emploi, la protection de l'enfance, le vieillissement et la santé, Paris le 4 mai 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse mensuelle de Dominique de Villepin, Premier ministre, sur la situation économique, l'emploi, la représentativité syndicale et la croissance, le projet de loi sur l'immigration, le grand débat sur l'université et l'emploi, la protection de l'enfance, le vieillissement et la santé, Paris le 4 mai 2006.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : 10eme conférence mensuelle du Premier ministre

ti : Mesdames, Messieurs,

Merci d'être présents pour cette dixième conférence de presse.

Je sais que certains d'entre vous ont à l'esprit un dossier particulier : je répondrais naturellement à vos questions tout à l'heure.

Parce que tous les Français, pour tous les Français, il n'y a qu'une seule chose qui compte : le travail que nous faisons jour après jour pour améliorer leur vie quotidienne et préparer l'avenir de notre pays. Nous commençons à obtenir des résultats importants. La France se remet en marche. Il serait irresponsable de ne pas poursuivre et d'intensifier notre action. Vous pouvez compter sur moi pour rester mobilisé sans relâche au service de tous les Français.

1. Nous voyons les premiers fruits de notre travail

Le chômage baisse fortement :

Au mois de mars, nous avons connu la plus forte baisse du chômage depuis cinq ans. En un an, le nombre de chômeurs a baissé de 200 000 : jeunes, seniors, femmes, tout le monde est concerné. Ce sont des milliers d'emplois nouveaux qui ont été créés dans les services, dans les associations, dans les très petites entreprises.

Tout cela, vous le savez, ne tombe pas du ciel :

C'est le résultat des instruments nouveaux que nous avons mis à disposition des entreprises. Je pense en particulier au Contrat Nouvelles Embauches : l'INSEE a rappelé qu'il créerait entre 40 000 et 80 000 emplois par an. Je rappelle que le Conseil d'Etat puis le Conseil constitutionnel l'ont déclaré conforme à nos règles constitutionnelles. Pour répondre aux inquiétudes sur les conditions de rupture de contrat, sur les sécurités offertes aux salariés, il y aura une évaluation régulière avec les partenaires sociaux.
Ces résultats, c'est aussi le fruit du travail du service public de l'emploi : vous savez que nous avons complètement réorganisé le fonctionnement de ce service, avec Jean Louis BORLOO et Gérard LARCHER. Il est aujourd'hui en ordre de marche : chaque demandeur d'emploi doit être reçu une fois par mois. Alors je sais bien qu'il y a encore des endroits ici où là où ce n'est pas le cas, je sais bien qu'il faut que nous allions plus vite encore dans ce domaine. Je serai particulièrement vigilant sur ce point.

Rien n'est jamais définitivement gagné en matière d'emploi : il reste encore beaucoup à faire pour défendre et pour améliorer notre modèle français.

Plus de mobilité dans l'emploi, cela doit se traduire par plus de sécurité pour chaque salarié. Jean-Louis BORLOO et Gérard LARCHER ont commencé à mettre en place des outils nouveaux : la moralisation des stages, le contrat de transition professionnelle la validation des acquis de l'expérience. Le Conseil d'orientation de l'emploi y travaille et fera un bilan d'étape dans les prochains mois.
Deux rapports particulièrement intéressants viennent de m'être remis par Dominique CHERTIER et par Raphaël HADAS-LEBEL sur la modernisation du dialogue social et sur la représentativité syndicale. Je les avais demandés au mois de décembre dernier. A mon sens, ce sont des rapports fondateurs pour moderniser et approfondir le dialogue social en France. Je souhaite donc qu'ils nous permettent d'avancer rapidement avec les partenaires sociaux que je rencontrerai dans les semaines à venir.

L'emploi est et reste la première préoccupation de mon gouvernement. Notre ambition, c'est passer d'une société dans laquelle l'emploi est rare et difficile à obtenir, à une société qui crée des emplois et où chacun peut trouver facilement un travail, sans craindre l'avenir. Non pas une société du chômage, non pas une société qui a la préférence pour le chômage mais une société de plus d'opportunités.

Nous avons aussi des résultats en matière de croissance :

Le rythme de la croissance depuis le début de l'année 2006 dépasse 2%. Cette accélération n'est pas le fruit du hasard, mais bien du volontarisme de ce gouvernement. Nous avons relancé l'investissement public, démultiplié l'effort de recherche et d'innovation, baissé la taxe professionnelle et l'impôt sur le revenu.
Nous attendons une progression de 5% des investissements industriels pour 2006, soit la plus forte hausse depuis 2000.
Il y a eu 420 000 mises en chantier de logement en un an, c'est le niveau le plus élevé depuis 25 ans.
230 000 entreprises nouvelles ont été créées depuis un an, c'est un record.

Ce sont des résultats sont encourageants. Mais nous pouvons faire encore mieux en matière d'innovation et de compétitivité :

Avec Thierry BRETON, Gilles de ROBIEN, François GOULARD, nous suivons avec une vigilance particulière la mise en place des pôles de compétitivité et l'application de la loi sur la recherche. Car ce sont les fers de lance de l'innovation et de la connaissance dans notre pays, ce sont les instruments qui préparent la croissance de demain.
A plusieurs reprises j'ai eu l'occasion de visiter des pôles de compétitivité, à Oyonnax, à Toulon, à Lyon, en région parisienne : à chaque fois j'ai été fortement impressionné par la vitalité des équipes de recherche, par le savoir-faire des entreprises, par la cohérence des projets réalisés et surtout par la volonté des uns et des autres de travailler ensemble. Mieux se coordonner, mieux croiser les informations, essayer de mêler et de croiser les talents. C'est bien cela l'esprit des pôles de compétitivité. C'est bien dans cette voie de l'excellence et du regroupement de nos forces que nous devons continuer à travailler.

2. Dans les mois à venir, le gouvernement poursuivra son action en faveur d'une croissance juste, d'une croissance sociale.

La croissance, ce n'est pas seulement pour les entreprises ou pour le pays. La croissance est d'abord pour les Français. Elle est le meilleur moyen de répondre à leurs préoccupations sur le pouvoir d'achat.

Quand il y a de la croissance, il y a des gains à partager davantage de gains à partager. C'est tout l'objectif du développement de la participation, sur laquelle le gouvernement travaille depuis plusieurs mois. Car je suis convaincu que le développement de la participation est un projet de premier plan pour notre pays, un véritable projet de société qui permettra de donner une place plus équitable à chacun, dirigeants, actionnaires, et salariés. Il contribuera à améliorer les relations sociales au sein des entreprises. Il permettra enfin de mieux défendre les intérêts de nos groupes pour construire un véritable patriotisme économique français et bien sûr européen. Le projet de loi sur la participation a fait l'objet d'une très large concertation. Nous tiendrons compte des propositions faites par les parlementaires et les partenaires sociaux dans le texte qui sera soumis au Parlement avant la fin de la session. Je pense en particulier à la représentation des actionnaires salariés : ils devront participer au conseil d'administration des grandes entreprises.

Quand il y a croissance, il y a une vraie politique salariale à mettre en place. Nous avons déjà revalorisé la prime pour l'emploi. Je veux désormais faire en sorte que les salaires progressent plus vite pour que les Français puissent décoller du SMIC. Gérard LARCHER dressera dans les prochains jours le bilan des négociations salariales dans les branches que nous avons relancées : les résultats, vous le verrez, sont et seront très encourageants. Ils sont une bonne base pour aller plus loin.

Quand il y a de la croissance, il y a la possibilité de poursuivre dans les meilleures conditions l'effort de désendettement de l'Etat que nous avons engagé depuis plusieurs mois. Grâce à l'action de Thierry BRETON et de Jean-François COPE, nous avons aujourd'hui un déficit public qui pour la première fois depuis 2001 est passé sous la barre des 3%. Et voilà un objectif qui n'était pas facile à atteindre. Bien peu avait prévu que nous puissions y parvenir. Moins de dettes, c'est plus de confiance pour les entreprises, c'est plus de marges de manoeuvre pour l'Etat, c'est plus d'argent pour les Français. C'est en nous désendettant aujourd'hui, que nous nous enrichirons demain et que nos services publics fonctionneront mieux pour les décennies à venir.

Je veux aussi répondre à la hausse du prix de l'essence, qui pose un vrai problème financier pour beaucoup de ménages et notamment les plus modestes.

Le cap a été clairement fixé : c'est le développement des énergies propres.

Nous avons déjà pris des mesures importantes dans ce domaine : incitations fiscales pour isoler les logements et développer les chauffe-eau solaires, plan pour les biocarburants, efforts sur les énergies alternatives au pétrole.
Et les résultats sont là : les ventes de chauffe-eau solaires et de chaudières gaz économes ont été multipliées par deux, comme la puissance éolienne installée. La production de biocarburants dépasse les objectifs fixés par l'Union européenne. Les étiquetages verts en particulier sur les voitures seront prêts dans les prochaines semaines. C'est bien la preuve que la France est prête à s'engager résolument dans la voie de l'après pétrole. Elle en a l'envie. Elle en a les moyens. Elle en a les capacités technologiques.

A court terme, pour compenser la hausse du prix du pétrole et aider les ménages à faire face à leurs dépenses, il n'y a pas de solutions miracle mais bien un ensemble de mesures efficaces :

La première mesure, c'est la redistribution : je veux fixer une règle claire, une règle juste. Dès que le prix du baril dépassera 60 dollars, ce qui est le cas aujourd'hui, tout ce que l'Etat gagnera en plus sera redistribué. En 2006 comme en 2005, il n'y aura pas de cagnotte pétrolière.
La deuxième mesure, c'est la solidarité de l'Etat : nous continuerons à faire un effort pour les professions les plus exposées comme les marins pêcheurs, les agriculteurs, les transporteurs routiers, les taxis ou les ambulanciers : je sais que ces professions ont subi de plein fouet la hausse des prix du pétrole.
La troisième mesure, c'est la transparence : je souhaite que les consommateurs puissent savoir de façon claire sur route comme sur autoroutes, à travers des systèmes d'informations appropriés, où se trouvent les stations les moins chères et je demande à Thierry Breton de réunir les distributeurs pour prendre rapidement des dispositions en ce sens.
Enfin nous ouvrirons, lors de la discussion du prochain budget, une réflexion sur l'équilibre entre les différentes assiettes fiscales face à un prix du pétrole durablement élevé. L'objectif n'est pas de rendre le pétrole plus attractif, mais de veiller à ce que la taxation des pollutions soit mieux répartie. Un groupe de travail a été installé sur ce sujet par Thierry BRETON et Nelly OLLIN. Il rendra ses conclusions au mois de juillet.

Défendre une croissance sociale, c'est aussi préparer et accompagner les grandes évolutions de notre pays :

L'un des grands défis que notre société doit relever, c'est celui de l'immigration. Si nous voulons rester fidèles à la tradition d'accueil et d'ouverture de notre pays, nous devons nous donner les moyens de mieux contrôler les flux migratoires et de mieux intégrer les étrangers qui viennent en France.

Le préalable, c'est bien entendu, nous le savons tous, la lutte contre l'immigration irrégulière, qui conduit toujours à des drames humains et ne permet pas l'intégration sur notre territoire.
Mais nous devons également, et c'est l'objet de ce nouveau projet de loi défendu par Nicolas SARKOZY, nous donner les moyens d'éviter les abus et de mieux faire respecter les droits et les devoirs qui constituent notre pacte républicain. C'est cet équilibre entre fermeté bien sûr mais aussi humanité que nous devons en permanence faire respecter.
Alors, il y a des questions difficiles ? Ouvrons le dialogue, comme je l'ai fait avec les églises : ce n'est pas parce que nous voulons mettre fin à des procédures de régularisation automatique qui sont souvent une prime à la clandestinité que nous n'étudierons pas au cas par cas la situation des personnes qui se sont établis en France. Je vous rappelle qu'il y a 20 000 cas de régularisation au cas par cas en France, ce qui offre au Préfet la possibilité d'étudier ces différents cas et de prendre les mesures appropriées. Nous voulons mieux coordonner, mieux rationaliser la prise de décision sur l'ensemble du territoire pour plus de justice dans l'étude de ces différents cas.

Au-delà de l'immigration, nous devons être plus attentifs aux grandes évolutions de notre société. Je pense bien évidemment au vieillissement de la population et la dépendance d'un nombre croissant de personnes. Je pense aussi aux évolutions au sein de la famille et à l'augmentation du nombre de familles recomposées. Je pense enfin à l'élévation du niveau scolaire et à l'entrée plus tardive dans la vie active.

Ces réalités nouvelles, nous devons les prendre en considération, si nous voulons renforcer la solidarité entre les générations. Aujourd'hui notre société est trop souvent fragmentée, traversée de fractures qui isolent et qui fragilisent les personnes. Or la cohésion de notre société, elle dépend avant tout de notre capacité à renforcer les liens entre les adultes, les personnes âgées et les jeunes :

La société que je veux bâtir, que nous voulons bâtir, est une société rassemblée, où les aspirations individuelles se conjuguent avec l'affirmation d'un destin collectif, où chacun peut vivre pleinement sa vie tout en sachant qu'il peut compter à tout moment, pour sa santé, pour l'éducation de ses enfants, pour la préparation de l'avenir, sur la solidarité nationale.
Cette solidarité entre les générations, entre les plus jeunes et les plus âgés, mais également entre ceux qui sont à la retraite et ceux qui entrent dans la vie active, c'est l'un des défis majeurs de notre pays pour les années à venir : qu'il s'agisse du financement des retraites, de la prise en charge des personnes âgées, de l'accès populaire à la propriété, à chaque fois nous retrouvons la nécessité d'un juste partage des responsabilités et des devoirs.
La solidarité entre les générations sera le sujet de la Conférence de la Famille, que je réunirai à l'hôtel Matignon avant l'été.

Nous ne traiterons pas tout du jour au lendemain, mais nous devons avancer davantage sur deux sujets majeurs : l'éducation et la santé

Nous le faisons avec le lancement du grand débat national sur l'université et l'emploi.
En lançant ce débat nous avons voulu, avec Gilles de ROBIEN et François GOULARD, répondre aux ambitions des jeunes : ils veulent une meilleure orientation, ils veulent des diplômes universitaires mieux reconnus, ils veulent de meilleures conditions de travail, ils veulent un accès plus facile et plus sûr à l'emploi. Tout cela est légitime. Les efforts que le gouvernement a décidé d'engager en faveur de l'université sont la reconnaissance de ce que notre société doit à tous ses étudiants, à leurs espoirs, à leurs attentes.
La commission nationale présidée par le recteur HETZEL remettra un rapport d'étape en juin. Je souhaite que les mesures qu'elle proposera puissent être mises en oeuvre dès la prochaine rentrée universitaire.
Laurent WAUQUIEZ me remettra dans le courant du mois de mai son rapport sur les bourses universitaires. Nous en tirerons les conclusions dans les meilleurs délais possibles.
Nous devons également poursuivre les efforts massifs engagés dans le domaine de la santé en particulier avec le plan cancer, la réforme de l'assurance maladie ou la loi de santé publique.

Cet engagement donne des résultats : nous sommes devenus le pays le plus en pointe en matière de lutte contre le cancer, les comptes de la sécurité sociale se redressent, nous sommes parmi les mieux préparés face à la menace de pandémie grippale.
Sur un sujet qui préoccupe particulièrement les Français, l'hôpital, les résultats sont également au rendez-vous : de nombreux services et établissements ont été construits ou rénovés. Nous avons amélioré les conditions d'exercice des professionnels et modernisé la gestion des hôpitaux : ils sont désormais centrés autour des besoins des patients.
C'est comme cela que nous garantirons à tous l'égal accès aux soins. C'est comme cela que nous préparons notre système de santé aux nouveaux défis.

Je propose maintenant d'avancer dans trois directions :

La première direction, c'est la protection de l'enfance : le projet de loi de Philippe BAS a été adopté hier en Conseil des Ministres. Il concernera près de 200 000 familles. Il permettra de renforcer la procédure de signalement et de mieux prendre en charge les enfants qui subissent des violences ou des mauvais traitements.
La deuxième direction, c'est la politique de santé publique : garantir la santé des Français, ce n'est pas seulement avoir un système de soins performant. C'est aussi lutter contre les dépendances, les addictions, les comportements à risques. A l'issue de la concertation sur le tabac, je souhaite qu'une décision soit prise si possible à l'été, et en tout état de cause avant la fin de l'année, comme l'a demandé le Président de la République. Je veux évoquer également deux sujets auxquels je sais que Xavier BERTRAND est très attaché : d'une part le développement des greffes afin de pouvoir sauver plus de vies encore, d'autre part la lutte contre l'obésité.
La troisième direction, c'est l'aide aux personnes âgées : le gouvernement s'investira sur plusieurs chantiers, qui me semblent aujourd'hui prioritaires pour aider les personnes âgées ou les personnes qui s'occupent d'elles. Je pense à la question des tutelles, notamment 700 000 personnes sont aujourd'hui sous un régime de protection, soit en raison de leur âge, soit en raison de leur état de santé. C'est une charge particulièrement lourde pour les familles qui sont mal préparées à cette situation. Nous devons répondre à leur désarroi et à leurs attentes. Je pense aussi au développement et à l'accélération des recherches sur les maladies liées au vieillissement, comme la maladie d'Alzheimer ou la maladie de Parkinson. Je pense enfin à l'amélioration de la prise en charge dans les établissements d'accueil grâce aux emplois de services et à une médicalisation accrue. Sur tous ces chantiers, le gouvernement présentera dans les semaines à venir ses orientations, sur la base de consultations approfondies.

Vous le voyez, il reste un travail considérable à accomplir pour aider les Français à vivre mieux, en confiance, avec les mêmes chances et les mêmes protections, pour accompagner l'évolution de leurs modes de vie, et pour préparer l'avenir avec eux.


Nous avons désormais un socle de résultats. Nous avons aussi un élan positif. Utilisons le au mieux.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 5 mai 2006


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