Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, sur les enjeux politiques et électoraux de l'UMP, Nîmes le 9 mai 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, sur les enjeux politiques et électoraux de l'UMP, Nîmes le 9 mai 2006.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

Circonstances : Meeting de l'UMP à Nîmes (Gard) le 9 mai 2006

ti : Mes chers amis,


Je voudrais vous dire combien votre présence si nombreuse me touche profondément. C'est un encouragement, c'est un soutien, c'est une preuve d'amitié qui me créent un devoir d'action, de loyauté, de fidélité.

Merci d'être ici, à Nîmes, dans une des villes les plus anciennes, les plus belles, les plus prometteuses de notre pays.

Merci d'être venus en ce 9 mai, fête de l'Europe. L'Europe que je veux n'est pas une menace. C'est une promesse car elle est à mes yeux à la fois notre héritage et notre prolongement.

Merci d'être venus pour partager une espérance. Celle d'un futur que nous allons construire ensemble !

Merci d'avoir voulu affirmer votre foi dans une idée d'avenir : la France.

La France dont on n'a pas assez parlé ces temps derniers. La France qui n'est pas toujours assez respectée. La France dont le devoir premier de chaque Français est de l'aimer.

L'idée que je me fais de la France est trop grande pour qu'elle appartienne à quiconque.

La France n'appartient à personne.

Elle n'appartient pas à ceux qui la conspuent, pas davantage à ceux qui la caricaturent au travers de son histoire, encore moins à ceux qui assimilent ses erreurs aux crimes du XXème siècle, au mépris de la rigueur qui devrait être au fondement de tout travail historique.

Elle n'appartient pas, la France, à ceux qui guettent son déclin, s'en réjouissent en silence, attendent son crépuscule, oubliant la capacité séculaire de notre peuple à relever les défis du destin. Pas plus qu'elle n'appartient à ceux qui voudraient croire que tout va bien, que rien ne doit changer, que tout peut rester comme avant.

La France n'appartient pas à ceux qui la voient frileuse, consanguine, repliée sur elle-même, à l'opposé de toutes nos traditions. La France républicaine, je ne la vois pas davantage corrompue par les falsifications de l'extrême gauche et du parti communiste, qui n'ont fait que se tromper depuis un siècle et semer le malheur partout où le marxisme et la révolution sont passés. En voulant à tout prix faire de la révolution française la matrice de tous les totalitarismes, du bonapartisme le prélude de l'hitlérisme, de Vichy le seul visage d'une France xénophobe et raciste, ils attestent de l'exécration qu'ils ont de l'idée de nation.

Et c'est pourquoi je demande aux socialistes de faire avec l'extrême gauche le même travail de clarification et de transparence que celui que nous avons fait avec l'extrême droite. Quand on a donné des leçons de façon si outrancière, il convient de ne pas se mettre en situation d'en recevoir.

Mes chers amis, la France n'appartient à personne parce qu'elle s'appartient elle-même. Son existence est indépendante des hommes et des femmes qui l'habitent. Elle est au-delà des idéologies. La France est une histoire, un espace, un peuple, une langue, une culture. Mais la France est bien plus que cela. Elle est sans doute la nation qui jouit de la plus ancienne conscience d'elle-même.

La France n'avait rien pour être un ensemble uni et stable. Elle est faite de 100 peuples qui ont chacun leur art de vivre, leur culture et leur langue. Elle est faite de 100 pays qui ont chacun leur paysage, leurs traditions, leur architecture. Du nord au sud, de l'est à l'ouest, "chacun des pays de France a sa façon de naître, de vivre, de mourir". C'est encore vrai aujourd'hui et ce n'est pas ici que l'on va me contredire.

Et pourtant malgré toutes ces réalités la France a décidé de vivre ensemble. A chaque période de son histoire, elle a mis ses forces au service de son unité et celle-ci s'est transformée en exceptionnel destin.

Elle a inventé l'Etat pour administrer le royaume et imposer le pouvoir de la monarchie sur les féodalités.

Elle s'est dotée d'une langue, qui deviendra la langue de tous les Français. Il n'est pas un champ de la pensée humaine qui n'ait été exploré au plus haut niveau de l'intelligence par des oeuvres écrites en langue française : théologie, histoire, philosophie, sciences humaines, poésie, littérature... Connaître le français, c'est avoir accès à un patrimoine littéraire d'une exceptionnelle densité, à un pan majeur de la culture mondiale. C'est un trésor qu'il ne faut pas assécher en l'entourant de barrières, mais qu'il faut cultiver parce qu'il est une chance pour la France et un besoin pour le monde. Défendre le français est un devoir moral, politique, économique. Nous l'avons reçu en héritage comme une des grandes langues du monde. Nous ne pouvons assister à sa régression sans réagir. Si la France ne défend pas le français, personne ne le fera à notre place. Sa disparition de la scène internationale serait une faute pour la France et un appauvrissement pour le monde.

La France a su délaisser la raison d'Etat, découvrir la faculté de raison des individus et reconnaître le droit de tous les Français à participer à la définition du destin de la nation. Elle l'a fondée sur le principe universel selon lequel tout homme est doué de raison. C'est pourquoi sa Révolution a éclairé le monde.

La France a inventé son idée de la nation en la fondant sur le sentiment d'appartenance plus que sur la naissance. Voici pourquoi je n'accepte pas la théorie du seul droit du sang pour devenir français. Voyez Apollinaire, né d'un père italien et d'une mère polonaise, ayant choisi le français pour langue et la France pour patrie, engagé volontaire en 1914 pour défendre un pays qui était le sien par l'amour qu'il lui portait. En France, disait-il, « qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux » ! C'est toujours vrai aujourd'hui, mais il convient de ne pas oublier le "qui sert bien son pays". Devenir français c'est aussi accepter des devoirs et des efforts. Il n'y a pas d'intégration sans devoir et sans effort !

A l'heure de la République enfin, la France s'est créé des mythes, des principes et des instruments pour unifier son peuple dans une mémoire et une culture communes. Quand j'étais écolier, nos maîtres nous parlaient de nos ancêtres les Gaulois. Ni les maîtres, ni les élèves n'étaient dupes. Chacun savait bien qu'à Arles, à Nîmes, à Narbonne ou à Perpignan il n'y avait pas eu beaucoup d'ancêtres gaulois. A Oran, à Tunis ou à Dakar encore moins. Mais c'était un acte de foi. On a parfois voulu y voir une forme de négation identitaire, une forme de racisme. Mais le raciste ne s'invente jamais des ancêtres communs avec celui auquel il se prétend supérieur. C'est donc un procès injuste fait à la France.

C'est pour tout cela que la France a autant parlé au monde, autant séduit le monde, autant dérangé aussi le monde. Elle n'a eu de cesse que de proposer un modèle de démocratie que d'autres pays avaient gardé pour eux. Elle s'est érigée en modèle de l'idéal national parce qu'elle était la nation la plus improbable et donc la plus politique.

Or, la France souffre aujourd'hui. La France est couverte de châteaux, d'églises, de demeures qui témoignent de la splendeur de son passé. Elle a ses monuments aux morts, ses champs d'honneur et ses cimetières militaires qui témoignent de son attachement profond à la nation. Elle a toujours son art de vivre, ses traditions populaires. Elle soigne son patrimoine parce qu'elle sait que la diversité n'est pas le contraire de l'unité. Mais elle ne sait plus pourquoi elle est ensemble, ni ce qu'elle a à dire au monde.
C'est bien pourquoi s'impose à nous une formidable exigence : celle de construire une pensée pour l'avenir, au service d'une nouvelle espérance.

Combien sommes-nous à avoir mal à la France ? La France ne cesse de se chercher des occasions d'espérer des "moments pleins d'histoire nationale" (Nora). Elle ne se trouve que des malheurs : le 21 avril 2002, le non au référendum, l'échec de la candidature de Paris 2012, la crise des banlieues, la crise du CPE, la détestable affaire de Clearstream. Nous nous désespérons de voir notre pays régresser dans tant de classements internationaux ? Nous enrageons de le voir décrié, dénigré et caricaturé à l'étranger.

Chaque Français entretient un lien intime avec la France, un lien fait d'héritage familial, d'histoire personnelle, de rencontres, de lectures, de défis qu'il a fallu surmonter, et d'espoirs qui ont été comblés. L'attachement d'un Breton à la France n'est pas nourri des mêmes souvenirs, que celui d'un juif qui s'est caché pour survivre à la Shoah, d'un parisien issu de l'exode rural, d'un descendant de protestant cévenol, d'un fils de Hongrois élevé par un grand-père français. C'est un jardin moitié secret, moitié public, fait de raisons et de sentiments. Mais chaque Français se sent triste, blessé, humilié, en colère, quand la France n'est pas à la hauteur de son passé, quand la France déçoit les espoirs que tant de peuples ont mis en elle, quand la France au fond n'est pas assez la France.

Pour quelques-uns si la France va mal, c'est parce que les nations n'ont plus de rôle, parce que les Etats n'ont plus de pouvoir, parce qu'avec l'Europe c'est devenu dépassé de se sentir français. Pour eux c'est un fait inéluctable qu'il convient de choisir entre patriotisme et ouverture au monde. A leurs yeux la France est condamnée à devenir une province européenne, dans une Europe sans identité, sans frontières, ouverte aux quatre vents de la mondialisation au lieu d'en être un rempart protecteur. Eh bien je n'accepte pas ces fariboles ! Je suis un Européen convaincu mais je ne crois pas à la fin des nations. Je crois au destin de la France.

Plus encore, je crois que les Etats ont du pouvoir et le devoir de l'exercer et de l'incarner.

Regardons la France. A qui fera t-on croire que la rigidité du droit du travail et les 35 heures, qui ne font que détruire des emplois en décourageant le travail, à qui fera t-on croire que c'est l'Europe et la mondialisation qui en sont responsables ?

A qui fera-t-on croire que c'est l'Europe qui nous a contraints à laisser nos banlieues se dégrader, à jeter un voile pudique sur les discriminations, à rester pendant tant d'années inertes devant les trafics, la violence et les bandes, à pervertir nous-mêmes notre langue en disant "tournante" au lieu de viol, "grand frère" au lieu de caïd, "jeune" au lieu de voyou, "incivilités" au lieu de délits ?

A qui fera-t-on croire que c'est la mondialisation qui nous empêche de réformer l'école ? De protéger l'autorité des maîtres ? D'obliger les élèves à se lever lorsque ce dernier entre dans la classe ? D'assurer l'enseignement des matières fondamentales, notamment le français et l'histoire sans lesquels il n'y a ni culture personnelle, ni culture collective ? De réagir à l'absentéisme scolaire, ne serait-ce qu'en responsabilisant les parents qui ont des devoirs à assumer ? De mettre la médecine scolaire au service de la détection des souffrances silencieuses des enfants ? A qui fera-t-on croire que l'Europe nous empêche d'accueillir les enfants handicapés ? De développer le sport ? Je crois dans le sport à l'école parce que le sport développe des qualités humaines que l'école ne valorise pas assez : le charisme, le goût de l'effort, le sens des autres. A qui fera-t-on croire que l'Europe nous empêche de donner une qualification à chaque jeune ? De créer un vrai service d'orientation fondé sur la connaissance des métiers, et pas seulement sur la psychologie ? De supprimer les filières bidons qui ne donnent aucun emploi et qui permettent tout juste aux désoeuvrés de traîner leur ennui ? De donner plus d'autonomie à nos universités et les moyens d'être gouvernées ?

Je crois que les Français sont prêts aux efforts nécessaires pour peu qu'on leur propose un projet collectif et un calendrier crédible. La France est pour chacun de nous un repère, une référence et une identité.

La question n'est plus de se battre les armes à la main. La question n'est plus d'être conquérants contre nos voisins, nationalistes contre l'Europe, patriotes contre la mondialisation. La question est de se rassembler, de réunir nos forces pour construire l'avenir, pour redonner à la France son rôle d'exemple. La question est de remettre la France au centre de la démarche européenne et d'inventer le modèle avec lequel nous allons entrer dans le monde nouveau tout en restant fidèles à nos racines.

C'est une époque passionnante en vérité. Une époque où l'histoire peut se remettre en marche.

Tout ce que je vous dis ce soir, je le crois nécessaire et surtout je le crois possible. Il n'y a pas de fatalité au déclin, il y a seulement les ravages de l'immobilisme. Souvenons-nous combien nous étions exsangues en 18, humiliés en 40, vidés en 45, perdus en 58. A chaque fois, la France s'est redressée parce qu'elle a eu le courage de se regarder en face, de se reprendre en main, de trouver en elle-même les forces de son unité et de sa reconstruction.

Je me souviens de mon premier meeting. C'était en 1974 et je n'avais pas vingt ans. Je regardais mes aînés tout couverts de leur gloire. La politique pour eux s'était confondue avec la Résistance, la France Libre, la Libération. Ils avaient reconstruit la démocratie, la République, l'Etat, l'économie autour du Général de Gaulle. Ils avaient rendu son indépendance à la France, ils lui avaient évité la guerre civile, ils lui avaient redonné son rang parmi les nations. Ils avaient fait la sécurité sociale, la décolonisation, le marché commun...

C'est ce jour-là qu' une irrépressible envie d'agir me conduisit vers ces hommes qui toute leur vie s'étaient battus contre la fatalité et contre le renoncement. Ces hommes de l'histoire, ignorant leur âge, ne voulaient parler que du futur et n'avaient jamais cessé d'enfanter l'avenir.

Depuis des années hélas, la vie politique se résume trop souvent à des mots, alors que la France a besoin d'actes. Depuis des années, elle se repaît d'une pensée unique de plus en plus décalée alors que la France a besoin d'idées neuves. Depuis des années, elle contemple, comme interdite, son passé alors que la France a besoin de prendre à bras le corps son avenir.

Si les Français doutent de la politique, c'est d'abord parce que les responsables politiques eux-mêmes n'y croient plus. Ils n'ont plus de projet, plus de vision, parce que tant d'années d'immobilisme ont fini par les convaincre que plus rien n'était possible.

Ma vérité est aux antipodes de cette attitude.

Pour moi c'est l'immobilisme qui prive la démocratie de son sens. L'immobilisme qui affaiblit la France. L'immobilisme qui n'est pas la continuité de notre histoire : il est sa négation. L'immobilisme qui discrédite l'Etat. L'immobilisme qui détourne le pouvoir de ce pourquoi il est fait. C'est l'immobilisme qui fabrique de la précarité. C'est le changement qui permettra de construire les nouvelles protections dont les Français ont besoin.

Ce soir, je suis vous venu vous dire que les choses peuvent changer, que les choses vont changer. Parce que nous allons ensemble construire le chemin qui fera entrer la France de toujours dans le monde de demain.

Construire voici l'un des plus beaux verbes de la langue française. Je veux associer notre action à ce mot. Je vois la politique comme une opportunité pour agir, pour bâtir, pour réaliser. Je n'ai pas consacré ma vie à la politique pour détruire, pour dénigrer, pour défaire.

Le devoir d'un responsable politique digne de ce nom, il est bien de construire pour l'avenir de chaque Français et pour l'avenir de la France.

La France a tout pour réussir dans ce monde qui vient. C'est un monde où l'intelligence va dominer, et la France est intensément créative. C'est un monde où l'art de vivre va être recherché : or la France n'y a pas son égal. C'est un monde où les peuples vont chercher à concilier identité nationale et valeurs universelles : c'est ce que fait la France depuis deux siècles.

Cette France nouvelle, c'est à nous de la vouloir, c'est à nous de la choisir car le monde ne nous attend pas.

Il nous faut affirmer notre fierté d'être français.

On ne bâtit rien sur l'autodénigrement. La France a autant besoin de se regarder en vérité que de se respecter elle-même. Ce n'est pas incompatible. Je n'ai jamais voulu qu'on jette la pierre aux "déclinologues", car il y a beaucoup plus de respect et d'amour de la France chez ceux qui ont le courage de dire que ça ne va pas bien que chez ceux qui refusent béatement de voir les retards que nous accumulons.

Quand je me suis engagé en politique, la fierté d'être français allait de soi. Il est stupéfiant de voir comment une sorte de pensée politiquement correcte, a abouti à laisser à l'extrême droite le monopole de l'usage du mot patrie. Je me sens profondément Français et pourtant je ne me reconnais en rien dans les discours xénophobes, haineux, racistes de tous ces extrémistes qui donnent une bien triste image de notre démocratie.

L'histoire de France, comme celle de tous les peuples, est faite de gloire et de moments d'ombre, d'actes admirables et de grands crimes. Mais nous avons bâti une nation dont nous n'avons pas à rougir.

La France a créé des souffrances, mais elle n'a enfanté ni Hitler, ni Staline, ni Pol-Pot. Elle a résisté à toutes les tentations totalitaires. Elle n'a rien engendré d'équivalent aux camps d'extermination nazis, au goulag stalinien, ni aux procès de Moscou. Elle n'a envoyé le feu nucléaire sur aucune ville. Pour s'en tenir au XXème siècle, ce n'est déjà pas si mal.

La France a pratiqué la traite négrière et l'esclavage. C'est une barbarie, un crime contre l'humanité. Mais elle n'a pas été la seule. Faire de l'esclavage l'unique visage de la France, c'est rayer d'un trait tous ceux qui ne l'ont pas pratiqué ou qui se sont élevés contre. Faire de toute la colonisation une entreprise criminelle, c'est commettre une faute à l'égard de la multitude des petites gens qui ont travaillé dur toute leur vie dans les colonies sans jamais exploiter personne ou qui de bonne foi y ont implanté des valeurs auxquelles ils croyaient.

L'histoire de France a des zones d'ombre, mais la France au fond a toujours triomphé du mal. Mieux, elle a reconnu ses erreurs. Jacques Chirac a eu raison de reconnaître le rôle de Vichy dans les persécutions nazies et il n'était que temps. Nous avons eu raison d'appeler "guerre" les évènements d'Algérie. Nous avons eu raison de reconnaître la monstruosité de la traite et de l'esclavage.

Ces zones d'ombre cependant ne doivent pas cacher ce qui fait que la France a aussi été une lumière pour les peuples et une fierté pour les Français. Les femmes protestantes enfermées sur ordre du Roi de France non loin d'ici à Aigues-Mortes, n'écrivaient pas sur les murs de leur prison : « Mort à la France ». Elles écrivaient : « Résistez ! ». Ces Polonais, Arméniens, Espagnols ou Italiens qui prirent les armes de la Résistance, ils n'avaient pas toujours été bien traités par la France, loin de là. Mais pas un instant ils n'hésitèrent, parce qu'ils savaient que la France, "la vraie France, la France en réserve, la France profonde... qui coule selon les pentes propres de son histoire séculaire" (Marc Bloch) était au-delà de ces fièvres passagères.

Il existe aujourd'hui une entreprise de dénigrement systématique de la France, de son histoire, de ses valeurs. Nous assistons à la mise en oeuvre d'une pratique délibérée de mise en concurrence des mémoires. Cette entreprise est grave parce que lorsque chacun se trouvera renvoyé dans le regard des autres à ses origines, que restera-t-il alors de l'idée de la nation qui nous rassemble par-delà toutes nos différences, que nous avons mis tant de siècles à bâtir et qui constitue si profondément l'esprit français?

Descendants des Albigeois ; descendants des protestants des Cévennes persécutés par les Dragons du Roi ; descendants des esclaves vendus par les négriers ; descendants des Vendéens massacrés par les colonnes infernales au nom de la Convention ; descendants des petits Alsaciens qu'on traitait de boches dans les écoles françaises à cause de leur accent alors que leurs parents avaient choisi de demeurer français quand l'Alsace était devenue allemande ; fils d'immigrés italiens ou polonais qu'on montrait du doigt dans les cours de récréation mais que leurs parents obligeaient à ne parler que le français ; fils de républicains espagnols que la France a parqués dans des camps de réfugiés ; descendants des juifs arrêtés par la police de Vichy pour être déportés ; fils de rapatriés d'Afrique du Nord qui avaient tout perdu et que la métropole a recueillis sans enthousiasme ; fils de harkis qui ont tout donné à la France et auxquels la France a répondu par l'ingratitude ; aucun, non aucun, n'a oublié. La France ne s'est pas construite sur l'oubli. Mais tous ont eu la volonté de partager la même histoire et de construire un avenir commun parce que la France au fond est bien plus que la somme de nos histoires personnelles !

Ici à Nîmes où, à la veille de la libération, les SS pendaient les résistants à tous les carrefours, jamais l'attachement à la France n'a été mesuré à l'aune des injustices passées.

Dans cette ville qui fut la patrie de Bernard Lazare, qui défendit Dreyfus non parce qu'il était juif, mais simplement parce qu'il était innocent, dans cette ville où naquit l'homme grâce auquel les juifs d'Algérie devinrent des citoyens français, dans cette ville où les matadors sont des héros, mais où l'humble résistante dit au journaliste qui l'interroge soixante ans après la guerre : « Et surtout dites bien qu'on n'a pas été des héros. On a fait ce qu'on devait faire. On ne pouvait pas faire autrement ». Ici à Nîmes on sait ce qu'est la fierté d'être français.

Fils d'immigré hongrois, je sais ce que cela signifie de prendre en partage une histoire qui n'est pas celle de ses ancêtres et d'épouser la cause de la France comme une évidence qui s'impose d'elle-même. Fils d'immigré qui a reçu à sa naissance la France en cadeau, je sais au fond de moi que malgré tous les drames et toutes les injustices la France vient d'un élan du coeur que la politique a accompagné, parfois contrarié, mais qu'elle n'a ni fabriqué, ni empêché.

Quand Lionel Jospin en 1998 faisait de la droite d'aujourd'hui l'héritière des antidreyfusards, il ne cherchait pas à tirer les leçons morales d'une histoire qui est celle de tous les Français : il cherchait à étayer une vision manichéenne du monde où les mauvais sont toujours dans le camp de ses adversaires politiques.

Je sais que ni vous ni moi aujourd'hui ne ressentons une filiation quelconque avec l'antidreyfusisme ; que ni vous ni moi ne considérons aujourd'hui qu'en 1940 le chemin de l'honneur passait par Vichy plutôt que par Londres. Eh bien c'est cela la fierté d'être français. Il y a eu des traîtres, c'est vrai. Mais à côté d'eux, en même temps qu'eux, il y en a toujours eu, plus nombreux qu'eux, qui "avaient le visage de la France" (Malraux) et la mémoire les a honorés comme tels.

La gauche française devrait se rappeler que tous les résistants ne venaient pas de la gauche et que tous les pétainistes ne venaient pas de la droite. Ils ne devraient pas oublier que ce n'est pas Guy Mollet, mais le Général de Gaulle qui a achevé la décolonisation et que dans le mouvement ouvrier le catholicisme social a joué un rôle au moins aussi grand que le socialisme.

Elle est inacceptable cette idée qu'on ne peut être sincèrement démocrate et républicain que lorsque l'on est de gauche. En parlant toujours au nom d'une France contre l'autre, la gauche se condamne à être incapable de parler au nom de tous les Français.

Nous, nous voulons être les héritiers de ceux qui ont voulu rassembler les Français contre ceux qui ont voulu les diviser. Nous voulons parler à tous les Français sans exclusive. Ces Français qui se sentent abandonnés parce qu'ils habitent dans des quartiers où plus personne ne veut vivre. La gauche les a trahis en les oubliant, Je veux parler pour eux. Ces Français humiliés par une droite qui n'en finissait pas de s'excuser de ne pas être la gauche et qui par dépit sont dans l'impasse du Front National ! Je veux les convaincre de revenir dans le giron républicain. Ces Français qui ne croient plus en la politique, je veux les assurer qu'ils peuvent y croire à nouveau car nous avons maintenant tiré les leçons du passé.

Au cours des années récentes, des vertus profondes du peuple français et des piliers séculaires de la France ont été abîmés.

Depuis 25 ans, la France a souvent été prise d'un vertige destructeur.

Abîmé le travail, quand on se satisfait que celui qui travaille gagne moins que celui qui ne travaille pas, quand on préfère partager le travail plutôt que de créer des emplois, quand on promet de la croissance en proposant plus de loisirs.

Abîmés l'économie et l'esprit d'entreprise quand toute réussite est suspectée d'être malhonnête et que celui qui veut entreprendre est incité à n'en rien faire.

Abîmé l'Etat quand on ne sait plus très bien s'il est censé servir l'intérêt général ou les intérêts particuliers.

Abîmé le service public quand il est organisé en fonction de l'intérêt corporatiste d'une minorité syndicale, pas de celui des usagers.

Abîmée l'école quand elle se satisfait de laisser entrer 15% des élèves en sixième sans savoir lire et sortir 20% d'enfants sans diplôme ni qualification.

Abîmée l'université quand un étudiant sur deux échoue au DEUG et que la première université française se classe au 46ème rang mondial.

Abîmée la justice quand elle est pauvre, irresponsable, faible avec les délinquants, distante avec les victimes, cruelle avec les innocents.

Abîmée la liberté quand on n'a plus le droit de rien dire et que celui qui veut travailler plus n'a tout simplement pas le droit de le faire,

Abîmé l'esprit des Lumières quand la société ne reconnaît plus le mérite, mais accorde son indulgence à ceux qui n'en ont aucun.

Abîmée la nation quand elle prend le visage du nationalisme.

Abîmée la politique quand le mensonge l'emporte sur la vérité.
Détruite la politique lorsque l'on doit se défendre de misérables machinations, organisées par des officines cherchant à compromettre et des apprentis comploteurs cherchant à salir. Cette politique là ne doit pas avoir droit de cité dans notre République. C'est pourquoi, j'irai jusqu'au bout de l'exigence de vérité.

Je veux tourner le dos à des pratiques indignes de la république française.

Je veux en finir avec la litanie des idées fausses !

Qu'importe ainsi la faillite économique si la politique sociale à l'air d'être généreuse en distribuant des richesses qui n'existent pas !

Qu'importe que l'emploi soit détruit pourvu que l'entreprise paye !

Qu'importe la dévalorisation des diplômes pourvus que la sélection soit interdite !

Qu'importe que des familles entières meurent brûlées vives dans des hôtels sordides pourvus que le droit au regroupement familial ne fasse l'objet d'aucune restriction ! Voici où conduit la fausse générosité.

Qu'importe que tant d'adolescents se livrent à des actes d'une violence inouïe, qu'ils tuent pour un regard ou que le viol à leurs yeux devienne une banalité, pourvu qu'on ne touche pas à l'ordonnance de 1945 et que l'adolescent qui jette sa chaise sur un professeur avant de la rouer de coups pendant que son camarade filme la scène rentre tranquillement chez lui après quelques heures au commissariat !

Qu'importent les trafics, l'endoctrinement par des fanatiques religieux, pourvu que le calme règne en surface et que la répression policière soit évitée.

La bonne conscience inspire depuis trente ans des politiques qui n'agissent pas sur les causes et qui se contentent de chercher à rendre supportables les défaillances, les injustices et les inégalités.

Je n'accepte pas ce désastre idéologique.

En 2007, il faudra aller jusqu'au bout de tous ces débats pour demander aux Français de les trancher dans la transparence, dans la loyauté, dans la vérité.

Redonner fierté aux Français, c'est s'adresser à tous les Français.

Etre populaire, c'est vouloir être à l'écoute, entendu et compris du plus grand nombre, et notamment de ceux qui ont quitté les rangs des partis républicains ou désertent les urnes. Etre populiste, c'est considérer que la majorité a raison parce qu'elle est la majorité.

Nous sommes populaires, et nous combattons le populisme.

Etre fiers d'être français, c'est aussi reconnaître que la France a beaucoup changé ces dernières années.

En 1950, la moitié de la France était paysanne, moins de 10% aujourd'hui. En 1950, elle était encore un empire colonial. En 1950, divorcer était montré du doigt. Aujourd'hui, un tiers des enfants vivent dans une famille recomposée ou monoparentale. En 1950, la France était catholique, étatisée et centralisée. Elle est aujourd'hui laïcisée, européenne et décentralisée. En 1950, elle était mono-culturelle, elle est aujourd'hui multiculturelle.

Depuis trente ans, en vérité, la France a beaucoup plus changé que n'ont changé ses politiques. C'est pour cela qu'il nous faut construire la rupture.

Nous réconcilierons la France avec son temps en rompant avec ce que nous faisons, pas avec ce que nous sommes. Et c'est en rompant que nous resterons nous-mêmes.

D'où vient la tentation communautarisme qui s'oppose à l'idée que je me fais de la nation ?

Ayons le courage de le dire, le communautarisme est le fruit de l'immobilisme et du dénigrement de la France

Quand l'Etat ne s'occupe pas des banlieues, quand il sous-estime les discriminations, quand il laisse l'immigration sans contrôle, quand il se satisfait des caves et des garages pour l'exercice du culte, quand il préfère la paix civile à la lutte contre les bandes, quand l'Etat ne protège pas les jeunes filles dans les cités, quand il ne garantit pas à certains les droits qu'il reconnaît à tous, alors le repli communautariste menace.

Mais quand une société renonce à apprendre à ses enfants la politesse, l'honnêteté et le respect, quand une société n'ose plus appeler « voyou » quelqu'un qui met sciemment le feu à un autobus dans lequel se trouve une vieille dame handicapée, quand une société ne sait plus enseigner Charles Martel, Napoléon, la colonisation, la Shoah, parce qu'elle a honte ou parce qu'elle a peur, quand une société n'ose pas dire à ceux qui haïssent ouvertement sa culture, son mode de vie et ses valeurs que personne ne les empêche de partir, alors c'est un autre repli communautaire qui guette : celui de la majorité silencieuse, celui des Français généreux et accueillants, celui des Français qui ne sont pas racistes, mais qui tiennent au respect de nos principes fondamentaux et à la fierté d'être français.

La fierté de devenir français, c'est ce que nous avons à donner à ceux qui veulent s'intégrer. La fierté de devenir français, c'est tout ce que nous exigeons de ceux qui réclament l'égalité des droits et à qui nous répondons dans le même temps : égalité des devoirs !

On ne bâtira rien sur la haine. Je le dis pour ceux qui professent la détestation de la France et qui voudraient en même temps que la France leur donne tout. Je le dis aussi pour ceux dont le projet est une France autarcique, sans Europe et sans étrangers, une France illusoire, à l'opposé de nos traditions et des réalités.

On ne bâtira rien non plus sur l'immobilisme et l'invocation des grands principes. L'insertion des populations issues de l'immigration récente est sans doute la question la plus difficile que nous ayons à résoudre.

Je veux faire entrer dans la loi le principe de l'immigration choisie parce que je ne crois pas à l'immigration zéro qui est contraire à notre intérêt national et parce que je ne crois pas non plus que notre idéal d'une nation fraternelle puisse résister encore longtemps à la pression croissante d'une immigration subie, non maîtrisée.

Je ne veux transiger sur aucun de nos principes fondamentaux, ni sur la laïcité, ni sur l'égalité des hommes et des femmes, ni sur l'obligation scolaire, ni sur l'égalité des droits et la liberté de conscience. Je ne veux tolérer ni l'excision, ni le mariage forcé, ni la polygamie. Soit parce que ces principes sont intrinsèquement constitutifs de l'identité française, soit parce qu'ils sont tout simplement universels.

L'égalité ce n'est pas donner la même chose à tout le monde, c'est donner à chacun ce qui lui est nécessaire pour développer ses talents et pour préserver sa dignité. La fraternité ce n'est pas que l'amour de l'humanité en général, c'est avant tout la solidarité concrète avec ceux auxquels la vie a réservé un sort plus difficile, les proscrits, les exclus, les laissés pour compte.

Je suis partisan de la discrimination positive, qui n'est au fond que l'égalité réelle, que l'autre nom du volontarisme républicain, parce qu'il n'y a pas d'autre méthode pour réparer certaines injustices et pour lever les obstacles qui empêchent beaucoup de Français d'être reconnus selon leurs mérites.

Nous ne porterons pas atteinte à nos principes fondamentaux en donnant plus à ceux qui ont moins, en compensant des handicaps que nul ne peut surmonter par ses propres moyens. L'égalité des chances est à ce prix. La République l'a toujours fait : pour les élèves méritants dont les parents n'avaient pas les moyens de payer les études, pour les territoires défavorisés, pour les rapatriés d'Algérie, pour les personnes handicapées...

Nous avons une responsabilité immense.

Dans le monde tel qu'il se présente aujourd'hui, Nous devons construire une nation fraternelle en regardant la réalité telle qu'elle est. Fraternelle, parce que sans la fraternité la France serait incapable de surmonter ses divisions et deviendrait méconnaissable aux yeux du monde. La France telle qu'elle a toujours été ou rêvée d'être n'existerait plus. Réaliste, parce qu'à se réfugier dans les illusions d'une grandeur révolue ou les promesses mirobolantes d'une « autre logique économique », la France se condamnerait à l'isolement et à la misère et par conséquent au déclin et à l'affrontement.

Nous devons construire une République assez forte en elle-même pour n'avoir peur ni de la diversité, ni de la décentralisation, ni de l'ouverture au monde.

Nous devons construire une société ouverte, généreuse et en même temps ferme sur ses valeurs les plus essentielles. Une société où la promotion sociale remplacera le nivellement, où le mérite tiendra tête à notre tentation égalitariste, où la réussite ne sera plus un défaut mais deviendra un exemple.

Pour y parvenir nous allons reconstruire l'Etat. Hier garant du progrès, il en est devenu le frein, écrasé sous le poids de sa bureaucratie et de ses dettes, étouffé par l'énorme machine de la redistribution, miné par les féodalités et les corporatismes. Entre l'Etat minimum qui est contraire à notre tradition et l'Etat omnipotent paralysé par ses contradictions, la France a besoin d'un Etat fort qui la rassemble et qui la mobilise.

Nous ne pouvons pas après le référendum sur la Constitution européenne continuer à faire l'Europe de la même manière qu'avant, pas plus que nous ne pouvons continuer après la crise des banlieues à mener la même politique d'intégration ou que nous ne pouvons garder la même méthode de la réforme après la crise du CPE.

Le « non » du 29 mai est le même que celui du 21 avril, le même que celui du CPE. Il s'agit de le comprendre. De comprendre ce qu'il recèle d'angoisse et de manque d'espérance, de sentiment d'avoir perdu la maîtrise de son propre destin.

Le « non » dans l'histoire est toujours l'expression ultime de la liberté pour tous ceux qui se sentent dépossédés de leur avenir. Cette France du « non », cette France qui de scrutin en scrutin proteste toujours davantage et qui est convaincue qu'elle ne peut plus se faire entendre qu'en votant pour les extrêmes quand elle n'a pas purement et simplement renoncé à voter, cette France qui à force d'être ignorée et méprisée a fini par devenir majoritaire, nous devons lui répondre.

Nous ne ferons pas la France sans les Français, ni a fortiori contre eux.

Je veux construire avec eux la France de demain, celle du siècle à venir, celle que nous laisserons à nos enfants. Il nous faut nous mettre au travail, trouver les moyens de faire notre chemin dans un monde difficile en restant fidèles à nos valeurs éternelles. Il nous faut créer plus de richesse et être justes. Il nous faut restaurer l'autorité et être tolérants. Il nous faut être fermes et accueillants. Il nous faut offrir aux Français une vie meilleure, et leur rendre confiance dans l'avenir. Tout cela le génie de notre peuple l'a fait dans le passé. Ce génie, il est resté intact, il n'attend qu'une chose : qu'on le laisse s'exprimer.

Mes chers compatriotes, je vous le dis, je suis décidé à construire avec vous l'avenir de la France.

Je vous demande de croire à cet idéal qui nous rassemble et qui porte un nom : la France !

Source http://www.u-m-p.org, le 10 mai 2006

Rechercher