Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'expérience et la réussite des Instituts universitaires de technologie (IUT), et sur ses pistes de réflexion concernant le débat national sur Université-Emploi, Paris le 17 mai 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'expérience et la réussite des Instituts universitaires de technologie (IUT), et sur ses pistes de réflexion concernant le débat national sur Université-Emploi, Paris le 17 mai 2006.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Célébration du 40ème anniversaire de la création des Instituts universitaires de technologie (IUT) à Paris le 17 mai 2006. Débat national Université-Emploi ouvert par le Pemier ministre, M. Dominique de Villepin, le 25 avril 2006.

ti : Monsieur le Recteur de l'académie de Paris,
Monsieur le Député (Jean Lemière, Manche, qui a été directeur de l'IUT de Cherbourg),
[Monsieur le 1er vice-président de la conférence des présidents d'université],
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d'être aujourd'hui avec vous, à la Sorbonne, pour célébrer, en ce lieu symbolique du prestige de l'université française, le 40e anniversaire des Instituts universitaires de technologie.

Le Ministre délégué, François Goulard n'a pu malheureusement se joindre à nous, comme il l'avait envisagé, car il accompagne le Premier Ministre dans son déplacement à la Réunion. Je sais qu'il aurait été heureux d'être présent aujourd'hui.

Quand on se retourne sur le chemin parcouru, on ne peut qu'être impressionné !
Depuis 40 ans, les IUT ont en effet connu un développement remarquable.
Aujourd'hui, nos IUT, au nombre de 115, forment plus de 100 000 étudiants dans 25 spécialités.

Cet essor n'est pas prêt de s'arrêter : je suis heureux de vous annoncer qu'avec François Goulard, nous avons décidé de créer 9 départements nouveaux d'IUT à la rentrée 2006 !

Cela traduit la volonté de consolider les sites existants et de développer l'offre de formation en IUT.

La réussite des IUT est en effet incontestable : elle est - un récent sondage l'a montré - appréciée des Français, et notamment des chefs d'entreprise.

Ainsi 90 % des personnes interrogées ont une bonne image des formations des IUT ;
83% des chefs d'entreprise recommanderaient à un jeune de s'inscrire dans ces formations.

Cette réussite est d'abord celle de tous ceux qui ont porté le projet dès l'origine :

- les instituts eux-mêmes, bien sûr, leurs présidents, leurs directeurs et leurs enseignants ;

- les universités dont ils sont partie intégrante et qui ont su allier soutien constant et respect d'une certaine forme d'autonomie dans le fonctionnement quotidien ;

- les professions, dont le soutien ne s'est jamais démenti et dont les représentants président les conseils des instituts ;

- les collectivités territoriales et les élus locaux enfin, dont nous connaissons tous l'intérêt qu'ils portent aux IUT.

Je ne reviendrai pas davantage sur l'histoire des IUT, que vous connaissez mieux que quiconque parce que c'est vous qui la faites vivre.

Cette histoire se résume simplement : c'est 40 ans d'expérience et de réussite !

Je voudrais plutôt vous livrer les réflexions que cette réussite m'inspire.

Les IUT, une conception moderne de l'université
Les IUT, c'est d'abord une idée moderne du rôle des universités.

En effet, l'université a toujours eu la responsabilité de la formation des médecins, des juristes, de nombreux ingénieurs ; elle aura bientôt pleinement celle des professeurs.
Mais pendant longtemps, d'autres formations professionnelles supérieures se sont développées en dehors d'elles.

Or, il fallait précisément répondre à un nouveau besoin de qualification en formant des cadres intermédiaires, les techniciens supérieurs, capables d'accompagner le développement de notre industrie et de nos services, à l'heure de la troisième révolution technologique.

C'est le génie des IUT d'avoir permis, à nouveau, de miser sur l'université pour répondre à des besoins émergents et nous savons aujourd'hui que ce choix était le bon !

De nouvelles relations avec les métiers
Les IUT, ce sont ensuite de nouvelles relations avec les professions.
Qu'on se place au niveau du pilotage national du système, ou de la vie quotidienne de chaque institut sur le terrain, la liaison avec le monde professionnel est toujours profonde et toujours féconde.
C'est pourquoi les professions sont naturellement attachées au diplôme universitaire de technologie et le soutiennent.

Car les IUT ont introduit dans l'université des formations accueillant des jeunes intéressés par une approche plus technologique et plus professionnelle, tout en conservant les caractéristiques d'ouverture des formations supérieures universitaires.

IUT et innovation
Les IUT, c'est enfin l'innovation.

Quand on jette un regard rétrospectif sur ces 40 années, force est de constater que les équipes des IUT ont joué un rôle de pionniers.

Qu'il s'agisse :
- du développement des stages en entreprise ;
- de la pédagogie de projet ;
- du montage de formations en alternance et en apprentissage ;
- de l'exportation des méthodes de formation,...

à chaque fois, les IUT n'ont jamais manqué d'être innovantes.
En m'appuyant sur vos réalisations, je veux dégager ce qui me semble essentiel dans le contexte actuel.

Ce contexte, c'est bien entendu le débat national Université-Emploi qu'a souhaité le Président de la République et qu'a ouvert ici-même, en Sorbonne, le Premier Ministre, le 25 avril dernier.

Ce débat est organisé par la commission nationale que préside le recteur Patrick Hetzel, et sera relayé par les recteurs dans toutes les académies.

Recteurs, présidents d'université, élus étudiants, élus locaux, tous participeront à cette grande réflexion.

Et je compte sur votre contribution, celle des IUT, pour nous faire profiter de votre expérience en la matière, sur le plan national et local. Vous avez beaucoup à nous apprendre !

Il ne s'agit pas de réfléchir pour réfléchir : il s'agit de réfléchir pour agir, et vite !

En effet, la situation des jeunes face à l'emploi est inquiétante : le chômage les frappe en France plus qu'ailleurs ! Nous devons y remédier !

Il ne peut être question pour moi, bien entendu, d'anticiper les conclusions de ce débat national.

Mais l'expérience des IUT me donne l'occasion de poser devant vous certaines questions qu'il me semble utile d'approfondir.

1. Formation et insertion professionnelle.
Un des grands thèmes de ce débat université-emploi, c'est l'insertion professionnelle des jeunes. Ce sera mon premier point.

Tout le monde reconnaît que les IUT dispensent une bonne formation professionnelle, adaptée aux métiers et à l'emploi.

Mais voilà : selon les derniers chiffres, 74 % des titulaires d'un DUT ne cherchent pas à s'insérer immédiatement et poursuivent leurs études !

On peut se féliciter, bien sûr, que ces étudiants, qui avaient d'abord choisi une filière courte, aient décidé d'aller plus loin, grâce à vous qui avez su stimuler leur goût pour les études.

Et c'est bien cette envie de continuer qui explique ce phénomène. Car si ces étudiants l'avaient souhaité, ils auraient pu trouver facilement un emploi à la sortie de l'IUT. Les études sur l'insertion professionnelle le montrent clairement.

Mais nous devons aussi nous interroger sur ce que ce phénomène d'allongement des études implique. Car notre économie a besoin de jeunes diplômés de niveau bac +2.

Les IUT ont été créés à l'origine pour répondre à ce besoin. Nous devons donc veiller ensemble à ce que vous puissiez continuer à y répondre, en accueillant un plus grand nombre de bacheliers technologiques.

2. Comment associer les professions à la professionnalisation de l'enseignement supérieur ?
J'en viens au second point que je voudrais aborder : la professionnalisation des études, qui constitue un autre grand thème du débat Université-Emploi.

Nous devons y associer les professions.

Depuis bien longtemps, le ministère a mis en oeuvre une concertation avec les professions, à tous les niveaux de qualification, notamment pour la définition des diplômes, comme les licences professionnelles.

Sachez que nous allons créer plus de 190 licences professionnelles à la prochaine rentrée, et que plus de la moitié d'entre elles sont portées par des IUT !

Par ailleurs, des accords de coopération sont conclus avec les branches comme avec les entreprises.

La récente charte sur les stages des étudiants en entreprise constitue de ce point de vue une avancée particulièrement significative.

Bien entendu, ce dispositif doit être constamment amélioré et nous nous y employons, avec votre aide active sur le terrain.

Car c'est au niveau des établissements et des équipes de formation que se construisent les partenariats les plus féconds pour la conception des formations, la mise en oeuvre des enseignements, l'organisation des stages et des projets, l'appui à l'insertion professionnelle.

Nous devons donc ensemble réfléchir aux moyens de renforcer ces partenariats locaux, en distinguant les réalisations les plus intéressantes.

3. Comment mieux articuler professionnalisation et LMD ?
Je voudrais dire aussi deux mots sur l'articulation de la professionnalisation avec le cadre LMD.

En un sens, nous avons déjà traité ce sujet ensemble : avec votre concours, et votre énergie, nous avons d'ores et déjà adapté les formations dispensées par les IUT au schéma licence-master-doctorat.

Il reste maintenant à poursuivre notre action dans au moins deux directions.

? En premier lieu, il nous faut approfondir notre réflexion sur le cursus de la licence.

Chacun s'accorde à reconnaître que la licence professionnelle est un grand succès, confirmé par la campagne 2006. Vous y avez largement contribué.

Cependant, lorsque l'on examine l'origine des étudiants accueillis en licence professionnelle, force est de constater que très peu viennent des formations générales. Ils ne représentent pas plus de 5% ! Cela pose de véritables questions qu'on ne peut pas négliger.

Il convient donc que la flexibilité qu'offre le dispositif LMD soit davantage mise à profit pour construire, au sein des quatre premiers semestres d'études, des parcours qui préparent les étudiants venant des filières classiques à une éventuelle entrée en licence professionnelle.

Afin de renforcer cette orientation, je souhaite que nous réfléchissions à la conception actuelle de la licence professionnelle, qui répond à un schéma « 2+1 » : soit deux années d'études classiques, puis une année de « licence pro ».

Ce schéma pourrait en effet être assoupli, en introduisant dès les deux premières années des modules de formation professionnelle. Vous vous êtes déjà engagés dans cette voie.
Je souhaite que cette proposition soit discutée et donne lieu à un débat ouvert et constructif.

? En second lieu, je veux aussi dissiper des inquiétudes sans fondement.

On a entendu des propos alarmistes sur les risques d'un système LMD qui mettrait à mal les formations universitaires professionnelles.

Je crois au contraire que le système LMD a eu des effets bénéfiques : au fil du temps, avec la multiplication des appellations, notre système était devenu peu lisible, à l'étranger, mais aussi en France pour les familles et les employeurs.

Aujourd'hui, la professionnalisation des études ne fait plus débat et le dispositif LMD permet de mieux identifier aux niveaux français, européen et international l'architecture d'ensemble et les grands niveaux de certification.

Je sais bien que des efforts restent à faire pour améliorer la lisibilité et éviter une trop grande dispersion des parcours. Cela doit résulter de l'action conjointe des universités, du ministère et des instances d'évaluation.

Mais en aucun cas le système LMD, qui permet des progressions moins rigides et des passerelles plus nombreuses, n'a pour effet d'entraver la professionnalisation, ni en licence, ni en master, ni en doctorat. Bien au contraire.

Tous les diplômes délivrés dans le cadre du LMD peuvent être définis selon une approche par compétence et par métier, puisqu'ils sont tous enregistrés au Répertoire national des certifications professionnelles ! On n'oppose pas le LMD et les formations professionnelles.

4. Comment mieux orienter les jeunes bacheliers ?
Je dirai pour finir quelques mots sur l'orientation, qui figure, elle aussi, parmi les grands thèmes du débat national.

Le Premier Ministre nous a demandé d'améliorer nos procédures d'information et d'orientation.

Il n'est pas normal que trop de jeunes s'engagent dans des formations qui les déçoivent ou ne leur permettent pas de réussir parce qu'ils n'ont pas une vision suffisamment précise de leurs objectifs et de leurs exigences.

Nous y avons travaillé depuis des mois. Le « portail étudiant » que François Goulard et moi avons présenté aujourd'hui même constitue une première réalisation qui permettra une amélioration sensible de l'information des jeunes.

Mais il est clair que nous devons tous, chacun à son niveau, faire en sorte que les jeunes sachent exactement où ils vont, quels métiers ils pourront exercer, et aussi quelles perspectives de carrière, y compris financières, ils peuvent espérer.

Je vous invite à faire connaître l'existence de ce portail (www.etudiant.gouv.fr), qui peut rendre d'utiles services à tous les étudiants qui souhaitent s'orienter ou se réorienter !

Mesdames et Messieurs,

Voilà les quelques pistes de réflexion que m'inspire votre 40e anniversaire.

Vous l'avez entendu, elles ont débordé le sujet des seuls IUT pour aborder plus généralement la question de la professionnalisation dans l'ensemble de notre dispositif universitaire.

Cela ne veut naturellement pas dire que je méconnais la spécificité des IUT, que je compte naturellement préserver.

Car les IUT montrent qu'à l'évidence l'enseignement technologique a sa place dans le paysage universitaire français.
Je suis persuadé que les IUT, fortes d'une identité spécifique, apporteront une contribution importante au grand débat qui s'est ouvert.

Je vous remercie.


Source http://www.education.gouv.fr, le 19 mai 2006

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