Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, sur "France Info" le 23 mai 2006, sur les aides financières de l'Etat pour la rénovation du réseau ferroviaire, sur la construction de la ligne ferroviaire pour le frêt Lyon-Turin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, sur "France Info" le 23 mai 2006, sur les aides financières de l'Etat pour la rénovation du réseau ferroviaire, sur la construction de la ligne ferroviaire pour le frêt Lyon-Turin.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique, LAGARDE Olivier de.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer;

ti : O. de Lagarde - On va parler des voies ferrées françaises dont vous annoncez la rénovation. Mais, sur l'affaire Clearstream, on ne vous a absolument pas entendu. Si mes souvenirs sont bons, vous étiez garde des Sceaux il y a encore un an. Etiez-vous au courant que N. Sarkozy avait été mis en cause à tort ?

R - J'ai souhaité ne pas alimenter ce feuilleton politico judiciaire hyper médiatisé, ce qui explique ma grande discrétion. La seule chose que j'ai à dire, c'est : je confirme ce qu'a indiqué N. Sarkozy sur ce sujet, il y a quelques semaines, sur une télévision. Je n'ai rien d'autre à ajouter.

Q - Mais N. Sarkozy a été informé tardivement qu'il n'y était pour rien.

R - Je n'ai rien à ajouter là-dessus.

Q - Trouvez-vous tout de même normal que la justice soit allée chercher le Général Rondot, avec des policiers ?

R - Ce qui est souhaitable, aujourd'hui, c'est que la justice fasse son travail, qu'elle le fasse, sereinement mais rapidement, pour qu'on en sorte.


Q - Vous avez annoncé un effort financier pour rénover les voies ferrées françaises : 600 millions d'euros. C'est beaucoup moins que ce que préconise un audit publié dernièrement.

R - Ce sera suffisant. 600 millions d'euros, c'est le chiffre que l'on veut ajouter à ce qui existe aujourd'hui, et ce, en 2010. Nous sommes actuellement à 900 millions, plus 110 millions en 2006. L'année prochaine, on va ajouter 260, et ainsi de suite jusqu'à une augmentation de 600 par rapport à la situation d'aujourd'hui. Donc, il s'agit de monter en puissance, d'augmenter progressivement les crédits, pris en charge par l'Etat, d'une part, par le système ferroviaire, d'autre part, c'est-à-dire, SNCF- RFF, Réseau ferré de France, et puis les futurs opérateurs qui arrivent sur le marché, pour améliorer l'état de nos voies ferrées. Car un audit avait été réalisé par l'Ecole polytechnique de Lausanne, c'est-à-dire des experts indépendants, à la demande des présidents de la SNCF et de RFF, et avec l'accord de mon prédécesseur. Cet audit avait montré des insuffisances, la nécessité de réinvestir, et la nécessité de mieux organiser le travail. C'est-à-dire dire, ce que nous ont dit les experts, pour faire vite : vous dépensez beaucoup d'argent en entretien courant, et vous ne dépensez pas assez d'argent en renouvellement des voies ferrées, qui sont ensuite bonnes pour servir pour 30 ans. Et donc, cet effort, il nous faut le faire ; mieux organiser les choses, et mettre plus d'argent pour assurer la sécurité. L'objectif de tout cela, c'est la sécurité, le confort aussi, mais d'abord la sécurité.

Q - D'autant, qu'il y a eu encore un accident hier. De nombreux élus régionaux, qui ont en charge notamment les TER, ont exprimé leur inquiétude. Eux financent les trains mais pas les voies ? Et Ils payent.

R - L'inquiétude de certains élus locaux, et je souhaite leur répondre ce matin sur votre antenne, ce sera la transparence, la règle. C'est-à-dire que j'ai demandé au président de Réseau ferré de France, aux Préfets et aux directeurs régionaux de l'Equipement, de dire, très clairement, ce que l'on envisage de faire, en termes de choix de voies à rénover, à réparer, à renouveler, et d'en discuter aussi avec les Conseils régionaux qui, comme vous le savez, sont responsables des trains régionaux - l'Etat étant responsable des trains de grandes lignes. Donc, il faut effectivement que l'effort soit justement réparti, étant précisé que, si les régions souhaitent aller plus vite nous aider à cofinancer certaines opérations urgentes, on peut aussi bien sûr en discuter.

Q - Mais, sans mauvais jeu de mots, il y a une France à deux vitesses, aujourd'hui. Il y a, d'un côté, celle du TGV, et puis il y a celle du TER. On a l'impression qu'elle est un peu laissée de côté ?

R - Non. Quand vous regardez les trafics, ce n'est pas cela du tout. Aujourd'hui, et c'est une bonne chose, en termes d'évolution de la politique des transports, nous avons, à la fois, une croissance des trafics sur les grandes lignes, en particulier les TGV, mais aussi, une très forte croissance sur les trains régionaux.

Q - Oui mais des trains régionaux qui ne peuvent pas dépasser les 50km/h sur certains tronçons !

R - Non, non, pas de caricature ! Il y a un certain nombre de points de ralentissement où, effectivement, on voit certains trains passer à 50km/h. Mais sur la plupart des lignes des trains régionaux, heureusement, les trains vont à allure normale, c'est-à-dire à plus de 100km/h, 120, etc., selon la configuration de la ligne. Mais c'est vrai, et le but du plan que j'ai annoncé hier à Orléans, c'est d'améliorer les choses, et de faire en sorte que : un, bien sûr, on assure la sécurité ; et que, deux, on permette aux trains de rouler dans de bonnes conditions et de profiter en quelque sorte des évolutions techniques. Parce que nos industriels, en particulier Alstom, nous donnent aujourd'hui des autorails, des trains, des wagons, qui peuvent rouler vite, avec un grand confort. Il faut pouvoir s'en servir. Et pour cela, il faut rénover les lignes.

Q - L'enquête publique sur le tunnel ferroviaire Lyon-Turin débute. On imagine que ce dossier vous tient à coeur. On sait que les écologistes italiens, qui ont remporté les élections avec R. Prodi, sont hostiles à ce projet. Avez-vous des arguments pour les convaincre ?

R - L'argument principal est tout simple : aujourd'hui, pour traverser les Alpes, c'est pratiquement le "tout-poids-lourd". On propose de passer vers le fret ferroviaire. Je trouve que, dans un souci de respect de l'environnement, la démarche est positive. Et donc, il faut qu'avec tous nos amis, puisque la chance que nous avons en France, et en particulier en Rhône-Alpes, c'est qu'il y a un consensus politique, et en particulier, les Verts, comme l'ensemble des partis politiques français, sont pour le Lyon-Turin. Et donc, les Verts de Rhône-Alpes ont commencé à discuter avec leurs collègues Verts du nord de l'Italie. Pas toujours pour l'instant avec succès. Mais j'espère que, ces oppositions qui sont quand même relativement marginales... Prodi lui-même est favorable au projet...

Q - Mais cette ligne va-t-elle se faire ?

R - J'espère bien.

Q - Quand ?

R - 2010. L'objectif, c'est démarrer les travaux en 2010. Côté français, nous avons très bien avancé, et en particulier, je suis heureux aujourd'hui de lancer l'enquête publique, qui est une phase importante.

Q - Un dernier mot, vous partez pour la Chine demain pour tenter de promouvoir le train français. Il y a un chiffre étonnant : 25% du trafic ferré mondial...

R - Est chinois...

Q - C'est en Chine que cela se déroule. Avez-vous des arguments à leur faire valoir ? Il ne faut pas leur montrer nos lignes de TER, mais plutôt de TGV ?

R - Nous avons un savoir-faire extraordinaire, je pense en particulier à ce que représente Alstom dans l'industrie mondiale. Et donc, je pars là-bas pour parler avec mes homologues chinois, à la fois d'aéronautique, avec un projet de construction d'une usine d'assemblage d'Airbus, comme vous le savez. Il y a aussi d'autres achats d'avions qui sont encore en discussion. Des projets de construction de lignes. Les Chinois envisagent, dans les dix prochaines années, de construire une vingtaine de milliers de kilomètres de lignes ferroviaires, d'acheter des milliers de locomotives et de trains. Et donc nous allons parler de tout cela, en faisant la promotion des produits français. Nous allons aussi travailler sur les aménagements portuaires, où, là aussi, avec CMA-CGM, nous avons un grand Français qui est très présent en Chine.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 24 mai 2006

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