Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur le bilan de la lutte contre l'épidémie de chikungunya, la recherche médicale sur les maladies émergentes et sur la situation économique et touristique de La Réunion, Saint-Denis-de-La-Réunion le 18 mai 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur le bilan de la lutte contre l'épidémie de chikungunya, la recherche médicale sur les maladies émergentes et sur la situation économique et touristique de La Réunion, Saint-Denis-de-La-Réunion le 18 mai 2006.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement de M. de Villepin à La Réunion le 18 mai 2006 et à Mayotte le 19

ti : Merci chère MASSIMA, Messieurs les Ministres, Monsieur le Président du Conseil Régional, Madame la Présidente du Conseil Général, Monsieur le député maire de Saint-Denis, Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Mesdames, Messieurs les élus, Messieurs les maires, Mesdames, Messieurs et chers amis.


Merci de votre accueil si chaleureux, si amical, si fraternel, ici à la Réunion. Cela a été dit et bien dit, la République se doit de prêter attention et affection à chacun de ses enfants. Et si je suis là ce matin, c'est parce que nous avons pris devant vous, un engagement, l'engagement de la solidarité nationale. Ce n'est pas un vain mot, ce n'est pas l'engagement d'un jour ou d'une action, c'est un engagement qui s'inscrit dans la durée, dans la durée d'un avenir partagé. C'est aussi et vous le savez le respect de la parole donnée, mais c'est surtout, une volonté qui s'exprime en Métropole comme en Outre-mer à Paris, comme à Saint-Denis, dans toute la Réunion. Une même volonté d'action et de résultat quelles que puissent être les difficultés, quelles que puissent être les querelles ou les divisions, volonté d'action et de résultat qui nous guident tous et toutes et dont vous êtes les grands témoins, les grands acteurs. Car au premier rang de la lutte contre le chikungunya, il y a vous, et je suis là aujourd'hui pour en témoigner devant la Nation tout entière et pour vous en remercier.

Il y a trois mois j'étais venu vous garantir cette solidarité de la Nation, face à une crise d'une gravité sans précédent, je m'étais engagé à revenir pour vérifier que toutes nos décisions sont bien mises en oeuvre et étudier les mesures nouvelles à prendre. Aujourd'hui je suis là et je veux vous dire avec beaucoup de franchise, je suis heureux d'être là, heureux de ces retrouvailles avec les Réunionnaises et les Réunionnais. Et je veux remercier François BAROIN, qui auprès de moi défend avec coeur, avec efficacité, avec courage vos intérêts comme ceux de tout l'Outre-mer. Il est venu à plusieurs reprises comme Xavier BERTRAND à qui j'exprime également ma gratitude pour veiller à la sécurité sanitaire de l'île et au soutien à l'économie. Je suis heureux que François GOULARD ait pu venir et c'est aussi un signe et un symbole de cet engagement dans la durée, de cet engament d'une recherche au service des Réunionnaises et des Réunionnais pour relever les défis d'aujourd'hui et de demain.

Dans cette crise l'Etat s'est engagé sans compter, mais il ne serait arrivé à rien, nous le savons, sans le concours des hommes et des femmes, sans votre concours. Vous tous, qui avez combattu sans relâche et qui continuez à le faire et qui continuerez à le faire tant que la maladie n'aura pas été vaincue. A travers chacun d'entre vous, je souhaite exprimer mes remerciements pour l'engagement dont vous avez fait preuve. Elus, fonctionnaires de l'Etat et des collectivités, militaires, médecins, personnels hospitaliers, responsables consulaires de syndicats professionnels ou de salariés, associations volontaires. C'est bien la mobilisation de tous, pour sans relâche porter assistance à ceux qui souffrent, ceux qui sont dans le dénuement, ceux qui sont dans la douleur. Chacun a donné de son temps, de son énergie, parfois dans des conditions difficiles et je veux saluer aussi l'esprit de rassemblement et d'unité dont chacun a fait preuve, seul dans ces instants à compter l'intérêt de nos concitoyens. La Réunion a montré ici, le meilleur d'elle-même et c'est un exemple, je n'hésite pas à le dire pour nous tous, merci !

La situation s'est améliorée, ces derniers temps les contaminations semblent marquer le pas, alors que l'on comptait jusqu'à 47.000 nouveaux cas par semaine à la mi-février, ce nombre est tombé à 3.000 fin avril. La semaine dernière ce chiffre était de 1.500 personnes, mais ce sont toujours 1.500 malades de trop. Hommes, femmes, enfants, c'est aussi la preuve que nos efforts vont dans le bon sens, mais ni vous, ni moi, ne pouvons nous en satisfaire. Je sais que chaque jour des hommes et des femmes sont frappés par le virus et d'autres souffrent encore des séquelles de la maladie. Je sais que des entreprises continue de subir les conséquences de la crise, des travailleurs craignent pour leur emploi, à chacun je veux dire que nous ne baisserons pas la garde. Pour la Réunion tout entière, la solidarité nationale ne faiblira pas, l'Etat restera, résolument à vos côtés pour combattre la maladie et pour suivre le développement de l'île.

Je suis d'abord venu aujourd'hui faire le point sur la situation et vérifier que tous les engagements qui ont été pris ont été tenus. Nos efforts dans le domaine de la lutte anti vectorielle portent leurs fruits, le protocole mis en place le 11 février dernier fixait pour objectif le traitement de 200.000 foyers d'ici la fin du mois de mai - cet objectif sera atteint, la mobilisation pour lutter contre le moustique a été sans précédent, elle a nécessité, il faut le rappeler, la formation et la coordination sur le terrain d'environ 3.400 personnes dont 720 militaires basés à la Réunion où venus de Métropole, 77 personnels de la sécurité civile, 117 sapeurs pompiers, 870 employés du Conseil régional et 700 médiateurs communaux. Ils ont mérité vos applaudissements, parce que je les ai vus sur le terrain. J'ai vu l'engagement et la dureté de la tâche qui était la leur. Nous avons veillé à ce que la démoustication soit effectuée et je sais que cela faisait partie des questions que vous vous posiez dans des conditions respectueuses de l'environnement et de la santé. Le suivi que j'avais demandé a été mis en place, les premiers résultats sont rassurants, mais nous devons rester vigilants afin de préserver l'environnement de la Réunion et la santé de ses habitants. Vous tous qui êtes ici, vous tous qui avez participé à un niveau ou à un autre, à un point ou à un autre du territoire, au nom de tous les Réunionnais, je veux vous dire encore, merci !

Nous avons aussi progressé dans l'élimination des décharges sauvages qui contribuent, nous le savons trop à la prolifération des moustiques, la plupart d'entre elles ont été supprimées, il faut là encore que cet effort s'inscrive dans la durée pour éviter que ces dépôts ne se reconstituent et que dans une autre saison, ils ne reviennent à proliférer. Le risque est là, à nous d'exercer cette vigilance et nous avons besoin des maires pour continuer à porter ce message auprès des Réunionnais, nous avons besoin des associations, nous avons besoin de l'esprit civique au rendez-vous, pour que partout, cette vigilance s'exerce.

Dans le domaine sanitaire nous avons tout fait pour mieux protéger les Réunionnais, nous l'avions dit, il y a trois mois, la première priorité c'est de soigner les malades. Pour répondre aux besoins l'Etat a adapté en permanence son dispositif face à un risque, une menace en évolution rapide. Dans les établissements de santé, en plus des recrutements supplémentaires, 217 professionnels de santé venus de Métropole ont apporté leur renfort. Je tiens à rendre hommage au dévouement et au professionnalisme de tous les personnels hospitaliers. J'avais rencontré en particulier les médecins et les personnels soignants de l'hôpital de Bellepierre et les professionnels de santé de Saint-Benoît, je me rendrai tout à l'heure à Saint-Paul pour évoquer plus en détails les perspectives en matière hospitalière et j'ai pu là aussi constater le dévouement de toutes les heures du jour et de la nuit, leur engagement pour soigner chacune et chacun. Depuis le début du mois de mars, les médicaments anti douleur prescrits aux personnes atteintes par le chikungunya sont pris en charge à 100 % ainsi que le forfait hospitalier et le ticket modérateur. En cas de rechute, le délai de carence pour les indemnités journalières a été supprimé, mais rien n'est définitivement gagné. Et je sais qu'il reste beaucoup de souffrance et d'inquiétude chez les malades et leurs proches, je tiens à leur renouveler ici mon soutien et mon affection. Je veux redire aussi combien je pense à ceux qui ont gardé des douleurs durables, je veux aussi avoir une pensée, une pensée personnelle pour tous ceux qui ont succombé à la maladie, pour leur famille et pour leurs proches. C'est en leur nom que nous devons poursuivre la lutte tant que l'épidémie n'aura pas disparu de l'île.

Tout cela, nous le savons ne sera efficace que si nous poursuivons une politique de prévention volontaire, 554.000 doses de produits répulsifs ont été mis à disposition par l'Etat et répartis au profit des plus démunis, des plus vulnérables, avec l'appui des réseaux du Conseil général, des caisses communales d'action sociale, de la Caisse d'Allocations familiales, des établissements médico-sociaux, des différents établissements d'accueil et de la Croix-Rouge. A ce jour, ces réseaux ont encore en stock près de 200.000 doses disponibles. Nous avons également engagé un effort important de sensibilisation des Réunionnais. Comme je l'avais demandé le recteur a mis en place des actions de sensibilisation à destination des agents de l'Education nationale et des élèves. Nous savons que cette pédagogie là est efficace sur le terrain, à l'intérieur des familles. Les professionnels de santé ont également reçu en mars des documents de synthèse sur la maladie pour les aider, mieux les aider dans leur pratique. A ce jour plus de 10 millions d'euros ont été dépensés pour les actions sociales et médico-sociales par l'Etat, le Conseil général, les communes et la Caisse d'allocations familiales. A cela s'ajoutent les dépenses consacrées au recrutement de personnel par les contrats d'accompagnement vers l'emploi et les actions d'appui aux professionnels de santé. La Direction régionale des affaires sanitaires et sociales a été renforcée, comme nous l'avions annoncé.

Les engagements ont également été tenus en matière de recherches. Nous avons mobilisé la Communauté scientifique et les laboratoires pharmaceutiques afin de répondre aux questions qu'ils se posaient autour de ce virus si mal connu. Face à des malades qui concernent l'ensemble des pays de l'Océan indien, le reste de l'Outre-mer qui est la Métropole, la France a un rôle essentiel, nous en avons conscience, un rôle essentiel à jouer. Elle doit faire progresser la connaissance, ainsi que les réponses sanitaires à toutes les épidémies, le chikungunya, mais aussi les autres virus qui menacent l'Outre-Mer et la Métropole.

Dès le mois de février, Xavier BERTRAND et François GOULARD ont fait en sorte de mieux coordonner les différents secteurs de la recherche. Les premiers résultats sont là, depuis le 8 mars nous disposons d'une évaluation de séro- prévalence sur le chikungunya, c'était indispensable pour mieux comprendre le virus et mieux évaluer le nombre de personnes touchées. Des molécules sont passées au crible depuis le 23 février pour trouver un médicament actif contre le virus, un premier résultat positif a été obtenu, il est en cours actuellement de validation. Il est donc trop tôt pour affirmer que ses essais seront concluants - mais je vous le dis, et j'en prends l'engagement, nous ne négligerons aucune piste. Nous avançons à grand pas vers la mise au point d'un vaccin, l'INSERM conduit avec l'INSTITUT PASTEUR et SANOFI PASTEUR des études sur le projet de l'armée américaine. Les essais cliniques pourraient démarrer en décembre prochain. D'importants travaux de recherches cliniques sont engagés avec des équipes réunionnaises, notamment pour étudier les formes les plus graves de la maladie et le processus de transmission de la mère au foetus. Ces résultats obtenus en un temps très court doivent beaucoup à l'efficacité et au dynamisme des membres de la cellule nationale et de son président, le professeur Antoine FLAHAUT. Ils doivent également beaucoup à la mobilisation des membres de la cellule régionale à celle des organismes de recherches. Ils n'ont été possibles que grâce aux scientifiques, aux chercheurs, les médecins de la Réunion, qui les premiers ont pris les mesures d'urgence qui s'imposaient.

Enfin, nous avons pris les mesures nécessaires pour soutenir l'économie réunionnaise face à l'épidémie. Notre première préoccupation a été de protéger les salariés, c'était indispensable dans un département où beaucoup d'emplois sont liés à la filière touristique. La mise en place d'un dispositif de formation professionnelle pendant les périodes de sous activité a permis à 481 salariés de mettre à profit cette période difficile. Le dispositif d'indemnisation du chômage partiel pris en charge par l'Etat et l'UNEDIC a bénéficié à 825 salariés. Mais pour sauver les emplois, nous avons voulu soutenir les entreprises confrontées à des difficultés. 2 millions et demi d'euros ont d'ores et déjà été versés aux entreprises par les fonds de secours exceptionnels, principalement à destination des entreprises du secteur touristique. Je veux remercier ici, les services de l'Etat qui ont travaillé en étroite liaison avec la Chambre de commerce et d'industrie et la Chambre des métiers de l'artisanat pour aider les entreprises à constituer leurs dossiers. Ensemble, ils ont fait preuve d'une réactivité et d'une détermination remarquable. Le dispositif de garantie bancaire doté de 2 millions d'euros par l'Etat et la région et géré par l'Agence française de développement a été mis en place pour permettre aux entreprises de continuer à investir et à préparer l'avenir. Cette garantie permettra d'éviter qu'un trop grand nombre de projets de développement soient durablement différés à cause de la crise. Le dispositif de moratoire des dettes fiscales et sociales est également en place depuis février et a concerné 764 entreprises. Mais nous savons que les conséquences de la crise peuvent être durables, il ne faut donc pas baisser la garde. Je suis venu vous confirmer que l'enveloppe prévisionnelle reste disponible en tant que de besoin pour faire face aux conséquences économiques du chikungunya. Les entreprises confrontées à des problèmes de trésorerie ou à des pertes significatives de chiffre d'affaires, en liaison avec l'épidémie continueront à être aidées.

Au total, aucune entreprise n'a été contrainte de cesser définitivement son activité du fait du chikungunya. Aucun plan de licenciement n'a été motivé par la crise. Notre réponse a donc été jusqu'à présent à la hauteur de l'enjeu, nous devons maintenant poursuivre avec la même détermination, la même vigilance, le même esprit de responsabilité.

Même si la crise n'est pas finie, nous devons dès maintenant en tirer des enseignements et prendre les décisions qui nous engagent, tous pour l'avenir.

Je veux le réaffirmer avec force, si nous voulons que la Réunion ne connaisse plus de crise semblable, nous devons inscrire la lutte contre le moustique dans la durée. L'expérience nous l'a suffisamment prouvé, l'hiver austral ne suffira pas à faire disparaître la maladie. Nous allons donc poursuivre la lutte anti vectorielle en nous concentrant sur les " gîtes " et l'élimination des larves. Nous sommes toujours en situation de crise, des brigades d'intervention mobile des forces armées seront donc disponibles pour intervenir aux côtés des agents de l'Etat, de la région, du département et des communes, dans les quartiers où les foyers de transmission apparaîtraient, ainsi que sur les gîtes urbains identifiés. Je veux salure aujourd'hui, parmi vous, la présence d'un certain nombre, gendarmerie, forces armées stationnées à la Réunion, service militaire adapté, renforts venus de la Métropole, ils participent tous depuis plusieurs mois à ce travail difficile et indispensable - et je tiens à leur exprimer notre reconnaissance. Alors il nous faut préparer dès maintenant le retour de la saison chaude, l'île a besoin d'une structure durable et adaptée de lutte anti vectorielle. Cela pose la question juridique délicate de l'exercice des compétences, je m'engage à ce qu'elle soit traitée le moment venu dans un esprit de concertation et de responsabilité. La priorité aujourd'hui c'est de définir concrètement le contenu et le fonctionnement du dispositif. C'est le sens de la déclaration d'intention que je viens de signer, à la préfecture avec le président du Conseil régional, la présidente du Conseil général et l'Association des maires. Par cette déclaration nous nous engageons à travailler ensemble sur les points suivants : construire et conserver un dispositif opérationnel de lutte contre l'épidémie. Maintenir notre engagement dans cette lutte et nous concerter sur son adaptation. Constituer dès à présent un Comité de coordination et d'orientation de la lutte contre les menaces épidémiques d'origine vectorielle. Notre programme de travail sera organisé en trois étapes. Dans un premier temps nous ferons le bilan des actions conduites et des moyens mis en oeuvre. Dans un deuxième temps, nous définirons ensemble les orientations du dispositif pérenne de lutte anti vectorielle. Dans un troisième temps, nous définirons le cadre juridique le plus pertinent pour l'exercice des compétences de lutte anti vectorielle - je souhaite que nous puissions aboutir rapidement, à l'automne !

Préparer l'avenir c'est aussi mettre à niveau notre organisation en matière de médecine et de recherche et je sais que c'est une de vos principales préoccupations. Je me rendrai tout à l'heure à Saint-Paul pour évoquer en détail les décisions qui s'imposent afin d'améliorer le niveau de l'offre de soin sur tout le territoire de la Réunion. La communauté hospitalière et les établissements privés ont prouvé leur capacité à réagir ensemble avec solidarité, avec courage, avec intelligence. Ils ont montré les atouts du système sanitaire de la Réunion que je veux aider à progresser encore, afin qu'il réponde aux besoins de l'île et de son développement. Nous avons décidé de renforcer nos capacités dans l'Ouest du département. Nous avons également souhaité la création d'un centre hospitalier régional avec des capacités de recherches et un rôle de recours en matière de soins. Elle sera effective avant la fin de l'année et ce sera, et je sais que c'est attendu, parce que nous voulons aller plus loin - ce sera la première étape vers un centre hospitalier universitaire.

J'avais aussi souligné au mois de février la nécessité de progresser dans la veille sanitaire et l'étude des maladies infectieuses. Dans ce domaine, le chikungunya nous a rappelé qu'il nous fallait opérer une véritable révolution. De nouvelles épidémies planétaires sont apparues, le SRAS, la grippe aviaire , le West Nile, surveiller les virus, analysez leur inter action, avec l'homme, avec l'environnement, autant de défis que nous devons relever, si nous voulons être prêts, capable de réagir face aux épidémies à venir. Le gouvernement agit dans deux directions, nous voulons d'abord renforcer notre capacité de veille, de surveillance et d'évaluation des risques, c'est indispensable si nous voulons mieux anticiper les situations d'urgence sanitaires. Une mission a été confiée au professeur Jean-François GIRARD, président de l'Institut de recherche pour le développement qui est récemment venu ici et qui fera ses propositions à l'été. Ensuite, comme je l'avais annoncé fin février, j'ai décidé de mettre en place à la Réunion un centre de recherche et de veille sur les maladies émergentes et infectieuses, un véritable télescope du vivant. C'est un engagement sans précédent de l'Etat et qui dit bien tout l'attachement que nous portons aux Réunionnaises et aux Réunionnais. Ce télescope du vivant nous permettra d'orienter la surveillance sanitaire et de mieux nous préparer à gérer les crises.

Le Centre de recherche et de veille sanitaire de l'Océan indien sera donc installé à la Réunion, il a vocation à devenir une plate forme de haut niveau, ouverte aux équipes du monde entier qui travaillent sur les pathologies tropicales et leurs vecteurs. Après seulement deux mois de travaux préparatoires, je peux vous le dire ce projet suscite un intérêt fort, très fort de la Communauté scientifique et médicale internationale. Le gouvernement va donc préparer un mémorandum sur la recherche et la surveillance en matière de maladies émergentes qui sera présenté lors de la prochaine assemblée générale de l'organisation des Nations Unies. Le travail conduit depuis la fin du mois de février a permis de concrétiser les conditions de la création de ce centre. Xavier BERTRAND et François GOULARD, avec François BAROIN ont effectué un important travail de coordination de l'ensemble des organismes de recherches et des agences sanitaires, ils ont clairement défini la mission du Centre : renforcer le lien entre surveillance et recherche, susciter le plut tôt possible les recherches décisives sur les liens entre les maladies humaines et animales, sur le rôle du climat et de la biodiversité.

Ce Centre auquel les élus régionaux sont particulièrement attachés, je le sais, sera définitivement installé à la Réunion, d'ici la fin de l'année. Ce Centre regroupera l'ensemble des acteurs et des institutions de la lutte contre les agents pathogènes, médecins, épidémiologistes, spécialistes du climat et de la géographie, microbiologistes, immunologistes, spécialistes de physiopathologie. Il sera constitué sous la forme d'un groupement d'intérêt scientifique, il s'appuiera sur l'ensemble des infrastructures de recherche qui sont déjà présentes à la Réunion. Le Centre d'investigation clinique et d'épidémiologie, clinique Saint-Pierre qui sera renforcé par la construction d'un nouveau bâtiment de santé publique au sein de l'hôpital, ainsi que des animaleries et des insectariums tropicalisés, ultramodernes. Il s'appuiera également sur les laboratoires de l'université de Saint-Denis et le très important projet de " cyclotron " dont François GOULARD et le président du Conseil régional poseront la première pierre cet après-midi. L'Institut PASTEUR et la Faculté de médecine de Madagascar pourront également être partie prenante. Les organes de direction du Centre seront installés d'ici un mois, le Conseil scientifique sera composé d'au moins 50% de scientifiques étrangers avec une représentation forte de personnalités de la zone Océan indien. Le Conseil de groupement réunira des représentants des membres fondateurs, le Comité directeur sera présidé par une personnalité scientifique sélectionnée, sur la base d'un appel à candidature internationale. Des moyens financiers et humains nouveaux seront alloués au Centre afin qu'il mette en réseau les installations existantes à la Réunion et celles qui seront créées à Mayotte avec d'importantes perspectives de développement. Un appel d'offre international sera lancé en septembre afin de recruter les équipes et les scientifiques qui s'associeront au projet. Un premier budget exceptionnel de 2,2 millions d'euros est dès à présent consacré à la création du Centre par le ministère de la Recherche, six personnes seront recrutées pour renforcer les capacités de surveillance épidémiologique.

Pour appuyer les efforts de ce Centre je soutiens l'initiative que m'a proposée François GOULARD, de lancer une organisation de chercheurs sans frontières sur la base de volontariat. Des chercheurs issus de nos grands instituts, de nos centres hospitaliers et universités de la Métropole et de la Réunion, qui pourraient ainsi rediriger une partie de leurs activités sur les thèmes prioritaires du Centre.

Enfin, je souhaite que nous tirions toutes les leçons de cette crise pour renforcer le dynamisme économique de la Réunion.

Je sais que beaucoup d'entreprises sont encore fragiles, je m'engage donc, je vous l'ai dit, à maintenir les dispositifs de solidarité aussi longtemps que la situation le nécessitera. Ces dispositifs fonctionnent, ils pourront être améliorés en tant que de besoin, mais cela ne suffit pas, nous devons accentuer nos efforts en direction du secteur le plus touché par la crise, le tourisme. Pour avancer, Léon BERTRAND m'a proposé deux axes concrets. Le premier axe, c'est de valoriser l'image de la Réunion qui a bien évidemment souffert de la crise. Nous lancerons donc, dès cette année une série de campagnes de communication et de promotion ambitieuses pour faire revenir nombreux les touristes. Il s'agit de tenir un discours responsable et lucide sur les risques existants. D'autres maladies que le chikungunya sont présentes dans la plupart des pays tropicaux. Or les efforts déployés pour combattre le chikungunya sont bien plus importants que dans les autres pays concernés. En outre, la Réunion dispose d'un système de soins unique dans la région et un dispositif de surveillance sans équivalent qui garantit à chacun une information fiable et transparente sur l'évolution de la maladie. Nous allons donc tout faire pour valoriser les atouts de l'île, des paysages parmi les plus beaux du monde, bientôt un parc national qui couvrira une grande partie de son territoire et qui mettra en valeur ses richesses écologiques exceptionnelles. Des infrastructures publiques et notamment sanitaires de qualité, la Réunion doit redevenir une destination touristique privilégiée. L'Etat est prêt à engager dès cette année une première enveloppe de 2 millions et demi d'euros pour financer aux côtés du Comité régional du tourisme ces campagnes, dès le second semestre de cette année. Le deuxième axe c'est de continuer à développer l'offre touristique de l'île en partenariat avec les collectivités, le Comité régional du tourisme et les professionnels. Je sais qu'il nous reste des efforts à accomplir, l'identité visuelle de l'île, les systèmes de réservation, les relations avec les agences et les compagnies aériennes. La construction d'offres intégrées, la formation professionnelle, mais aussi le développement d'une offre adaptée au marché intérieur réunionnais. Le gouvernement est prêt à mobiliser dès cette année 2 millions d'euros pour financer cet effort, je souhaite que nous préparions en partenariat avec les acteurs du tourisme réunionnais une stratégie de moyen terme.

Au-delà nous devons également continuer à agir pour améliorer les conditions de vie des plus défavorisés à la Réunion, c'est tout le sens des mesures que nous prenons pour encourager l'emploi depuis plusieurs années. Ces mesures portent leurs fruits, en quatre ans, le taux de chômage a baissé de près de 8 % c'est une évolution considérable qui s'est accélérée au cours des douze derniers mois avec une baisse de plus de 7 % du nombre de chômeurs. Et cette baisse concerne toutes les catégories de demandeurs d'emploi ; les femmes, les hommes, les jeunes, les seniors, les chômeurs de longue durée, c'est un cycle vertueux qui a été enclenché à la Réunion où l'emploi appelle l'activité qui appelle à son tour l'emploi. C'est ce cercle vertueux que nous sommes en train de vouloir enclencher en Métropole, la Réunion là encore nous montre le chemin. Mais nous devons aussi renforcer nos efforts collectifs qui sont déjà considérables en faveur des zones d'habitat insalubres. D'abord parce que ces quartiers constituent des poches de pauvreté inadmissibles qui portent atteintes à la dignité de leurs habitants. Ensuite, parce qu'ils sont aussi, en partie à l'origine des difficultés que nous rencontrons pour juguler l'épidémie. Face à cette situation l'Etat affectera dès cette année, 3 millions d'euros supplémentaires aux opérations de résorption de l'habitat insalubre.

Nous devons enfin nous mobiliser en faveur de la protection, de l'environnement et je sais que cela vous tient aussi tout particulièrement à coeur. Permettez-moi de revenir quelques instants sur le projet de parc national qui avait fait l'objet d'une étroite concertation locale. L'enquête publique démarrera à la fin de l'été pour permettre la création du parc, c'est important pour la Réunion, c'est aussi important pour la France et pour le monde entier de montrer que nous savons protéger notre patrimoine naturel et en particulier la richesse de notre biodiversité. Enfin, je souhaite que le projet d'incinérateur de déchets, trop longtemps repoussé, puisse maintenant se concrétiser. Je sais que depuis mon précédent passage, les collectivités locales ont accéléré leur réflexion, nous devons maintenant nous mettre d'accord très rapidement sur les principes de ce projet.

Mesdames, Messieurs, chers amis, nous le savons tous, l'histoire de la Réunion est jalonnée d'épreuves, marquée par des pages glorieuses, mais aussi par l'esclavage, la pauvreté, les maladies, l'éloignement. Cette histoire a façonné votre mémoire, notre mémoire collective, elle a aussi influencé le destin personnel de nombreux Réunionnais et Réunionnaises. Face à ces épreuves, je sais que les Réunionnais ont souffert de se sentir parfois oubliés ou d'être mal compris par la Métropole. Pour autant vous n'avez jamais remis en cause l'attachement très fort qui vous unit à la France. Vous avez toujours gardé confiance dans les principes de la République pour surmonter les difficultés et pour que nous regardions ensemble vers l'avenir. Ces principes, vos parlementaires les avaient voulus pour vous, en faisant voter la loi du 19 mars 1946. Je pense notamment à Raymond VERGES et à Léon de LEPERVANCHE dont nous avons récemment eu l'occasion d'évoquer la mémoire. Après 1946, des hommes d'exception comme Michel DEBRE et Pierre LAGOURGUE se sont mobilisés sans relâche pour faire des principes républicains une réalité.

Aujourd'hui, 60 ans après, la départementalisation qui a marqué la fin de l'époque coloniale, ses principes restent plus que jamais notre objectif commun. Ensemble nous devons continuer à promouvoir le respect de l'intérêt général, mais aussi de l'aspiration des Réunionnaises et Réunionnais à la dignité, à l'égalité et à la reconnaissance de leur identité créole et française. Nous devons également poursuivre notre effort de solidarité face à l'épidémie, c'est essentiel si nous voulons construire un avenir commun. Un avenir commun pour faire de la Réunion une communauté libre, prospère et confiante au sein de la France et de l'Europe. C'est ce qu'attendent de nous les Réunionnais, ensemble, je le sais nous serons à la hauteur de ces espoirs et le président de la République hier, quand je lui présentais les grandes lignes de l'action à venir, me disait à quel point il souhaitait vous transmettre l'attachement de la France, l'affection de la Métropole, à vous toutes et à vous tous. Et la même exigence, partout sur le territoire national, celle-là même qu'il a exprimée hier en Conseil des ministres, de l'action et du résultat. C'est cela l'objectif du gouvernement, c'est cela l'engagement du Président de la République, c'est cela qui nous mobilise jour après jour à vos côtés et vous tous, qui tracez le chemin de cet engagement, de cette solidarité, de cette humanité au service de ceux qui souffrent - je suis fier de pouvoir aujourd'hui témoigner de notre engagement commun devant vous, je vous remercie !


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 29 mai 2006

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