Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, sur les valeurs du sport dans la société et le projet de l'UMP en matière de politique sportive, Paris le 30 mai 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, sur les valeurs du sport dans la société et le projet de l'UMP en matière de politique sportive, Paris le 30 mai 2006.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

Circonstances : Clôture de la Convention Sport UMP "Pour la France d'après", "Oser le sport", à Paris le 30 mai 2006

ti : Mesdames et Messieurs,
mes chers amis,


Je suis très heureux de conclure ce soir la Convention sport de l'UMP. Je tenais absolument à ce que notre parti consacre une journée de travail à la question du sport en France. C'est la première fois qu'un parti politique met le sport au même niveau d'intérêt et de préoccupation que l'économie, la justice ou encore les institutions. Je m'en félicite et je remercie Pierre Durand et Nadine Morano d'avoir mis en musique un projet qui m'était cher.

Si les Français choisissent de nous faire confiance en 2007, cette journée restera comme un événement fondateur : fondateur d'une nouvelle vision du sport en France, d'une nouvelle politique sportive, celle que nous mettrons en oeuvre si nous sommes élus.

Le sport en France est dans une situation paradoxale.

Beaucoup de Français font du sport. Moins que dans les pays nordiques ou anglo-saxons, certes. Mais la France compte néanmoins 15 millions de licenciés, entre 30 et 35% de pratiquants réguliers, et les grands événements sportifs, comme la coupe du monde de football, Roland Garros ou le Tour de France, passionnent nos concitoyens. Au cours des 20 dernières années, les collectivités territoriales ont investi massivement dans les équipements et l'aide aux clubs sportifs, répondant ainsi à une demande croissante des Français. Elles financent aujourd'hui 30% de la dépense sportive, contre 12% pour l'Etat.

En revanche, malgré les apparences et le discours officiel, malgré l'impulsion décisive d'hommes et de femmes tels que le Général de Gaulle, Maurice Herzog ou Pierre Mazeaud, l'Etat aujourd'hui ne donne pas au sport la place qu'il mérite.

Je veux saluer l'action de Jean-François Lamour depuis 2002, qui n'a pas ménagé sa peine pour faire avancer le sport dans notre pays. Pas moins de quatre lois ont été votées grâce à lui pour donner plus de souplesse d'organisation aux fédérations, renforcer la lutte contre le dopage, reconnaître le rôle des collectivités locales, aider le sport professionnel à lutter à égalité avec les clubs des autres pays d'Europe. Mais Jean-François, tu n'as pu agir qu'avec les moyens et les outils que l'on t'a donnés.

Il faut aller beaucoup plus loin.

A l'école, le sport est encore une matière annexe parce que sa vertu éducative n'est pas reconnue. Dans l'enseignement supérieur, il ne compte pas. A part les écoles de fonctionnaires, aucune grande école n'a d'épreuve de sport à son concours d'entrée. Dans le monde professionnel, la pratique sportive n'est pas valorisée, pas plus que l'engagement associatif. Quant à la sphère politique et institutionnelle, elle se soucie peu du sport, hormis l'Olympisme. La part du budget de l'Etat consacrée au sport régresse d'ailleurs depuis 1968.

Non, vraiment, à quelques exceptions près, l'élite de la société française ne croit pas dans le sport.

Pour ma part, je crois profondément dans le sport. Cette conviction est nourrie de la pratique et de l'expérience, mais ce n'est pas seulement une question d'appétence personnelle. Je crois que le sport est une nécessité pour l'individu. Je crois qu'il est une chance pour la société, et notamment pour notre société qui a tant de difficultés à résoudre. Je crois enfin qu'il est un enjeu pour l'économie. Comme Pierre de Coubertin à son époque, je pense que le « temps présent a besoin de sport ».

Le sport est d'abord nécessaire à l'équilibre individuel
car nous sommes un corps autant qu'un esprit. C'est une antinomie merveilleusement décrite par Jean-Jacques Rousseau : « plus le corps est faible, plus il commande ; plus il est fort, plus il obéit ».

Le sport permet de décharger le stress accumulé dans la vie quotidienne. Son rôle dans la prévention et le traitement de certaines maladies, dans la lutte contre l'obésité, dans le recul des frontières de la dépendance n'est plus à démontrer. Investir dans le sport, c'est améliorer le bien-être de nos concitoyens et réduire les dépenses de santé.

Au-delà de ses effets bénéfiques sur la santé, le sport est une école de la vie. C'est à mon sens plus important encore. « Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre », disait encore Pierre de Coubertin.

A tous ceux qui le pratiquent ou l'ont pratiqué, le sport a appris que rien de précieux et d'intéressant ne s'obtient sans effort. Mais il a appris aussi que tout effort donne des résultats. Le sport enseigne la persévérance et l'acceptation de l'inévitable alternance entre l'échec et la réussite, une bonne école pour la politique en somme... En mettant chacun devant ses limites physiques, sans pouvoir se retrancher derrière les artifices du savoir, de la richesse ou du langage, le sport révèle les qualités profondes de l'être : le courage, le goût du risque, la volonté, le dépassement de soi.

Ce n'est pas pour rien que le grand alpiniste Edouard Whymper concluait ainsi ses récits d'escalades : « Nous nous extasions sur les scènes grandioses qui se déroulent à nos yeux, sur les splendeurs des levers et des couchers de soleil, (...) des collines, des vallons, [et] des lacs (...) ; mais, ce que nous évaluons à un prix bien supérieur, c'est notre progrès comme homme, et, grâce à notre lutte incessante avec les difficultés, le développement de ces nobles qualités de notre nature, le courage, la patience et la force d'âme ».

Tout au long de cette journée, et certains me font l'amitié d'être présents en ce moment, plusieurs champions olympiques et sportifs de haut niveau ont participé à notre Convention. Sans doute faut-il être soi-même un peu sportif pour mesurer ce qu'il faut d'entraînement, d'efforts, d'abnégation, de maîtrise de soi, de répétition des mêmes gestes, pour atteindre les meilleures performances mondiales. Et ce sont en outre des efforts qu'il faut faire jeune, très jeune. Les sportifs de haut niveau sont des êtres de caractère exceptionnel, qui font honneur à la France, mais aussi tout simplement à l'homme, et je veux leur dire ce soir toute notre admiration. L'or dont on les couvre et le prestige dont ils jouissent ne sont pas usurpés et je ne suis pas de ceux qui critiquent la starisation des sportifs, parce qu'ils nous donnent du plaisir et de l'exemplarité.

Le sport est également une chance pour la cohésion sociale.
On a essayé de le traduire par exemple dans la politique de la ville, mais les succès n'ont pas vraiment été au rendez-vous. Tout simplement parce qu'on a pris, je crois, le problème à l'envers.

La question n'est pas de permettre aux jeunes des quartiers défavorisés de faire du sport. C'est évidemment important et l'on a raison de créer des équipements et des aides pour que tous les Français puissent pratiquer un sport. Mais pour un Zidane ou un Desailly, il y a des milliers de jeunes dont les voies d'insertion sociale sont d'abord et avant tout l'école, les études et le travail. Un panneau de basket dans une cité n'a jamais fait et ne fera jamais le bonheur de celle-ci.

Ce qui est capital en revanche, c'est que le sport reste cet espace unique de sociabilité où les Français de toutes conditions, de toutes origines et de tous milieux sociaux, se rencontrent et partagent les mêmes efforts et les mêmes émotions. Alors que la ségrégation sociale et urbaine ne cesse de s'aggraver, les clubs de sport et les compétitions sportives sont parmi les derniers lieux où l'on n'est rien d'autre, dans le regard des autres, qu'un être qui transpire, qui souffre, qui gagne ou qui perd ; un homme ou une femme qu'on aide parce que, dans le sport, on gagne tous ensemble ou l'on perd tous ensemble.

La victoire de la France lors de la coupe du monde de football de 1998 a fait beaucoup de bien à notre pays. L'équipe black-blanc-beur a montré que la diversité était une richesse. Mais elle n'a pas empêché, quatre ans plus tard, que la Marseillaise soit sifflée au Stade de France. Le sport n'est pas facteur de cohésion sociale par procuration. Il l'est par la pratique effective. C'est en poussant tous les Français à faire plus de sport ensemble, quelles que soient leurs origines, que nous ferons reculer le racisme, grandir la fraternité et progresser la cohésion sociale.

C'est aussi pour cette raison que j'ai fait de la lutte contre la violence dans les stades un axe important de mon action au ministère de l'intérieur. Le racisme et le hooliganisme sont l'exact opposé des valeurs du sport. Nous n'avions pas le droit de les tolérer plus longtemps. Le Royaume-Uni avait réussi à se débarrasser du hooliganisme. Je n'ai pas accepté qu'il soit en France une fatalité de plus. Il faut que les Français puissent retrouver le chemin des matchs de foot en famille et nous y parviendrons.

Dans un monde de plus en plus individualiste, le sport développe également des valeurs collectives dont la société ne saurait se passer : le respect des autres, le respect des règles, le respect de l'autorité, l'engagement, la solidarité, l'esprit d'équipe, la culture du résultat. En apprenant l'écoute et la confiance dans l'entraîneur, le sport enseigne à aider et à accepter d'être aidé.

C'est pourquoi nous devons absolument accroître la pratique sportive à l'école. Le sport développe des qualités qui sont essentielles à la vie professionnelle, à la vie sociale, à la vie dans la cité, que les matières traditionnelles ne savent pas ou ne peuvent pas valoriser ; des valeurs qui sont les nôtres aussi : le mérite, l'effort, l'égalité des chances. Faisons nôtre cette formule de Michel Serres qui, en 1999, dédicaçait ainsi son ouvrage sur le corps : « A mes professeurs de gymnastique, à mes entraîneurs, à mes guides de haute montagne, qui m'ont appris à penser ».

Je ne crois pas avoir une vision excessivement idéaliste des choses en pensant que si les Français faisaient plus de sport et plus souvent, notre société serait à la fois plus forte, plus confiante en elle et plus humaine.

Je pense enfin que
le sport est un champ prometteur de développement économique.
La dépense sportive des ménages augmente plus vite que le taux de croissance de l'économie en général et le sport représente déjà 360 000 emplois salariés en France. Voilà une activité, le sport, qui ne demande qu'à se développer, qui peut créer des centaines de milliers d'emplois, dans le domaine de l'équipement, du sport loisir, des sports de pleine nature, de la santé par le sport, et qui ne présente que des avantages si nous savons l'encadrer par ailleurs. Je pense par exemple à la prévention du dopage amateur ou à la compatibilité entre le développement des sports de pleine nature et la protection de l'environnement.

Pour toutes ces raisons, je crois que nous ne devrons avoir en 2007 qu'un seul mot d'ordre, celui de notre Convention d'aujourd'hui :
Oser le sport.

Je voudrais ce soir vous faire cinq propositions. Elles ne couvrent pas tout le sujet, il faudra bien qu'il en reste un peu au ministre des sports ! Mais ce sont des propositions fortes, pragmatiques et concrètes.


Premièrement, il faut que l'organisation du sport en France se modernise et se professionnalise.
Nous vivons dans cette contradiction d'un Etat qui revendique sa prééminence dans l'organisation du sport, mais qui délègue ses pouvoirs à des fédérations souvent fragiles, trop dépendantes de lui et insuffisamment dotées en capacités d'impulsion et d'action. Trop de fédérations, et pas des moindres, ont eu des difficultés graves au cours des années récentes, qu'il s'agisse de difficultés financières ou de difficultés de management.

Pendant ce temps là, en dehors de nos frontières, le sport se transforme rapidement. Les organismes sportifs internationaux sont de plus en plus puissants et imposent des contraintes de plus en plus fortes. L'Union européenne affiche ses propres exigences. La médiatisation, le développement du sport spectacle et l'augmentation des droits de retransmission entraînent une distorsion croissante entre le sport professionnel et le reste et posent la question de la compatibilité entre l'argent et les valeurs du sport. Pour plusieurs raisons financières et juridiques, nos clubs professionnels n'ont pas les moyens de lutter à égalité avec les autres clubs européens.

A l'exception notable de la lutte contre le dopage, force est de constater que la France subit les évolutions du sport plus qu'elle ne les précède. Il faut changer le sens de cette dynamique en mettant plus de professionnalisme et de stratégie dans l'organisation du sport français.

La loi de 1984 devra être mise à plat. Je ne veux pas renoncer aux grands principes de l'organisation du sport en France : la cogestion entre l'Etat et le mouvement sportif, l'unité et la solidarité entre le sport professionnel, le sport de haut niveau et le sport amateur, la qualité du système de formation des sportifs. Mais je veux que l'Etat ait les moyens de sa politique sur les aspects stratégiques de celle-ci et que les fédérations soient responsabilisées dans leur mission. L'Etat devra donc avoir des outils juridiques pour exercer réellement sa tutelle sur les fédérations en ce qui concerne la mise en oeuvre des grandes orientations de sa politique sportive. Les contrats d'objectifs qui lient les fédérations au ministère devront devenir de vrais outils de gestion et d'évaluation, pas seulement des documents formels reconduits d'année en année. L'organisation des fédérations devra être améliorée pour que les conseils fédéraux exercent un réel contrôle sur l'exécutif fédéral et que des directeurs généraux salariés et des cadres de haut niveau soient recrutés.

Je compte également sur la parité pour améliorer le fonctionnement du mouvement sportif. Les femmes représentent 34,6% des sportifs de haut niveau. Lors des trois derniers Jeux olympiques, elles ont remporté 49% des médailles françaises. Mais elles ne représentent que 5% des directeurs techniques nationaux et 6% des présidents de fédération. C'est trop peu.

En ce qui concerne les collectivités territoriales, leur rôle est devenu irremplaçable et c'est un fait qu'elles ont largement suppléé les défaillances de l'Etat. Cela n'aurait toutefois aucun sens d'imposer aux collectivités locales une compétence obligatoire dans le domaine du sport. Elles la refuseraient. En revanche, il faut reconnaître et encourager le rôle qu'elles exercent volontairement aujourd'hui, notamment en accroissant leur place dans les organismes de cogestion du sport.

Le monde du sport est devenu beaucoup plus complexe sur le plan juridique, éthique, financier, international. Je propose de créer une grande école du management sportif, obligatoire pour les cadres supérieurs de l'Etat voulant exercer des responsabilités dans ce secteur et accessible aux étudiants des universités et des grandes écoles voulant travailler dans le domaine du sport ainsi qu'aux sportifs de haut niveau souhaitant se reconvertir dans la gestion du mouvement sportif. Nous avons bien l'école nationale de la santé publique pour la gestion du système de santé ou l'école du patrimoine pour les conservateurs de musée.

Le professionnalisme n'exclut pas le bénévolat. Le sport français ne peut pas se passer de notre million et demi de bénévoles réguliers. Un des axes forts de notre projet pour 2007 sera la valorisation du bénévolat parce qu'il faut sortir de cette culture socialiste où ceux qui travaillent et se dépensent pour la collectivité sont moins bien traités que ceux qui ne travaillent pas ou ne font rien pour les autres. Les socialistes détestent le travail, mais ils détestent encore plus l'idée qu'on puisse travailler sans être payé puisque leur idéal de soci??té, c'est d'être payé pour ne rien faire. Le bénévolat doit être pris en compte dans les parcours universitaires, pour la validation des acquis de l'expérience, pour la constitution d'une retraite et pourquoi pas sur le plan fiscal. Mais il doit avoir pour contrepartie, notamment en matière sportive, des exigences en termes d'engagement et de formation.

Enfin, nous devons tirer les leçons du triste échec de Paris 2012 et engager une stratégie de reconquête de nos positions dans les organisations internationales du sport.

Je souhaite à cet égard qu'avec la ligue de football professionnel, nous entreprenions une démarche européenne pour que l'argent ne tue pas l'équité et la qualité de la compétition sportive entre les clubs professionnels.

D'un côté, la France doit améliorer l'environnement juridique des clubs et lever les obstacles qui les empêchent de rivaliser à égalité avec les autres clubs européens. Les clubs doivent apprendre à diversifier leurs recettes et pouvoir faire appel à l'épargne publique, même si, de fait, peu le feront. Ce n'est pas la bourse qui corrompt, c'est l'absence de morale.

Mais, de l'autre côté, il faut instituer des règles européennes pour que l'excès d'argent dans certains clubs ne ruine pas l'équité et le suspens de la compétition. Ces règles doivent viser notamment l'harmonisation fiscale, les conditions dans lesquelles les jeunes doivent signer leur premier contrat dans le club qui les a formés, la limitation des déficits et de l'endettement des clubs, comme l'a remarquablement instituée en France la fédération française de football et la ligue, et éventuellement le plafonnement de la masse salariale totale des clubs.

Nous ne devons pas avoir peur du sport professionnel. Le sport spectacle est beau et donne du plaisir. Si des entreprises veulent investir dans le sport professionnel, il faut les y encourager. C'est justement en étant ouvert au sport professionnel que nous pourrons également imposer des normes européennes. La libre circulation des capitaux, des personnes, des biens et des services ne peut pas s'appliquer dans le sport comme dans le reste de l'économie. Il y a une exception culturelle. Il doit y avoir une exception sportive.

Ma deuxième proposition concerne bien sûr le sport à l'école.
L'éducation physique et sportive compte pour 72% de la dépense sportive de l'Etat. Eh bien, malgré le dévouement et le dynamisme des enseignants d'EPS, force est de constater que nous n'en avons pas pour notre argent ! La France est le pays d'Europe où la place du sport dans le système éducatif et dans l'enseignement supérieur est la plus faible.

Cette faiblesse explique, d'une part, l'insuffisance de la pratique sportive des Français. Un tiers des Français pratiquent régulièrement une activité sportive, contre plus de 70% dans les pays nordiques, et 53% n'en font jamais. Or, l'école est essentielle pour développer l'habitude et le goût du sport.

D'autre part, en ne croyant pas dans les vertus éducatives du sport, l'école se prive d'un puissant levier pour diffuser certaines valeurs, certaines attitudes et certaines qualités d'âme.

Plusieurs mesures sont à prendre : changer les mentalités bien sûr ; respecter les heures de sport prévues à l'école primaire et en confier la prise en charge à des éducateurs spécialisés ; augmenter le nombre d'heures obligatoires de sport au collège et au lycée, les exigences attendues des élèves, ainsi que le poids du sport aux examens ; rendre le sport obligatoire à l'université et à l'entrée aux grandes écoles ; profiter des cours de sport pour initier à l'arbitrage, au secourisme et à l'hygiène alimentaire ; former tous les enseignants d'EPS au handisport afin que les enfants handicapés puissent pratiquer le sport avec les autres enfants.

Il faut également multiplier les établissements proposant le mi-temps sportif afin que tout enfant qui le souhaite puisse suivre une telle scolarité. Notre système éducatif manque beaucoup trop de liberté pour que chaque famille puisse trouver ce qui convient le mieux à son enfant.

Enfin, les dispensessont trop fréquentes, en particulier chez les jeunes filles. Il faut réserver le droit de dispenser un élève de sport aux médecins scolaires, préférer une modulation du rythme de l'activité aux dispenses sèches, et proposer aux élèves dispensés un cours de substitution, pouvant porter par exemple sur l'histoire du sport, l'arbitrage, le secourisme, mais en rapport avec la culture physique.

Troisième proposition, il faut engager une politique volontariste d'augmentation du nombre de Français pratiquant régulièrement une activité sportive.
Aujourd'hui, nous en sommes à un tiers environ. Nous devons viser 70% comme dans les pays nordiques, un résultat que nous n'atteindrons bien sûr que par étapes. Il faut le faire dans un souci de bien-être des individus et de la société et dans un but également de santé publique.

L'objectif n'est certes pas nouveau. Tous les gouvernements ont affiché leur ambition de développer le sport pour tous. Mais les moyens n'ont jamais suivi. Avec 0,14% du budget de l'Etat, sans compter toutefois les dépenses de l'Education nationale, la place du sport dans l'action publique est dérisoire.

Le budget du sport doit être augmenté. Notre politique reposera sur cette conviction forte : chaque euro investi dans le sport rapporte bien davantage que ce qu'il coûte.

Il permettra de financer la remise à niveau des équipements et la création d'équipements nouveaux, adaptés à la demande actuelle de nos concitoyens. En particulier, il faut créer des salles de sport en centre ville, ludiques et accessibles à tous les budgets.

La locomotion humaine doit être développée et encouragée.

Il faut engager une concertation avec les partenaires sociaux pour déterminer comment les entreprises pourraient être incitées à encourager la pratique sportive de leurs salariés.

Il faut rapprocher le milieu sportif de celui de la santé. L'information des Français - et même des médecins - sur le rôle du sport dans la prévention de certaines maladies doit être développée. Il faut multiplier les travaux de recherche. A l'image de la Suède, les médecins, notamment les généralistes, doivent être formés pour pouvoir aider et encourager leurs patients à avoir une activité sportive adaptée à leur condition. Souvent, les médecins disent à leurs patients qu'il faut faire du sport, mais sont bien incapables de leur dire quand, comment, combien de temps. Les caisses primaires d'assurance maladie pourraient servir de lieu d'information et d'orientation.

Enfin, il faut faire des efforts, notamment au sein des fédérations, pour développer l'activité physique régulière des catégories de la population aujourd'hui sous représentées dans les statistiques de la pratique sportive.

Cela concerne d'abord les femmes. Sur ce point, ce sont surtout les entreprises qui peuvent servir de relais, car si les femmes ne font pas de sport, c'est qu'elles n'ont souvent pas le temps.

Cela concerne ensuite les personnes handicapées. Celles-ci ont des résultats spectaculaires dans le sport de haut niveau (à Turin, la France s'est classée 10ème aux Jeux olympiques, mais 4ème aux Jeux paralympiques). Mais elles sont encore peu présentes dans le sport de masse. 1% des personnes handicapées sont licenciées d'une fédération sportive contre 17% chez les personnes valides.

Il faut investir dans l'activité physique des personnes âgées, en faire une dépense de santé publique comme une autre, pour reculer l'âge de la dépendance. En France, le taux de pratique sportive des personnes chute brutalement après 65 ans, ce qui est tout de même un comble alors que la retraite donne du temps. Des pays comme l'Australie ou la Norvège ont réussi à maintenir le taux d'activité physique des seniors à près de 70%.

Enfin, il faut veiller à ce que les Français modestes puissent également faire du sport. La pratique sportive est en effet fortement corrélée aux revenus. L'Etat peut s'associer aux collectivités locales sur ce point. Il faut en particulier permettre aux enfants des quartiers peu favorisés de pratiquer, avec une même licence, plusieurs sports, car les enfants se lassent très vite avant de trouver le sport dans lequel ils s'épanouissent pleinement.

Quatrième proposition, en lien avec la précédente, il faut que la France accueille de nombreuses compétitions sportives internationales.

Les compétitions internationales sont populaires. Elles suscitent des vocations chez les jeunes et de l'engouement pour la pratique dans le grand public. Au tournant du siècle dernier, Pierre de Coubertin disait déjà : « Pour que cent se livrent à la culture physique, il faut que cinquante fassent du sport. Pour que cinquante fassent du sport, il faut que vingt se spécialisent ; pour que vingt se spécialisent, il faut que cinq soient capables de prouesses étonnantes ».

Je ne peux pas vous promettre que nous réussirons, mais je prends l'engagement que la France sera candidate notamment pour organiser un championnat d'Europe de football, que nous n'avons pas accueilli depuis 1984, ainsi que les championnats du monde de basket et de natation. Cela suppose un effort d'équipement. Si la Turquie a battu la France pour l'organisation du championnat du monde de basket de 2010, c'est parce que la France ne disposait que de deux salles de 10 000 places, et encore en poussant les murs, à Paris et à Pau.

Enfin, je propose de transformer le partenariat des entreprises pour la candidature de Paris à l'organisation des JO de 2012 en partenariat pour la préparation des athlètes.
La France n'a pas eu l'organisation des Jeux. Elle doit donc avoir les médailles.

Chacun se souvient qu'en 1960, la France n'avait obtenu que cinq médailles aux Jeux olympiques de Rome, dont aucune en or, se classant ainsi au 25ème rang des nations. L'effort entrepris à l'époque pour détecter, former, encourager et entraîner des athlètes de haut niveau produisit ses fruits, avec une remontée progressive de la France dans le classement des nations, qui culmina à Atlanta en 1996 où la France obtint 37 médailles dont 15 en or et se classa 5ème. Depuis, la France, tout en restant une grande nation sportive, perd du terrain. Elle était 6ème en 2000, 7ème en 2004. Elle est très mal classée au nombre de médailles par millions d'habitants.

Parallèlement en effet, d'autres pays ont engagé eux aussi des stratégies de conquête ou de reconquête. Le Royaume-Uni, par exemple, est passé de la 36ème à la 10ème place entre 1996 et 2004, soit un gain de 26 places, confirmant dans le sport son spectaculaire renouveau économique.

La France doit donc réagir et repartir à la conquête des médailles olympiques.

Comme la Suède, qui n'a pas eu les Jeux en 2004, mais qui a voulu les médailles, il faut créer un club d'entreprises partenaires qui financeraient, à égalité avec l'Etat, la préparation de nos athlètes.

Comme l'Australie, qui est passée de la 32ème à la 4ème place parmi les nations olympiques entre 1976 et 2000, il faut identifier les sports stratégiques, soit en prestige, soit au regard de nos avantages comparatifs, et créer pour eux des centres de recherche et de développement disposant des meilleurs chercheurs, des meilleurs équipements et des meilleurs entraîneurs. Les succès d'Emilie Le Pennec en gymnastique et de Laure Manaudou en natation, deux disciplines phares de l'Olympisme, sont encourageants. Il faut les consolider et reprendre aussi des positions significatives sur le 100 m, la course reine.

Nous ne devons pas rejeter l'investissement des entreprises dans le sport, à l'image par exemple du Team Lagardère. Le sport doit être sain, fraternel et loyal. Il n'est pas condamné à être pauvre, gratuit et bénévole. Si des entreprises veulent investir dans des clubs sportifs ou dans la préparation de nos athlètes, je n'y vois que des avantages. Ce n'est pas parce que la réussite des sportifs qu'elles auront soutenus leur apportera des avantages en termes d'image que cela nous enlèvera quelque chose en termes de prestige et de joie nationale. Et je ne vois pas pourquoi elles le feraient avec moins de morale et moins d'esprit sportif que l'Etat.

Toute l'histoire du sport contredit le lien que certains veulent faire entre l'argent et les anti-valeurs du sport.

En Union soviétique, il n'y avait pas de capitalisme, mais il y avait du dopage. A Berlin en 1936, le sport était étatique, et il était raciste et fasciste.

Ce n'est pas l'argent en lui-même qui corrompt le sport. C'est la volonté de puissance, l'esprit de compétition dévoyé par celui de domination.

L'argent doit rester à sa place. Le sport n'est pas le lieu de toutes les outrances et de tous les excès, mais au contraire le lieu où la règle doit être respectée. C'est précisément à l'Etat d'assurer la conciliation entre l'investissement des entreprises dans le sport et le respect des valeurs fondatrices du sport que la France elle-même a réinventées il y a un peu plus d'un siècle. Les entreprises elles-mêmes y ont tout intérêt.

Parmi ces valeurs fondatrices, figure notamment le respect que nous devons à nos athlètes, en particulier les plus jeunes. L'Etat a, à leur égard, quatre responsabilités premières :

- les protéger contre le dopage, notamment en responsabilisant davantage la chaîne sportive, les entraîneurs, les fédérations, les sponsors ;

- encadrer et moraliser le travail des agents ;

- assurer à nos athlètes les moyens de vivre et de s'entraîner. Les revenus de quelques athlètes, en particulier dans le football, ne doivent pas faire illusion. Ce sont des exceptions. Quant à l'aide publique aux sportifs de haut niveau, elle est tout sauf mirobolante : 2 800 euros par an en moyenne en 2004. A ceux qui se préparent pour demain, il faut offrir de bonnes conditions d'entraînement. A ceux qui sont dans la pleine maîtrise de leurs capacités, il faut prévoir un statut fiscal adapté leur permettant de lisser leurs revenus sur la durée et d'être incités à préparer leur reconversion et leur retraite ;

- enfin, l'Etat doit assurer la formation intellectuelle de ses athlètes. Un sportif de haut niveau n'a pas vocation à être un ignare et ce n'est parce qu'un enfant est bon en sport que cela doit déranger l'Education nationale. De même qu'il faut que les enfants dits normaux fassent plus de sport à l'école, l'Etat doit se donner comme exigence d'assurer la pleine et entière formation intellectuelle de ceux qui s'entraînent dur pour porter un jour les couleurs de la France. Suivre un cursus universitaire normal et être sportif de haut niveau doit devenir possible en France.

Mes chers amis,

"Citius, altius, fortius", "plus vite, plus haut, plus fort", c'est la devise de l'Olympisme. Je crois bien que cela devrait devenir la devise de la politique du sport en France.


Source http://www.u-m-p.org, le 31 mai 2006

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