Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur le plan d'action pour l'emploi des seniors, Paris le 6 juin 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur le plan d'action pour l'emploi des seniors, Paris le 6 juin 2006.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Conférence nationale pour l'emploi des seniors au Conseil économique et social, à Paris le 6 juin 2006

ti : "Monsieur le Président,
Messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les représentants des partenaires sociaux,
Mesdames et messieurs,


Je me réjouis de me retrouver parmi vous, ici, au Conseil économique et social et je vous remercie, monsieur le Président, d'accueillir la Conférence nationale pour l'emploi des seniors. Merci également pour cette table ronde des partenaires sociaux particulièrement enrichissante. Cette conférence est un rendez-vous essentiel qui doit nous permettre de répondre à deux défis majeurs de notre société. D'abord, un défi démographique, nous le savons tous, avec l'amélioration de l'espérance de vie et le départ à la retraite des enfants du baby-boom, la proportion de Français actifs va diminuer fortement à partir de 2007. Face à cette évolution, dès 2003, notre majorité a pris, avec Jean-Pierre RAFFARIN, des mesures indispensables pour pérenniser le financement de notre système de retraites. Nous devons, dès à présent, apporter d'autres réponses pour permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus longtemps.

Le deuxième défi, c'est l'égalité des chances. Nous ne pouvons pas accepter que certains de nos concitoyens ne trouvent pas d'emploi et ce, en raison de leur âge. Les seniors ont une expérience à transmettre aux plus jeunes ; ils ont des compétences précieuses à faire valoir ; beaucoup d'entre eux ont l'envie et ils ont l'énergie nécessaire pour s'engager dans une entreprise au service d'un projet. Nous devons leur permettre de trouver leur place sur le marché du travail. Le plan national d'action concertée pour l'emploi des seniors, que nous ont présenté Jean-Louis BORLOO, Gérard LARCHER et Philippe BAS, apporte des réponses fortes pour relever ces défis. Pendant trente ans, on a cru qu'il suffisait d'encourager les seniors à arrêter prématurément leur activité professionnelle pour donner des emplois aux plus jeunes. Nous savons maintenant que cela ne marche pas. Pour permettre à chacun de trouver un emploi, il ne faut pas restreindre l'activité ; il ne faut pas partager le travail ; il faut au contraire l'encourager et le développer. Donner à tous nos concitoyens la possibilité de travailler plus, c'est créer plus d'emplois, plus de croissance et plus de chances pour chacun, pour les seniors comme pour les jeunes. C'est pour cela que dès mon arrivée à la tête du Gouvernement, j'ai souhaité envoyer un signal fort en faveur de l'emploi des seniors ; la limite d'âge pour l'accès aux concours de la fonction publique a été supprimée à l'automne dernier.

Aujourd'hui, avec le plan d'action pour l'emploi des seniors, nous franchissons une nouvelle étape, avec trois objectifs. Le premier objectif, c'est d'offrir à chacun la possibilité de continuer de travailler au-delà de l'âge de la retraite ou de mieux gérer la transition entre la vie professionnelle et la retraite. Le deuxième objectif, c'est de faciliter le retour à l'emploi de ceux qui connaissent des périodes de chômage, notamment par la mise en oeuvre du CDD Seniors, voulu par les partenaires sociaux. Le troisième objectif, c'est d'encourager les entreprises à développer des politiques de ressources humaines qui favorisent l'emploi des seniors. Cela suppose d'abord de mener une gestion plus active des carrières et des formations tout au long de la vie professionnelle. Cela suppose également d'aménager les conditions de travail pour permettre à chacun, quel que soit son âge, d'accéder à tous types d'emplois. À cet égard, je salue le travail remarquable mené par l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail.

Cette démarche s'inscrit pleinement dans les ambitions définies par l'Union européenne. Dans la stratégie de Lisbonne, nous nous sommes fixés un objectif ambitieux : parvenir à un taux d'activité des seniors de 50 % en 2010. Pour l'atteindre, nous avons souhaité, avec Jean- Louis BORLOO et Gérard LARCHER, aller très vite dans l'application concrète des mesures législatives du plan national pour l'emploi des seniors et elles figureront dans le projet de loi sur la participation et l'actionnariat salarié qui sera proposé très prochainement au Parlement.

Permettez-moi maintenant de le souligner : le plan national pour l'emploi des seniors est le fruit d'un travail - cela a été rappelé par tous - de concertation remarquable.

En novembre 2005, j'avais rencontré l'ensemble des partenaires sociaux. Je m'étais alors engagé à mettre en oeuvre le plus rapidement possible l'accord national interprofessionnel du 13 octobre 2005 sur l'emploi des seniors, qu'ils avaient conclu après six mois de négociations. J'avais ensuite réaffirmé cet engagement devant la commission nationale de la négociation collective. Cet engagement a été tenu grâce à la mobilisation et l'esprit de responsabilité dont chacun a fait preuve. Jean-Louis BORLOO et Gérard LARCHER bien sûr, mais aussi tous ceux qui ont participé à cette concertation ; partenaires sociaux, parlementaires, membres du Conseil économique et social, tous ont été animés par la volonté de progresser et d'élaborer des solutions concrètes ; tous ont montré leur détermination à poursuivre ensemble, dans la durée, la mise en oeuvre de ces mesures. Je tiens à en remercier chacun d'entre vous.

Ce plan national ouvre des perspectives encourageantes. D'abord, parce qu'il prouve, malgré les divergences, qu'il y a une réelle capacité de dialogue dans notre pays. Si chacun fait l'effort nécessaire pour comprendre le point de vue de l'autre, si chacun accepte de faire un pas, nous pouvons tous nous mobiliser au service de l'intérêt général et aborder ensemble des enjeux essentiels pour notre société. Ce résultat montre également que la France peut se moderniser dans le rassemblement et la sérénité. Il montre que nous pouvons mener ensemble des réformes ambitieuses pour construire une société capable de conjuguer le dynamisme économique et la justice sociale.

Dans les mois qui viennent, nous avons plusieurs rendez-vous. Le premier, c'est la modernisation du dialogue social. Monsieur le président, la semaine dernière, nous avons évoqué les rapports Chartier et Hadas-Lebel avec l'ensemble des membres du bureau du Conseil économique et social. À cette occasion, je vous ai demandé de me faire des propositions dans ce domaine. Comme je l'ai annoncé lors de ma dernière conférence de presse, j'inviterai les partenaires sociaux, dans les semaines à venir, pour étudier avec eux les mesures concrètes que nous pourrions prendre dans les prochains mois. Par ailleurs ; des négociations sont actuellement en cours sur la question de la diversité dans l'entreprise, à l'initiative du Président de la République. Je souhaite que ces négociations puissent aboutir rapidement. Le Gouvernement s'appuiera sur les conclusions de ces négociations pour compléter les mesures de la loi pour l'égalité des chances.

Je souhaite que nous puissions avancer très vite sur l'ensemble de ces questions. Le succès de la concertation sur l'emploi des seniors nous montre que nous pouvons y arriver. Mesdames, messieurs, cette conférence nationale pour l'emploi des seniors marque un tournant. Il s'agit maintenant d'être au rendez-vous de l'action et des résultats. Cela nécessitera bien sûr de la constance, de la détermination. Cela exigera la mobilisation de tous, les grandes entreprises comme les PME, les branches professionnelles, les partenaires sociaux et, bien sûr, le Gouvernement. L'enjeu aujourd'hui, c'est de donner sa place à chacun dans notre société. Pour que la France réussisse, nous avons besoin des talents de tous. Les seniors sont une chance pour notre pays. Leur expérience et leurs compétences constituent des atouts précieux pour nos entreprises. À nous de savoir les valoriser. Car dans la question de l'emploi des seniors, il y a un enjeu fondamental pour notre société, c'est notre capacité à faire une place aux talents, à l'expérience et à la valeur de chacun. C'est vrai pour les plus de 50 ans ; pendant des années, on leur a fait comprendre qu'ils étaient trop âgés pour conserver leur poste, alors même qu'ils s'étaient dépensés sans compter au service de leur entreprise. C'est précisément cette injustice à laquelle nous devons nous attaquer. C'est vrai aussi pour les jeunes. Aujourd'hui, ils rencontrent trop de difficultés pour rentrer sur le marché du travail. Leur taux de chômage est de dix points supérieur à la moyenne nationale - je ne vais pas revenir ici sur le contrat "première embauche" ; je l'ai dit : je suis peut-être allé trop vite et nous n'avons pas suffisamment expliqué que cette mesure s'adressait en priorité aux jeunes sans qualification, mais je n'ai pas changé de conviction -, nous aurons besoin de mesures fortes pour faire une place aux jeunes, pour leur permettre de s'insérer plus rapidement et plus facilement dans la vie professionnelle. Je pense enfin au travail des femmes. Il reste, dans notre pays, beaucoup à faire en matière de parité, d'égalité salariale, et pour les aider à mieux concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale.

Lorsque nous aurons permis à chacun, quelles que soient ses qualifications, quel que soit son âge, de trouver rapidement un emploi dans de bonnes conditions, nous aurons fait un grand pas en avant. C'est bien cette société que je veux construire. C'est cette société vers laquelle nous devons aller ensemble. Je vous remercie."

source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 7 juin 2006

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