Interview de M. Dominique Perben, ministre des tranports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "RMC Info" le 7 juin 2006, sur un bilan de la circulation routière : notamment les radars, le permis à points, les biocarburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Perben, ministre des tranports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "RMC Info" le 7 juin 2006, sur un bilan de la circulation routière : notamment les radars, le permis à points, les biocarburants.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer;

ti : Q- Regardons la route : les derniers chiffres sont encourageants, vraiment encourageants ! 4.975 personnes tuées en 2005, on est passé sous le seuil des 5.000 morts. C'est vrai que le calcul des victimes est fait six jours après l'accident et non trente jours, comme c'était utilisé jusqu'en 2004. C'est donc un peu, si on est honnête, relativiser un tout petit peu les chiffres.

R- Ah, non ! On utilisait les six jours, jusqu'à cette année-ci, donc la comparaison de 2005 sur 2004, 2003 et 2002, est tout à fait valable. Nous venons maintenant d'adopter les 30 jours, donc cela fait légèrement remonter les chiffres. Ce qui compte, c'est de comparer ce qui est comparable, et maintenant on s'est mis au décès à 30 jours, c'est-à-dire que l'on attend le 30ème jour pour voir si la personne est, ou non, décédée à la suite d'un accident.

Q- Nous allons voir ce que cela va donner dans les mois qui viennent. On a constaté un rythme de baisse du nombre de tués qui se ralentit un peu.

R- Oui, ça dépend. On a eu trois très bons mois en début 2006, janvier, février, mars, avaient une moyenne de l'ordre de 14, 15 % de baisse des tués. Avril était mauvais, on a eu + 5 % et pour mai - j'ai eu les chiffres hier -, on est de nouveau à - 14,7 %. Donc on est quand même sur une tendance qui est fortement à la baisse.

Q- Alors, c'est dû à quoi ?

R- C'est essentiellement... Il y a la vitesse. La lutte contre les excès de vitesse est extraordinairement efficace en termes de sécurité. Deuxièmement, la lutte contre l'alcool au volant, c'est très important. Enfin, le troisième élément très important, en nombre de morts et pas en nombre d'accidents, c'est la ceinture de sécurité, y compris à l'arrière. Ces trois éléments sont des éléments clefs, mais nous avons quelques zones d'ombre et c'est ce qu'il faut maintenant vraiment travailler si l'on veut aller plus loin. On a d'abord une augmentation du nombre de morts et de blessés, piétons, deux roues, quels que soient les deux roues, et on a quelques départements - une dizaine de départements - où cela ne va pas, alors que les gens sont tout aussi mobilisés qu'ailleurs. Donc, nous travaillons sur ces différents points. En particulier, j'ai demandé au conseil des Ponts et aux gens de la Sécurité routière de travailler sur ces départements, parce que je pense que si l'on analyse bien les choses sur le terrain, on devrait en tirer quelques enseignements pour avoir une politique encore plus efficace que la politique actuelle.

Q- On va revenir sur les propositions que vous faites, sur les aménagements du permis à points, s'il y a des aménagements à faire. Je voudrais simplement reprendre ce rapport de l'Inspection générale de l'administration et de l'administration des Ponts et Chaussées, qui vous a été remis en juillet dernier, qui est resté un peu secret et qui est dévoilé aujourd'hui par Le Parisien. Ce rapport nous dit que 80 % des radars fonctionnent, 80 % seulement des radars fixes fonctionnent ; êtes-vous au courant de cela ?

R- Oui, bien sûr. Le rapport, je l'avais eu l'année dernière. Il faut un peu relativiser les choses, c'est-à-dire... ça veut dire quoi ? Cela veut dire qu'entre l'entretien, les dégradations - il y en avait beaucoup, il y en a moins maintenant...

Q- ...Le vandalisme.

R- Et puis des pannes techniques, effectivement, on en a. L'autre chose très intéressante que m'avait dit ce rapport à l'époque, c'est que l'on avait une sous utilisation des radars embarqués, c'est-à-dire les radars mobiles qui étaient sous-utilisés.

Q- Sept heures par semaine, seulement.

R- C'est la raison pour laquelle, avec N. Sarkozy, le ministre de l'intérieur, on a monté des stages de formation des gendarmes et des policiers, depuis, de façon à ce qu'ils utilisent davantage ces radars embarqués. C'était un des points, je dois dire, qui m'avait, moi, le plus choqué, c'était le fait que ces radars existaient et qu'on ne s'en servait pas.

Q- Il y a un autre point qui est quand même choquant, c'est l'inégalité, pas d'équité - je donne deux, trois chiffres - : 50 % des flashes se transforment en contravention, seulement 50 % des flashes ! Incertitude sur l'auteur, auteur à l'abri des poursuites, traitement de cas qui ne peuvent être encore gérés automatiquement, donc, manque d'équité, quand même. Et puis, j'ai quand même une question à vous poser : pourquoi est-ce qu'il n'y a pas de base unique pour gérer les données du fichier national du permis de conduire ? Pourquoi est-ce que cela n'existe pas ?

R- Si, il y a un fichier unique, mais les difficultés que vous dites, là, sur les 50 % - je ne sais pas si c'est tout à fait ce chiffre -, mais c'est parce que, justement, on a un fichier électronique qui n'est pas suffisamment performant, effectivement, en termes de recherche d'identité, de recherche d'adresse. Ce n'est pas un manque d'équité qui résulterait d'une décision d'une personne, qui trierait les infractionnistes (sic). Il faut que les choses soient claires pour nos auditeurs, ce n'est pas cela. C'est le traitement informatique, parce que le fichier est fait comme ça, qui, effectivement, n'arrive pas à faire rentrer dans le système et n'aboutit pas...

Q- Oui, mais la gestion de nos points n'est toujours pas informatisée.

R- C'est vrai.

Q- Pourquoi ?

R- Eh bien parce qu'il faut beaucoup d'argent et donc, on a...

Q- Donc, on n'a pas...

R- Et ce fichier...

Q- C'est traité manuellement ?

R- Pas tout à fait, non.

Q- Presque...

R- Il y a une partie informatique - je ne suis pas informaticien moi-même. Mais ce fichier, donc, qui est au ministère de l'Intérieur parce que c'est une tradition, a besoin de moyens. On doit d'ailleurs en rediscuter prochainement avec N. Sarkozy...

Q- Mais vous avez des moyens avec les radars, cela rapporte beaucoup d'argent.

R- L'idée, c'est effectivement d'utiliser le produit des radars pour moderniser le fichier. Ce que je voudrais, par exemple, c'est qu'au permis à points, que J.-J. Bourdin, sur son ordinateur, puisse accéder au site Internet, et avec un code, comme on fait pour nos comptes bancaires - ce n'est pas très compliqué - puisse regarder s'il lui manque des points ou pas, pour ne pas s'en apercevoir...

Q- Et ce sera quand ?

R- Je ne peux pas donner la date.

Q- Ce sera possible quand ?

R- C'est ce que je voudrais...

Q- Mais vous n'avez pas de date ?

R- Malheureusement, je ne peux pas vous dire.

Q- Vous serez encore au pouvoir à ce moment là ?

R- J'espère, oui. Enfin, ça, c'est un autre débat.

Q- Oui, c'est un autre débat... A la mairie de Lyon, peut-être.

R- Par exemple.

Q- Mais pourquoi est-ce si difficile à mettre en place ?

R- Il faut changer tout le système informatique. En réalité, c'est un énorme fichier qu'il faut moderniser complètement, c'est indispensable...

Q- Parce que cela permettrait... Vous vous rendez compte, il y a tellement de Français qui roulent sans permis, cela permettrait aux Français d'être avertis : il vous reste deux points, il vous reste un point, attention sur la route.

R- Et je pense qu'en termes d'effet dissuasif, ce serait bien d'ailleurs.

Q- Mais bien sûr, évidemment ! Il y a urgence !

R- J'ai l'appui de J.-J. Bourdin...

Q- Non, vous n'avez pas mon appui, il y a urgence. Je me mets à la place de tous les conducteurs. [...]. Alors, à propos de ce permis à points, on a dit beaucoup de choses, et vous avez rectifié plusieurs choses. D'abord les petits excès de vitesse, est-ce que, oui ou non, vous allez revenir sur ces petits excès de vitesse qui, aujourd'hui, nous coûtent un ou deux points ?

R- La réponse est non.

Q- Vous ne changez rien ?

R- La réponse est non. Qu'est-ce que c'est les sanctions pour les petites infractions ? C'est une contravention qui est à 45 euros, il n'est pas question de changer ; c'est pour les [inaud] à moins de 20 km/h, c'est un point, il n'est pas question de changer. Par contre, ce que je veux changer, c'est une situation qui nous amène à avoir trop de gens sans permis, parce qu'ils mettent trop de temps à revenir au permis. C'est ça, moi, que je veux changer, parce que je pense que c'est potentiellement très dangereux d'avoir trop de gens qui peuvent être tentés de faire une folie absolue. Conduire sans permis, c'est une folie absolue en termes de conséquences civiles, financières, personnelles, pour quelqu'un. Il faut le redire : c'est vraiment de la folie. Le type n'a aucune assurance, enfin, il peut payer toute sa vie pour une ânerie de quelques minutes.

Q- Mais ils sont de plus en plus nombreux.

R- Donc il faut absolument permettre à ces gens d'aller plus vite vers le retour au permis. Il y a une mesure que je vais proposer au Premier ministre, que j'ai évoquée déjà depuis deux ou trois jours...

Q- Mais vous allez la proposer, là, ça y est ?

R- C'est le délai de six mois. Alors, je ne sais pas ce qui sera décidé, mais de supprimer ce délai de six mois entre le moment où vous avez perdu votre permis et le moment où vous avez le droit de le représenter.

Q- Quel délai faudrait-il ?

R- Il n'y a pas besoin de délai. Après, il faudra que l'on puisse gérer l'inscription à l'examen, ce qui est une autre affaire, mais pourquoi ajouter un délai administratif à des délais qui sont, de toute façon, des délais pratiques, qui sont l'inscription à l'auto-école, l'inscription à l'examen, l'inscription aux stages. Donc c'est faire en sorte que l'on facilite le retour au permis.

Q- Le permis à points, c'est juste ou pas ? Franchement ?

R- C'est juste, parce que, si vous voulez, c'est ou ça ou des systèmes d'amendes extraordinairement élevées, qui, eux, deviennent des systèmes injustes, parce qu'une amende à 1.000 euros ou à 1.500 euros, pour les uns, cela veut dire un mois de salaire et pour d'autres, cela veut dire "ça m'est égal, je paie". Alors que le système du permis à points est un système qui est juste, quel que soit le revenu des gens.

Q- Où va l'argent des radars ? On nous dit que 40 % des recettes sont affectés à l'Agence pour le financement des infrastructures de transport, c'est la loi.

R- Oui, et le reste aux systèmes de sécurité de radar, de traitement de l'info, etc.

Q- J'ai encore deux-trois questions sur les biocarburants. J'ai vu ce qui se passait à Villeneuve-sur-Lot - vous avez vu ça comme moi -, où le maire député de votre parti a décidé de faire rouler ses camions-poubelles avec de l'huile végétale pure. L'Etat l'attaque, attaque la communauté de communes devant le tribunal administratif de Bordeaux, mais pourquoi ? Alors, je ne comprends pas, vous encouragez les biocarburants d'un côté et de l'autre côté, voilà l'Etat qui attaque un maire qui lui...

R- Mais qui, à l'Etat, attaque ce type ? Je n'ai pas l'info.

Q- Mais je peux vous le dire maintenant.

R- Je l'aurais maintenant, je vais m'en occuper tout à l'heure.

Q- Je peux vous le dire, allez voir le tribunal administratif de Bordeaux.

Q- Je vais au Conseil des ministres, je vais en parler aux collègues des Finances.

R- Vous connaissez Carayon ?

Q- Oui, bien sûr.

R- Eh bien c'est lui. Appelez-le, vous allez voir.

Q- Mais c'est absurde.

R- Ça, c'est absurde, franchement !

Q- C'est complètement absurde. Pourquoi est-ce que l'on a intérêt à développer les biocarburants, c'est-à-dire à la fois l'éthanol pour l'essence et l'équivalent pour le diesel ? Parce que, d'abord, c'est moins polluant, donc dans l'immédiat on y gagne en pollution. Deuxièmement, à terme, on sait bien que le pétrole ne va pas baisser, or à partir de 60 $ le baril, cela devient vraiment intéressant d'utiliser le biocarburant. J'ajoute que ce sont des carburants que l'on peut fabriquer, produire ici, en Europe, donc élargir, favoriser l'indépendance nationale. Autant fabriquer notre carburant dans nos champs, dans nos campagnes, que d'aller l'acheter à l'extérieur.

R- On ne pourra pas tout produire.

Q- Mais prenons l'exemple du Brésil qui, pour des raisons financières, à un moment donné, s'est mis vraiment à l'éthanol : alors c'est plus facile au Brésil parce qu'il y a la canne à sucre, parce que la canne à sucre a une puissance énergétique considérable, vue la densité du sucre, mais ils sont pratiquement à 100 %. Il y a des moteurs qui roulent à 100 %. Alors, qu'est-ce qu'il en est des moteurs ? Jusqu'à 15 % de biocarburants dans votre réservoir, il ne se passe rien, le moteur ne s'en aperçoit pas. Jusqu'à 30 % ça va encore, bon, il faut simplement surveiller le moteur un peu mieux. Au-delà de 30 %, jusqu'à 80, jusqu'à 100 même, là, il faut des ajustements du moteur et certaines modifications. Mais hier, je recevais le président de Renault, monsieur Ghosn - qui est d'ailleurs venu me rencontrer à mon bureau, avec une Flex fioul, une Clio qui roule aux biocarburants - qui m'a indiqué que d'ici très peu d'années, d'ici un an ou deux, il proposerait à sa clientèle, sur tous ses modèles...

R- A condition que les pétroliers jouent le jeu.

Q- Alors, après, il faut trouver le biocarburant, et en particulier, donc, il faut que dans la distribution, on ait la possibilité. Donc là, il y a un travail à faire. Je crois qu'il appartient aussi à l'Etat de pousser dans ce sens, pour que la distribution du biocarburant se fasse dans de bonnes conditions. Encore une fois, au Brésil, à la station-service, vous avez deux pompes : la pompe pétrole et la pompe gasoil... Pardon : la pompe alcool !


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 8 juin 2006

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