Tribune de M. Hervé Morin, président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale, dans "La Tribune" du 7 juin 2006, sur ses propositions de réforme, intitulée "Réformer en France". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Hervé Morin, président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale, dans "La Tribune" du 7 juin 2006, sur ses propositions de réforme, intitulée "Réformer en France".

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. UDF, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UDF, député

ti : Aujourd'hui, les Français attendent un Etat efficace et courageux, qui va au bout des réformes. Ce n'est pas vrai que rien n'a été fait depuis vingt ans. Beaucoup de choses ont été tentées, mais le bras finit toujours par trembler. C'est parce qu'en France la vie politique n'est pas un risque : c'est une carrière. Dans les autres démocraties, les générations politiques se renouvellent tous les dix ans : on est élu, on exerce le pouvoir et, lorsqu'on a été désavoué, on est remplacé. Une telle situation vous impose de prendre des risques, parce que « le plat ne repassera pas ».

C'est pourquoi je propose d'intégrer dans notre législation une règle sur le cumul des mandats dans le temps, afin que les générations politiques puissent se renouveler. Et, pour que l'Etat puisse réformer efficacement, il faut avoir le courage de dire la vérité aux Français. Si le gouvernement ne dit pas la vérité sur la situation dramatique des finances publiques, sur la perte de compétitivité de notre économie française, sur le fait que la France est le pays qui travaille le moins des pays occidentaux, sur le fait que le coût du travail chargé nuit à l'attractivité de notre territoire et au développement des emplois à faible valeur ajoutée, alors cela empêche l'émergence d'une majorité de Français prêts à accepter la réforme.

L'Etat doit avoir une fonction stratégique d'éclairage sur l'avenir. Il faut redonner du sens au temps. L'effacement du temps et de l'avenir est un drame pour la politique, car il conduit à la multiplication permanente des effets d'annonce, qui discréditent le politique. Le ministre qui vient au journal de 20 heures pour faire un effet d'annonce, devrait être immédiatement congédié par le président de la République. Un gouvernement devrait systématiquement préférer le constat de l'action à l'annonce de l'intention.

Eclairer le pays, donner un sens à son action, lui dire en permanence où on veut l'emmener, c'est donner aux citoyens les moyens d'être responsables de leur destin. Ce besoin de sens, d'explication, est d'autant plus nécessaire que notre pays a vécu sur un mythe qui s'est effondré et que le général de Gaulle avait maintenu grâce à son talent : celui d'une France grande puissance, et nos concitoyens constatent aujourd'hui que notre pays n'est plus qu'une puissance moyenne affaiblie sur la scène européenne.

Expliquer les choix. Mais, pour cela, il faut un système de pouvoir où le chef d'Etat est en relation permanente et directe avec les Français pour leur expliquer ses choix. Nous sommes les seuls à conserver des modes de fonctionnement de l'ancien monde, qui veut un président de la République restant dans la stratosphère et apparaissant de temps à autre comme le Saint-Esprit sur la Terre. Un bon gouvernement se fixe une ou deux grandes réformes majeures par période et va jusqu'au bout, en y mettant toute la puissance de communication nécessaire pour faire preuve de pédagogie.Comme dans l'entreprise, l'action politique doit chercher à convaincre, à faire participer. Puisqu'il est citoyen, chaque Français estime avoir le droit de participer à l'organisation de son avenir, d'où la nécessité du temps de maturation de la décision, et donc de l'association à la décision.

En fait, il y a trois temps différents pour la réforme, correspondant à trois types de réformes. Il y a d'abord les réformes immédiates, liées aux engagements pris lors de la campagne présidentielle et que le gouvernement lance pendant l'état de grâce. Comme en 1981, ou en 1986, le Parlement siège jour et nuit pour les faire aboutir. C'est ainsi que l'une des plus grandes erreurs de 2002 a été de ne pas profiter du choc du 21 avril et de l'état de grâce pour engager les réformes les plus lourdes. Il y a ensuite les réformes qui peuvent se décider sans débat préalable par le politique, car sa légitimité est majeure : une simplification de l'organisation administrative française, une révision de la Constitution pour que la France devienne enfin une vraie démocratie... Et il y a enfin les réformes qui nécessitent une large période de consultation, de discussion et d'élaboration : celles qui touchent aux grands problèmes économiques et sociaux. C'est dans ce cadre que peut s'effectuer une simplification ou une homogénéisation du code du travail. Ainsi, l'adoption d'un contrat de travail unique à droits renforcés en fonction du temps, ne pourrait voir le jour sans une large discussion avec les syndicats, les chefs d'entreprise, les experts en droit social... Bien sûr, vient ensuite le temps de la prise de la décision, où chacun prend ses responsabilités et notamment le gouvernement et la majorité parlementaire. Des réformes structurelles ne peuvent être menées sans déchirement de la société que si l'on donne au temps le temps nécessaire. C'est ainsi qu'éventuellement le CNE et le CPE auraient dû voir le jour et non dans la précipitation et l'absence de discussion.

Il n'y a aucune raison que la France ne puisse se réformer comme l'ont fait les autres pays, mais encore faut-il respecter trois principes absolus : dire la vérité, s'engager, respecter les Français. Voilà les clés pour l'avenir.

Source http://www.udf.org, le 9 juin 2006

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