Déclaration de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, sur le renforcement du dialogue politique de la France avec le Haut Commissariat aux Réfugiés en faveur des réfugiés et déplacés victimes des crises en Afrique, Paris le 8 juin 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, sur le renforcement du dialogue politique de la France avec le Haut Commissariat aux Réfugiés en faveur des réfugiés et déplacés victimes des crises en Afrique, Paris le 8 juin 2006.

Personnalité, fonction : DOUSTE-BLAZY Philippe.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Ouverture des consultations politiques France/Haut Commissariat aux Réfugiés 2006 à Paris le 8 juin 2006

ti : Monsieur le Haut Commissaire,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Messieurs les Ambassadeurs,
Madame la Directrice,
Mon Colonel,
Mesdames et Messieurs,


Le Haut Commissariat aux Réfugiés et la France se réunissent aujourd'hui pour des consultations politiques, les premières du genre, dont nous avions décidé le lancement ensemble, Monsieur le Haut Commissaire, Cher Ami, lors de votre première visite officielle à Paris, le 16 janvier dernier.

Cette première session, vous le savez, sera centrée sur la question des crises en Afrique. Face aux situations de guerre et à leurs terribles conséquences humanitaires, face surtout au désespoir de populations entières jetées sur les routes de l'exil, la France et le Haut Commissariat aux Réfugiés sont plus que jamais résolus à faire prévaloir la voie d'un dialogue politique renforcé.

Consolider notre coopération, c'est, pour le pays qui a donné naissance aux Droits de l'Homme et en particulier pour ce ministère, non seulement une exigence éthique, mais aussi la marque de notre volonté concrète d'assumer toutes nos responsabilités.

C'est, pour la France, membre exécutif de l'organisation, une manière de renouveler son attachement au rôle central des Nations unies dans la gestion des crises. Nous pensons, en particulier, que la règle de droit - en l'occurrence la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés - doit s'imposer aux Etats, quelles que soient les circonstances.

Notre conviction est qu'il est possible, pour toute la jeunesse de ce continent africain troublé par des crises violentes, de trouver des solutions durables et porteuses d'avenir. Cette conviction s'appuie sur une volonté : celle de donner enfin toute sa place à l'espace humanitaire, dans le cadre d'une gestion intégrée des crises où tous les instruments politiques, économiques et militaires ont leur place. Nous aurons l'occasion d'approfondir ce thème aujourd'hui, en présence des Organisations non gouvernementales.

Mesdames et Messieurs,

Parmi les organisations des Nations unies qui contribuent, depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, à la stabilité du monde, le Haut Commissariat aux Réfugiés est investi d'une mission qui s'inscrit au plus près de la solidarité entre les peuples. L'oeuvre accomplie à ce jour est immense. En quelque cinquante ans, le HCR a porté secours à plus de 50 millions de personnes.

Mais cette mission se prolonge aujourd'hui, partout où les failles ouvertes par de nouveaux conflits, une démocratie déficiente ou une mondialisation mal maîtrisée rendent nécessaire une assistance humanitaire. Je pense aux 9 millions de réfugiés, mais aussi aux 19 millions de personnes qui sont aidées à des titres divers par le HCR, qu'il s'agisse de civils retournés chez eux mais ayant encore besoin d'assistance, ou encore des personnes déplacées, ou apatrides.

Face à cette réalité qui est aussi un enjeu de dignité humaine et de justice, nous devons apporter des réponses nouvelles qui viendront renforcer l'action du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations unies. Nous le savons tous ici, le travail accompli par les équipes du HCR est tout à fait considérable. Je tiens à rendre hommage au courage et au professionnalisme de ces femmes et de ces hommes qui, chaque jour, oeuvrent au service des Droits de l'Homme, du maintien de la paix et de la solidarité.

Monsieur le Haut Commissaire, la France, aujourd'hui, souhaite plus que jamais s'engager à leurs côtés.

Cet engagement doit naturellement se manifester par un effort financier : la contribution française au HCR a progressé de 40 % en 2006 pour atteindre 14,5 millions d'euros ; cette progression va se poursuivre en 2007 et notre contribution restera largement non affectée, laissant au HCR une vraie souplesse d'emploi des ressources en fonction des besoins du terrain.

Mais l'engagement de la France est aussi politique. Les acteurs humanitaires s'inquiètent de plus en plus de voir les enjeux de sécurité prendre le pas sur tout autre considération dans nombre d'Etats occidentaux. Nous pensons, quant à nous, que si ces préoccupations sont légitimes, elles ne doivent pas affecter pour autant le plein respect par les Etats de leurs obligations vis-à-vis de ceux qui sont menacés et persécutés dans leur pays d'origine. Le respect des Droits de l'Homme et du droit international humanitaire n'est pas une problématique secondaire. C'est une protection pour tous les citoyens qui doit continuer de primer, en toutes circonstances.

Enfin, il est de notre responsabilité partagée de n'offrir aucun crédit aux discours de ceux qui présentent l'aide humanitaire comme un instrument de domination occidentale. Posons-nous la question : avons-nous tout fait pour éviter d'accréditer la thèse d'une confusion des enjeux militaire et humanitaire ? Je n'en suis pas sûr ; on entend trop souvent aujourd'hui les donateurs déclarer que la "confusion" est inéluctable et qu'il est vain de vouloir préserver un vrai espace humanitaire. Il ne faut surtout pas céder à ce discours facile. La sécurité des acteurs humanitaires sur le terrain est en jeu. Aujourd'hui, ces consultations politiques sont aussi, à mes yeux, une façon concrète de prendre la mesure des difficultés auxquelles le HCR se trouve confronté dans ce domaine. Car il ne faut jamais l'oublier : la sécurité est aujourd'hui un risque partagé par les Etats occidentaux comme par les populations du Sud. A nous d'en tirer toutes les conséquences pour le présent et pour l'avenir.

Monsieur le Haut Commissaire, Cher Ami,

Nous avons choisi ensemble d'inscrire à l'ordre du jour de ces premières consultations trois arcs de crise africains : Soudan/Tchad/RCA, Grands lacs et Afrique de l'Ouest, en particulier la Côte d'Ivoire. Quels partenariats pouvons-nous mettre en place pour réaliser nos objectifs communs ?

La première piste que je souhaite soumettre à votre réflexion est l'échange d'informations et d'analyses entre la France et le HCR ; un échange à la fois entre Paris et votre siège, à Genève, mais aussi localement, entre les ambassades - en particulier nos attachés humanitaires - et les représentants du HCR sur le terrain.

Deuxième axe à approfondir : l'appui concerté aux processus nationaux et régionaux de protection et d'assistance des réfugiés et des déplacés en Afrique - en encourageant les gouvernements à créer et maintenir un régime de protection internationale, en poursuivant les efforts de rapatriement librement consenti et la réintégration durable, la réinstallation ou l'intégration sur place des populations.

Nous pouvons aussi envisager une coopération civilo-militaire pendant les crises, dans le respect des rôles de chacun. Nous avons tous en mémoire l'exemple réussi de l'opération DORCA. Le représentant de Mme Alliot-Marie nous présentera, tout à l'heure, les conditions et les modalités d'intervention des forces françaises dans les régions concernées. Nous évoquerons aussi l'articulation de nos actions avec les acteurs régionaux que sont l'Union européenne et l'Union africaine, ainsi que la place de l'humanitaire dans les missions intégrées.

Quatrième piste : c'est la construction d'une continuité renforcée entre l'action humanitaire et le développement, entre l'urgence et une phase dite "de transition". Vous vous êtes déjà engagés en ce sens auprès du PNUD, et je suis particulièrement sensible à ce souci de donner aux populations concernées de vraies perspectives. C'est l'une des conclusions que j'ai tirée de mon déplacement en Ouganda et au Burundi autour de la problématique des "enfants soldats". La France compte beaucoup, à cet égard, sur la dynamique qui pourrait naître au sein de la nouvelle commission de consolidation de la paix, avec une coordination renforcée des différents acteurs.

Cinquième piste enfin : la réforme du dispositif humanitaire des Nations unies. Nous attendons un retour d'expérience du HCR sur ses nouvelles responsabilités en tant que chef de file du "cluster" gestion des camps et le financement d'urgence via le CERF "Fonds de réponse d'urgence humanitaire". Il en sera question en détails lors du déjeuner, en présence de M. Severino, membre du Panel des Nations unies pour la réforme opérationnelle, auquel j'ai pensé utile d'associer les Organisations non gouvernementales.

Voilà, Monsieur le Haut Commissaire, quelques-unes des pistes de réflexion mais aussi, naturellement, d'action, que je souhaite que nous approfondissions ensemble. Je ne doute pas que nous y trouverons là matière pour formaliser un accord-cadre global de coopération, je l'espère dès 2007.

Mais, pour avoir parcouru différents théâtres d'opérations, avant même de m'engager dans la vie publique, j'ai la plus grande admiration pour le HCR, en tant que citoyen et en tant que médecin.

Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 juin 2006

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