Déclaration de M. Philippe Meurs, président de Jeunes agriculteurs, sur l'OMC, la PAC et l'installation des jeunes agriculteurs, Les Sables d'Olonne le 8 juin 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Philippe Meurs, président de Jeunes agriculteurs, sur l'OMC, la PAC et l'installation des jeunes agriculteurs, Les Sables d'Olonne le 8 juin 2006.

Personnalité, fonction : MEURS Philippe.

FRANCE. Jeunes agriculteurs, président

Circonstances : Clôture du 40ème congrès de Jeunes Agriculteurs aux Sables d'Olonne le 8 juin 2006

ti : 40ème congrès de Jeunes agriculteurs

Les Sables d'Olonne

Discours de clôture de Philippe Meurs
Président de Jeunes Agriculteurs

- 8 juin 2006 -


Monsieur le Ministre,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,
Chers jeunes agriculteurs,


C'est avec émotion et fierté que je m'adresse à vous aujourd'hui en tant que président de Jeunes agriculteurs, à l'occasion de ce 40ème congrès. Je voudrais saluer la présence de Monsieur le Ministre qui nous fait l'amitié de répondre chaque année à notre invitation.

J'imagine aisément que les anciens présidents du CNJA puis de Jeunes agriculteurs qui sont assis dans cette salle, ont dû éprouver, comme moi, un léger sentiment d'appréhension, au moment de commencer leur discours. Mais ce qu'ils ont dû éprouver, comme moi, c'est surtout un sentiment de grande responsabilité vis à vis de la tâche qui les attendait et qui m'incombe aujourd'hui, avec l'ensemble du Conseil d'Administration nouvellement élu.

Je suis d'autant plus ému par ce moment que c'est un ancien secrétaire général de JA qui se trouve devant vous et qui sait que les deux années à venir seront fortes syndicalement parlant.

Je voudrais dire à Bernard combien j'apprécie le travail que nous avons mené ensemble au cours de ces deux années de mandat. Il a apporté beaucoup de dynamisme et de rondeur à l'impétuosité légendaire des Jeunes agriculteurs que nous sommes et que nous représentons.

Car ce qui fait notre « charme », mais surtout notre force de caractère, c'est de croire que nous continuerons d'avoir des agriculteurs nombreux sur l'ensemble du territoire pour faire vivre ce métier passionnant et tellement enrichissant.

Nous voulons croire que renouveler les générations en agriculture est une chance pour notre pays et pour l'Europe, que l'on parle de création d'emplois pérennes, de fourniture de produits alimentaires et non alimentaires ou d'aménagement des territoires.

Il va falloir qu'on se le dise : jamais nous n'abandonnerons au sein de JA le coeur de nos convictions, de notre raison d'être : nous voulons des agriculteurs nombreux, formés et responsables, véritables acteurs au sein de nos territoires ruraux. C'est un vrai choix de société que vous et nous devons assumer.

Mais ne vous méprenez pas, Monsieur le Ministre. Nous sommes jeunes, mais nous sommes des idéalistes réalistes.

[OMC]

Être agriculteur est un vrai métier qui mérite un revenu décent et des conditions de travail équilibrées. Nous avons souvent l'habitude de dire que nous voulons des installations viables et vivables.

J'entends par viables quelque chose de très simple et compréhensible de tous : nous voulons renouveler les générations d'agriculteurs, installer des jeunes, transmettre les exploitations, grâce à des revenus tirés du prix de nos produits. Et vivre ainsi de la rémunération de notre travail.

Quoi de plus normal et de plus légitime me direz vous ? Et pourtant les évidences ne sont pas les mêmes pour tout le monde pour définir ce qu'est un prix.

Au niveau mondial, il semblerait que ce soit la loi du plus fort, et surtout du moins disant, qui soit encore et toujours la meilleure.

Nous pourrions croire que le prix de vente d'un produit ne soit conditionné qu'aux règles de l'offre et de la demande.

Or, à y regarder de plus près, il varie au gré des aides (de la boite bleue, verte ou orange), au gré d'autres soutiens plus ou moins déguisés, qu'il s'agisse d'aide alimentaire, de marketing loan, de crédits export ou de monopoles d'Etat...

L'Union européenne fait figure de bonne élève en la matière en ayant accepté de supprimer progressivement ses subventions à l'exportation, à condition que les autres pays en fassent autant pour toutes les formes de soutien à l'exportation.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, il nous est demandé d'ouvrir notre marché à des importations massives, puisque nous avons le privilège d'être solvables !

Cela reste pour nous inacceptable car cela mettrait en péril la préférence communautaire, principe auquel nous sommes très attachés. Et les pays les moins avancés n'en profiteraient pas pour autant. Personne n'y gagnerait, sauf quelques pays émergents, plutôt agressifs et revendicatifs dans leur quête de parts de marchés, et quelques multinationales.

Comment peut-on accepter une mise en concurrence de pays aussi différents en terme d'économie agricole, de conditions sociales et humaines. Cette concurrence conduit à détruire plutôt qu'à construire l'avenir.

Comment pouvons nous accepter, en tant que syndicat militant pour la présence des hommes sur tous les territoires, que des paysans disparaissent chaque jour au nom de grands théoriciens du libéralisme mondial ?

Car n'oublions pas que des millions de personnes meurent encore de faim chaque année et que la population mondiale ne cesse d'augmenter par ailleurs.

N'oublions pas non plus que les risques climatiques augmentent. Et donc que l'approvisionnement en matières premières ne doit pas être autant spécialisé par région.

N'oublions pas enfin que de nouveaux défis s'offrent à l'agriculture de demain, en matière alimentaire et non alimentaire. Je pense à l'épuisement des matières fossiles et au fabuleux défi de la chimie verte.

[Europe - PAC - DPU]

Au niveau européen, l'approche du prix d'un produit n'est pas non plus évidente : de nombreux paramètres faussent l'appréciation de la valeur de notre travail, au nombre desquels figurent les aides de la Politique Agricole Commune. Bien sûr, en l'état actuel des choses, elles sont indispensables.

La dernière réforme de la PAC a introduit beaucoup de confusion sur l'essence même de notre métier. Faut-il produire pour être reconnu paysan ? Pour la PAC, depuis cette dernière réforme, il semblerait bien que ce ne soit plus indispensable.

En la matière, les jeunes se sont bien battus pour défendre leur avenir et leurs droits à produire et à créer de la valeur ajoutée.

Nous revenons de loin puisque nous avons obtenu que les jeunes demeurent prioritaires dans l'accès à la réserve de DPU. Il nous reste encore à régler le cas des installations laitières dossier par dossier et à continuer de faire la chasse aux DPU non activés que l'on nomme souvent « DPU dormants ».

Vous vous y êtes engagés, Monsieur le Ministre. Les carillons ont sonné une première fois, mais les grosses cloches pourraient prendre le relais plus bruyamment si la politique d'installation devait souffrir de la gestion des DPU.

Paradoxalement, la logique des DPU nous interdit de vivre du prix de nos produits, mais certains n'hésitent pas à monnayer les droits qui leur ont été attribués gratuitement. Le bon sens paysan a parfois du mal à s'y retrouver !

Ce qui est sûr, c'est que la réforme de la PAC ne doit laisser aucun jeune au bord de chemin, quelle que soit la réglementation choisie !

Malgré tout, nous continuons de croire que notre combat en faveur de prix justes au niveau européen est le bon. Nous sommes particulièrement obstinés sur le sujet, d'autant que depuis 2001, beaucoup nous ont rejoint dans cette même direction.

J'en profite pour redire que l'Europe est notre avenir.

L'échec du référendum européen en France ne doit pas nous empêcher de remettre l'Europe au coeur des discussions, et ce, d'autant plus lorsqu'il s'agit de l'avenir de l'agriculture.

Nous sommes pour une Europe solidaire, équitable, qui assure le développement de ses activités et la prospérité de ses populations.

Celle qui multiplie les tracasseries administratives, les amendes ou les distorsions de concurrence n'est pas vraiment celle dont nous rêvons.

Nous sommes nés européens, nous souhaitons le rester. A nous tous ensemble, de redéfinir ce que nous attendons de cette Union des 25. A commencer par un budget à hauteur des grands enjeux européens.

A première vue, le premier pilier de la PAC devrait être préservé jusqu'en 2013. Mais si on y regarde de plus près, on constate que l'accord budgétaire européen de décembre dernier a prévu une clause de révision dès 2008/2009. Ensuite, personne n'a oublié que ce premier pilier subit une modulation de 5% au profit du deuxième pilier, mais le problème, c'est que ce deuxième pilier est lui-même raboté de près de 20%.

Nous ne sommes pas de grands mathématiciens, Monsieur le Ministre, mais nous savons quand même faire les soustractions.

Pour autant, ce deuxième pilier nous tient à coeur car il est le moteur de notre politique d'installation et de l'aménagement des territoires.

A cet égard, nous regrettons qu'à partir de 2007, celui-ci n'intègre plus la politique de l'herbe connue sous le nom de PHAE.

Or nous avons besoin d'une vraie politique de l'herbe, quel que soit son financement. Car elle contribue à renforcer la place et la diversité de l'agriculture au sein de nos territoires ruraux. Mais le cahier des charges qui lui sera appliqué ne doit exclure aucun agriculteur, d'autant que cette mesure sera de la responsabilité financière de la France.

Pour nous, jeunes agriculteurs, il est indispensable que l'Europe continue de protéger nos intérêts stratégiques au nombre desquels se place notre agriculture et notre industrie agroalimentaire.

[Installation]

Et c'est dans cette optique que nous devons promouvoir des installations pérennes, avec des jeunes agriculteurs qui mettent toutes les chances de leur côté.

D'abord, pas d'installations viables sans formation adéquate et professionnelle qui permette d'acquérir les compétences nécessaires à la conduite d'une exploitation. J'en veux pour preuve la grande légitimité du parcours à l'installation. Il conduit à un taux de réussite des installations aidées supérieur à 95% après 10 ans d'activité.

Ensuite, pas d'installations viables non plus sans études de marchés et de leurs possibilités de croissance pour bénéficier d'un revenu. Nous nous devons de répondre à la demande des marchés et d'adapter nos structures de production en conséquence.

Jamais nous n'encouragerons des installations qui iraient droit dans le mur d'un point de vue économique, ce n'est pas le choix de notre syndicalisme majoritaire !

Les projets d'installation en agriculture doivent également constituer de véritables projets de vie, alliant épanouissement professionnel et personnel. C'est en cela qu'ils doivent être « vivables ».

Ils doivent tenir compte tant des conditions de vie que de travail parce que l'équilibre familial et personnel est à ce prix. Nous avons choisi ce métier par passion, il ne doit pas être un sacerdoce ! Les attentes des uns ne sont pas forcément celles des autres !

Et ce n'est d'ailleurs pas hasard si le rapport d'orientation de cette année s'intitule « Agriculteur demain : bien plus qu'un projet professionnel, un projet de vie ! »

J'en profite pour ouvrir, à cette occasion, une rapide parenthèse sur la politique de remplacement en agriculture. C'est la grande fierté mais aussi une des grandes priorités de JA depuis toujours et pour longtemps encore, sachez-le !

Nous sommes à l'origine de sa création, avec la FNSEA, et nous avons beaucoup contribué à son développement, en lien notamment avec les Chambres d'agriculture.

C'est une politique « pilier », essentielle pour tout projet de vie en agriculture, que l'on parle de maternité, de paternité, d'accident, de formation ou d'exercice de responsabilités professionnelle et syndicales. Et tout spécialement pour un jeune qui s'installe.

Mais il faut lui donner les moyens d'être encore plus efficace et rationnelle. En la matière, je vous propose une solution de simplification, orientation qui vous tient à coeur, Monsieur le Ministre. Faites de la Fédération Nationale des Services de Remplacement, la FNSR, le pilier de ce dispositif, en lui confiant toutes les responsabilités qui lui reviennent comme tête de réseau ! Elle est prête à les assumer.

La LOA a oeuvré dernièrement pour cette politique en proposant la mise en place d'un crédit d'impôt pour faciliter l'aménagement du temps de travail des agriculteurs qui subissent des astreintes au quotidien.

Mais nous ne comprendrions pas que cette mesure soit réservée aux seuls éleveurs laitiers. C'est vrai, leur astreinte ne fait pas de doute. Mais en tant qu'éleveur, je m'interroge face à cette proposition plus qu'incomplète, et j'espère que la parenthèse n'est pas tout à fait refermée. Ce sont au minimum tous les producteurs qui subissent des contraintes journalières qui doivent pouvoir accéder à cette mesure.

Finalement, vous l'avez vu, les projets d'installation que nous défendons doivent permettre de maintenir et de créer des emplois en nombre, porteurs de richesses, de valeur ajoutée et vecteurs de dynamique locale.

C'est dans ce cadre que l'installation doit encore être accompagnée, coûte que coûte, au travers de plusieurs mesures phare qu'il nous reste à proposer ou construire ensemble, Monsieur le Ministre.

Concernant la DJA, une dernière touche doit être apportée à ce dispositif. Je veux parler de sa défiscalisation. L'argument est simple : un jeune agriculteur a besoin d'investir massivement et rapidement dans un outil de travail performant qui exige des disponibilités financières immédiates. D'autant plus qu'il n'est pas forcément issu du milieu agricole.

La défiscalisation de la DJA doit permettre de donner un peu plus de souffle à ces jeunes installés qui n'ont qu'une idée en tête : investir dans leur avenir. Et je vais vous dire, l'Etat ne serait même pas perdant avec une telle mesure puisque le crédit serait immédiatement réinvesti dans l'économie, avec un retour de TVA de 19,6 %. Comme quoi, la fiscalité française est particulièrement bien réfléchie !

Le système des prêts bonifiés, qui est cofinancé au niveau européen, est une superbe réussite à laquelle nous sommes très attachés. Nous nous sommes battus et nous avons obtenu que ces prêts perdurent dans le socle national de la politique de développement rural sur la période 2007-2013.

Mais nous restons inquiets sur un point : dans un contexte de 2ème pilier de la PAC affaibli, nous espérons vivement que cela n'aura aucune répercussion sur le financement des prêts JA.

Quant au plan crédit transmission issu de la LOA, ce n'est pas le tout de l'avoir voté, il doit maintenant fonctionner !

Celui-ci ne pourra trouver le succès que si nous mettons en place :
- une rémunération attractive pour le cédant via un renforcement des mesures fiscales avantageuses pour ce dernier ;
- et un filet de sécurité en cas de difficultés du jeune agriculteur : je veux parler d'un fonds de garantie.

Ce fonds de garantie, que nous vous proposons de mettre en place, doit être financé par l'État et les collectivités locales, et notamment au travers de la contractualisation État-Régions.

Nous sommes également preneurs, Monsieur le Ministre, d'une amélioration des systèmes existants pour garantir l'accès des jeunes agriculteurs aux prêts non bonifiés.

J'évoquais à l'instant les contrats de projets État-Régions. Sachez que nous restons pantois devant le peu de place réservée à l'agriculture au sein de ces CPER, et face à la mise à l'écart pure et simple de l'installation.

On nous dit que les orientations et les financements de ces contrats doivent être réservés aux grands projets structurants pour le pays. Doit-on alors comprendre que la création d'entreprise en agriculture et donc les emplois agricoles ne font pas partie de ces projets structurants ? Cela nous apparaît inconcevable.

Nous attendons également aujourd'hui que nous soient confirmés les financements du stage préparatoire à l'installation et celui du stage de 6 mois, au travers de crédits nationaux lisibles pour 2006 et 2007 au minimum. Depuis notre journée d'action du 19 avril, nous avons surtout entendu le chant des sirènes !

Quant au FICIA, il doit être abondé en tenant compte des besoins particuliers liés à la phase actuelle d'évolution de notre agriculture. Nous avions obtenu un renforcement de ces crédits l'année dernière à hauteur de 2 millions d'euros, crédits qui ont bien été consommés, je vous assure ! Nous vous demandons de réitérer cet effort pour 2006, au vu de besoins réels et justifiés.

L'État et les régions ont besoin de travailler de concert sur le FICIA. Les CPER en sont la parfaite occasion, pour démultiplier les effets des politiques ainsi que leurs crédits. Utilisons d'abord les outils dont nous disposons avant d'en créer d'autres !

Et une fois les financements de nos outils assurés, nous pourrions réfléchir à la modernisation du parcours à l'installation.

Le rapport d'orientation que nous avons voté hier propose la mise en place d'un bilan de compétences pour tous pour accéder au métier d'agriculteur, et de redéfinir les modalités du parcours à l'installation. Les prochains mois doivent nous permettre de nous atteler à cette tâche.

Mais déjà, il nous apparaît indispensable de renforcer le système des Validations d'Acquis de l'Expérience qui freine le suivi du parcours aidé. L'objectif est d'alléger le montage des dossiers, d'harmoniser les procédures d'examen entre régions et d'assurer un accompagnement efficace et peu onéreux pour les demandeurs.

Quant à l'actualisation du référentiel métier, elle est indispensable pour adapter les formations pour devenir agriculteur.

Les JA sont dans les « starting blocks » : ils attendent le signal du départ !

Enfin, concernant l'Etude Prévisionnelle à l'Installation, elle doit prendre en compte de façon stricte le critère du revenu pour assurer la viabilité du projet du jeune. En revanche, une fois installé, il paraît inconcevable de pénaliser ce même jeune qui n'aurait pas atteint au bout de trois ans le revenu validé lors de son EPI.

Et puisque l'on parle de revoir la notion d'engagement à rester agriculteur, nous serions favorable à ce que cette exigence soit réduite de 10 à 5 ans, mais à une seule condition : que le jeune puisse continuer de bénéficier de l'accès aux prêts bonifiés sur une période de 10 ans après son installation. Cela n'est pas négociable autrement !

Vous le voyez, Monsieur le Ministre, le concept de simplification a encore de beaux jours devant lui, mais ne la pratiquons pas à n'importe quel prix !

[Baisse des charges et harmonisation]

Il est un autre axe sur lequel une marge de manoeuvre existe encore pour améliorer nos revenus et donc notre avenir d'agriculteur : c'est celui de la baisse des charges en agriculture. Que l'on parle d'énergie, de coût du travail, ou de contraintes réglementaires...

Pour faire simple, l'énergie que nous consommons ne cesse d'augmenter.

L'exonération de TIPP à hauteur de 5 centimes d'euros par litre de fuel domestique doit au minimum être pérennisée sur le second semestre 2006. Et il serait justifié que vous nous concédiez le dernier centime, en portant le remboursement à 6 centimes d'euros par litre.

Et tant qu'à simplifier, parlons tout simplement d'une exonération totale de TIPP et de la mise en place d'un carburant professionnel pour les agriculteurs !

Parallèlement, l'alternative reposant sur le développement des biocarburants est une formidable opportunité que le gouvernement a décidé d'accompagner. De nouveaux appels d'offres sont indispensables, mais il faut aller vite et privilégier l'efficacité industrielle de ces projets.

Nous avons pris beaucoup de retard par rapport à d'autres pays comme le Brésil, de l'aveu même du Président de la République.

D'ailleurs, en parlant du Brésil, nous avons appris que la France comptait vendre prochainement une centrale nucléaire à ce pays, ce qui est très bien.

En revanche, Monsieur le Ministre, si le revers de la médaille, c'est un marchandage où la France accepte d'ouvrir son marché à l'éthanol brésilien, c'est inacceptable !

C'est encore une preuve que l'agriculture est une simple monnaie d'échange dans les négociations internationales. Si ça continue, nous allons en crever, Monsieur le Ministre !

Nos filières biodiesel et éthanol avancent, même si cette dernière est anormalement pénalisée par des problèmes d'incorporation dans les essences.

Mais avec les biocarburants, ne raisonnons pas seulement en terme d'incorporation. Nous pouvons tout à fait développer des utilisations directes de biocarburants.

Je pense en particulier au carburant E 85, composé à 85 % d'éthanol, qui doit absolument être défiscalisé et développé. Quand je vois les tous derniers modèles des grandes marques automobiles françaises qui roulent au Brésil avec de l'éthanol, que l'on arrête de nous dire qu'il existe encore des obstacles techniques !

Quant au développement de l'huile végétale pure, le bon sens paysan doit l'emporter en la matière. Nous voulons que ce carburant puisse se développer au sein de filières collectives courtes, assurant la certification et la qualité du produit, tant pour l'huile que pour les tourteaux coproduits. Son utilisation doit être encouragée grâce à une production à plus grande échelle, à destination des paysans notamment, mais pas seulement.

Au delà des biocarburants, c'est plus globalement le développement de la biomasse qui doit s'imposer.

Les statistiques sont éloquentes en la matière : selon une étude américaine, en 2020, 25 % de la chimie organique proviendra de ressources renouvelables, et 90 % en 2090. Les promesses de l'or vert (cosmétiques, emballages, lubrifiants, construction et isolation, peintures et vernis) sont immenses ! Mais nous sommes impatients. Nous voulons que la recherche avance ! Pour que nous puissions bénéficier au plus vite du fruit de ces démarches nouvelles. 2020, c'est trop loin.

Autre préoccupation majeure des agriculteurs en matière de baisse des charges : éviter la concurrence déloyale des autres pays européens du fait de législations différentes.

Nous avons besoin d'une harmonisation européenne des règles de mise sur le marché des spécialités commerciales des produits phytosanitaires, pour restaurer une compétitivité « équitable », tout en respectant la santé de l'utilisateur et du consommateur.

Nous pourrions également parler du coût du travail en agriculture, qui est très hétérogène en Europe.

Et puis, puisqu'il s'agit de conforter nos revenus, et donc nos trésoreries, nous vous réitérons notre demande d'avancer le paiement des aides PAC au 16 octobre 2006, au lieu de début décembre. C'est vital pour la bonne continuité des exploitations.

[Filières]

Ces sujets de la baisse des charges, du maintien de nos revenus, font partie de l'actualité brûlante, car nous voulons que notre agriculture vive !

Mais quand je parle d'agriculture, je veux bien sûr parler de toutes nos agricultures, sans oublier celle des départements d'outre-mer, avec ses spécificités et ses besoins particuliers.

Tous les secteurs de production ne sont pas les mêmes. Ils ne sont pas traités de la même façon et suscitent des attentes différentes des agriculteurs. Mais à y regarder de plus près, il y a bien des similitudes sur les difficultés rencontrées.

Je voudrais revenir rapidement sur quelques unes de nos filières, qui appellent des avertissements de notre part, car les JA peuvent et doivent se le permettre.

[Viticulture]

Au niveau viticole, la réforme des offices agricoles a permis de relancer une dynamique autour des organisations de la filière. Jeunes agriculteurs a initié et largement soutenu ces changements dans les offices, mais il est maintenant urgent de procéder aux nominations.

En viticulture, nous ne sommes pas arrivés au bout de nos peines, loin de là, car la crise persiste !

Aussi, nous n'admettons pas qu'il faille attendre plusieurs mois la mise en place d'un système de distillation de crise !

Et quand nous parlons de distillation de crise, Monsieur le Ministre, nous parlons d'une distillation à un prix décent. Et pas le prix annoncé hier à Bruxelles, qui est une véritable provocation !

Quand je vois le manque d'empressement de la Commission européenne à étudier la demande française sur la distillation de crise, j'en viens à me demander si elle ne compte pas gérer la crise par la disparition des Hommes et des exploitations ! Jamais nous ne l'accepterons !

Mais je crois aussi, Monsieur le Ministre, qu'il faut que vous parliez plus fort à Bruxelles pour vous faire entendre.

J'espère qu'avec ce porte-voix JA, que nous vous offrons, vous serez enfin entendu !

Quant à l'avenir, ce n'est pas avec le projet ultralibéral de réforme de l'OCM proposé par la Commission que nous allons voir le bout du tunnel.

Arrachage définitif, suppression des dispositifs de gestion des marchés, élaboration de vins avec des moûts concentrés des pays tiers, libéralisation des plantations, et j'en passe ! Cette proposition, c'est faire le choix de sacrifier la viticulture en France. C'est de la provocation !

Quelle est votre ambition, Monsieur le Ministre, pour la viticulture française ? Désolé de vous dire que sur ce projet de réforme de l'OCM vitivinicole, nous vous trouvons là encore beaucoup trop mou !

Ce qu'il faut, à nos yeux, c'est absolument maintenir les outils de régulation, pour structurer les marchés, et fortement privilégier la communication en vue d'exporter nos produits.

Nous devons accélérer la cadence en ce domaine même si cela ne fait pas plaisir à tout le monde, y compris dans le monde des responsables viticoles!

[Fruits et légumes]

Et puisque que l'on parle d'OCM, je veux également vous parler de la filière fruits et légumes.

Dans ce secteur, nous avons besoin essentiellement de régulations. Nous devons pour cela :
- mieux connaître l'état de nos productions au niveau européen pour mieux les maîtriser,
- les structurer pour mieux les vendre,
- et les promouvoir pour mieux les faire connaître.

Finalement, la recette est toujours la même mais elle a du mal a être suivie. Et ce n'est pas en mettant à mal la préférence communautaire que nous pourrons convaincre de l'efficacité de cette organisation. Chacun a sa part de responsabilité sur le sujet : les pouvoirs publics, les GMS et les agriculteurs! A nous d'en tirer les conséquences !

Finalement, le concept de commerce équitable, qui s'est surtout développé pour des filières de produits des pays en développement, aurait toute sa place pour protéger nos propres producteurs. Ce serait un bon moyen pour sensibiliser les consommateurs et les acteurs de cette filière, et pour veiller au respect du travail des producteurs.

Au niveau français, les nouvelles modalités d'application du coefficient multiplicateur font de ce dispositif une arme de dissuasion efficace en cas de crise. N'hésitez pas, Monsieur le Ministre, à l'activer rapidement en cas de nécessité !

Une dernière touche doit cependant être apportée à ce dispositif : nous vous demandons que la définition du prix de crise soit basée sur une référence historique pour que celui-ci soit encore plus dissuasif.

[Filières animales]

J'ose à peine continuer le tableau de nos insatisfactions tant les problématiques se ressemblent au sein des filières.

La filière viande bovine européenne risque d'être concurrencée par 1,3 millions de tonnes de viande des pays du Mercosur, alors que la création d'ateliers d'engraissements au niveau français et européen fait défaut ! Nous devons réagir et anticiper ces problématiques sur le long terme !

Autre préoccupation, celle-ci particulièrement imminente. Nous avons connu depuis plusieurs années des périodes de sécheresse qui ont appauvri nos stocks de foin. Nous voudrions, cette année encore, pouvoir utiliser nos jachères pour reconstituer nos réserves de foin.

[Grandes cultures]

Concernant les grandes cultures, la Commission a rendu publique une étude sur les céréales dont les conclusions peuvent amener à remettre en cause nos régulations (gel des terres, prix d'intervention), ainsi que les restitutions à l'exportation. Sur ce sujet, la date de 2013 ne doit en aucun cas être remise en cause !

Le secteur des grandes cultures n'est pas non plus épargné par les drames personnels qui ont pu toucher la viticulture. Il faut répondre au désespoir qui croît insidieusement dans les campagnes et donner des assurances d'avenir aux agriculteurs.

[Environnement]

Quant à l'application d'exigences environnementales au sein de l'ensemble de ces filières végétales, nous ne sommes pas contre si l'enveloppe consacrée au Plan Végétal est clairement revalorisée. Aujourd'hui, nous ne serions à même de déposer qu'une vingtaine de dossiers par département !

Et puisque nous parlons environnement, l'application de la conditionnalité doit se poursuivre avec mesure et modération. Nous y avons tous intérêt !

Pour ce qui concerne la loi sur l'eau, nous sommes « mi figue mi raisin ». Nous saluons le geste du gouvernement qui tend à ne pas créer de redevance sur les engrais azotés et les aliments du bétail.

En revanche, la redevance élevage fait couler beaucoup d'encre et crée des tensions au niveau des éleveurs. Vouloir simplifier à tout prix exige une grande responsabilité vis à vis des enjeux et de l'impact des mesures choisies !

Concernant la gestion de la ressource en eau pour les années à venir, nous sommes déçus et désorientés. La gestion collective des prélèvements pour l'irrigation est durcie, et la notion de création de « ressource en eau » a disparu du projet de loi.

Qu'en est-il d'ailleurs du plan national pour la création de ressources en eau que vous nous aviez promis Monsieur le Ministre ? Faudra-t-il attendre le mois prochain ou celui d'août pour reparler avec agitation de l'ensemble de ces problématiques ?

Il nous faut anticiper et gérer de façon responsable nos ressources d'avenir. La profession agricole n'attend que cela. Ne laissons pas aux autres les effets d'annonce !

Est-il nécessaire par ailleurs que je vous parle du loup ou des ours, tant l'actualité sur ce dossier demeure brûlante ? Sur le sujet, nous n'avons pas changé d'idées : le pastoralisme, et donc la présence de l'Homme sur les territoires est notre priorité. Point final !

Enfin, je voudrais terminer par une menace d'un autre genre qui concerne nos exploitations : c'est la pression foncière.

Le foncier rural subit de plein fouet la pression urbaine. Il devient urgent de protéger les surfaces agricoles, y compris d'ailleurs au niveau mondial, ainsi que nos outils de travail pour le respect de l'équilibre des territoires.

A ce propos, trouvez-vous opportun de privilégier l'organisation des technivals sur les terres agricoles, plutôt que sur des terrains désaffectés ?

La liberté des uns doit s'arrêter là où commence celle des autres ! Nous ne demandons rien de plus !

[Prospective - rapport d'orientation]

Si je m'attarde longuement sur ces problématiques d'actualité, c'est pour mieux nous consacrer par la suite à des projets à long terme qui conditionnent l'avenir de notre métier.

La force de JA, c'est de jeter le pavé dans la mare. Nous voulons être des visionnaires avisés, car notre futur en dépend.

Le rapport d'orientation de cette année a le mérite d'aller droit au but quand il s'agit d'aborder la question des besoins des nouveaux agriculteurs, à l'horizon 2015-2020.

L'ouverture et la promotion du métier d'agriculteur auprès de publics hors milieu agricole sont indispensables demain si nous voulons continuer à installer. Cela nous impose d'accompagner différemment et de façon plus ciblée les nouveaux profils de candidats dans leurs projets de création d'entreprise.

Première piste de ce rapport : subordonner l'accès au métier non pas à la détention d'hectares, mais à celle de compétences indispensables pour conduire correctement une exploitation.

Deuxième piste : ces compétences devront permettre à l'agriculteur de s'adapter dans un environnement devenu instable, qui rendra nécessaire la mise en place de nouveaux outils, notamment fiscaux, et sortir ainsi de la sempiternelle opposition entre partisans du régime forfaitaire et tenants du régime réel. L'agriculteur doit pouvoir faire ses choix en tant que chef d'entreprise responsable.

Troisième piste : faire de son projet professionnel un véritable projet de vie, ce qui implique de prendre en compte plus largement la notion de pluriactivité.

Vous le voyez, les combats de JA sur le renouvellement des générations ne cessent eux aussi, d'évoluer.

Et bien sûr, les services proposés par l'ensemble des organisations professionnelles agricoles doivent évoluer parallèlement pour répondre à ces nouvelles perspectives.

Je pense plus particulièrement aux ADASEA, auxquelles notre syndicalisme agricole est très attaché. Leur implication technique dans la gestion du dossier installation doit être saluée.

A ce propos, l'observatoire sur l'installation et la transmission, que nous avons construit ensemble avec les ADASEA, doit voir le jour rapidement. C'est une absolue nécessité !

[Elections aux chambres d'agriculture]

Si ces deux ans de mandat promettent d'être riches en actualité et rebondissements, il est un événement à court terme qui est vital pour l'avenir de notre réseau et plus généralement pour l'avenir de notre agriculture. Je veux bien évidemment parler des élections aux chambres d'agriculture.

Les élections démocratiques reposent sur un vote personnel qui exige une grande responsabilité de chacun des votants. Nous allons être jugés, FNSEA et JA, sur le travail que nous avons mené au cours des six années précédentes et sur des ambitions nouvelles.

Et si tout n'est pas parfait, nous n'avons sûrement pas à rougir de nos réussites. Nous avons, JA, apporté notre pierre à l'édifice.

En matière d'installation, bien sûr : baisse de un point du taux des prêts bonifiés JA, maintien du cofinancement européen de ces mêmes prêts, assouplissement des contrôles, sortie de la DJA de l'assiette sociale et versement en une fois de cette dotation, mise en place d'une priorité à l'installation dans l'utilisation de la réserve de DPU...

En matière de baisse des charges : remboursement de la TIPP, promotion des bioénergies, huiles végétales pures...

En matière enfin de gestion des crises comme la grippe aviaire. Ici je dois saluer le comportement de notre syndicalisme, qui fût particulièrement exemplaire et responsable sur ce sujet en proposant des mesures de précaution réalistes et en défendant des solutions spécifiques pour le département de l'Ain.

L'ensemble de ces réussites communes pour notre syndicalisme majoritaire n'est pas le fruit du hasard, mais d'un travail minutieux et quotidien de nos organisations qui ont contribué à bâtir depuis des décennies l'agriculture actuelle. Ne l'oublions surtout pas !

Et en guise de clin d'oeil à nos détracteurs, je voudrais leur rappeler aimablement que si « le pouvoir d'obstruer n'oblige jamais à rendre des comptes, celui de faire nécessite de se justifier en permanence ».

Qu'ils n'hésitent pas à nous demander notre bilan, il est assez éloquent !

[Communication]

Et c'est à l'occasion de la préparation de ces élections que les Jeunes agriculteurs organisent un grand marché de terroir intitulé « un Week-end sur Terre » les 15, 16 et 17 décembre 2006 à Paris. Nous vous donnons tous rendez-vous pour fêter à cette occasion l'agriculture de nos régions autour d'un spectacle et de conférences débats.

Ce sera l'occasion de rencontrer les jeunes agriculteurs, qui sont l'avenir et les représentants de vos organisations de demain.

Vous le savez, la communication sur notre métier et notre agriculture demeure une de nos grandes priorités. A cet égard, je voudrais saluer la naissance officielle de l'AFICAR en avril dernier, avec laquelle nous sommes en parfaite adéquation, et dire que nous avons eu de bons contacts avec son nouveau président, Monsieur Philippe Vasseur.

Nous regorgeons de propositions à vous faire en la matière, notamment pour promouvoir notre métier, et pour que les crédits annoncés à hauteur de 2 millions d'euros soient bien réels pour l'année 2007 après des débuts un peu difficiles pour cette agence.

[Remerciements]

Une fois n'est pas coutume, je voudrais finir par les remerciements à destination de tous ceux qui ont fait de ce congrès un grand moment de convivialité et de professionnalisme.

Je pense tout d'abord à l'ensemble des JA de Vendée, à leur président, Eric Coutand, au président du CO, Jérôme Bossard, ainsi qu'aux animateurs qui ont mis en musique ces trois jours de rassemblement.

Nous ne sommes pas prêts d'oublier la merveilleuse sardinade sur la plage, et tous les moments conviviaux de ce congrès.

Je voudrais à nouveau saluer les administrateurs qui quittent JA aujourd'hui et ceux fraîchement élus. Sachez que le relais est bel et bien transmis, et que le combat va continuer pour le renouvellement des générations.

Je pense également à toute l'équipe de JA national, qui s'est comme à l'accoutumée parfaitement investie dans l'organisation de ce congrès. Un grand merci à tous.

Je voulais également vous remercier, chers congressistes, de vous être déplacés nombreux.

Vous êtes la preuve incontestable que le réseau JA est particulièrement actif et qu'il est vital pour le renouveau de notre métier, en partenariat avec vous tous, chers invités.

Monsieur le Ministre, je vous cède la parole.

Source http://www.cnja.com, le 15 juin 2006

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