Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur France 2 le 22 juin 2006, sur le déroulement de l'édition 2006 de la Fête de la musique et l'ouverture du Musée du Quai Branly. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur France 2 le 22 juin 2006, sur le déroulement de l'édition 2006 de la Fête de la musique et l'ouverture du Musée du Quai Branly.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

Circonstances : Fête de la musique le 21 juin 2006 ; Inauguration du Musée du Quai Branly le 20 juin 2006 et ouverture au public le 23 juin 2006

ti : Q- Nous allons revenir tout à l'heure sur ce musée des Arts premiers du Quai Branly que vous montriez à l'instant, mais avant d'évoquer ce musée, R. Donnedieu de Vabres, parlons de la Fête de la musique, c'était hier soir. 25 ans de Fête de la musique et un anniversaire qui s'est bien passé parce que ça y est, c'est rentré dans les institutions maintenant.

R- Ce n'est surtout pas une institution justement, parce que ça se veut la fête de la liberté, des diversités aussi bien de la pratique musicale que de la musique professionnelle. Ça été un très beau rassemblement que cette année j'avais placé sous le double signe de la francophonie et puis de la pratique amateur. La francophonie parce que, ce n'est pas pour se fermer, ce n'est pas pour apparaître un pays étriqué, mais nombreux sont les pays dans le monde qui partagent notre langue ou un projet politique comme le nôtre, et donc voilà, c'était leur mise à l'honneur. Et, puis les amateurs parce que tout simplement je crois que c'est la joie de vivre. Et en entendant un certain nombre d'artistes se produire, j'avais envie de dire, en fait, aux plus jeunes générations : c'est dur d'apprendre à jouer d'un instrument, mais faites-là, parce qu'ensuite c'est merveilleux et ça donne une liberté personnelle extraordinaire.

Q- Et on a vu d'ailleurs un chanteur comme Mathieu Chedid dire qu'il avait rencontré la plupart de ses musiciens dans la rue, à l'occasion de la Fête de la musique.

R- Voilà, ce sont de rencontres et il faut que ça soit des rencontres avec lendemain, c'est-à-dire qu'à toutes celles et à ceux qui ont été comme ça passer une nuit découverte musicale, eh bien je souhaite que cet été, ils puissent aller dans les festivals, que pendant l'année ils aillent dans les cafés-concerts. Bref, qu'ils s'investissent dans toutes les musiques, et pas dans une seule, c'est-à-dire à ceux qui aiment le slam ou qui aiment le hip-hop, ou le rock ou la musique électro, c'est bien qu'ils découvrent Mozart, et à ceux qui pensent qu'il n'y a que le baroque, il faut aussi découvrir la création.

Q- Et cette année, il y avait le jazz aussi à l'honneur en raison, justement, de ce qui s'est passé à la Nouvelle Orléans, une façon de marquer la solidarité avec les victimes.

R- Parce que la Nouvelle Orléans c'est une partie de la France, et donc moi je veille très personnellement à des travaux de coopération concrètes avec la Nouvelle Orléans, et nous avons accueilli un certain nombre d'artistes de la Nouvelle Orléans en résidence en France, dans un certain nombre de lieux. Je crois que c'est très important que la musique se développe partout. Je souhaite qu'elle soit présente aussi dans les établissements scolaires, et je voudrais - idée idéale peut-être - que chaque lycée, chaque collège est une sorte de partenariat avec un groupe de musique, parce que parfois pour les jeunes artistes...

Q- ... pour l'instant, pour les collèges, ils apprennent juste du pipeau dans les
petites classes.

R- Non, pas du tout, non, non, il y a toutes sortes de pratiques musicales, mais je crois que, voilà, il faut ouvrir les lieux et il faut que les artistes soient présents partout.

Q- Et il y avait aux Invalides, on l'a vu dans ce journal, cette expérience unique avec...

R- ... magnifique orchestre constitué d'un peu plus de cent artistes, 80 pays différents qui se sont réunis comme ça pour le temps d'un concert, le World Philarmonic Orchestra.

Q- Ils jouent ensemble ou c'est tout à fait exceptionnel ?

R- Ah non, non, non, ils se sont constitués pour cette soirée. Alors, ils se constituent pour des grands événements comme celui-là, et je trouve que ce concert était absolument à l'unisson de l'ouverture du musée du Quai Branly, c'est-à-dire... et là, notre pays est fort, si vous voulez, quand il a une sorte de message universel de respect des identités et de respect de chacun, ce temple de la diversité culturelle qu'est le musée du Quai Branly, eh bien, hier soir, dans la cour des Invalides, cet orchestre que j'ai reçu ensuite au Ministère de la Culture, c'est un moment magnifique parce que ça donne tout simplement le sentiment que dans ce monde de haine et de violence et d'antagonisme, eh bien que la musique, la culture rassemblent les esprits et les hommes.

Q- Alors, le musée du Quai Branly, justement, est-ce qu'on peut dire que c'est le premier grand musée de cette importance depuis la création du Centre Beaubourg par Georges Pompidou, en 77 ?

R- D'abord, il faut être juste : c'est vraiment la volonté du Président de la République, de J. Chirac, parce que c'est sa passion personnelle que des formes d'expression artistique d'autres pays, venues du monde, puissent être rassemblées et vivre ensemble, avec une très belle phrase d'ailleurs de celui qui a inspiré au Président ce projet, Jacques Kerchache, disant, " les chefs d'oeuvres naissent libres et égaux ". Et je trouve que c'est une très belle maxime politique. Et pourquoi c'est un très grand événement inauguré par le Président et par le Secrétaire général de l'ONU - ce qui est en soi-même un symbole ? C'est qu'il y a une vraie cohérence entre notre politique étrangère, notre rayonnement international, ce souci de la diversité, du respect du droit, du respect de l'identité de chacun, et là, ce musée qui est magnifique. Jean Nouvel, comme vous l'avez montré tout à l'heure, en est l'architecte, P. Blanc, c'est lui qui a créé les murs végétaux. Je crois que c'est une très très belle période pour faire ce genre de projet parce que l'architecture, la manière de présenter les oeuvres, l'éclairage, les matériaux, l'accrochage, c'est fantastique. Pour moi, ministre, ça va me poser un problème redoutable...

Q- ... pourquoi ?

R- ... parce que ça fait vieillir d'autres lieux.

Q- Ah oui !

R- Et donc, ça veut dire que les travaux de restauration qu'il faut faire partout, mais je le fais avec beaucoup d'énergie et de passion. A ceux qui désespèrent, à ceux qui se disent, " mais tout fout le camp ", je dis tout simplement qu'on a un capital entre les mains : patrimoine, création, travaux et métiers d'art. Je pense que ce sont des terrains d'expansion extraordinaires.

Q- Est-ce qu'on peut dire que c'est le plus grand musée au monde qui rassemble autant d'oeuvres relevant de ce qu'on appelle les arts premiers ?

R- Oui, absolument ! C'est le premier musée au monde consacré aux arts premiers. Les collections permanentes, c'est 300.000 objets, entre guillemets ; expositions, là, 3.500. Et vous verrez c'est une espèce de parcours incroyable. Il y a une atmosphère assez, j'allais dire religieuse parce que l'éclairage est conçu d'une manière très intimiste, c'est vraiment le respect, j'allais dire c'est le temple et le musée du respect des objets, des cultures et des traditions. C'est un très très bel événement.

Q- Alors, s'ouvre bientôt, presque demain, la saison des festivals, donc vous allez devenir ministre itinérant, comme vous l'êtes un peu toute l'année, mais vous allez forcément de festival en festival. Comment ça se présente cette année ?

R- Ecoutez, avec un foisonnement d'initiatives qui est absolument remarquable, avec les grands phares qui sont établis depuis longtemps et qui continuent de faire un travail prodigieux.

Q- Aix-en-Provence, Orange, Avignon.

R- Bien sûr ! Et avec, partout sur le territoire national, des initiatives nouvelles qui sont prises et ça c'est remarquable parce que là aussi c'est l'attractivité de notre pays, c'est la joie, c'est notre rayonnement. Ce qui est important, c'est qu'il y a le temps des festivals où les gens sont un peu plus disponibles parce qu'ils sont en vacances, mais il faut que pendant toute l'année chacun ne perde pas les bons réflexes, et les bons réflexes c'est de rentrer dans une salle de spectacle, de rentrer dans un musée, de soutenir un artiste, de se mobiliser.

Q- D'aller au théâtre.

R- Et moi, en ce qui me concerne, d'ouvrir tous les monuments historiques, tous, sans exception, aux tournages de films, aux émissions de télévision, aux spectacles vivants, c'est ma manière de soutenir l'emploi. Bien sûr que j'essaie d'être actif concernant l'assurance chômage, l'Etat a pris des dispositions qui complètement celles des partenaires sociaux. En l'attente d'une signature, j'ai prolongé les mesures de 2005, mais il faut soutenir l'emploi, il faut relocaliser l'activité sur le territoire national.

Q- Alors, R. Donnedieu, on vous sent très enthousiasmé, politique, en forme, etc. Ça tranche un peu avec ce qui s'est passé les derniers jours - je vais pas vous resservir l'épisode de l'Assemblée nationale et l'agacement de D.de Villepin. On a le sentiment que... comment ça se passe au gouvernement ? L'ambiance est un peu...

R- Mais qu'est-ce que c'est les agacements, les frottements, les petites phrases, les petits mots, qu'est-ce que c'est par rapport à la réalité, par rapport au combat pour l'emploi, par rapport au rayonnement nécessaire, par rapport à la mobilisation des esprits, par rapport au projet de la gauche qui serait un retour en arrière sans aucun intérêt ? Bref, il faut qu'on se consacre sur l'essentiel, c'est ce que fait D. de Villepin. Je trouve qu'il y a une attitude à son encontre qui est franchement injuste.

Q- Ceux qui disent à l'UMP qu'il doit partir maintenant ?

R- Ceux qui tiennent des propos très méprisants, pour certains d'entre eux, c'étaient les mêmes qui étaient éperdus d'admiration le fameux vendredi soir au Conseil de sécurité de l'ONU. Bref, on est dans une période difficile, on sort de neuf mois dans lequel il y a eu beaucoup de violence : n'oubliez pas la crise des banlieues, il y a l'incertitude majeure sur les questions de santé aussi bien en métropole qu'en Outre-Mer. Il y a eu la crise du CPE, comment on fait évoluer les structures de l'emploi, donc avec les radicalisations, les manifestations, il y a eu les petites affaires. Bref, il y a eu une période de violence. Est-ce que pour autant, ça va nous détourner de notre priorité, c'est d'agir ? Jusqu'à la dernière seconde, nous devons avoir la double fièvre : un, d'agir et de faire les réformes ; et deux, de se creuser les méninges et entre nous, la droite républicaine, d'avoir l'attitude positive pour gagner les prochaines échéances. Arrêtons de nous tirer des balles dans le pied et, évidemment, il faut qu'on mette l'été à profit, j'allais dire pour changer de peau et faire en sorte qu'à la rentrée, au lieu de se tirer des coups les uns contre les autres, on crée la dynamique qui nous fasse gagner.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 22 juin 2006

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