Entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à Europe 1 le 27 juin notamment sur les relations entre le Président de la République, le Premier ministre et sa majorité parlementaire et sur la politique de défense. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à Europe 1 le 27 juin notamment sur les relations entre le Président de la République, le Premier ministre et sa majorité parlementaire et sur la politique de défense.

Personnalité, fonction : ALLIOT-MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

ti :
Q- M. Alliot-Marie, bonjour. Merci d'être là. Israël et le Proche Orient sont ce matin sur le qui-vive, au bord de nouveaux drames et de nouvelles violences, après l'enlèvement du caporal israélien G. Shalit. Est-ce que vous considérez que c'est aussi un citoyen français ?

R- Bien sûr, puisqu'il a la double nationalité et c'est vrai qu'en ce moment nous pensons à lui et à sa famille, bien entendu, et en premier, et c'est la raison pour laquelle, comme l'a dit le ministre des Affaires Etrangères, hier, nous essayons, avec les relations que nous pouvons avoir, de part et d'autre, de tout faire pour sa libération. Mais comme vous l'avez souligné, cela montre bien que dans cette région du monde, nous sommes encore sur une poudrière. La situation est extrêmement instable, extrêmement préoccupante, et cela souligne plus que jamais qu'il est indispensable de régler ce problème. La France, vous le savez, avec ses partenaires, s'y engage totalement. Je crois que c'est indispensable parce que c'est un des points du monde, d'où peuvent venir tous les dangers.

Q- Même si vous devez faire preuve de discrétion, que l'on comprend, la France a ce matin, ou peut jouer ce matin, un rôle de médiateur sur place.

R- Ecoutez, l'ambassadeur de France a rendu visite à la famille, soyez assuré que chaque fois que nous pouvons aider à régler des situations, qu'elles soient particulières ou générales, nous le faisons. C'est notre conception. Nous considérons que nous avons un rôle à jouer dans la paix, un rôle à jouer dans la sécurité du monde, et grâce à la fois à notre diplomatie mais également à nos armées, à notre défense, nous sommes reconnus comme étant des acteurs, pouvant intervenir dans des situations très compliquées.

Q- Et au Proche Orient particulièrement.

R- Et au Proche Orient aussi.

Q- Alors, j'ai envie de vous dire : félicitations, madame Alliot-Marie !

R- Pourquoi ?

Q- Vous appartenez à un gouvernement parfait, qui agit parfaitement, un Premier ministre qui réussit. Est-ce que la réalité c'est ce que le président de la République a dit hier ?

R- Je crois une chose, c'est que j'appartiens à un gouvernement qui est tout entier mobilisé pour mettre la France dans la meilleure situation possible face à une concurrence mondiale qui est en train de se développer, à une situation mondiale qui, comme nous venons d'en parler, est extrêmement instable, j'appartiens aussi à un gouvernement qui fait tout son possible pour, à l'intérieur, permettre aux Français d'être eux aussi dans la meilleure situation possible.

Q- D'accord.
R- Alors, je ne vais pas vous dire que tout est parfait, je ne vais pas vous dire que nous faisons tout parfaitement, je ne vais pas vous dire qu'il n'y a aucun problème, ce n'est d'ailleurs pas ce qu'a dit le président de la République hier...

Q- Oui, oui, il a reconnu que le Premier ministre n'écoutait pas assez, que la majorité a un sentiment d'insatisfaction. Mais pour quelle raison ? Non pas il renouvelle sa confiance, mais pour quelle raison J. Chirac tient-il tant à D. de Villepin ?

R- Je ne crois pas que ce soit une question de personne, mais comme l'a dit le président de la République, c'est une question d'action. Le président de la République, vous savez, il est dans une situation qui n'est pas très facile. La difficulté d'être président de la République, c'est qu'il faut à la fois être un arbitre s'il y a des tensions, s'il y a des problèmes qui menacent l'unité nationale et puis il lui faut également être un patron. Alors, nous l'avons beaucoup vu au cours de l'année passée, que ce soit au moment de la crise dans les banlieues, que ce soit au moment de la crise pour le CPE, jouer son rôle d'arbitre et trouver des solutions alors qu'il y avait de très fortes tensions ; hier, nous l'avons vu en tant que patron qui fixe les priorités politiques, et qui les fixe au gouvernement. Et notre rôle c'est, et je l'ai toujours dit, de remplir ces priorités pour les Français.

Q- Alors, de quels arguments D. de Villepin dispose-t-il pour convaincre ainsi le président de la République de le garder à Matignon ?

R- Mais je crois que ce n'est pas un problème d'occuper tel ou tel poste. Ce qui est essentiel, c'est qu'il y ait un gouvernement qui mette en oeuvre la volonté politique du président de la République et qu'il y ait une majorité qui soutienne le gouvernement. La majorité doit être soudée derrière le gouvernement et elle doit agir. C'est ce qu'a dit le président de la République hier.

Q- D'accord, d'accord, il l'a dit, mais ce n'est peut-être pas tout à fait vrai, il l'a dit pour l'obtenir, parce que la majorité n'a pas soutenu tout le temps le Premier ministre, le Premier ministre est attaqué, il est critiqué par des membres du gouvernement, etc. et...

R- On ne va pas faire de langue de bois.

Q- Justement, bravo !

R- Ce n'est pas mon habitude, vous le savez. C'est vrai qu'il y a eu un flottement dans la majorité, c'est vrai qu'il y a eu un climat, que certain sont qualifié de délétère, au cours de ces dernières semaines.

Q- A cause de qui ? A cause de quoi ?

R- Alors, parce que... Bien entendu, personne ne fait jamais l'unanimité, y compris dans sa propre majorité. Donc il y a eu un certain nombre de parlementaires qui ont critiqué le gouvernement et je crois que ceci a profondément perturbé la majorité des Parlementaires. Vous savez, je vois que très régulièrement, et en toute discrétion, ce qui nous permet de parler, beaucoup de députés et beaucoup de sénateurs. Les députés et les sénateurs n'aiment pas cela, ils sont là pour agir, ils ont donc envie qu'il y ait une union. Le propre d'une majorité c'est qu'elle doit être unie dans l'action. Ça n'était pas forcément le cas, parce qu'il y avait eu certains propos qui, naturellement, ont été repris, parfois amplifiés, par des commentateurs...

Q- Des propos de qui ?

R- Des propos d'un certain nombre de personnes.
Q- Oui, les commentateurs, les pseudos intellectuels commentateurs, Ça, c'est du baratin, mais...

R- Non, attendez, ce n'est pas du baratin, c'est un constat !

Q- Ils ne parlent pas de rien, vous dites vous-même, il y a des propos de qui ?

R- Mais il y a eu des propos d'un certain nombre de députés ou de sénateurs - je ne suis pas là pour montrer du doigt les uns ou les autres... Ce que je dis et ce que j'ai toujours dit, parce que c'est ma conviction profonde, c'est que nous ne gagnerons que tous unis. Eh bien je crois que les parlementaires, et d'ailleurs tous les Français qui soutiennent cette majorité, avaient besoin d'entendre le président de la République dire : "Les petits problèmes personnels, maintenant, ça suffit". Nous avons devant nous onze mois, qui doivent être des mois utiles pour la France, parce que les pays qui sont autour de nous, n'attendent pas que nous ayons réglé nos problèmes.

Q- Ils ne se soucient pas des rivalités Sarkozy/Villepin, etc.

R- Tout bouge, et donc si nous voulons que la France avance, il faut que la majorité soit unie et que nous fassions de ces dix mois, des mois d'action, on pas en se dispersant mais en se concentrant sur trois ou quatre priorités qui ont été définies par le président de la République hier, et qui doivent donner de la lisibilité ce que nous faisons.

Q- Ça, vous le dites à votre majorité. Vous avez lu la presse, comme moi, vous avez constaté qu'elle est pour le moins sceptique. Regardez le titre du Figaro, sur toute la page en Une : "Chirac relance Villepin".

R- Je regrette une chose, je vous le dis très clairement, et c'est dans ma conviction profonde, c'est que l'on essaie de tout focaliser sur les questions de personnes. C'est peut-être plus facile, mais ce qui compte, c'est de savoir quelle est l'action. Qu'est-ce que je veux, qu'est-ce que nous voulons ? Nous voulons une France qui d'abord soit une France à l'extérieur capable de se défendre et de faire respecter ses points de vue, et c'est pour ça effectivement que nous avons une diplomatie, une défense forte, mais également que nous avons une politique industrielle qui tend à faire que les entreprises françaises arrivent à avoir une taille européenne et mondiale leur permettant de résister. A l'intérieur, nous voulons redonner confiance aux Français et leur donner de la lisibilité. De la lisibilité d'abord...

Q- A un an de l'élection présidentielle, il est urgent d'y arriver.

R- Ce n'est pas ça. Je crois qu'énormément de choses ont été faites, ce qui est important aussi aujourd'hui c'est peut-être de mieux montrer aux Français quelle est la logique de ce que nous avons fait et la logique de ce que nous allons faire. Eh bien le président de la République était dans cette ligne hier et je ne doute pas qu'au 14 juillet, effectivement, cela sera également un élément qui permettra aux Français de voir comment depuis quatre ans nous avons réellement redressé la situation pour leur donner des garanties sur leur retraite, sur leur protection sociale.

Q- Ça, c'est le rendez-vous en 2007.

R- ... mais également ce que nous avons fait pour améliorer leur niveau de vie, et il y a aujourd'hui des difficultés, il faut le dire. Je crois que ce qui a été annoncé par le président de la République hier et qui va apporter un treizième mois aux gens au SMIC, c'est quelque chose qui est également important, depuis quatre ans nous avons travaillé à cela, regardez d'où on vient quand même.

Q- A propos de son éventuelle candidature en 2007, et j'en termine avec ces questions, parce qu'il y en aurait beaucoup d'autres, J. Chirac donne rendez-vous au printemps 2007, quand il aura pris sa décision.

R- Mais c'est normal.

Q- Est-ce que ce serait une bonne chose qu'il soit candidat ?

R- Ecoutez, c'est une décision qui relève de lui. J'ai déjà eu l'occasion d'exprimer que le président de la République, dans un certain nombre de domaines, est certainement l'homme qui représente le mieux la France et qui peut le mieux défendre ses intérêts. Maintenant...

Q- Ce n'est pas une boutade de sa part.

R- Maintenant, tout dépend de sa décision. Il a été élu pour cinq ans à la dernière présidentielle, il est évident qu'il fera jusqu'au bout son travail et qu'il décidera ensuite ce qu'il doit faire, c'est sa décision, sa décision seule et je n'ai pas de commentaire à faire.

Q- Non non, mais vous l'encourageriez à y aller, vous ?

R- Si vous permettez, c'est le genre de choses que je réserve aux conversations directes que j'ai avec le président de la République.

Q- Alors, pour l'avion de combat Rafale, c'est enfin, le grand jour, vous êtes ici aussi pour en parler. Le Rafale va se poser sur la célèbre base de Saint-Dizier, aménagée pour lui. Vous allez accueillir le Rafale avec le Premier ministre, le Rafale qui va remplacer tous les avions de combat français.

R- Oui, au fur et à mesure, bien entendu, c'est un programme qui va se développer sur des années, parce que c'est le propre des programmes militaires, mais il est prévu que le Rafale, effectivement, soit celui qui équipe à la fois la Marine et l'Armée de l'air. C'est un avion tout à fait remarquable, unique au monde aujourd'hui, par sa polyvalence, c'est-à-dire qu'il peut remplir toutes les missions qui sont à la fois de surveillance, de repérage, de tirs, de dissuasion, tout ceci en fait un avion effectivement tout à fait exceptionnel. Ce que l'on...

Q- J'ai lu qu'il avait la capacité de voir, et de tirer derrière lui.

R- Aussi. Absolument, je vous le disais, c'est un avion tout à fait exceptionnel, dont je ne regrette qu'une chose, c'est que finalement le non-respect des lois de programmation militaire précédentes, n'ai pas permis de le faire sortir dans l'armée française, au moment où il a été conçu, c'est-à-dire il y a plus de vingt ans maintenant, car c'était un avion unique au monde. Alors, maintenant...

Q- C'est pour cela qu'il a eu des retards, parce que le premier avion, le prototype date de 1986.

R- Le premier vol date de 1986. A partir de là, effectivement, il aurait été possible de le faire fabriquer pour le mettre dans les armées françaises. Nous avons attendu ce qui a permis, notamment aux Américains, de sortir le projet de JSF, qui n'est pas encore une réalité puisqu'il a pris lui aussi beaucoup de retard et une augmentation des coûts tout à fait considérable, mais il y a eu effectivement un système de préemption, en quelque sorte, des crédits, par les Etats-Unis, auprès d'un certain nombre de pays, mais il n'en demeure pas moins que, aujourd'hui, le Rafale est certainement l'avion de combat le plus complet et le plus performant qui existe au monde. Encore une réussite technologique française, il convient de temps en temps de le souligner.

Q- Mais c'est bien et c'est aussi pour cela que vous êtes là. Les 294 commandes du Rafale, mono ou biplaces, vont s'étaler jusqu'en 2040, 2045, 2050.

R- Oh, oui. Si vous voulez, ce sont des avions qui vont équiper nos forces au fur et à mesure et qui ont une durée de vie de l'ordre de 25 à 30 ans.

Q- L'aventure du Rafale commence donc aujourd'hui. Je note que ce soir, l'Armée de l'air et tout Saint-Dizier vont fêter avec musique et feu d'artifice, cette arrivée mythique du Rafale, le fleuron de la flotte Dassault.

R- Oui, enfin, dans l'Armée de l'air puisque, effectivement, il y a d'ores et déjà des Rafale dans la Marine et je rappelle que notamment ils ont été amenés à survoler l'Afghanistan à partir du Charles de Gaulle le mois dernier.

Q- Si la gauche l'emporte, êtes-vous sûre, M. Alliot-Marie, qu'elle poursuivra ce programme ?

R- Je pense qu'il serait irresponsable de renoncer à notre protection. Nous parlions tout à l'heure du Moyen Orient, nous voyons la situation en Asie centrale, nous voyons ce qui se passe en Afrique. Je crois que nul ne peut prétendre être un homme d'Etat s'il n'assume pas cette première priorité pour tout Etat qui est de défendre ses citoyens, son territoire et ses intérêts dans le monde, et aujourd'hui nous avons effectivement l'une des deux meilleures défenses au monde, l'une des deux meilleures armées au monde, ce serait irresponsable, à l'égard des Français, à l'égard de la France, que d'y renoncer.

Q- Mais quand on vous dit qu'il faut faire des économies en matière de défense, c'est que le Rafale, eh bien, cela peut être des économies substantielles.

R- Je rappelle deux choses, c'est que d'une part nous essayons de rationaliser notre fonctionnement et nous avons fait 500 millions d'euros d'économies, ce qui montre bien que nous faisons cet effort. D'un autre côté, nous voulons nous concentrer sur ce qui est indispensable pour avoir le niveau de protection que représente notre défense. Enfin, ne l'oublions pas non plus, ce que nous faisons, le Rafale, comme d'autres productions, ce sont des milliers, des dizaines de milliers d'emplois qui sont au bénéfice des Français. Ce sont des dizaines de milliers, des centaines de milliers de grandes, de petites et de moyennes entreprises qui sur tout le territoire national irriguent notre économie. La Défense, c'est le premier investisseur économique du pays, c'est un des éléments de pointe de notre recherche et de notre technologie et donc ça fait aussi partie de ces atouts de la France. La France, ses Français ont des problèmes, ils ont également des atouts qu'il ne faut pas oublier, c'est ce qu'a dit le président de la République hier soir.

Q- En matière de Défense, il vous a rendu hommage, que vous défendez bien, et comme vous êtes particulièrement combative ce matin. Est-ce que vous voyez S. Royal, un jour, à la tête de la dissuasion nucléaire française ?

R- Jusqu'à présent je n'ai pas entendu madame Royal s'exprimer sur ce sujet. Je pense qu'il est indispensable qu'elle le fasse, et qu'elle dise clairement aux Français comment elle voit leur défense, et si, comme le souhaite un certain nombre de ses amis socialistes, elle pense que de nouveau la Défense ce soit être la variable d'ajustement et qu'on doit la sacrifier à d'autres domaines qui sont ceux qui correspondent à une certaine vision socialiste du pays.

Q- Comme vous n'avez peur de rien. Vous avez récemment débattu sur France 2 avec F. Hollande, est-ce que le vrai défi ce n'est pas de débattre avec elle, S. Royal ? Si elle veut.

R- J'ai toujours dit ma disponibilité à un débat de ce type et avec n'importe qui.

Bonne journée, merci. J'ai bien dit que vous étiez combative, ce matin.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 28 juin 2006

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