Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à La Chaîne d'information LCI le 6 juillet 2006, sur le bilan de la session parlementaire et l'agenda des débats concernant le projet de loi de fusion Suez GDF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à La Chaîne d'information LCI le 6 juillet 2006, sur le bilan de la session parlementaire et l'agenda des débats concernant le projet de loi de fusion Suez GDF.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis, SEGUILLON Pierre-Luc.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député;

ti : Q- J.-L. Debré bonjour. Bravo, toutes mes félicitations. Vous aviez fait un pronostic : France 1, Portugal 0. Vous avez vu juste. Alors, maintenant que vous êtes un expert, il faut que vous nous fassiez un pronostic pour dimanche prochain.

R- Non, si j'ai fait un bon pronostic, c'est justement parce que je n'étais pas expert.

Q- Alors le « pas expert » que vous êtes, quel pronostic pour dimanche ?

R- Je ne sais pas. Simplement ce que je voudrais remarquer, c'est que nous avons fait un match remarquable mais surtout nous avons une équipe époustouflante. Epoustouflante parce qu'il y a des talents et que ces talents ont compris que pour réussir, il fallait jouer collectif.

Q- Vous filez la métaphore en politique ?

R- Non c'est une remarque comme cela. Je pense d'ailleurs qu'on a toujours intérêt à jouer collectif, on a toujours intérêt à se rassembler et quand on sait où on veut aller, il ne faut jamais poser son baluchon au bord de la route et il faut être animé d'une volonté et d'un désir de réussir.

Q- Est-ce qu'il n'y a pas une petite tentative ou tentation de récupération de la part des politiques ? Il y a un grand panneau maintenant devant l'Assemblée nationale, " Allez les Bleus ".

R- Non il y a marqué " Allez la France ".

Q- " Allez la France ".

R- Ce n'est pas une récupération, c'est que l'Assemblée nationale est le lieu où se rassemblent tous les députés de la nation, de droite, de gauche, du centre ou d'ailleurs.

Q- C'est vrai qu'hier soir, vous étiez...

R- J'étais avec des députés de droite, des députés de gauche, des personnels de l'Assemblée. Et l'Assemblée nationale, c'est la France. Et par conséquent, la France soutient son équipe.

Q- Est-ce que ce succès des Bleus qui est peut-être inattendu ou en tout cas qui n'était pas prévu au départ, a donné une sorte de répit aux politiques après des semaines bien difficiles où la tension était focalisée sur eux ?

R- D'abord la tension s'est déplacée, premièrement. Deuxièmement, je n'ose pas imaginer une seconde ce que l'on aurait dit si nous avions, comme le laissaient présager certains commentateurs, été éliminés dès le premier tour. Ça aurait été la fin des fins. Là, le seul enseignement que l'on peut tirer, c'est qu'il faut travailler, être tourné vers l'effort, être rassemblé et toujours être désireux de remplir une ambition. Alors on peut extrapoler en politique ou dans d'autres domaines, c'est toujours la même chose : la réussite ce n'est pas simplement le fait du hasard. Je crois qu'il n'y a pas de politique sans risque, il y a des politiques sans chance.

Q- Vous avez terminé la session parlementaire à la fin de la semaine passée. Vous qui l'avez présidée - vous avez présidé d'autres sessions - est-ce que vous avez eu le sentiment de présider, au fond, l'une des sessions les plus difficiles de votre existence de président de l'Assemblée nationale, avec la flambée des banlieues, l'affaire Clearstream, le CPE, les divisions entre villepinistes et sarkozyens ?

R- Ce n'est pas une session particulièrement difficile, c'est une session qui est très caractéristique. D'abord parce qu'elle va être marquée - et elle restera dans l'histoire de l'Assemblée nationale - comme la session de la Commission d'Outreau. Les choses ont beaucoup changé à l'Assemblée nationale. La réforme que j'ai voulue au terme de laquelle maintenant, les commissions d'enquête sont présidées par un député d'une tendance et le rapporteur est un député d'une autre tendance a changé la nature de ces commissions d'enquête et a renforcé leur crédibilité, premièrement. Deuxièmement, la publicité que j'ai voulue pour cette Commission d'Outreau a donné aussi une dimension importante aux travaux de l'Assemblée nationale. Donc ça, c'est le premier élément qu'il faudra retenir de cette session. Alors pour ce qui concerne les divisions politiques à l'intérieur de la majorité ou à l'intérieur de l'opposition, elles sont le jeu normal de la vie politique. Si vous regardez notre histoire parlementaire, ça a toujours existé. Et plus on approche d'échéances électorales importantes, plus naturellement ces divisions se font fortes.

Q- Alors précisément, pour ne pas succomber à la crispation des élus, vous avez décidé de reporter à une session extraordinaire le débat sur le projet de loi de fusion Suez/GDF. Cette session extraordinaire aura lieu au mois de septembre. Première chose, est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui il y a une majorité pour voter cette loi et, deuxièmement, étant donné la menace de multiples amendements déposés par l'opposition, est-ce que vous pensez que vous pourrez échapper à l'utilisation du 49-3 ?

R- Je ne peux pas, naturellement, par avance, répondre à ces deux questions mais je vais essayer d'y apporter une contribution. D'abord, un, si ce texte qui est un texte difficile a été reporté, ou son examen a été reporté à partir du mois de septembre, du 7 septembre, c'est pour permettre justement aux responsables politiques, gouvernementaux, aux responsables de ces entreprises, de convaincre, de discuter, de dialoguer et d'être exemplaires dans la concertation. Aujourd'hui, c'est une loi de la politique : on ne passe plus à la hussarde, il faut toujours, toujours discuter, faire partager, faire comprendre et persuader. Finalement la politique qu'est-ce que c'est ? C'est l'art de la persuasion. Donc la commission des affaires économiques, le Gouvernement, ces jours-ci et pendant plus d'un mois, vont dialoguer, discuter et peut-être d'ailleurs améliorer le texte parce que de la discussion, il peut y avoir des améliorations. Deuxièmement, la majorité qui se dessinera, elle sera aussi fonction de cet effort et de cette réussite de la concertation. Comment se déroulera le débat ? L'opposition annonce 20, 30.000 ou 40.000 amendements. Je veux bien. Je pense qu'il est important pour l'opposition d'amender mais il n'est jamais bon pour une opposition de faire de l'obstruction. On peut avoir des arguments, on peut les discuter, on peut considérer qu'il faut améliorer le texte ou on peut considérer qu'il ne faut pas voter le texte. Mais transformer le Parlement en une scène où on fait de l'obstruction politique pour éviter que la majorité vote un texte, c'est aller contre le suffrage universel.

Q- Par delà les vacances et par delà la session extraordinaire, la campagne présidentielle va démarrer très très vite, à l'automne, avec cette convention nationale de l'UMP, le 4 novembre. Deux questions. D'abord, est-ce que vous pensez, vous, personnellement, que le destin de D. de Villepin n'est pas scellé et qu'il peut être encore candidat à la présidence de la République, comme le laissait entendre dans un déjeuner hier monsieur Cuq, qui est le ministre des Relations avec le Parlement.

R- Moi, je demande deux choses. Une adresse, à l'égard du Premier ministre : c'est qu'il continue à modifier, transformer, réformer notre pays le plus longtemps possible. Deuxièmement je vais vous retourner la question : il y a quelques semaines, est-ce que vous auriez dit que l'équipe de France de football irait en finale de la coupe du monde ? A écouter tous les commentateurs du moment et P. Praud l'a très bien fait il y a quelques jours, chacun expliquait que Domenech était nul, que l'équipe était vieille et que de toute façon, on ne passerait pas le premier tour. Alors fort de cela et fort de ceux et de celles qui vous donnent des leçons, je ne donnerais pas de leçons et je ne sais pas ce qui se passera dans 8 mois ou 9 mois.

Q- Autrement dit, D. de Villepin pourrait connaître, lui aussi, le sort de
Domenech ?

R- Je n'ai pas dit cela. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.

Q- Mais ce n'est pas impossible.

R- Je dis simplement que je ne me sens pas, moi, la capacité à faire des pronostics et que j'appelle celles et ceux qui ont des jugements catégoriques de regarder ce qui se passe dans le sport, dans la politique et dans les affaires.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 6 juillet 2006

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