Tribune de Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux affaires européennes, dans le quotidien "Le Figaro" du 7 juillet 2006, sur la politique européenne de la mer, intitulée "Enfin une politique européenne ambitieuse pour les mers et les océans". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux affaires européennes, dans le quotidien "Le Figaro" du 7 juillet 2006, sur la politique européenne de la mer, intitulée "Enfin une politique européenne ambitieuse pour les mers et les océans".

Personnalité, fonction : COLONNA Catherine.

FRANCE. Ministre déléguée aux affaires européennes

ti :
"Voyous des mers, hommes d'affaires véreux...". On se souvient de la colère du Président de la République après la catastrophe du Prestige, succédant à celle de l'Erika, et de son combat pour faire interdire les bateaux-poubelles, responsabiliser les acteurs du transport maritime et renforcer les normes européennes. Trois ans après la catastrophe du Prestige, les résultats sont là. On sait que des accidents sont, hélas, toujours possibles, mais au moins se doit-on de contrôler sévèrement ce qui relève des actions humaines et éviter que, par goût du lucre autant que par bêtise, nos côtes soient régulièrement souillées, dégradées, humiliées.

Soyons objectifs : dans ce domaine, l'Union européenne a su agir, adopter des règles rigoureuses et même faire reprendre la plupart d'entre elles au niveau mondial.

Les 29 et 30 juin, nous avons décidé d'aller plus loin. En réunissant à Antibes, au niveau ministériel, les huit pays européens méditerranéens de l'Union européenne autour de M. Joe Borg, commissaire européen en charge des affaires maritimes et de la pêche, et avec la Présidence finlandaise, nous avons lancé le mouvement pour franchir une nouvelle étape et mettre sur pied une véritable politique européenne de la mer. Nous avons la volonté d'en être les acteurs privilégiés. La France est fière d'avoir organisé cette conférence ministérielle et de montrer ainsi qu'elle prend des initiatives pour mobiliser ses partenaires. C'est une première conférence, la première d'une série. La suivante aura lieu dès la fin de ce mois de juillet sous l'égide de la Présidence finlandaise et de la Commission européenne ; d'autres suivront dans toute l'Union jusqu'en juin prochain. Ensuite, il faudra passer à une deuxième étape et bâtir des propositions concrètes sur la base des orientations que cette phase de consultation aura permis de dégager.

Pour atteindre cet objectif, nous pouvons nous appuyer sur l'excellent travail de la Commission, qui a rendu publiques ses propositions le 7 juin dernier. C'est dire que nous n'avons pas perdu de temps. Notre pays, qui s'est toujours engagé en faveur d'un traitement des questions maritimes au niveau européen, lui avait adressé en 2005, avec l'Espagne et le Portugal, un mémorandum pour dessiner les contours d'une politique globale des mers et des océans, allant au-delà des seules questions de sécurité maritime, de pêche ou de qualité des eaux de baignade, sujets déjà appréhendés par l'Union européenne et sujets importants s'il en est, mais qui méritent de s'inscrire dans un cadre plus large.

Ce "Livre vert" de la Commission européenne était nécessaire ; il est bienvenu. La mer, espace vital et fragile, est pour toujours notre bien commun. Prenons-en davantage conscience, et agissons.

La mer est aussi un atout économique considérable, ne l'oublions pas. Les régions maritimes européennes produisent 40 % de la richesse au sein de l'Union et 90 % du commerce extérieur des pays européens transite par la mer. La mer contribue ainsi largement à la croissance et à l'emploi en Europe.

La politique maritime européenne, qu'il s'agisse des politiques menées en commun - comme la pêche ou les fonds régionaux - ou des actions menées par les Etats membres - par exemple le contrôle des frontières ou le tourisme - devra répondre à trois exigences : cohérence, équilibre, ambition.

Cohérence tout d'abord, car nous devons davantage coordonner les actions de l'Union européenne en matière de politique régionale, de pêche, de transports maritimes, d'environnement, de protection civile, de migrations, etc. Il faut parvenir à une vision globale et non plus sectorielle. Et pour être efficaces, les Etats membres doivent travailler de façon plus intégrée dans le domaine maritime : nous devrons avoir à terme des objectifs et des moyens communs. Dire que nous pouvons progresser est un euphémisme.

Equilibre ensuite : l'opposition classique entre "amis des pêcheurs" et "amis des poissons" ne mène nulle part alors que chacun sait, tout à la fois, que la mise en valeur des espaces maritimes est nécessaire à l'activité économique et sociale et à l'emploi et que cette mise en valeur est vaine si elle n'est pas durable. Il n'y a pas d'autre avenir que de concilier ces deux impératifs, quelle qu'en soit la difficulté.

Ambition, enfin, principe cardinal pour quiconque croit à l'action. Et la mer le mérite. Les habitants du littoral, les pêcheurs, les touristes, les chercheurs et tous les amoureux de la mer, toutes celles et tous ceux qui bénéficient des fruits de la biodiversité marine ont droit à la considération et à l'attention de l'Europe.

Alors, ouvrons un nouveau chapitre et poursuivons sur la base des propositions du "Livre vert" les actions déjà engagées pour que l'Europe et les Européens s'engagent plus résolument, avec détermination et ténacité, à renforcer la lutte contre les pollutions, soutenir les pêcheurs, appuyer les régions ultra-périphériques, développer la recherche et améliorer l'intégrité des espaces maritimes, dans le respect de notre héritage et la construction de notre avenir.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 juillet 2006

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