Interview de M. Christian Estrosi, ministre délégué à l'aménagement du territoire, à RTL le 9 août 2006, sur la loi de préservation du littoral, le développement des transports fluviaux et ferroviaires et sur la majorité UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christian Estrosi, ministre délégué à l'aménagement du territoire, à RTL le 9 août 2006, sur la loi de préservation du littoral, le développement des transports fluviaux et ferroviaires et sur la majorité UMP.

Personnalité, fonction : ESTROSI Christian, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre délégué à l'aménagement du territoire;

ti : Q- Richard Arzt : Bonjour. Le sujet le plus estival relevant à long terme de votre ministère, c'est l'aménagement du littoral. Beaucoup d'élus de villes côtières font pression pour assouplir une loi de 86 qui interdit de construire sur les rivages à moins qu'il y ait déjà une ville en place. Cette loi provoque aussi beaucoup de contentieux. Est-ce que vous êtes sur le point de modifier ce genre de réglementation, d'interdiction de construire.

R- Christian Estrosi : Avec le Premier ministre, nous avons installé il y a quelques jours le conseil national du littoral. Il n'est pas question d'assouplir en quoi que ce soit la loi sur le littoral. Au contraire, j'ai fixé un cap où il s'agit d'enrayer le bétonnage anarchique des côtes en préservant les espaces naturels au bord de mer et surtout lutter efficacement contre les initiatives hasardeuses qui ont défiguré le littoral au cours des cinquante dernières années. L'INSEE - l'INSEE qui prévoit que dans dix ans, il y aura 3 millions d'habitants de plus - Il y aura, et moi je dis il y aurait. Parce que si c'est l'INSEE qui décide de la politique de l'aménagement du territoire de notre pays, je n'ai qu'à quitter ma fonction, c'est aux politiques au nom du peuple de le décider. Ce serait un drame écologique pour notre pays qu'il y ait 3 millions d'habitants de plus sur le littoral, à nous de faire des politiques attractives pour qu'ils se répartissent sur l'ensemble du territoire et redynamiser notamment des zones rurales dans notre pays mais surtout avoir une politique ferme pour préserver le littoral.

Q- Donc la loi de 86, il faut qu'elle soit maintenue ferme, pas question par exemple de la moderniser.

R- Surtout pas de la modifier. Deux cas de figure, le premier, on voit que les juridictions administratives ont souvent des décisions différentes selon que l'on est en Ouest Cornouailles, en Camargue ou sur la Côte d'Azur ; et bien, il faut qu'on s'y retrouve et qu'il y ait plus de lisibilité. Par exemple, quand un maire veut construire une station d'épuration, ce qui est un geste plutôt écologique et en faveur de l'environnement, il faut qu'on lui en donne les moyens. Mais lorsqu'il se passe comme chez moi dans mon département, les Alpes Maritimes, où il y a dix ans, le tribunal administratif a sanctionné pour infraction au code de l'urbanisme un hôtel 4 étoiles de 17.000 m2 et qu'aucune décision n'avait été appliquée depuis, j'ai veillé avec le préfet à ce que l'on envoie les bulldozers, à ce qu'on le démolisse parce que cela fait force d'exemple.

Q- Après les bords de mer, la route. Vous avez l'ambition, vous le dites souvent, de stopper l'évolution vers un trafic de camions de plus en plus nombreux. Vous pensez vraiment marquer des points, vous voudriez que cela passe par le train ou par les péniches.

R- Sincèrement ce qui se passe chez nous depuis 20 ou 30 ans est inadmissible et aujourd'hui avec un baril de pétrole à 78 dollars voire plus, il faut enrayer le tout routier. Le routier, cela représente en matière de transport aujourd'hui 80 % de la consommation. Alors, l'enjeu c'est évidemment le développement durable. Réduction de la congestion routière, effet de serre, la pollution de l'air, les accidents.

Q- Alors, très bien, que proposez-vous ?

R- C'est clair, il faut arrêter de dire on fait des routes partout. Ce n'est pas la réponse. Quand on pense que le camion a gagné en parts de marché sur les quinze dernières années 58 % et que dans le même temps le transport ferroviaire de marchandises en a perdu 20, que le transport fluvial a stagné à 2% de parts de marché, il faut reporter le transport de marchandises sur le fleuve, notamment avec une ouverture entre la mer du Nord et la Méditerranée, là où nous allons aussi lancer la construction du canal entre la Seine et le Nord. Et puis ouvrir des autoroutes maritimes.

Q- Un exemple de route, d'autoroute même, qui provoque une vive contestation, c'est le projet du contournement de Bordeaux par l'Ouest, qui ferait passer une autoroute au milieu de vignobles prestigieux.

R- Il faut d'abord préserver bien évidemment l'environnement et il y aura un débat public, c'est la procédure et chacun se prononcera et le gouvernement tiendra compte de l'avis des populations concernées. Mais je vais vous citer quelques exemples très brefs. Est-ce que vous savez qu'un transport fluvial toutes les 30 mn, c'est un poids lourd toutes les 18 secondes sur nos routes.

Q- J'ai bien compris par l'exemple qu'on donnait, il vaut mieux ne pas la construire cette autoroute.

R- Ce n'est pas ce je dis, mais je crois qu'on acceptera d'autant mieux un certain nombre de projets routiers, qu'il n'y aura plus de poids lourds qui se consacreront à les utiliser.

Q- Parlons un peu de politique, l'UMP, huit mois du premier tour de l'élection présidentielle. Vous êtes un fidèle de Nicolas Sarkozy. Hervé Mariton a dit la semaine dernière sur RTL, "je ne suis pas sûr que Nicolas Sarkozy soit le meilleur candidat pour la présidentielle".

R- Vous savez ces voix discordantes me font penser au schtroumpf grognon. Vous savez celui qui est isolé dans son coin, là. Celui qui est toujours pour ce qui est contre et contre ce qui est pour. Voilà un peu à quoi ces réactions me font penser. Mais sincèrement cela reste l'exception par rapport à la généralité. Il faut dire les choses aujourd'hui, le président de la République, le Premier ministre et Nicolas Sarkozy sont sur la même longueur d'ondes. Il y a un climat nouveau. Je ne vais pas vous dire qu'il y a quelques mois en arrière, ce serait langue de bois, il n'y ait pas un certain nombre de tensions. Il y a vraiment un climat nouveau.

Q- Comment vous expliquez aussi bien Hervé Mariton que je citais, que François Goulard qui dit qu'il faut travailler sur le programme, qu'il y a des ambiguïtés dans le programme que prépare Nicolas Sarkozy.

R- Et bien, banco. Nicolas Sarkozy ne prépare pas un programme tout seul, il tient des conventions, il tire la quintessence de toutes les propositions qui sont faites. Et c'est drôle, je ne vois jamais ni monsieur Goulard, ni monsieur Mariton participer à ces conventions, ni d'autres d'ailleurs. Et bien l'UMP, c'est un parti libre, démocratique où chacun peut apporter sa contribution. D'ailleurs, je veux leur dire que s'ils ont des propositions à faire, non seulement ils peuvent venir participer à ces conventions et puis si quelqu'un a un projet, un programme à défendre, il doit le faire. On ne peut pas avoir pour seul projet l'inimitié ou la critique. Or aujourd'hui, leurs seuls projets c'est l'inimitié ou la critique. Aujourd'hui qui peut douter.

Q- Est-ce que vous pensez que la situation internationale, la baisse du chômage aussi peuvent profiter politiquement au Premier ministre ?

R- Aujourd'hui, le Premier ministre, je le sens, a de nouveau une certaine popularité. C'est tant mieux.

Q- C'est dérangeant...

R- Non, bien au contraire, ça veut dire que l'action du gouvernement tout entier est en train d'être mieux perçue par les Françaises et les Français. Que ce soit sur la baisse du chômage, que ce soit les textes de Nicolas Sarkozy sur l'immigration, celui à venir sur la prévention de la délinquance. Donc, quelque part c'est le résultat de notre unité de l'action du gouvernement tout entier qui profite un peu au Premier ministre et nous ne pouvons que nous en réjouir. Qui peut douter aujourd'hui que Nicolas Sarkozy soit le mieux placé pour porter nos couleurs et défendre notre projet. Je pense qu'il ne peut plus y avoir de débat là-dessus. C'est aujourd'hui le meilleur rassembleur de notre famille politique.

Merci Christian Estrosi, je rappelle qu'outre être un proche de Nicolas Sarkozy, vous êtes ministre de l'Aménagement du territoire.


Source : www.Premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 août 2006

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