Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, dans "Le Journal du dimanche" le 13 août 2006, sur la position française en faveur d'un cessez-le-feu au Liban, la résolution votée au Conseil de sécurité de l'ONU et la participation de la France à la FINUL. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, dans "Le Journal du dimanche" le 13 août 2006, sur la position française en faveur d'un cessez-le-feu au Liban, la résolution votée au Conseil de sécurité de l'ONU et la participation de la France à la FINUL.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

ti :
Q- Avec la résolution qui vient d'être votée aux Nations unies, êtes-

vous aujourd'hui optimiste quant à la possibilité d'un cessez-le feu au

Liban ?

R- Le cessez-le-feu, c'est le souhait le plus cher de la France depuis

le premier jour du conflit. Et vous savez combien le Président de la

République a contribué à ce résultat. Quelles étaient les options ?

Soit la poursuite des combats pour imposer un règlement : comme pour

l'Iraq, nous avons toujours pensé que cela conduirait à une impasse et

à davantage de haine. Soit une solution politique : c'est la seule qui

permettra d'avancer vers la paix et d'éviter une aggravation des

tensions dans la région.

La résolution du Conseil de sécurité représente un pas décisif vers

cette solution politique. Elle a été adoptée à l'unanimité : elle

représente donc une chance unique d'arrêter les violences. C'est un

point de départ, qui demandera de la détermination et de la vigilance

dans son application, comme l'engagement de chacun. Maintenant, c'est

aux différentes parties de saisir cette occasion et de prendre leurs

responsabilités. Nous avons tous conscience que c'est un choix

difficile pour Israël comme pour le Liban. Mais la paix est toujours un

choix difficile et courageux.

Chacun doit bien mesurer les enjeux : la poursuite des combats, cela

voudrait dire un nouvel enchaînement de deuils, de violences et de

destructions dans une région qui aspire d'abord à la stabilité. Cela

voudrait dire aussi l'enracinement des sentiments de haine et d'

injustice qui font toujours le lit du terrorisme. Et n'oublions pas le

risque de jonction entre les différents foyers de tension régionaux :

le conflit israélo-palestinien, les troubles en Iraq, la question

nucléaire iranienne. Chacun de ces foyers doit faire l'objet d'un

règlement particulier, pour éviter tout amalgame. Mais mesurons bien à

chaque fois l'urgence d'agir.

Q- Malgré cet accord, l'armée israélienne n'a-t-elle pas poursuivi son

offensive...

R- Grâce à des efforts diplomatiques intenses, nous avons les bases d'

un règlement politique qui répond aux préoccupations des deux parties :

la sécurité d'Israël d'un côté, la souveraineté du Liban sur son

territoire de l'autre. Ce sont les deux principes posés dès le départ

par la France et réaffirmés fortement à New York par Philippe Douste-

Blazy. Ce sont les clés de la paix.

Q- La France participera-t-elle à la force d'interposition, avec

combien d'hommes ?

R- La FINUL accompagnera le règlement de la crise : elle assistera l'

armée libanaise dans son déploiement au sud du pays, elle facilitera

l'acheminement de l'aide humanitaire et le retour des déplacés, elle

veillera au respect de la cessation des hostilités.

Le Président de la République l'a dit clairement : la France

déterminera le renforcement de sa participation à la FINUL en fonction

des moyens d'action donnés à la force et de l'existence d'une juste

répartition entre les pays contributeurs. Nous souhaitons que cette

force ait une dimension européenne.

Q- Après les menaces terroristes venues de Londres, pensez-vous que la

France soit à son tour menacée ?

R- La menace reste élevée, en France comme partout en Europe. Avec

Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie, nous avons donc décidé de

maintenir le plan Vigipirate au niveau rouge, de multiplier les

contrôles dans les gares et les aéroports et de renforcer les règles de

sécurité : fouilles à 100 % des bagages accompagnés, interdiction d'

emporter des liquides sur certains vols. Evidemment ce sont des

contraintes supplémentaires pour les passagers, mais la sécurité est à

ce prix.

Notre vigilance sur les réseaux terroristes est totale. Qu'il s'agisse

d'échanges de renseignement avec nos partenaires européens, de

coopération judiciaire ou de suivi des filières islamistes, nous ne

cessons de développer nos moyens et d'adapter notre réponse. J'ai eu

l'occasion de m'en entretenir avec Tony Blair à la suite du projet d'

attentat au Royaume-Uni.

Q- Comment envisagez-vous la rentrée sur le plan intérieur ?

R- La seule chose qui me préoccupe, pour cet été comme pour la rentrée,

c'est d'apporter une réponse aux attentes et aux inquiétudes des

Français. Nous avons connu en juillet un épisode de canicule : nous

avons immédiatement pris avec Xavier Bertrand les mesures nécessaires.

En matière d'hébergement d'urgence, Catherine Vautrin a débloqué la

semaine dernière 1 000 places supplémentaires. Et je n'oublie pas la

sécheresse, qui a frappé de nombreux agriculteurs dans notre pays : je

m'assurerai personnellement de leur juste indemnisation.

Je veux placer la rentrée sous le signe de l'action : poursuivre nos

efforts dans la lutte contre le chômage, apporter une réponse concrète

à l'augmentation des prix de l'essence qui pèse lourdement sur le

budget des ménages, aider les étudiants et leurs parents, voilà ce sur

quoi le gouvernement travaille actuellement. Qu'est-ce que les Français

attendent de leurs responsables politiques ? Des réponses, des

décisions, des résultats.

Nous avons des signaux encourageants : la baisse du chômage, la

création de 200 000 emplois nouveaux, les résultats exceptionnels de la

croissance française au deuxième trimestre, l'amélioration des

exportations. Tout cela montre que la France peut faire la course en

tête en Europe. Avec Jean-Louis Borloo, Thierry Breton et tout le

gouvernement nous voulons garder le cap de la modernisation de notre

pays. Dans la mondialisation, les Français ont un atout maître : eux-

mêmes, leur diversité, leur culture, leur volonté.

Q- Comment vivez-vous les noms d'oiseaux qui s'échangent entre

villepinistes et sarkozystes ?

R- Toutes ces étiquettes n'ont aucune raison d'être au sein de notre

famille politique. Je regrette profondément ces querelles. Si nous

voulons mettre toutes les chances de notre côté pour 2007, l'unité doit

être la règle. Les querelles de personnes, non ; le débat d'idées en

revanche, oui : car nos différences de sensibilités sont une richesse,

elles donneront de la profondeur et du corps à notre projet. Comme chef

de la majorité, je veux être le premier artisan du rassemblement de

notre famille.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 16 août 2006

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