Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, à TF1 le 28 août 2006, sur les mesures pour l'emploi et le pouvoir d'achat, l'allocation aux étudiants boursiers, et le projet de conférence sur les disparités de revenus. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, à TF1 le 28 août 2006, sur les mesures pour l'emploi et le pouvoir d'achat, l'allocation aux étudiants boursiers, et le projet de conférence sur les disparités de revenus.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

ti : Patrick Poivre d'Arvor - Puis, la politique, c'est aussi la rentrée des classes au gouvernement. Dominique de Villepin, bonsoir.

Dominique de Villepin, Premier ministre - Bonsoir.

Patrick Poivre d'Arvor - Alors, Jacques Chirac et vous-même vous avez suffisamment répété que la dernière année avant la présidentielle devait être une année utile. Là, qu'est-ce que vous allez faire pour la ferrer, pour la boucler en quelque sorte, cette dernière année qui se résume, d'ailleurs, maintenant à 8 mois, c'est-à-dire à un peu moins qu'une grossesse. Qu'est-ce qu'on peut faire de bien utile en 8 mois, notamment en matière de politique de lutte contre le chômage puisque vous en avez fait votre priorité ?

Dominique de Villepin - Nous avons de bons résultats. Nous l'avons vu dans le domaine de l'emploi avec 260 000 chômeurs en moins au cours des 12 derniers mois. Nous avons une croissance qui repart avec une tendance de plus de 2 %. Puis, nous avons un désendettement qui a marqué cette année 2006, pour la première fois, et nous voulons continuer avec Thierry Breton sur cette tendance parce que c'est la responsabilité et c'est l'intérêt des Français, de leurs enfants, de nos petits-enfants. Je mesure bien qu'entre ces chiffres, cette situation que je vous énonce et ce que ressentent nos compatriotes, il y a un décalage.

Patrick Poivre d'Arvor - Surtout pour les 2 millions de chômeurs, 2 millions et quelques.

Dominique de Villepin - C'est pour cela que nous voulons, le gouvernement veut apporter de nouvelles sécurités aux Français. Nous voulons le faire en matière d'emploi, nous voulons le faire en matière de pouvoir d'achat. Alors, en matière d'emploi, nous allons présenter, dans quelques jours, à Troyes avec Jean-Louis Borloo, la 3e phase du plan emploi et nous voulons cibler notre effort sur ceux qui rencontrent le plus de difficultés. C'est-à-dire ceux qui n'ont ni diplôme ni qualification...

Patrick Poivre d'Arvor - Les plus jeunes.

Dominique de Villepin - ...et ceux qui, chômeurs de longue durée, rencontrent, là aussi, de grandes difficultés, plus de 50 ans avec des perspectives souvent difficiles. Donc, c'est là-dessus que nous allons engager notre effort, en concertation avec les partenaires sociaux pour améliorer la situation des ces plus fragiles.

Patrick Poivre d'Arvor - Concrètement, qu'est-ce que vous allez pouvoir faire par ailleurs pour aider, justement, à lutter contre le chômage ?

Dominique de Villepin - Alors, je le dis : les mesures seront annoncées par Jean-Louis Borloo à Troyes, lors du séminaire gouvernemental que nous tiendront là-bas, avec le souci de cibler très précisément sur ces différentes catégories qui sont parmi les plus touchées par le chômage. Nous souhaitons, par ailleurs, continuer à engager l'action qui est la nôtre pour sécuriser l'emploi, sécuriser la carrière professionnelle. C'est dire, poursuivre les expérimentations en matière de contrat de transition professionnelle et offrir des perspectives durables à chacun de nos compatriotes.

Patrick Poivre d'Arvor - Sur la prime pour l'emploi qui était une idée quand même de Lionel Jospin, ce qui prouve que les socialistes ont des bonnes idées, vous allez la garder, vous allez l'augmenter ?

Dominique de Villepin - Alors, en matière de pouvoir d'achat, il y a 3 grandes mesures. Partant, là aussi, d'un constat qui est le malaise que ressentent beaucoup de nos compatriotes sur le plan des revenus. Quand on prend la situation des bas revenus, sentiment de vivre et réalité d'ailleurs d'une vie difficile, pour ceux qui ont des revenus moyens, perspectives souvent de ne pas voir progresser suffisamment ces revenus et puis le constat que certains très gros salaires sont déconnectés de toute réalité. A partir de là, nous avons prévu 3 mesures. La prime pour l'emploi, donc qui est une prime pour le pouvoir d'achat et pour l'incitation à l'emploi que nous voulons augmenter considérablement puisque pour ceux qui sont au SMIC, c'est un doublement. En 2005, quand je suis arrivé à Matignon, c'était 540 euros, nous allons passer à 940 euros au 1er janvier 2007. Un doublement, c'est-à-dire presque un 13e mois pour ceux qui sont au SMIC. Cela touchera, d'une manière générale, l'augmentation de la prime pour l'emploi, 9 millions de personnes. Vous voyez c'est un effort tout à fait substantiel. Ça, c'est la première mesure. La deuxième mesure, c'est celle qui touche les étudiants. Il y a une allocation de rentrée scolaire, il n'y a rien de tel pour les étudiants. Nous avons voulu apporter une réponse aux étudiants boursiers, ceux qui sont les plus modestes, qui rencontrent le plus de difficultés, qui doivent changer de ville pour poursuivre leurs études universitaires. Nous leur apporterons une aide de 300 euros. Puis, dernière mesure, c'est le chèque transport. Là aussi, c'est une nouveauté. Les syndicats le réclamaient depuis longtemps. Nous voulons mettre en oeuvre, à partir du 1er janvier 2007, ce chèque transport. Ce chèque transport concernera, pourra concerner, toutes les entreprises, tous les salariés, sur l'ensemble du territoire national.

Patrick Poivre d'Arvor - Mais, seulement les salariés, pas l'ensemble des particuliers, les salariés ?

Dominique de Villepin - L'ensemble des salariés. Nous allons inciter les entreprises à recourir à ce chèque transport qui fonctionnera sur les mêmes bases que le Chèque-Restaurant en leur conférant...

Patrick Poivre d'Arvor - Il ne sera pas obligatoire ?

Dominique de Villepin - Non, c'est facultatif. En leur conférant un allègement de charges, un allègement de charges sociales et fiscales, c'est-à-dire que nous prendrons en charge la moitié du coût de cette mesure. Alors, comment est-ce que très rapidement cela fonctionnera ? Là où il y a des transports collectifs, nous prendrons en charge la moitié, à travers le chèque transport, la moitié de l'abonnement transports collectifs, pour un montant qui sera de l'ordre approximativement de 200 euros. Là où il n'y a pas de transports collectifs, c'est une compensation de la hausse du prix de l'essence pour un montant de 100 euros. Donc, vous voyez, là aussi c'est un effort substantiel qui sera fait.

Patrick Poivre d'Arvor - Tout ce que vous nous annoncez, c'est quand même beaucoup d'argent. On a l'impression que vous dispersez un peu à tout vent, parce que les élections arrivent. Est-ce que, vraiment, vous avez de quoi financer ou est-ce que vous allez prendre sur les fameuses recettes qui viennent des excédents fiscaux.

Dominique de Villepin - Vous pensez bien Patrick Poivre d'Arvor que nous voulons agir dans un esprit de responsabilité. Il ne s'agit pas de dilapider l'argent des Français, bien au contraire. Notre souci, c'est de faire des économies, c'est ce que nous avons fait. Nous avons multiplié les audits au sein de la dépense publique pour dégager des marges de manoeuvre. C'est grâce à ces économies que nous allons financer ces mesures nouvelles. Pour le reste...

Patrick Poivre d'Arvor - Je croyais que ça devait servir justement...

Dominique de Villepin - Mesures fiscales, pour les mesures fiscales.

Patrick Poivre d'Arvor - ...à réduire l'endettement de la France.

Dominique de Villepin - Pour les recettes fiscales nouvelles, qui sont évaluées, Jean-François Copé l'a dit, entre 1 et 3 milliards, eh bien, l'ensemble de ces recettes fiscales nouvelles iront au désendettement. Nous sommes, avec Thierry Breton, tout à fait déterminé à améliorer la situation de la dette. Nous avons inversé la tendance. L'endettement diminue dans notre pays.

Patrick Poivre d'Arvor - Qu'est-ce que vous allez faire pour réfléchir sur ce que vous disiez tout à l'heure, c'est-à-dire les grandes disparités entre salaires ?

Dominique de Villepin - Alors, je l'ai dit : il y a un malaise en ce qui concerne les revenus. Ce que nous souhaitons, c'est organiser d'ici la fin de l'année, une conférence sur les revenus et l'emploi à partir du rapport que me remettras le CERC, le Conseil supérieur pour l'emploi et les revenus, présidé par Jacques Delors. Il nous permettra de faire un diagnostic, d'établir la situation réelle et d'éviter un certain nombre d'incohérences qui existent dans notre pays, un certain nombre d'effets pervers. Par exemple, on voit un nombre croissant de salariés qui sont payés au niveau du SMIC créant une véritable trappe à bas salaires. Nous voulons corriger ces situations. Nous avons donc besoin, grâce à cette conférence, de pouvoir établir un diagnostic commun pour tout notre pays avec les partenaires sociaux.

Patrick Poivre d'Arvor - Donc, présidé par le père de Martine Aubry, par Jacques Delors. Au fond, c'était une idée de François Hollande, en tout cas, il l'avait réclamé, ce qui prouve que, de temps en temps, vous pouvez vous entendre.

Dominique de Villepin - La conférence que nous proposons, c'est une conférence sur l'emploi et les revenus. Mais, vous savez, chaque fois qu'il y a un problème dans notre pays et que nous l'abordons sereinement, il est normal que le gouvernement cherche à faire avancer les choses. C'est bien dans cet esprit que nous travaillons.

Patrick Poivre d'Arvor - Alors, autre idée qui, elle, vient de Laurent Fabius, mais adoptée maintenant par l'ensemble du Parti socialiste, l'idée d'un SMIC à 1 500 euros dans les 5 ans à venir. Ça vous paraît réaliste ?

Dominique de Villepin - Je pense que Laurent Fabius pourra bénéficier des conclusions qui seront celles de cette conférence sur les revenus, ainsi que du rapport que va remettre Jacques Delors, parce que nous pourrons évaluer les conséquences sur l'emploi d'une hausse du SMIC. Prendre des mesures en matière de revenus, c'est aussi éclairer la situation de l'emploi dans notre pays. Augmenter le SMIC pour constater que davantage de Français sont alors au chômage, ce serait une erreur. Nous avons considérablement augmenté le SMIC au cours des dernières années, depuis 2002, un effort sans précédent. Il s'agit de le faire les yeux ouverts en sachant exactement là où ça nous conduit. Donc, je pense que cette conférence...

Patrick Poivre d'Arvor - Vous n'avez pas répondu à ma question : 1 500 euros par mois, ça vous paraît réaliste ou...

Dominique de Villepin - La progression du SMIC telle que nous l'avons pratiquée au cours des dernières années, depuis 2002, conduit à un SMIC à 1 500 euros à la date préconisée par Laurent Fabius. Donc, je pense qu'en tout état de cause, le gouvernement aura contribué à améliorer sensiblement la situation du SMIC dans notre pays.

Patrick Poivre d'Arvor - Puisqu'on parle des socialistes, est-ce que vous avez regardé un petit peu le bal des prétendants à la présidentielle qui s'est joué ce week-end, le week-end dernier à La Rochelle ?

Dominique de Villepin - Oui, bien sûr !

Patrick Poivre d'Arvor - Qu'est-ce que ça vous a inspiré ?

Dominique de Villepin - Il ne m'appartient pas de porter un jugement sur la situation des candidatures au Parti socialiste. Ce que je crois important pour l'ensemble de nos compatriotes, c'est de pouvoir avoir un débat passionnant à l'occasion de ces présidentielles. C'est un grand rendez-vous. C'est un grand rendez-vous central pour notre pays. C'est la clé de voûte de nos institutions. Le président de la République, c'est de lui que tout procède. Donc, je pense qu'il est important de répondre aux préoccupations de nous Français, que nous puissions avoir un débat serein, un débat démocratique. Là où je suis, je ferais tout évidemment pour aller dans ce sens à la fois avec l'esprit de rassemblement, et rassemblement de toute notre famille, mais aussi en menant l'action gouvernementale jusqu'à son terme, jusqu'au dernier jour. Je crois qu'être dans l'action jusqu'au dernier jour, cela permettra aux Français d'éclairer leur choix en responsabilité. Je n'oublie pas le 21 avril, je sais que le mécontentement peut exister dans notre pays. C'est pour cela que je souhaite, par l'action, revaloriser le sens de l'action politique.

Patrick Poivre d'Arvor - Justement, à propos du 21 avril, les regrets de Lionel JOSPIN, ça vous a touché ? Vous seriez capable, vous, dans 4 ans d'avoir un même acte de contrition ?

Dominique de Villepin - Je n'ai pas attendu 4 ans Patrick Poivre d'Arvor. Je sais que j'ai fait des erreurs et je l'ai dit. Je crois que c'est très important, la vie politique est marquée d'épreuves, de difficultés. C'est aussi une formidable aventure humaine qui vous change. Je crois que si l'on veut faire mieux, il est important, tous les jours d'examiner ce qu'on a fait de bien, ce qu'on a fait de mal. C'est une nécessité si l'on veut progresser.

Patrick Poivre d'Arvor - Ce qui a dû vous frapper, j'imagine, à La Rochelle, c'est à la fois l'âpre compétition et parfois même un peu la cacophonie qui règne au sein du PS. Est-ce que vous ne vous dites pas que, finalement, à droite, ça serait mieux carrément de laisser partir Nicolas Sarkozy tout seul ?

Dominique de Villepin - Nous avons choisi une règle du jeu qui est de donner toute son importance à l'action, tout au long de cette année 2006, pour un lancement de la campagne en 2007. Je crois que chaque chose doit être faite en son temps. Nous avons des atouts considérables dans notre famille. Vous venez d'évoquer le président de l'UMP, il a la faveur d'une grande partie de l'opinion. C'est un atout pour notre famille. Nous avons un gouvernement qui a des résultats. Je sais qu'on ne fait pas une élection présidentielle sur un bilan, mais c'est un atout qui peut permettre...

Patrick Poivre d'Arvor - Mais, le chef de ce gouvernement, en l'occurrence vous-même, a renoncé à se présenter à la présidentielle ?

Dominique de Villepin - Je l'ai dit, je souhaite mener l'action gouvernementale jusqu'à son terme, fort des atouts que nous avons, le président de l'UMP, le gouvernement, le Président de la République. Le président de la République incarne l'unité de la Nation. Nous l'avons vu dans les épreuves qu'a traversé notre pays au cours des derniers mois. Je pense à la crise des banlieues, je pense à des débats extrêmement sensibles sur l'esclavage, sur la colonisation. C'est une des figures les plus admirées de la scène internationale dont l'engagement en matière de paix, en matière de justice, de développement, est tout à fait considérable. Je crois que ces atouts seront très importants pour la campagne présidentielle.

Patrick Poivre d'Arvor - Et il pourrait lui-même se représenter ? Ça serait souhaitable ?

Dominique de Villepin - C'est une décision qui appartient au président de la République. Il a dit qu'il se déterminerait lors du 1er trimestre de l'année prochaine. Une fois de plus, respectons les temps, chaque chose viendra en son heure. Ce qui est important, c'est que cet esprit d'action et de rassemblement, eh bien, soit mis au service des Français. C'est ce que nous voulons faire.

Patrick Poivre d'Arvor - Eh bien, nous, nous allons respecter le temps de cette interview.

Dominique de Villepin - Merci.

Patrick Poivre d'Arvor - Merci Dominique de Villepin.

Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 30 août 2006

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