Article de M. Christian Estrosi, ministre délégué à l'Aménagement du territoire, dans "Le Figaro" du 1er septembre 2006, sur la prise en compte de l'écologie dans la politique de l'aménagement du territoire, intitulé "Écologie, un nouveau monde à inventer". | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Article de M. Christian Estrosi, ministre délégué à l'Aménagement du territoire, dans "Le Figaro" du 1er septembre 2006, sur la prise en compte de l'écologie dans la politique de l'aménagement du territoire, intitulé "Écologie, un nouveau monde à inventer".

Personnalité, fonction : ESTROSI Christian.

FRANCE. Ministre délégué à l'aménagement du territoire

ti : L'écologie n'est pas une doctrine politique. C'est une des composantes désormais indispensables à toute forme de gouvernement, comme le sont la justice, la défense, l'éducation ou la police et, à ce titre, elle doit apparaître parmi les missions régaliennes de l'Etat. Sa récupération par la gauche n'aura pas servi sa cause. Entre 1995 et 2002, sous le gouvernement de Lionel Jospin, l'écologie semble même avoir disparu dans un glissement de terrain idéologique.

Succédant à Mme Voynet au ministère de l'Aménagement du territoire, je passe mon temps à réparer les injustices et les dysfonctionnements causés par des décisions aussi absurdes que son «schéma directeur des services collectifs», dont le plus zélé fonctionnaire soviétique n'aurait renié ni la verticalité ni la rigidité administrative qui envisageait le monde rural comme une réserve d'Indiens.

Depuis mon entrée au gouvernement, il y a quatorze mois, je sillonne la France, car je considère que l'Aménagement du territoire doit être, d'abord et avant tout, l'observatoire de l'écologie et un instrument clé du développement durable. Ce n'est que sur le terrain que l'on peut juger du possible, de l'impossible et parfois, hélas, de l'inacceptable. Le rôle d'un politique n'est pas de constater mais de faire mentir les prévisions de l'Insee quand elles annoncent trois millions d'habitants de plus sur le littoral français dans les dix ans à venir. C'est pourquoi j'ai fixé au Conseil national du littoral des objectifs ambitieux, de manière à empêcher les initiatives hasardeuses, le bétonnage anarchique, intensifier la lutte contre les «bateaux voyous», préserver le littoral de toutes les pollutions, et convaincu le Premier ministre d'affecter, en 2007, l'intégralité du droit de francisation des navires, soit 35 millions d'euros, au Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres.

Je n'ai pas non plus attendu ce mois du juillet pour prendre la mesure du «péril climatique» et faire de cette cause l'un de mes chevaux de bataille. Je m'insurge, depuis des années, contre ces files ininterrompues de camions qui entrent en France pour longer la vallée du Rhône à seule fin d'éviter les pays qui les refusent. Depuis que je suis ministre, je n'ai de cesse d'évoquer à cor et à cri la nécessité pour notre pays de se doter d'une politique d'intermodalité ambitieuse. De quoi s'agit-il ? Non pas d'interdire le transport de marchandises, ce qui serait aussi absurde qu'irréaliste, mais de substituer à un «tout routier» une grande politique intégrant le rail et la route tout en faisant la part belle au transport fluvial et à l'ouverture d'autoroutes maritimes.

Quand on sait que le fluvial consomme quatre fois moins d'énergie que la route et deux fois moins que le fer, que la voie d'eau est le mode de transport qui émet, de loin, le moins de gaz à effet de serre, on peut se demander pourquoi notre pays, qui dispose du premier réseau fluvial d'Europe (8 500 km), a un trafic fluvial neuf fois inférieur à celui de l'Allemagne et six fois inférieur à celui les Pays-Bas. On peut se demander pourquoi, en vingt ans, le transport routier est passé de 58 à 80 % de parts de marché tandis que le fer diminuait et que le fluvial stagnait à 2 ou 3 % - tendance qui n'a en rien été infléchie lorsque les écologistes étaient au pouvoir. Aujourd'hui, les transports représentent deux tiers de la consommation des produits pétroliers en France et le routier 80 % de cette consommation. Tout est dit.

Le canal Seine-Nord, dont le chantier va commencer pour relier Le Havre à Rotterdam et connecter le bassin parisien à l'ensemble de l'Europe fluviale, est l'exemple de ce qu'il fallait faire. Je crois savoir d'ailleurs savoir que Mme Voynet en a convenu. La suite logique serait une liaison fluviale à grand gabarit entre la mer du Nord et la mer Méditerranée pour laquelle je milite. Je l'ai donc récemment interpellée sur cette question, non pas pour exhumer le projet de canal Rhin-Rhône qu'elle avait définitivement classé, à juste titre, mais pour comprendre pourquoi elle s'était opposée à toute solution alternative. Le mystère demeure sur cet enterrement politique.

Après avoir accepté d'en débattre publiquement avec moi, Mme Voynet s'est dérobée. Elle avait sans doute mieux à faire. Il faut dire que c'était le jour où, chez les Verts, on recomptait les voix des candidats à la candidature, un vote litigieux ayant conduit les usagers des médecines naturelles à recourir à des comptes d'apothicaire. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis.

Il y a quelques jours, en voyant des leaders Verts se précipiter au-devant de la candidature de Nicolas Hulot à l'élection présidentielle, j'ai compris que, de nouvelles menaces pesant sur la sienne, il ne faudrait pas compter sur la candidate officielle des Verts pour s'associer à une réflexion qui me paraît pourtant bien utile.

Au même moment, Ségolène Royal, arrivant, semble-t-il, à la lettre «c» du programme socialiste qu'elle écrit toute seule, évoquait dans la presse les «vraies causes de la canicule», un chef-d'oeuvre de langue de bois dans lequel on trouve des phrases aussi énigmatiques que : «L'incohérence entre les discours et les actes vient encore d'être illustrée par plusieurs décisions qui constituent une insulte à l'intelligence citoyenne et une négation de la politique par la preuve.» On se demande qui insulte qui ?

Je comprends d'autant mieux l'impatience de Nicolas Hulot que je la partage. Le constat d'aujourd'hui n'est pas né d'hier. Les canicules à répétition nous montrent que nous avons trop attendu. Il est urgent d'être prudents. Mais nous savons désormais que le grand programme écologique que nous souhaitons ne viendra pas de la gauche. Un nouveau monde est à inventer. Avec Nicolas Sarkozy, qui plus que d'autres l'a compris, nous y travaillons à l'UMP. Il s'agit de réconcilier l'économie et l'écologie. Car, n'en déplaise aux Rouges et aux Verts, l'une n'ira pas sans l'autre.


source http://www.u-m-p.org, le 4 septembre 2006

Rechercher