Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer,sur "RFI" le 6 septembre 2006, sur les 137 000 amendements déposés par l'opposition contre le projet de fusion de Suez et GDF, sur la candidature de N. Sarkozy, sur la sécurité des vols aériens. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer,sur "RFI" le 6 septembre 2006, sur les 137 000 amendements déposés par l'opposition contre le projet de fusion de Suez et GDF, sur la candidature de N. Sarkozy, sur la sécurité des vols aériens.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique, RIVIERE Frédéric.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer;

ti : F. Rivière - Nous allons effectivement parler de sécurité aérienne dans quelques instants mais difficile tout de même de ne pas aborder également les questions politiques. Est-ce qu'avec cette fusion Suez/GDF dont parlait à l'instant P. Biancone - ces 137.000 amendements - est-ce que le Gouvernement n'est pas entrain de se préparer une nouvelle crise ?

R - Oh une nouvelle crise, je ne crois pas. Il y aura un affrontement parlementaire - mais c'est la démocratie - entre la majorité et l'opposition. Sur cette affaire, en écoutant les informations ce matin et en écoutant ce qui vient d'être dit, je suis pas sûr qu'on donne une bonne image de la vie parlementaire avec cette histoire des 137.000 amendements. Je pense que le débat oui, un débat fort, parfois vif, c'est bien, c'est bon pour la démocratie mais vraiment détourner d'une certaine façon, je crois qu'on peut dire les choses comme ça, la procédure parlementaire pour faire de l'obstruction, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne image que donne l'opposition.

Q - La droite l'a déjà fait aussi. Là on atteint un nouveau record.

R - Jamais à ce point-là. Cela tourne au ridicule en vérité.

Q - Est-ce qu'il ne faudrait pas envisager de limiter le nombre d'amendements ?

R - C'était une des idées de J.-L. Debré. C'est-à-dire de toiletter comme on dit, le règlement de l'Assemblée nationale. Mais en même temps, c'est très difficile. Si vous voulez, la démocratie - excusez-moi de dire ça comme ça chez vous - mais c'est comme la liberté de la presse. Le droit d'amendement, c'est quand même un élément très très important de la liberté parlementaire, de la capacité du Parlement à contrôler l'action du Gouvernement. C'est vraiment au coeur de ce que doit être une démocratie et donc il faut faire très attention. C'est pour ça qu'il faut compter plutôt sur l'auto contrôle par les responsables politiques. Et là, franchement, il y a pas d'auto contrôle. Là c'est une dérive et je trouve que c'est caricatural.

Q - Pour revenir un instant à l'université d'été de l'UMP, le Gouvernement actuellement annonce de bons résultats. Est-ce que vous croyez que l'hypothèse que N. Sarkozy ne soit LE candidat de l'UMP en 2007 est envisageable ?

R - Deux choses. D'abord le Gouvernement obtient des résultats, en particulier dans le domaine économique, comme il a de bons résultats dans le domaine de la sécurité, comme il a de bons résultats en matière d'emploi et de réduction du chômage. Tout cela bénéficie à l'ensemble des acteurs, les membres du Gouvernement, le Premier ministre, N. Sarkozy aussi ; l'ensemble de la majorité ne peut que tirer bénéfice des résultats positifs du Gouvernement. S'agissant de la désignation du candidat de l'UMP, vous le savez, les statuts ont prévu ça comme ça, il y aura une désignation au mois de janvier. Qu'est-ce qui est important ? Ce qui est important aujourd'hui, c'est de faire en sorte que la désignation du candidat de l'UMP, j'allais dire quel qu'il soit, se fasse à la suite d'un processus de débat interne permettant le rassemblement autour d'un candidat. C'est ça ce que je souhaite.

Q - Mais pensez-vous, d'un mot, que tout le monde est dans l'état d'esprit quel qu'il soit ?

R - Aujourd'hui, sans doute pas tous mais justement, il faut que les quatre mois qui nous séparent de la fin janvier permettent, effectivement, ce débat, débat d'idées, débat autour des personnes, des grands leaders de l'UMP et qu'il y ait en aboutissement quelque chose de dynamique autour de celui qui sera désigné par les militants.

Q - Et ce pourrait être D. de Villepin ? Ce pourrait être M. Alliot-Marie ?

R - Attendons de savoir qui d'abord va être candidat à la candidature. N. Sarkozy est clairement candidat à la candidature. D'autres le seront peut-être aussi. Et les militants trancheront. Il faut aussi jouer très clairement, de façon très transparente, très évidente, le jeu de la démocratie, y compris à l'intérieur des partis politiques. Vous savez, pour que les Françaises et les Français se réintéressent à la vie politique, il faut que les règles du jeu de la démocratie apparaissent et qu'elles soient respectées et qu'ils aient le sentiment - en particulier ceux qui s'engagent dans un mouvement politique et il y a plus de 260 000 militants aujourd'hui à l'UMP, il faut que ces gens-là, ces femmes, ces hommes - aient le sentiment que le fait d'appartenir à ce mouvement politique leur donne effectivement un rôle d'acteur dans la vie politique. Et donc ne les méprisons pas. Ne disons pas "c'est fait d'avance". Et laissons jouer la démocratie interne. Essayons de construire grâce à ce débat interne un rassemblement autour de celui qui sera candidat. Et les militants le désigneront.

Q - D'un mot D. Perben, avant d'en venir à la sécurité aérienne, Doc Gynéco, comte tenu de sa réputation sulfureuse, ce n'est pas une erreur de casting aux côtés de N. Sarkozy ?

R - Oh ! Ecoutez, moi, je ne connais pas très bien la réputation que vous dites sulfureuse.

Q - Enfin des paroles à l'emporte pièce...

R - Je crois que dans un mouvement politique, vient qui le souhaite. On va pas commencer à censurer sur les profils, les passés, les réputations etc.

Q - Oui enfin, vous auriez pu vous en passer.

R - Je ne dis pas ça. Je dis que ceux qui ont envie d'apporter leur amical soutien à Nicolas, ils le font comme ils en ont envie et voilà. Moi je ne suis pas là pour censurer.

Q - Même si dans les textes de leurs chansons, ils se prononcent, par exemple ils disent qu'ils jubilent quand des policiers meurent ?

R - Ce n'est pas bien de dire ça. C'est même très mal.

Q - Voilà et après d'aller soutenir le ministre de l'Intérieur.

R - Ils ont peut-être changé d'avis. Il faut espérer, j'espère en tous cas.

Q - D. Perben un comité d'experts des 25 se réunit aujourd'hui et demain à Bruxelles pour discuter d'un certain nombre de mesures de sécurité dans les aéroports de l'Union européenne. Et c'est toujours dans la foulée des dispositions qui ont été prises après la mise au jour d'un complot présumé au Royaume Uni. La France a décidé hier, pour sa part, d'assouplir les mesures de sécurité pour les vols vers le Royaume-Uni. Pourquoi ne pas avoir attendu les conclusions de cette réunion d'experts ?

R - Nous nous sommes alignés hier sur la pratique des autres grands aéroports européens. C'est-à-dire qu'il y a fouille de l'ensemble des bagages cabine mais nous avons pour l'instant aligné notre position sur celle des autres grands aéroports européens. C'est-à-dire que la fouille à corps ne sera pas systématique. Voilà. Nous attendons bien sûr avec intérêt les propositions que va faire la Commission après la réunion du comité d'experts qui se tient aujourd'hui. La Commission prendra position demain. Notre ligne, c'est de bien nous coordonner avec les autres pays européens et qu'on ait une attitude commune. Et si, avec l'ensemble des pays d'Europe, on doit prendre des positions un peu différentes, nous serons là bien entendu.

Q - Est-ce que l'idée d'une harmonisation au niveau mondial est concevable ? Parce que si chacun peut décider des propres règles de sécurité qu'il impose sur ses vols, sur les vols à destination de son pays, c'est un peu compliqué non ?

R - C'est compliqué. C'est une des raisons pour lesquelles des difficultés sont apparues dans le fonctionnement d'Heathrow mais c'est aussi l'indépendance des nations et le pouvoir légitime de chacun. Il y a une vraie coordination entre les Etats-Unis et l'ensemble de l'Europe. Les initiatives qui vont être prises par J. Barrot, les propositions qu'il va faire au nom de la Commission, vont dans le sens d'une bonne coordination.

Q - Commissaire européen aux transports.

R - Commissaire européen aux transports. A partir du moment où les Etats Unis, l'ensemble de l'Europe, un certain nombre d'autres pays proches de l'Europe qui travaillent beaucoup avec nous, on voit bien qu'on finit par avoir une position assez largement commune.

Q - Vous avez annoncé lundi, D. Perben, la mise en place d'un label baptisé "Horizon", qui sera décerné, sur la base du volontariat, aux compagnies qui vont répondre à un certain nombre de critères. Quelle garantie apportera ce label ?

R - Il apporte trois garanties. D'abord une garantie de sécurité puisque ce label est accroché, comme on dit, à des normes sécurité qui s'appellent IOSA, enfin peu importe, mais qui sont des normes de sécurité très strictes, qui sont aujourd'hui respectées par plus d'une centaine de compagnies. Donc il faudra pour avoir ce label, respecter ces conditions de sécurité. Deuxièmement, une garantie de transparence. C'est-à-dire que conformément au décret que j'ai pris l'année dernière, il y a obligation de dire sur quelle compagnie on va voler lorsque l'on vend un déplacement, lorsque l'on vend un séjour touristique. Et troisièmement, une garantie de qualité et ça, c'est un élément supplémentaire puisque dans ce label, qui sera contrôlé par AFNOR - il y a des normes de qualité sur la qualité d'accueil, sur la qualité de service dans l'avion etc. - donc c'est un ensemble, sécurité, transparence, qualité du service et donc lorsqu'une compagnie aura ce label, c'est pour la clientèle la garantie de s'adresser à un bon fournisseur. Mon but, c'est quoi ? C'est que les Français puissent voyager en sécurité et dans un minimum de qualité.

Q - Alors là aussi, ce label va être décerné à des compagnies françaises mais éventuellement également à des compagnies étrangères.

R - Bien entendu.

Q - Est-ce que là, c'est pas pareil. Si d'autres pays prennent la même initiative, est-ce qu'on ne se dirige pas vers une certaine pagaille avec des avions et des sticks, enfin des auto collants label ceci, label cela et on ne saura plus finalement à quel saint se vouer ?

R - La concurrence vertueuse, c'est bien. Mon idée, c'est d'aller vers ce que j'ai fait pour les listes noires. J'ai pris l'initiative l'été dernier, l'Europe a suivi. Le décret de transparence sur la vente des déplacements des billets d'avion, j'ai pris l'initiative, l'Europe a suivi et là, ce label, bien sûr, je vais le proposer au niveau européen pour faire en sorte que l'Union européenne puisse aller dans la même direction que nous et que nous ayons ainsi un label commun.

Q - Un dernier mot, D. Perben, le tribunal de grande instance de Strasbourg a examiné lundi une plainte des rescapés et des familles des victimes de la catastrophe du Mont Saint-Odile qui avait fait 87 morts, en janvier 92, dans l'accident d'un Airbus A320. Les plaignants protestent contre la longueur de la procédure : 14 ans ! Vous qui avez été garde des Sceaux, qui êtes aujourd'hui ministre des Transports, comment vous expliquez cela et est-ce que vous pouvez faire avancer les choses ?

R - Les débats d'expertise ont été incroyablement longs et complexes. Des durées d'instruction comme ça ne sont pas acceptables. Il faut que l'ensemble des professionnels de justice s'en rendent compte, que ce soit les avocats, que ce soit les experts, que ce soit les magistrats. Et nous ne pouvons pas accepter ce type de durée. Je connais bien l'association des familles des victimes du Mont Sainte-Odile. Ce sont des gens extrêmement sérieux, extrêmement estimables et je comprends leur cri de colère.


Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 6 septembre 2006

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