Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à RTL le 7 septembre 2006, sur l'acquisition par l'Iran de l'arme nucléaire, le débat sur la privatisation de GDF et l'implication des intérêts financiers et des médias dans les choix politiques. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à RTL le 7 septembre 2006, sur l'acquisition par l'Iran de l'arme nucléaire, le débat sur la privatisation de GDF et l'implication des intérêts financiers et des médias dans les choix politiques.

Personnalité, fonction : BAYROU François, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. UDF, président;

ti : Jean-Michel Aphatie : Bonjour François Bayrou. On n'en parle pas du tout ce jeudi, mais enfin à 10h00, les députés débattront de la situation au Liban et de l'envoi de 3.000 soldats français au sein de la FINUL, c'est une bonne décision du gouvernement ? Vous l'approuvez, François Bayrou ?

François Bayrou : Je dirai ce jeudi à la tribune que je soutiens la ligne du gouvernement. Je me suis démarqué du gouvernement sur un point, c'est quand il a fait des signes de bienveillance comme ça à l'égard de l'Iran alors que je considère que nous avons un problème iranien qui est devant nous ; et ce problème, c'est évidemment l'acquisition par l'Iran de la bombe nucléaire, que c'est un grand problème pour l'humanité, pour la planète entière et que face à l'Iran, il me semble que l'attitude la plus juste c'est l'attitude la plus ferme.

Jean-Michel Aphatie : Ça veut dire quoi l'attitude la plus ferme ?

François Bayrou : Eh bien que nous devons être dans le camp des démocraties qui disent à l'Iran : vous ne pouvez pas acquérir la bombe atomique. Nous ne pouvons pas accepter la prolifération atomique, surtout de la part d'un Etat qui affirme vouloir en faire disparaître un autre. L'Iran dit : il faut qu'Israël disparaisse de la carte. Ce sont des mots qu'on n'a pas entendus depuis très longtemps et qui sont chargés de sens.

Jean-Michel Aphatie : Gaz de France, ce sera l'autre débat de l'après-midi. On sait que l'UDF, vous-même, François Bayrou, êtes opposé à la privatisation de Gaz de France. C'est un jeu de rôle. Vous êtes opposé à beaucoup de choses quand le gouvernement prend une décision ?

François Bayrou : Je viens, au contraire, de montrer l'inverse à l'instant. J'essaie d'avoir une pensée, la plus autonome possible et la plus juste possible. Vous savez qu'il y a un très grand nombre de députés de l'UMP qui sont hostiles, en réalité, à ce choix.

Jean-Michel Aphatie : Pourquoi ne le disent-ils pas ?

François Bayrou : Oui, pourquoi ne le disent-ils pas ! Certains le disent. Mais si on votait à bulletin secret à l'Assemblée nationale, évidemment, la privatisation ne serait pas acceptée. Alors, je reprends, ça a été traité par Alain Duhamel à l'instant. Je reprends les grandes lignes de ce choix. La question, pour moi, ça n'est pas Suez. La question, c'est : est-ce qu'il faut privatiser Gaz de France ? C'est-à-dire au moment où nous sommes à la porte d'une crise énergétique mondiale et à la porte ou peut-être déjà entrés dans une crise climatique qui est liée à l'énergie, au rejet de tous ces gaz de combustion dans l'atmosphère, devant deux crises aussi lourdes que celles-là, est-ce qu'il faut que l'Etat abandonne l'instrument qu'il a forgé, avec l'argent du contribuable et l'argent du consommateur, est-ce qu'il faut qu'il abandonne cet instrument qu'il a forgé pour le remettre entre les mains d'actionnaires privés ? Eh bien, il me semble que le principe de précaution élémentaire devant deux crises de cet ordre, c'est que l'Etat conserve le moyen d'influence, d'impulsion qui va être le sien. Alain Duhamel a cité les fournisseurs. Il y a deux fournisseurs majeurs. Il y en a trois avec la Norvège. Mais il y a deux fournisseurs majeurs qui sont la Russie, d'un côté, l'Algérie de l'autre. Tout le monde voit bien ce que signifie en termes de risques politiques, d'avoir en face de soi comme fournisseurs exclusifs : la Russie et l'Algérie, deux régimes qui ont des difficultés parfois de stabilité interne et qui n'ont pas hésité à faire du gaz une arme politique. Eh bien, face à ces fournisseurs-là, il me semble qu'il est légitime de continuer à adosser Gaz de France à l'Etat, à la France, au pays.

Jean-Michel Aphatie : Vous définissez l'attitude, le choix du gouvernement comme, finalement, une faute grave ? On peut le dire comme ça ?

François Bayrou : Non, je pense qu'il y a des raisons. On peut plaider. Alain Duhamel l'a dit, je suis tout à fait d'accord avec lui. Il y a des raisons qui militent pour ce choix. Je pense simplement qu'il est mal inspiré, que ça n'est pas la bonne direction.

Jean-Michel Aphatie : Vous avez entendu l'auditrice qui précédait notre conversation : les 110.000 amendements...

François Bayrou : Tout à fait.

Jean-Michel Aphatie : L'opposition donne une mauvaise image du parlement, disait-elle ?

François Bayrou : Ah, c'est plus que ça. C'est à mon sens une faute et c'est une faute de surcroît complaisante à l'égard du gouvernement. Parce que ce que le gouvernement redoute, c'est le vote. Il sait très bien qu'il y a des députés, y compris à l'UMP, qui ne sont pas pour cette fusion. Donc, le gouvernement rêve d'avoir un passage en force avec le 49-3 qui lui permettra d'éviter de voir qui est pour et qui est contre, de compter qui est pour et qui est contre. Et voilà que le Parti socialiste lui fournit sur un plateau : le 49-3, avec le prétexte parce qu'évidemment : 135.000 amendements, ça n'est pas examinable, on ne peut pas le faire. Donc, je pense que le Parti socialiste dans cette affaire-là, rend un mauvais service au Parlement et rend un mauvais service même à la cause qu'il prétend défendre. Je préfère le débat et le vote.

Jean-Michel Aphatie : C'est l'un des débats de la rentrée : François Bayrou, faut-il supprimer la carte scolaire ?

François Bayrou : C'est irréaliste d'aborder les choses sous cet angle. Il y a beaucoup de Français qui n'ont pas le choix de leur établissement. Il y a beaucoup de Français qui sont, chez moi dans les Pyrénées, ayant un collège au chef-lieu de canton.

Jean-Michel Aphatie : Et il y a beaucoup de gens qui contournent la carte scolaire. C'est pour ça qu'on se dit que ça ne sert plus à rien.

François Bayrou : Oui, c'est vrai. C'est vrai. C'est vrai. Et donc, pour moi, la question, ça n'est pas : comment échapper à un certain nombre d'établissements ghettos ? La question, c'est : comment sortir ces établissements du ghetto ? Comment faire pour qu'il y ait non pas des élèves qui sortent de ces établissements pour aller à l'excellence mais comment peut-on réimplanter l'excellence dans ces établissements ? Alors, qu'il faille des marges de souplesse, de liberté, j'en suis complètement d'accord. De toute façon, elles s'imposent d'une manière ou d'une autre. Mais faire une idéologie. Ce que font Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ensemble de la disparition de ce qui a fait le paysage scolaire français, je suis en désaccord sur ce point. Et sur ce point, je suis en accord avec ce qu'a dit le ministre de l'Education nationale.

Jean-Michel Aphatie : Ça, ça arrive rarement ! Tiens, bravo !

François Bayrou : Eh bien, voilà.

Jean-Michel Aphatie : Vous avez dénoncé les puissances économiques qui détiennent de très grands médias. Jean Pierre Elkabbach, président d'Europe 1, propriété du groupe Lagardère, vous conseille de tourner sept fois votre langue dans votre bouche avant de parler de ce sujet.

François Bayrou : Eh bien, eh bien...

Jean-Michel Aphatie : Une fois que la langue est tournée sept fois, vous dites quoi ?

François Bayrou : Une fois que la langue est tournée, je dis un : qu'il y ait une immense pression médiatique pour faire croire aux Français de force qu'ils n'ont le choix qu'entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Tous ceux qui nous écoutent, le savent, parce qu'ils le vivent depuis des mois.

Jean-Michel Aphatie : C'est le choix des média. Allez !

François Bayrou : Deux : qu'il y ait une intimité très grande entre l'un des candidats au moins, et les propriétaires de ces groupes, c'est écrit dans tous les journaux. Et on en fait des échos du genre "people" ! Et troisièmement : qu'il y ait de très grands intérêts derrière tout ça entre certains groupes et l'Etat, alors il suffit d'ouvrir les yeux pour le voir. C'est pourquoi je dis : il y a, en effet, un sujet de société dans cette affaire. Il y a ceux qui veulent de plus en plus d'intimité entre l'argent et la politique et le pouvoir. Et je propose, moi, qu'au contraire, on mette de la distance entre l'argent et la politique. Je suis pour l'économie libre mais je ne suis pas pour que l'argent domine nos choix de société.

Jean-Michel Aphatie : François Bayrou qui a répondu après avoir tourné la langue dans sa bouche, était l'invité de RTL.

Source http://www.udf.org, le 8 septembre 2006

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