Interview de M. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, à "RMC le 13 septembre 2006, sur la polémique autour de la carte scolaire, les convergences entre Nicolas Sarkozy et Georges Bush, sur les subventions de la ville de Nantes à un groupe de rap. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, à "RMC le 13 septembre 2006, sur la polémique autour de la carte scolaire, les convergences entre Nicolas Sarkozy et Georges Bush, sur les subventions de la ville de Nantes à un groupe de rap.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. PS, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. PS, député

ti : Q- On a beaucoup reproché à S. Royal d'avoir remis en cause l'idée de la carte scolaire, j'ai même vu et entendu J.-C. Cambadélis, qui est un proche de D. Strauss-Kahn, demander à F. Hollande de rappeler à l'ordre publiquement les présidentiables qui remettent en cause le projet du PS. Allusion évidente à S. Royal, même si elle n'est jamais citée.

R- Je vais vous dire une chose : je ne comprends pas cette espèce de petite guéguerre. Chaque jour, il y a une petite phrase supplémentaire contre tel ou tel candidat, parce qu'on a plusieurs candidats à la candidature. Les socialistes vont voter, mais le 18 novembre, et en attendant c'est à qui enverra une vacherie sur l'autre pour essayer de gagner des points. Moi, je trouve ça nul, franchement nul ! Là, il y a un débat qui a été ouvert ; ce n'est pas parce qu'on nomme et que l'on décrit les problèmes que, pour autant, on abandonne ses valeurs. Et nous, on a un projet qui est défendu par tous les socialistes...

Q- Vous l'avez en main...

R- Je l'ai tout le temps dans ma poche, c'est le projet des socialistes : "Réussir ensemble le changement". Je regarde page 40, c'est un chapitre sur l'éducation, la carte scolaire : "Nous veillerons à ce que la carte scolaire permette la mixité sociale". C'est la seule phrase qu'il y a ; tout le monde est d'accord avec ça, S. Royal et les autres, moi aussi. Mais simplement, comment on fait pour améliorer les choses. Quand il y a un problème, ce n'est pas le fait d'en parler qui est choquant, c'est de ne rien faire.

Q- Vous voulez dire par-là qu'on cherche la petite bête à chaque fois que S. Royal intervient... ?

R- Notamment. Et j'espère que cela va s'arrêter parce que si à chaque fois qu'il y a quelque chose qui déplait ou qu'on veut utiliser pour détruire l'image de l'autre ! Les candidats à la candidature doivent être exemplaires s'ils veulent la confiance des Français demain, s'ils sont désignés. Il faut quand même être exemplaire et ce n'est pas avec ce genre de méthodes qu'on va y parvenir.

Q- Vous n'en avez pas un peu marre de ces querelles au sein du PS ?

R- Si, j'en ai marre. C'est pour cela que je le dis comme ça. La France traverse beaucoup de problèmes, elle a aussi beaucoup de potentialité, mais les problèmes, il s'agit de les prendre à bras le corps. Ce n'est pas parce qu'on les nomme que, tout d'un coup, on a trahi ses valeurs. Je viens de vous citer la phrase du projet socialiste, une fois qu'on a dit cette phrase tout reste à faire.

Q- Avez-vous choisi ? Non ? Si ? Vous avez choisi S. Royal quand même,
J.-M. Ayrault !

R- Je suis bien conscient que S. Royal a une vraie résonance parce que, justement, elle n'utilise pas la langue de bois, qu'elle aborde beaucoup de questions de façon lucide dans le pays. Elle a une résonance, ça c'est sûr. Moi, je préside un groupe de 150 députés socialistes et je tiens aussi à préserver l'unité et le rassemblement de mon groupe, je l'ai toujours fait, y compris quand on avait des divisions - je pense au moment du référendum, - mais je prendrais mes responsabilités.

Q- Mais à titre personnel ?

R- Dans quelques jours, à la fin du mois de septembre, lorsqu'on arrivera au dépôt des candidatures, j'annoncerai ma décision...

Q- Vous annoncerez votre soutien à S. Royal ?

R- Beaucoup pensent que ce sera ça, mais en tout cas je le ferai officiellement le moment venu.

Q- Vous aussi, d'ailleurs...

R- Oui...

Q- Vous aussi, vous pensez...

R- Je réfléchis à faire en sorte qu'on se donne les meilleures chances pour gagner. On dit ça sur un ton un peu badin, mais sérieusement, plus sérieusement, je pense que les Français veulent en 2007 ne pas se retrouver piéger comme en 2002, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas fait de choix. Parce que le choix qu'on a fait, c'était plus un choix moral, c'était un choix de défense des valeurs de la République contre Le Pen, mais ce n'a pas été un choix de projet pour la France, et on le paie aujourd'hui. Donc il faut recréer les conditions d'un vrai débat, d'un vrai choix en 2007, et qu'on ait un candidat de droite, qui sera Sarkozy, qu'on ait un candidat ou une candidate de gauche, mais qui donne les conditions d'un vrai choix pour que les Français se sentent concernés par cette élection présidentielle et qu'on ne se retrouve pas encore avec une abstention massive, que ce soit l'occasion d'un nouveau départ pour notre pays.

Q- Imaginons que vous soyez auditeur de RMC : demain matin L. Jospin me remplace pendant une heure, quelle question avez-vous envie de lui poser ?

R- La question que j'ai envie de lui poser c'est est-ce qu'il peut aider une nouvelle génération d'hommes et de femmes à prendre le relais de la gauche à la tête du pays, si les Français nous font confiance ? Moi, c'est ce que j'attends de lui. J'ai toujours été loyal à son égard, je le respecte beaucoup et j'ai beaucoup d'estime pour lui. J'ai été président du groupe socialiste lorsque nous étions majoritaires et qu'il était Premier ministre et on a vécu des choses formidables ensemble. Mais il y a eu cet échec terrible de 2002. J'ai toujours salué et je ne lui en ai pas voulu lorsqu'il est parti, parce que j'ai trouvé que c'était un geste à la fois fort et noble.

Q- Vous avez pensé " bon débarras "...

R- Non, pas du tout, je vous ai dit que je le respecte, mais aujourd'hui, on est en 2007, la France a profondément changé, la demande des Français, c'est peut-être un nouveau projet, une nouvelle méthode, de nouvelles pratiques et des nouvelles équipes. Ce que j'attends de L. Jospin, c'est qu'il aide à passer le relais. S'il fait cela, je crois qu'on lui en sera extrêmement reconnaissant.

Q- Qu'il aide à passer le relais, qu'il ne prenne pas le témoin...

R- C'est ce que j'avais cru comprendre qu'il voulait faire, mais là j'ai le sentiment qu'il y a un doute qui se installe dans les esprits...
Q- Oui, sérieusement même !

R- Et comme je le répète, je souhaite que la gauche se donne tous les atouts pour réussir ; je souhaite qu'il nous aide à le faire.

Q- Le voyage de N. Sarkozy : vous avez entendu que J. Chirac nous a bien précisé que ce voyage était un voyage officiel. Est-ce que vous faites comme tous ceux qui sont en train d'intervenir et de dire, et de répéter que N. Sarkozy confond les caisses du ministère de l'Intérieur avec celles de l'UMP et du candidat ? Etes-vous d'accord ? Pensez-vous cela ou pas ?

R- Je ne sais pas parce que pour moi, ce n'est pas cela qui est l'essentiel. Il y a peut-être un problème, mais que la France soit représentée par un ministre à l'occasion de ce tragique anniversaire du 11 septembre, cela me paraît normal. Par contre, ce qui m'inquiète beaucoup plus, c'est ce que dit N. Sarkozy en tant qu'homme politique français, c'est-à-dire qu'il critique les positions de la France sur bien des sujets et, au fond, il n'est pas si éloigné que cela de G. Bush. On voit bien que si c'est lui qui avait été président de la République au moment de la guerre en Irak, il n'aurait pas pris la même position que J. Chirac, celle que les socialistes français ont également défendu, de non intervention. Je crois que c'est ça la vraie question de fond.

Q- Selon vous, s'il avait été président de la République, il aurait engagé la France derrière les Etats-Unis ?

R- Je ne sais pas s'il serait allé jusqu'à envoyer des troupes, mais il aurait été sans doute plus proche des positions de T. Blair ou d'Aznar - qui a d'ailleurs été battu aux élections en Espagne -, que de celles que la France a défendues à une très, très large majorité. Et ça, il l'a laissé entendre. Donc, cette espèce d'excitation de sa part à vouloir coller aux Américains, à la politique américaine à la G. Bush est plus inquiétante que de savoir s'il y a une partie payée par l'UMP ou une partie payée par le ministère de l'Intérieur, c'est sans doute une question. Mais la question centrale c'est quelle politique onveut pour la France. Moi, je suis pour l'amitié avec les Etats-Unis mais ça ne veut pas dire que je veux suivre la politique de G. Bush, loin de là ! L'affaire de l'Irak montre que c'est une voie dangereuse, c'est une voie qui conduit à l'échec et qui a approfondi, justement, les risques pour l'humanité. Parce qu'on voit bien que le terrorisme est toujours là, qu'on n'a rien réglé, que le problème du Moyen-Orient est toujours devant nous. Je pense que G. Bush fait fausse route. Ce n'est pas la politique de Clinton G. Bush, c'est une autre politique et ce n'est pas la nôtre.

Q- J'ai juste une question avant la pub sur le rap : on a beaucoup parlé de ce qui s'est passé à Nantes ; est-ce que vous êtes heureux d'avoir donné de l'argent à un groupe de rap qui insulte la police ?

R- Nous soutenons des projets déposés par des jeunes, des groupes de jeunes, des associations de jeunes, tous les ans, à peu près 200 projets. Là, il se trouve qu'il y a eu un dérapage sur un projet, je ne vais pas condamner les 199 autres, parce que ce sont des projets culturels, des projets dans le domaine social, dans le domaine économique de jeunes qui, justement, montrent qu'ils en ont et ils en veulent et qu'ils veulent réussir ; il faut les aider. Là, nous avons été très sévères avec ces jeunes, j'ai été le premier à le dire, à dénoncer ce qu'ils avaient fait, parce qu'au fond, ils avaient trahi notre confiance.

Q- Est-ce que vous leur avez demandé de rembourser l'argent ?

R- Je vais vous dire une chose : ils n'ont pas dépensé l'argent. Les 700 euros, - ce n'est que 700 euros mais c'est toujours 700 euros d'argent public -, ils ne l'ont pas dépensé, ils l'avaient laissé sur un compte, ils ne l'ont pas utilisé pour monter leur clip, c'est ce qu'ils nous ont dit lorsque nous les avons rencontrés. J'ai demandé à mes collaborateurs de les rencontrer la semaine dernière et d'eux-mêmes ils ont dit qu'ils reconnaissaient qu'ils n'auraient pas du faire ça, qu'en tout cas, ils l'assumaient, et ces 700 euros, ils vont nous les rendre et d'eux-mêmes, c'est eux qui en ont pris l'initiative. Donc, je crois qu'il faut les aider à sortir par le haut de cette affaire et surtout ne pas condamner. Tous ceux qui ont dit qu'on distribue de l'argent pour la paix, etc., ce n'est pas ça. Il y a une exigence, il y a une commission qui examine tous ces projets, l'Etat y est d'ailleurs représenté. Par contre, sans tomber dans la polémique, certains ont réagi très vivement, de façon un peu caricaturale, y compris certains syndicats de policiers, je ne les ai pas entendu réagir lorsque N. Sarkozy a pris Doc Gynéco dans son comité de soutien ou lui a fait l'accolade. Avez-vous lu les textes de Doc Gynéco, de ses chansons quand il était au Ministère Amer ? Ce sont des textes d'une violence extrême contre la police ! Il y a deux titres que j'ai en tête : "Femme de flic de banlieue", où l'on raconte des histoires sordides sur la femme d'un policier qui travaille en banlieue, et puis une autre : " Cuisine de poulet ", vous voyez ce genre... Alors c'est d'une violence extrême et c'est pourtant le ministre de l'Intérieur qui l'a choisi comme son représentant en direction des jeunes. Ce n'est pas un bon exemple, on a l'impression qu'il est toujours entre deux joints, Doc Gynéco. J. Hallyday,j'ai du respect pour lui, c'est autre chose, il a toujours soutenu la droite, il est cohérent. Doc Gynéco, franchement... D'abord, je trouve qu'il est un peu has been comme rappeur ; il y a [des gens avec] beaucoup plus de talent que lui.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 septembre 2006

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