Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur France 2 le 13 septembre 2006, sur le déroulement de la rentrée scolaire 2006, la possible réforme de la carte scolaire et les résultats de l'étude de l'OCDE sur l'éducation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur France 2 le 13 septembre 2006, sur le déroulement de la rentrée scolaire 2006, la possible réforme de la carte scolaire et les résultats de l'étude de l'OCDE sur l'éducation.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

Circonstances : Publication du rapport annuel "Regards sur l'éducation" de l'OCDE le 12 septembre 2006

ti : Q- D'abord la rentrée scolaire : un sondage vient de sortir, les parents, les enseignants ont l'air, dans l'ensemble, satisfaits.

R- Et les chefs d'établissement aussi. Donc on a de bons résultats au niveau de ce sondage, puisque 92 % des parents estiment que la rentrée est bonne ou très bonne ; les enseignants 81 % et les chefs d'établissement 93 %. C'est une bonne rentrée, c'est une excellente rentrée, faut-il encore faire des ajustements. Il y a 520.000 classes qui rentrent dans une période très, très courte, et donc, on aura encore des ajustements à faire dans les jours qui viennent.

Q- Certains parents - je sais que cela ne dépend pas de vous - se plaignent parfois des conditions dans les classes, etc. Il faut rappeler que ce sont les régions et les départements qui s'occupent des locaux.

R- Et les communes qui s'occupent des écoles maternelles et primaires. Donc c'est une bonne rentrée. Je me souviens, quand je suis arrivé au ministère de l'Education nationale, que n'a-t-on entendu sur le budget 2006 qui ne permettrait pas d'assumer la rentrée 2006 ! Eh bien oui, la rentrée est faite, dans de très bonnes conditions.

Q- Pour la carte scolaire, on va remettre les choses à plat : avez-vous commencer les consultations ?

R- Je commence les consultations avec les fédérations de parents d'élèves, avec les enseignants, avec les chefs d'établissements et avec justement les représentants des villes, des communes, des départements et des régions, puisqu'ils sont concernés. S'il y a des mouvements démographiques scolaires, il faut pouvoir assumer cela, et donc les accueillir dans de très bonnes conditions. La carte scolaire répondait au début à un impératif : c'est la mixité sociale. Et puis au fil des décennies, il faut dire que cet objectif n'est plus rempli à 100 %, loin s'en faut. Et donc, il est normal qu'on se pose la question sans a priori, sans idéologie, sans polémique surtout et que l'on regarde comment on peut améliorer les choses pour continuer à assurer la mixité sociale, ce qui est très, très important pour l'apprentissage de la vie à l'école, pour pouvoir côtoyer des enfants de toutes conditions, mais en même temps, permettre à chacun, individuellement de suivre le meilleur parcours qui doit être le sien pour s'épanouir dans la vie scolaire et ensuite, dans la vie universitaire.

Q- Cela implique de rouvrir ou d'élargie dans certains lycées les internats ? Je prends Camille Jullian à Bordeaux, si on habite au fin fond de la rive droite, Janson de Sailly à Paris si l'on habite en banlieue nord...

R- J'ai un exemple très précis à vous donner : je suis allé visiter le lycée Hoche à Versailles, cette semaine, il y a deux élèves du Val Fourré qui sont là avec une dérogation à la carte scolaire, ils sont internes parce qu'ils sont assez loin de leur domicile. Donc, les internats, effectivement, peuvent jouer, s'il y a de plus en plus de dérogations à la carte scolaire, justifiées par des critères républicains, à ce moment-là, il y aura probablement davantage d'internats compte tenu de la distance qui sera nécessaire pour être accueilli dans l'établissement du choix des parents.

Q- Á Henri IV, on lance un programme original pour les Prépa ?

R- C'est une commande du président de la République, qui dit que les élèves boursiers, les milieux modestes doivent pouvoir accéder aux classes préparatoires des grandes écoles, comme les autres, et donc, par exemple, au lycée Henri IV, je vais voir cet après-midi une expérience très intéressante d'une trentaine d'élèves qui viennent d'ailleurs, et à qui on donne un soutien scolaire beaucoup plus dense pour leur permettre d'accéder aux classes préparatoires des plus grandes écoles. Ce sont des élèves extrêmement modestes qui, sans cette expérience-là - ce sont des élèves boursiers - n'auraient pas pu accéder.

Q- Parce qu'il faut aussi s'adapter à un certain code social que l'on n'a pas forcément quand on a vécu dans des milieux défavorisés.

R- Absolument. Il y a une espèce de culture, un mixage de conditions sociales qui est utile pour tout le monde : qui est utile pour ceux qui ont effectivement à connaître le milieu de l'enseignement supérieur et qui en étaient très, très éloignés dans leur quartier. En même temps, cela fait beaucoup de bien aux élèves qui sont nés dans des quartiers plutôt favorisés, dans des milieux universitaires. Et donc, je pense que cet échange est bénéfique à tous.

Q- Oui, de voir, en effet, que l'effort paie. Je voudrais que l'on s'arrête deux secondes sur cette étude de l'OCDE, en cette période où il y a eu beaucoup d'ouvrages qui viennent critiquer l'institution - parfois écrits par des profs, parfois par des parents, parfois écrits par des confrères journalistes -, voilà que cette étude arrive à point, si je puis dire, qui dit que nous avons en France le record mondial du redoublement alors que nous dépensons pour les collèges 20 % de plus que la moyenne des autres pays et que nous avons 2.500 heures de plus de matière. Cela veut dire trop de matières, mal réparties dans l'année, trop de charge de travail et des moins bons résultats ? Ça ne va pas du tout cette affaire-là !

R- Je suis content que vous abordiez ce sujet, parce que cela prouve une chose : c'est qu'à chaque fois qu'on nous dit "davantage de moyens", on se trompe effectivement d'objectif et de discours. L'Education nationale ne manque pas de moyens, sauf ici ou là, pour des ajustements. L'Education nationale devrait passer beaucoup plus de temps à se poser la question de savoir si les programmes sont bons, savoir si les méthodes d'enseignement sont bonnes. C'est pour cela, par exemple, qu'il faut revenir aux fondamentaux. Il n'y a pas de raison que l'on redouble autant en France avec autant de moyens...

Q- ...8.000 euros en France pour un lycéen contre 5.600 dans les autres pays, cela fait quand même une grosse différence !

R- Oui, cela fait 20 % de plus. Je crois vraiment que la recherche de l'optimisation du parcours scolaire doit se faire en revenant aux fondamentaux : savoir lire, écrire, compter, la grammaire, le calcul mental, pour ne pas redoubler. Et lorsque l'on est un peu en retard dans sa classe, à ce moment-là, on a mis en place cette année et généralisé dans toutes les écoles de France les programmes personnalisés de réussite éducative. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l'élève qui sera en retard, on ne va pas lui dire "il y a un couperet, vous allez redoubler" - à la rentrée en Sixième, par exemple. On va lui dire "vous ne savez pas lire en CE1 ? Eh bien vous avez un professeur ou un assistant pédagogique qui, pendant deux mois ou trois mois va vous permettre de rattraper les lacunes en lecture que vous avez". Et si l'on fait cela pour la lecture, avec les
nouvelles méthodes, notamment la méthode phonème-graphème, c'est-à-dire des syllabes.

Q- On voit qu'il y a encore de la méthode globale qui traîne encore par ci par là... J'ai fait quelques sondages personnels : tous les enfants ne sont pas encore au B.A-BA.

R- Vous avez raison. La consigne c'est d'abandonner toute méthode globale ou assimilée à cette rentrée-ci -et j'irai le vérifier, bien entendu. On sait très bien que cet ajustement va avoir lieu pendant le premier trimestre de l'année scolaire. Mais c'est une consigne ministérielle à laquelle personne ne doit échapper. Je reviens à ce soutien personnalisé qui doit éviter, autant que fait se peut, de redoubler.

Q- On voit aussi dans cette étude de l'OCDE, qu'en moyenne, dans les autres pays, on est à 18 élèves par classe ; on est quand même très au-dessus en France. On ne manque pas de professeurs pourtant...

R- Je ne sais si l'on parle du primaire ou du secondaire.

Q- C'est une moyenne, je crois.

R- Ce que je sais en tout cas, c'est que nous avons, dans le cadre de la réforme des IUMF...

Q- Tant appelée de leurs voeux par certains maîtres d'ailleurs.

R- Beaucoup de maîtres disent "J'ai fait l'IUFM, je n'ai pas assez de connaissances pour enseigner" ou "On ne m'a pas donné les connaissances qu'il faut pour enseigner". Donc je m'engage dans la réforme des IUFM d'ici la fin de l'année. En partenariat avec les partenaires sociaux, je ferai un cahier des charges pour l'enseignement des maîtres dans les futurs IUFM qui, comme vous le savez, seront rattachés aux universités. C'est une réforme fondamentale. Le socle commun de connaissances et de compétences qui permet de revenir aux savoirs fondamentaux, avec des évaluations primaires, en Sixième et à 16 ans, c'est-à-dire à la fin de l'âge obligatoire, plus la réforme des IUFM : l'école de France va être transformée.

Q- On a vu quelques épisodes de violence à cette rentrée scolaire, des tirs contre une école à Paris, à Savigny-sur-Orge, un épisode violent dans un internat où l'on place des enfants qui sont en difficulté parce que leurs parents ne peuvent pas s'en occuper ; est-ce que vous redouter que la violence ne rentre dans l'école ?

R- Jusqu'à présent, Dieu merci, depuis le début de la rentrée - c'est peu de jours mais enfin, c'est ainsi -, il n'y a pas de violence dans l'école. Ce sont des violences extérieures, des tirs à la carabine de voisins un peu dérangés ou beaucoup dérangés, qui envoient des "bosquettes" - c'est-à-dire des
petites balles dans les murs voire dans les carreaux des écoles. Et merci aussi à la police qui a su arrêter les auteurs. La violence à l'école, elle existe néanmoins, ce n'est pas la peine de se cacher derrière son petit doigt. C'est pour cela que j'ai mis au point un plan contre la violence extrêmement précis. J'ai édité également un guide pratique à l'intention des chefs d'établissement. Maintenant, chacun sait ce qu'il doit faire pour à la fois faire de la prévention à la violence dans l'établissement et, en cas de violence, quelles sont les réponses que l'école doit apporter.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 septembre 2006

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