Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, à France 2 le 14 septembre 2006, sur les critères d'expulsion d'étrangers sans-papiers, la carte scolaire, les régimes spéciaux de retraite et son voyage aux Etats-Unis. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, à France 2 le 14 septembre 2006, sur les critères d'expulsion d'étrangers sans-papiers, la carte scolaire, les régimes spéciaux de retraite et son voyage aux Etats-Unis.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, DUHAMEL Alain.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président;

ti : ALAIN DUHAMEL
Bonsoir à tous, bonsoir Nicolas SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY
Bonsoir Alain DUMAHEL

ALAIN DUHAMEL
Alors, cette prise d'otages de Limay qui s'est achevée par la mort du preneur d'otages, on en sait un peu plus sur sa personnalité ?

NICOLAS SARKOZY
Oui c'est quelqu'un qui était défavorablement connu des services de police, pour des affaires de drogue. C'est un homme de 24 ans. Il a tiré à deux reprises ; une fois sur les forces de gendarmerie, au moment où il voulait commettre ce braquage dans la Poste et une deuxième fois au moment où le RAID est intervenu, il y avait cinq otages ; deux étaient dans la pièce avec lui, trois étaient dans une pièce à côté. Nous avons estimé qu'il y avait un danger pour les otages, le RAID est intervenu. Le preneur d'otages n'a pas voulu se rendre, il a tiré, les forces de police ont répondu, il est mort.

ALAIN DUHAMEL
Et vous considérez que les choses se sont passées exactement comme elles devaient se passer, dans ces circonstances-là ?
NICOLAS SARKOZY
Monsieur DUHAMEL, moi je ne considère jamais que c'est anecdotique, la mort d'un homme. Mais si on ne veut pas d'ennuis avec les forces de police, il ne faut pas prendre les gens en otages ; et une fois de plus, le RAID a fait preuve de maîtrise ; la plupart du temps l'intervention du RAID ou du GIGN ne se traduit pas la mort du preneur d'otages ou du forcené, mais cette fois-ci il a fallu faire usage des armes, ils l'ont fait, comme il convenait et je veux rendre hommage au courage de ces hommes. Les cinq otages sont sains et saufs. Trois sont assez fortement choqués et ont dû bénéficier d'une assistance médicale. C'est un travail très difficile. Il faut prendre des décisions, ces décisions nous les avons prises.
ALAIN DUHAMEL
Les menaces de Al-Quaïda qui donc... qu'on connaît par le numéro 2 s'exprimant sur la vidéo et prenant la France comme cible, indiquant que c'était un groupe Salafiste algérien, le GSPC qui serait chargé de l'exécution des menaces, comment est-ce que vous évaluez, en fonction de ce que vous savez, évidemment, la réalité, l'importance, l'intensité, la dangerosité de ces menaces ?
NICOLAS SARKOZY
Je vais vous dire deux choses. Nous prenons très au sérieux ces menaces. J'ai eu l'occasion de qualifier la menace en France d'élevée et de permanente - les mots ont un sens. Mais il n'y a rien de nouveau. Nous savons maintenant depuis septembre 2003, très exactement le 11 septembre 2003, que le GSPC qui est le successeur du GIA, les terroristes algériens, ont fait acte d'allégeance à Al-Quaïda et pour nous ce n'est pas un hasard si cet acte d'allégeance a été prononcé le 11 septembre 2003 et que, comme par hasard, Al-Quaïda envoie ce message, acceptant cette allégeance, un 11 septembre, cette fois 2006. Il n'y a donc là rien de nouveau, nous savons que la menace est permanente et qu'il nous faut faire preuve d'une vigilance absolue.
ALAIN DUHAMEL
En un mot... ah, en trois mots... la coopération avec les autres services de renseignements occidentaux ou de la région, est satisfaisante ?
NICOLAS SARKOZY
La coopération est très intense, selon les pays ça va plus ou moins bien ; mais il faut savoir que pas une des arrestations de terroristes qui ont eu lieu en France toutes ces dernières années ne s'est faite sans qu'il y ait la collaboration d'un service étranger ou d'un renseignement émanant d'un service étranger.
ALAIN DUHAMEL
Il y a un sujet dont on a énormément parlé ces temps-ci, ce sont les enfants sans papiers, de Cachan et d'ailleurs. Il y a une question simple que je voudrais vous poser. Est-ce que pour les enfants de familles sans papiers, qui sont scolarisés et qui donc cherchent à s'intégrer, est-ce que, pendant que dure l'année scolaire, ils vont pouvoir cette année travailler de leur mieux ou est-ce qu'ils risqueront d'être expulsés ?
NICOLAS SARKOZY
Non ce n'est pas comme cela, pardon de le dire, qu'il faut poser le problème. D'abord deux choses. Cachan : les Français doivent savoir qu'il y a dix personnes qui n'avaient pas de papiers et qui occupaient le squat de Cachan, que nous avons raccompagnés chez eux. Quelqu'un qui n'a pas de papier en France a vocation à être raccompagné chez lui. Et si je devais accepter que sous prétexte qu'un enfant est scolarisé, le fait de ne pas avoir de papiers vous permet de rester en France, alors les Français doivent savoir que nous créons une nouvelle filière d'immigration et comme le droit à la scolarité
- et c'est heureux - est un droit reconnu et garanti par les conventions internationales, nous ne maîtriserions plus rien. Donc les choses sont claires : toute personne qui n'a pas de papiers a vocation à être raccompagnée chez elle. Et je voudrais faire une deuxième remarque devant les Français. Regardez ce que produit en Espagne et aux Canaries, la régularisation massive des sans papiers. 500.000 régularisations. C'est un appel d'air qui fait que l'Espagne aujourd'hui ne peut pas gérer le flux des réseaux clandestins. Il faut être raisonnable et responsable. Je suis parfaitement Républicain, j'essaie d'être juste et d'ailleurs j'observe que le Parti socialiste, après avoir indiqué qu'il était - par la voix de Laurent FABIUS - pour la régularisation de tout le monde, demande aujourd'hui le cas par cas. Ca tombe bien, c'est ce que nous faisons. Il faut être transparent pour les Français. Quand on a des papiers, on reste en France. Quand on n'a pas de papiers, on retourne du pays dont on vient. Et quand il y a un cas humain particulièrement difficile, comme cette famille malienne dont l'enfant était malade, eh bien nous autorisons bien sûr, que l'enfant soit soigné et que les parents demeurent le temps que cet enfant soit guéri.

ALAIN DUHAMEL
Donc ça signifie que des enfants qui sont scolarisés en ce moment mais dont les familles sont sans papiers, ne sont pas certains de pouvoir terminé leur année scolaire.

NICOLAS SARKOZY
Ca signifie qu'il ne suffit pas d'avoir un enfant ou un jeune scolarisé dans une école pour bénéficier du droit de rester en France. Ou alors, disons aux Français que tout étranger sans papier inscrive dans une école et que je dois lui donner des papiers. Alors, il faut le dire aux Français.

ALAIN DUHAMEL
Autre sujet qui a également fait beaucoup parler : votre conseiller politique François FILLON, a pris position dans une interview en faveur d'une réforme des régimes spéciaux des retraites, donc, qui correspondent essentiellement aux entreprises publiques et d'ailleurs à d'autres catégories aussi. Dominique de VILLEPIN a dit, en gros, que sous son gouvernement en tout cas il n'en était pas question. Je voudrais savoir, vous, quelle est exactement votre façon de prendre le problème ?
NICOLAS SARKOZY
Je vais vous répondre le plus franchement possible et je vais vous répondre en tant que président de la première formation politique de France. Une formation politique, un responsable politique a le devoir de préparer l'avenir et un deuxième devoir : de dire la vérité aux Français et de les respecter. Alors racontons l'histoire. Le gouvernement d'Edouard BALLADUR a réformé les retraites des salariés. Le gouvernement de Jean-Pierre ...
ALAIN DUHAMEL
Du privé...

NICOLAS SARKOZY
Du privé, des salariés du privé. Le gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN avec François FILLON comme ministre des Affaires Sociales, a complété, terminé cette réforme en y associant également le public. Les seuls pour lesquels aucune réforme n'a eu lieux, sont les régimes spéciaux. Qui osera dire aux Français que le problème ne se pose pas ? Celui qui dira cela, qu'il est normal que les uns travaillent 40 ans, cotisent 40 ans pour que les autres cotisent 37,5 ans, celui-là ne respectera pas les Français. Deuxième remarque : chacun sait bien que le problème se pose. Comment le résoudre ? Il y a un conseil d'orientation des retraites avec à l'intérieur l'ensemble des forces syndicales du pays. Si un jour je suis en situation, je demanderai à ce conseil son avis. Nous avons déjà le rapport de la Cour des Comptes qui dit, qui dit quoi ? Qu'il n'y a pas d'argent pour financer et que de toute façon, comme il y a moins de cotisants et plus de retraités, il faut faire quelque chose. Et puis troisième point. J'engagerai le dialogue, un dialogue sans tabous mais un dialogue également sans concession. Il y a un travail à faire. Le rôle des hommes politiques c'est de le faire. J'ajoute un dernier point. Tout ce qui ne sera pas dit avant l'élection, le gouvernement qui sortira des urnes n'aura pas le courage de le faire. Moi, ma stratégie est assez simple : tout dire avant pour tout faire après. C'est une question de démocratie, d'honnêteté et de transparence.

ALAIN DUHAMEL
En un mot ; est-ce que c'était quand même le bon moment de poser le problème ?

NICOLAS SARKOZY
Franchement, dire la vérité c'est toujours le bon moment.

ALAIN DUHAMEL
Bon, donc, les choses sont claires. Si, comme vous le dites, vous êtes en situation...

NICOLAS SARKOZY
J'essaie d'être du côté d'un responsable politique, en l'occurrence François FILLON, qui a fait preuve d'un minimum de courage. Et je n'observe pas que les Français trouvent que leurs responsables politiques font trop souvent preuve de trop de courage. Alors s'agissant de ce qu'a dit Dominique de VILLEPIN, en tant que Premier ministre il fixe le cap avec le président de la République, pour son gouvernement. Le gouvernement a encore sept mois de travail devant lui. Je comprends parfaitement que ça ne soit pas le moment de le faire pour le gouvernement. Mais pour la formation politique que je préside, je n'ai pas l'intention de raconter des balivernes aux Français.

ALAIN DUHAMEL
Il y a un autre sujet à propos duquel Dominique de VILLEPIN a pris une position différente de la vôtre. C'est la carte scolaire. Vous avez pris position en faveur de l'abrogation, de la suppression de la carte scolaire. Dominique de VILLEPIN - d'ailleurs comme Ségolène ROYAL - lui considère qu'il suffit d'un assouplissement.

NICOLAS SARKOZY
Eh bien tout cela progresse. Quand j'ai parlé de la suppression de la carte scolaire, tout le monde m'est tombé dessus en disant que le problème ne se posait pas. J'essaie de m'expliquer le plus simplement possible. Je veux pour chaque famille de France le droit de choisir son école. Aujourd'hui ce n'est pas le cas. Quand vous avez de l'argent, quand vous avez des relations vous pouvez éviter d'envoyer votre enfant dans le collège où personne ne veut envoyer son enfant. C'est injuste. Il y a ceux qui parlent des injustices, il y a ceux - dont je suis - qui veulent les combattre. La carte scolaire est favorable à ceux qui ont le plus de relations et plus d'argent et elle est défavorable aux plus modestes. Eh bien moi je veux que chacun puisse choisir l'école de son enfant. Deuxième remarque : il faut donner de l'autonomie aux écoles pour que les écoles courent vers l'excellence et non pas vers le nivellement, l'égalitarisme et la médiocrité. Il faut donner à chacun sa chance. Et je voudrais faire une troisième remarque. Il n'y a pas un seul pays de l'Union européenne qui a le système de la carte scolaire. Pas un seul.

ALAIN DUHAMEL
Alors pour terminer, compte tenu de l'heure, vous revenez des Etats Unis, vous avez rencontré le président BUSH. Vous avez tenu des propos dont on a beaucoup parlé dans la presse internationale. Vous avez parlé à propos de la politique étrangère de la France, de la - je vous cite - de la grandiloquence stérile. Alors je voudrais savoir. Dans les différends qu'il y a eus entre la France et les Etats Unis, pour parler clair, est-ce que vous considérez que la diplomatie française a une part de responsabilité ? qu'elle a commis des erreurs ?

NICOLAS SARKOZY
Quand il y a un malentendu on ne peut pas dire que le malentendu ne vient que d'un seul côté, ou alors on est arrogant. Deuxièmement, sur le fond des choses, j'ai soutenu la position du président CHIRAC. Il ne fallait pas aller en Irak. Troisièmement, les Etats Unis, c'est un des rares pays dans le monde avec qui nous n'avons jamais été en guerre. C'est la première puissance économique, politique, monétaire, militaire. Ce sont des amis et ce sont des alliés. Et j'ai expliqué aux Américains, qu'alliés ne voulaient pas dire ralliés. J'ai dit aux Américains, d'ailleurs, combien je ne comprenais pas leur politique en matière d'environnement. Le protocole de Kyoto doit être respecté. Combien je considérais que sur un certain nombre de sujets, nous étions en désaccord. Mais j'ai voulu lever les malentendus. Et je suis très heureux que ce voyage ait eu lieu et d'ailleurs je ne comprends pas la polémique. Qu'un responsable politique français rencontre les responsables politiques américains, quoi de plus naturel ! Et si je devais choisir sur le partage des valeurs, la société américaine je m'en sens davantage proche que d'autres sociétés dans le monde.

ALAIN DUHAMEL
Vous avez l'impression que si - pour utiliser la formule à la mode - vous êtes en situation, il serait possible d'avoir des relations plus efficaces avec les Etats Unis ?

NICOLAS SARKOZY
Je rappelle que la France est le deuxième investisseur étranger aux Etats Unis ; qu'il y a 3.000 sociétés françaises qui travaillent aux Etats Unis, qui emploient 600.000 Américains et que notre intérêt c'est d'avoir des rapports apaisés avec un pays avec lequel nous bordons le même océan. Pour autant, la France doit garder son autonomie, sa liberté de parole. La France a un message universel à délivrer au monde et c'est tant mieux et c'est bien ainsi. J'ajoute que j'essaie de donner au débat politique français un peu de perspective. On ne peut pas simplement ne s'intéresser qu'à ce qui se passe dans son quartier. Il faut aussi regarder le monde, le monde tel qu'il est et c'était très intéressant de ce point de vue.

ALAIN DUHAMEL
Je vous remercie. N'oubliez pas, dans un instant " Envoyé Spécial " avec notamment un sujet sur les enfants sans papiers et les réseaux qui se mobilisent pour eux. Voilà, merci, bonsoir.


Source http:://www.u-m-p.org, le 15 septembre 2006

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