Tribune de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Le Monde" daté du 17 septembre 2006, sur les modalités d'une transformation du système scolaire, intitulée "La carte scolaire est devenue l'instrument de la ségrégation sociale". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Le Monde" daté du 17 septembre 2006, sur les modalités d'une transformation du système scolaire, intitulée "La carte scolaire est devenue l'instrument de la ségrégation sociale".

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

ti : En février 2006, lors de la Convention Education de l'UMP, j'ai soulevé, parmi d'autres questions, celle de la carte scolaire. Plus de quarante ans après sa mise en place, il n'est quand même pas incongru d'en dresser le bilan.

Je suis heureux que cette question taboue soit devenue, en quelques mois, un sujet de débat politique, une préoccupation gouvernementale et même, semble-t-il, un thème de la campagne interne des socialistes. Afin d'éviter qu'on ne déforme ma pensée, je souhaite rappeler ici dans le détail les propositions que j'ai formulées.

La carte scolaire a été créée en 1963. Elle part du principe que la meilleure manière de garantir l'égalité des chances est d'uniformiser les établissements et d'y répartir les élèves de manière autoritaire afin de créer de la mixité sociale.

La première idée ne correspond plus aux besoins de l'école aujourd'hui. L'école accueille des publics plus nombreux, plus divers, qu'elle mène à des niveaux de qualification plus élevés. Elle ne peut plus le faire dans les mêmes conditions qu'à l'époque où une sélection sévère, parfois brutale, se chargeait d'écarter ceux qui semblaient inadaptés. Chaque enfant est différent. Les uns excellent en langues, les autres en sport, certains travaillent seuls, d'autres ont besoin d'être encadrés. Combien de parents, dans tous les milieux sociaux, ont eu parfois ce sentiment que l'école, parce qu'elle est trop monolithique, ne savait pas comprendre l'intelligence de leur enfant ?

La seconde idée est juste et elle n'a pas pris une ride. Toutes les études sérieuses le démontrent : les principaux facteurs de réussite des élèves sont, dans l'ordre, la qualité pédagogique des enseignants et la mixité sociale, loin devant le nombre d'élèves par classe. Mais la carte scolaire, qui était effectivement autrefois l'outil de la mixité, est devenue l'instrument de la ségrégation.

L'incapacité des pouvoirs publics à moduler réellement les moyens des établissements en fonction des difficultés rencontrées par les élèves a progressivement creusé des différences profondes entre les établissements.

Différence de niveau, qui peut varier de 30% à composition sociologique comparable. Différence d'ambition, puisque 50% des lycées n'envoient jamais aucun dossier d'élève pour l'inscription en classe préparatoire.

Différence d'horizon, puisque les établissements situés dans les quartiers les plus défavorisés sont devenus de véritables ghettos où le seul effet de la carte scolaire est d'y concentrer les élèves les plus en difficulté quand il faudrait au contraire les répartir dans d'autres établissements.

Ces constats ne sont pas le fruit de mon imagination, mais ont été dressés par des expertises unanimement saluées. Face à cette situation, certaines familles peuvent s'émanciper de la carte scolaire en faisant le choix du privé, en s'installant dans des quartiers huppés, ou tout simplement en contournant la carte par la mobilisation de leur réseau relationnel. 30% des enfants sont ainsi scolarisés en dehors de leur collège de rattachement. Les autres sont tenus de se plier à une règle qui vaut pour les uns, mais pas pour tout le monde.

Cette réalité est choquante. Elle est contraire aux principes les plus essentiels de l'école républicaine, laïque, gratuite et égalitaire. La carte scolaire se voulait un instrument de justice. Elle est devenue le symbole d'une société qui ne parvient plus à réduire ses injustices parce qu'elle n'ose pas s'interroger sur ses outils. Devant ce constat, je formule trois propositions.

La première, la plus importante, est de donner de l'autonomie aux établissements scolaires pour leur permettre de mettre en oeuvre des projets éducatifs spécifiques. Cette méthode a fait ses preuves. Les établissements qui ont les meilleurs résultats, c'est-à-dire à mes yeux des résultats pour tous leurs élèves, sont ceux qui ont su créer une dynamique de réussite grâce à un projet spécifique. C'est en mettant de la diversité dans les méthodes, sans renoncer bien sûr au caractère national des programmes et des évaluations, que l'on permettra à chaque enfant de trouver une solution lui permettant de grandir et de s'épanouir.

Qui dit autonomie dit évaluation. Je propose que nous nous dotions d'un organisme d'évaluation de chaque établissement scolaire. Il doit s'agir d'évaluations détaillées, allant bien au-delà de la seule mesure des résultats des élèves, et s'intéressant également à la qualité du projet éducatif, à sa capacité à faire progresser tous les élèves, à l'ambiance au sein de l'établissement etc. Ces évaluations aideront les établissements à remédier à leurs insuffisances. Elles seront évidemment transparentes, à la disposition des parents.

Enfin, qui dit évaluation dit engagement de l'Etat à aider les établissements qui ont des difficultés à améliorer leurs performances. Le but n'est pas de désigner à la vindicte les établissements ayant des résultats insuffisants, mais de garantir une qualité éducative pour tous.

La conséquence logique de ces propositions, c'est le libre choix par les parents de l'établissement scolaire de leur enfant. A partir du moment où chaque établissement propose un projet spécifique, il est normal que les parents puissent choisir l'établissement qui correspond le mieux à leur enfant. Cette réforme ne peut pas intervenir du jour au lendemain. Certaines conditions doivent être préalablement remplies. Elle suppose de profondes transformations de notre système scolaire. Mais c'est le projet vers lequel je propose de tendre.

Certains demandent : « Si l'on supprime la carte scolaire, par quoi la remplacera-t-on ? ». Je leur réponds : « Mais par rien ! Ou par un système d'inscription dans, par exemple, trois établissements au choix ». La carte scolaire a été supprimée dans presque tous les pays de l'Union européenne. Dans tous ces pays, aucun élève n'est scolarisé dans un établissement que sa famille n'a pas choisi parce que les établissements sont à la fois divers dans la méthode, mais égaux dans la qualité. Il n'y a pas de sélection selon le niveau scolaire ou l'appartenance sociale, mais une répartition finalement assez naturelle des élèves selon le projet d'établissement qui leur convient le mieux.

Supprimer la carte scolaire est pour moi un aboutissement, pas un préalable. Mon projet n'est pas plus de liberté pour les uns, moins de liberté pour les autres. Cela, c'est le système existant. C'est au contraire la qualité éducative pour tous, un objectif difficilement contestable. La carte scolaire n'aura alors plus de raison d'être puisque tous les établissements seront de qualité. Ceux qui pensent que ça ne peut pas marcher sont tout simplement ceux qui n'ont pas confiance dans la capacité du corps enseignant et de l'école républicaine d'y parvenir. Pour ma part, je sais que le système éducatif et les enseignants ont toujours été les moteurs d'une société plus juste et je veux leur donner les moyens de le redevenir.


Source http://www.u-m-p.org, le 18 septembre 2006

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