Déclaration de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie, sur les biens publics mondiaux, à Singapour le 18 septembre 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie, sur les biens publics mondiaux, à Singapour le 18 septembre 2006.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte.

FRANCE. Ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie

Circonstances : Déplacement à Singapour à l'occasion du Comité du développement du FMI et de la Banque mondiale, les 17 et 18 septembre ; présentation du rapport du groupe de travail international sur les biens publics mondiaux, le 18 septembre 2006

ti : Monsieur le Président,
Monsieur l'Administrateur du PNUD,
Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs,


Dès 2002, lors du Sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg, le président français, Jacques Chirac, déclarait : "il est temps de reconnaître qu'existent des biens publics mondiaux, et que nous devons les gérer ensemble."

Depuis lors, l'émergence d'un débat sur les biens publics mondiaux a bien montré qu'il ne s'agissait pas d'un simple concept économique novateur, mais bien de la prise de conscience qu'un certain nombre de problèmes ne peuvent désormais plus se traiter au niveau national ni même régional, mais bien au niveau de la planète entière.

Encore fallait-il clarifier cette notion. C'est pourquoi la France et la Suède ont aidé à la création d'un groupe international de personnalités éminentes, largement représentatives par la diversité de leurs expériences, de leurs compétences et de leurs origines. En confiant la co-présidence de ce groupe de travail à un homme de votre envergure, M. Zedillo, ainsi qu'à M. Thiam, la France et la Suède ont montré toute l'importance qu'elles accordent à ce sujet.

1. Le rapport que vous venez de présenter à la communauté internationale est le fruit d'un intense travail, mené avec de nombreux concours. L'entreprise était ambitieuse, et vous vous en êtes acquitté remarquablement ; avec, bien entendu, toute l'indépendance requise pour vos analyses, vos conclusions et vos recommandations. A nous maintenant d'y puiser une logique, de confronter vos analyses avec des évolutions qui se sont amorcées sur la scène internationale, et de lancer le débat à partir des pistes que vous avez ouvertes.

Ce n'est pas le lieu ici de débattre en détail d'un document aussi riche. Je voudrais toutefois relever quatre points essentiels.

Premièrement, les biens publics mondiaux engagent l'ensemble des pays de la planète, et appellent donc une mobilisation internationale coordonnée. Il faut en effet que puisse se "catalyser", selon l'expression employée dans le rapport, une impulsion politique qui soit à même de dégager priorités et grandes orientations. De ce point de vue, la France partage l'idée du rapport selon laquelle la gouvernance mondiale doit être améliorée. Pour notre part, nous comptons y travailler avec nos partenaires suédois dans les mois à venir, afin d'identifier les moyens les plus adaptés pour donner cette impulsion politique nécessaire.

S'agissant de la mise en oeuvre opérationnelle, et c'est là ma seconde observation, nous considérons qu'il faut s'appuyer sur les structures existantes, qu'il s'agisse d'organisations spécialisées au niveau mondial, régional ou même national, en veillant à appliquer le principe de subsidiarité : les actions doivent être menées au niveau où les problèmes se posent concrètement. Le cas échéant, avec des transferts d'expertise, technologique, financier, vers les pays dépourvus de ressources suffisantes.

Mon troisième point concerne le lien avec l'aide au développement. A ceux qui redoutent que le financement des biens publics mondiaux puisse remettre en cause l'aide au développement, je veux faire observer que le combat est en réalité le même. En effet, les biens publics mondiaux participent également à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et inversement. A titre d'exemple, si l'amélioration d'un système de santé bénéficie en premier lieu à la population de ce pays, elle contribue aussi à diminuer au-delà de ses frontières le risque de transmission de virus ou de maladies à l'échelle mondiale. Et en sens inverse, les pays en développement sont souvent les premiers bénéficiaires de la préservation des biens publics mondiaux. Pour ne prendre qu'un seul exemple, nul doute que l'Afrique sera la plus touchée par le réchauffement climatique et la désertification, si rien n'est entrepris pour y faire face.

J'en viens à un quatrième point où le rapport fait oeuvre très utile, en élargissant considérablement le champ des ressources financières pour la fourniture des biens publics mondiaux. Le rapport relève en effet tout l'intérêt de financements innovants, dans lesquels vous savez que mon pays est fortement engagé. Mais il ouvre aussi des perspectives novatrices afin de valoriser les contributions dévolues aux organisations spécialisées.

2. Au-delà des principes et des idées développées dans ce rapport, je voudrais souligner le caractère opérationnel que la France entend donner au concept de bien public mondial. Mon pays a en effet d'ores et déjà inscrit les biens publics mondiaux parmi les grandes orientations de sa politique de coopération au développement.

Trois domaines prioritaires ont ainsi été retenus en juin dernier, par le gouvernement auquel j'appartiens : la lutte contre les maladies transmissibles et émergentes, la lutte contre le changement climatique, et la préservation de la biodiversité. Notre effort passera en partie par les canaux multilatéraux. Pas moins d'1,4 milliards d'euros entre 2006 et 2008 seront ainsi consacrés à la lutte contre les maladies transmissibles. Par ailleurs, la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité concentrera les deux tiers de notre contribution de 154 millions d'euros au Fonds pour l'Environnement mondial, auxquels s'ajouteront 10 millions d'euros pour les pays les moins avancés, et 70 millions d'euros pour le Fonds français pour l'Environnement mondial. Les enjeux dans ces domaines nous ont par ailleurs conduit à renforcer notre coopération avec certains pays émergents.

S'agissant des financements innovants, la France est là encore déjà concrètement impliquée. Vous le savez, une contribution de solidarité sur les billets d'avion a été instaurée au 1er juillet dernier. Elle apportera 200 millions d'euros par an au secteur de la santé, notamment via UNITAID. Nous contribuerons également à la Facilité de financement international pour les vaccins, l'IFFIm.

3. Enfin, je voudrais préciser à nouveau que ce rapport a été élaboré en toute indépendance, ce qui explique qu'il contient également des propositions auxquelles la France ne s'associe pas. Je fais notamment allusion à la manière dont sont abordés le commerce international, et le Conseil de sécurité des Nations unies. Cette dernière question, au demeurant fondamentale dans le cadre d'une réforme globale du système des Nations unies, n'avait, selon nous, pas sa place dans ce rapport sur les biens publics mondiaux.


Pour conclure, je tiens à vous renouveler, Monsieur le Président, ainsi qu'à Monsieur l'Administrateur du PNUD, les remerciements sincères et chaleureux du gouvernement français, auxquels j'associe naturellement l'ensemble des membres de votre Groupe de travail.

Avec ce rapport, vous avez fait la démonstration de l'utilité et plus encore de la place qui doit être celle des biens publics mondiaux dans l'action de la communauté internationale. Il s'agit là, j'en suis sûre, d'une avancée majeure pour la paix et la prospérité de notre planète.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 septembre 2006

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