Interview de M. Christian Estrosi, ministre délégué à l'aménagement du territoire, à France 2 le 19 septembre 2006, sur le voyage de M. Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis, la politique d'aménagement du territoire et la polémique suite à la régularisation de 6000 étrangers clandestins sur 30000 dossiers déposés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christian Estrosi, ministre délégué à l'aménagement du territoire, à France 2 le 19 septembre 2006, sur le voyage de M. Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis, la politique d'aménagement du territoire et la polémique suite à la régularisation de 6000 étrangers clandestins sur 30000 dossiers déposés.

Personnalité, fonction : ESTROSI Christian.

FRANCE. Ministre délégué à l'aménagement du territoire

ti : Question - Ce matin, nous allons parler avec C. Estrosi, Aménagement du territoire et notamment en transports. Mais auparavant, je voudrais que l'on revienne sur ce qui pourrait apparaître comme une polémique ou des piques épiques entre le président de la République J. Chirac et N. Sarkozy, dont on sait que vous êtes un proche. Hier, le président de la République s'est longuement exprimé sur Europe 1, et on a cru comprendre qu'il y avait, ici et là, des coups de griffes à différentes propositions de N. Sarkozy, aussi bien sur les retraites, et puis surtout son voyage aux Etats-Unis et cette façon qu'il avait, peut-être un peu... la fameuse photo, qui a créé un peu d'émotion.

Réponse - Le président de la République a fixé notre feuille de route pour les sept mois qui viennent. Nous sommes parfaitement en phase avec lui, il n'y a aucune divergence et chacun est dans son rôle. D'ailleurs, à propos des Etats-Unis, lorsque le président de la République parle de "liens de confiance mais pas de soumission", et N. Sarkozy "d'alliés mais pas ralliés", quelle est sincèrement la différence ? Quant au reste, le président de la République préside la France d'aujourd'hui ; N. Sarkozy prépare la France de demain. Eh bien, je veux le dire, nous ne réussirons pas le défi de faire gagner la France de demain sans le succès de la France d'aujourd'hui.

Question - Donc, il n'y a pas d'antagonisme et il n'y a pas de difficultés... Si on a cru comprendre que N. Sarkozy est allé aux Etats-Unis pour un peu piquer la vedette à J. Chirac, on se trompe ?

Réponse - Mais le président de la République a rappelé que c'est lui-même qui a demandé à N. Sarkozy de représenter la France à l'occasion de ce triste anniversaire du 11 septembre. Point.

Question - On dit tout de même qu'il y a une partie de la majorité UMP qui est un peu troublée par cette fameuse photo où l'on voit N. Sarkozy serrer la main de J. Chirac (sic). Que leur répondez-vous à ces députés ?

Réponse - Mais sincèrement, que le Président de la plus grande démocratie au monde salue le président de la plus grande formation politique française, qu'y a-t-il de contestable à cela ? Au contraire, cela démontre que le peuple américain, le peuple français, qui ont toujours eu une histoire partagée, sont des amis de toujours et ont la volonté de continuer à être des amis, sont parfaitement en phase l'un avec l'autre, et je trouve que cette image est plutôt rassurante.

Question - Hier, ici même, F. Hollande disait : "N. Sarkozy aux Etats-Unis parle "d'une France arrogante". Il dit que "quand on a des amis, il ne faut pas les mettre en difficulté". Il a même demandé d'ailleurs à J. Chirac de condamner ces propos de N. Sarkozy.

Réponse - Mais pour qui se prend F. Hollande ! Très sincèrement, lorsque l'on voit la liste des dirigeants du PS qui, ces dernières années, n'ont cessé de défiler chez des dictateurs du monde entier, notamment celui de La Havane, va-t-on reprocher au président de la grande formation politique française, qui est celle de l'UMP, de rencontrer des dirigeants américains ? Si le programme du PS aujourd'hui, c'est uniquement de critiquer dans tous ses aspects le discours de N. Sarkozy...

Question - Cela en fait partie, je le confirme...

Réponse - ...je vois M. Fabius qui se comporte comme un roquet...

Question - Qui dit que N. Sarkozy se comporte comme un caniche de Bush !

Réponse - Oui, cela confirme bien que, lorsque J. Chirac dénonçait en L. Fabius un véritable roquet, M. Fabius n'a pas changé. Cela n'est pas digne du comportement d'un homme d'Etat qui porte un jugement sur un autre homme d'Etat. En tout cas, cela ne peut pas nous inspirer confiance. Tout ce que je vois, c'est que M. Hollande, qui était hier sur votre plateau, votre invité, ou M. Fabius, à la Fête de L'Humanité, dimanche, tous deux appellent à l'alliance avec l'extrême gauche. Eh bien tout cela n'est pas rassurant pour la France, et surtout pour les électeurs du PS.

Question - Alors revenons à vos dossiers, parce que vous avez des gros dossiers qui intéressent la vie quotidienne des Français, avec notamment des questions de transport. On sait, en France, qu'on utilise beaucoup la route, qu'il y a beaucoup de camions, parfois beaucoup trop. Et vous allez même en place - c'est un mot un peu barbare qui s'appelle - la "co-modalité", et vous allez nous expliquer ce que c'est. Cela consiste en gros à réorienter les transports vers d'autres moyens que la route.

Réponse - Oui, nous préparons aujourd'hui, dans le Gouvernement de D. de Villepin, avec N. Sarkozy aussi, dans le domaine de l'environnement et du développement durable, la France de demain. Pour nous, c'est "stop autoroutiers". Lorsque l'on sait que la part de marché du transport de marchandises sur la route ces dernières années est passée de 58 à 80 %, que la part du transport par le train a baissé de 20 %, que la part fluviale a stagné à 2 ou 3 % alors que la France a le premier réseau européen en matière de transport fluvial, c'est honteux ! C'est la raison pour laquelle nous avons décidé, avec le Gouvernement de D. de Villepin et avec N. Sarkozy, enmatière d'Aménagement du territoire, pour la nouvelle génération de contrats avec les collectivités locales, pour la période 2007-2013, de ne financer, en matière de transports, que le report du transport de marchandise de la route vers le fer, vers le fleuve et vers le transport maritime. Un transport par péniche toutes les 30 minutes, c'est un poids lourd sur nos routes toutes les 18 secondes. J'annonce sur votre plateau, Madame F. Laborde, que ce sont près de 2,6 milliards que le Gouvernement va engager sur les sept années qui viennent pour cette politique de développement durable pour lutter contre les gaz à effet de serre. C'est cela aussi une grande politique environnementale.

Question - A quoi vont servir ces 2,6 milliards d'euros ? À remettre en service un certain nombre de canaux ? Par exemple, le canal Rhin-Rhône, qui était un vieux serpent de mer, on ne sait pas si c'était bien.

Réponse - Quand on pense que c'est une ministre de l'Aménagement du Territoire et de l'Ecologie, Mme Voynet, qui, d'un trait de plume, en 1997, a rayé de nos projets ce tracé qui reliait la mer du Nord et la Méditerranée, oui, dans les contrats de projets 2007-2013, pour le Gouvernement de D. de Villepin avec N. Sarkozy, nous proposons que soit réinstauré ce grand projet pour relier la mer du Nord à la Méditerranée...

Question - Cela veut dire qu'on revient au Canal Rhin-Rhône ? Le projet est-il à nouveau d'actualité ?

Réponse - Est-ce que cela doit se faire entre le Rhin et le Rhône par la Saône ? Ou est-ce que cela doit se faire entre la Saône et la Moselle ? Nous avons relancé les études comparatives entre ces deux tracés possibles, mais c'est en tout cas une liaison entre la Mer du Nord et la Méditerranée.

Question - Vous allez vous faire des amis chez les écologistes...

Réponse - J'ai le sentiment d'être plus écologiste que les écologistes, en faisant en sorte qu'on utilise les modes de transport qui rejettent moins de gaz à effet de serre.

Question - Passons à un autre dossier qui est politiquement plus sensible. On a entendu hier sur notre antenne N. Sarkozy, à "Compléments d'enquête", indiquer que le nombre de familles sans papiers régularisées s'élèverait à 6.924 très exactement sur à peu près 30.000 dossiers déposés. Et, déjà, les associations parlent "d'arbitraire", en disant "voyez, au fond c'était un quota ; depuis le début, ils avaient dit autour de 6.000 et ils s'en tiennent au chiffre décidé. Donc, les dossiers n'ont pas vraiment été étudiés". Pour simplifier, je dirai les choses comme cela.

Réponse - Nous étions, lorsque le chiffre de 6.000 a été annoncé par N. Sarkozy, déjà à près de 50 % des dossiers qui étaient déposés. Donc c'était facile de pouvoir évaluer à peu près, par rapport au contenu de ces dossiers et à l'étude au cas par cas tel que voulu par la circulaire du 13 juin, qui pouvait rentrer dans ces critères : s'il y avait de vrais liens d'affinité avec la France ; qui avait fait le choix de venir en France avec ses enfants non pas pour les utiliser et tenter d'être régularisé lorsqu'on était en situation clandestine, mais vraiment pour adhérer aux valeurs et à la culture, à l'identité de notre pays, apprendre à dire et à parler le Français, et à s'intégrer totalement dans la société française. Oui, c'était possible déjà de voir à peu près. D'ailleurs, on n'est pas resté à 6.000, on est arrivé à 6.924. Eh bien, tout simplement, ceux qui ne rentrent pas dans ces critères - ils sont près de 23.000 - n'ont plus vocation à rester chez nous. Ils seront raccompagnés chez eux avec toute l'humanité nécessaire. Mais si nous voulons que les étrangers qui choisissent la France puissent être accueillis de manière digne, et avoir un logement et un travail qui correspondent à leur engagement au service des valeurs de notre pays et au respect des règles de notre pays, c'était le seul choix possible pour ne pas ouvrir une filière nouvelle d'immigration clandestine.


Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 septembre 2006

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