Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Le Journal du Dimanche" le 8 octobre 2006, sur l'hébergement des familles expulsées du squat de Cachan, la médiatisation des interventions policières en banlieue et la "démission" de la justice face aux mineurs récidivistes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Le Journal du Dimanche" le 8 octobre 2006, sur l'hébergement des familles expulsées du squat de Cachan, la médiatisation des interventions policières en banlieue et la "démission" de la justice face aux mineurs récidivistes.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

ti : Q - Pourquoi a-t-on attendu sept semaines pour trouver une solution de relogement pour les ex-squatteurs de Cachan ?

R - Reprenons l'histoire : c'est le tribunal qui m'a demandé l'évacuation de Cachan pour des raisons tenant à la sécurité des occupants. L'expulsion s'est faite alors conformément aux règles républicaines. Il n'y a eu aucune brutalité policière pour procéder en fait à deux expulsions. L'une pour évacuer les locaux universitaires, l'autre pour empêcher la constitution d'un village de tentes juste en face. A ce moment-là, dès le 17 août, j'ai proposé à tous les occupants une solution d'hébergement.

Q - Combien étaient-ils alors ?

R - 178 personnes, toutes en situation régulière, ont accepté ma proposition ; 300 autres l'ont refusée, à l'instigation de certaines associations qui pensaient réussir une exploitation médiatico-politique. C'est dans ces conditions que le maire de Cachan a ouvert le gymnase alors que je l'avais averti qu'il allait droit dans l'impasse. Je ne mets pas en cause les intentions qui l'animaient, mais j'estimais qu'il mettait ces pauvres gens dans une situation sanitaire inacceptable. A la suite de cela, les plus extrémistes des associations ont réclamé la régularisation de tous les clandestins. Je m'y suis opposé et 16 occupants du gymnase ont été expulsés de France. Depuis dix jours, Rachida Dati, chargée de mission à mon cabinet, était sur place, jour et nuit, pour essayer de trouver une solution. Elle a tout fait pour convaincre les occupants, notamment les femmes, qu'il fallait accepter les solutions d'hébergement qu'on leur proposait. Je veux également rendre hommage au président de SOS Racisme et à celui de la Licra que j'ai vus moi-même jeudi dernier pour le rôle décisif qu'ils ont eu dans cette affaire.

Q - Où en est-on aujourd'hui ?

R - Chacun sera logé de façon provisoire dans des foyers pour personnes immigrées, gérés notamment par France Terre d'Asile qui a réservé dans ses locaux 354 places d'hébergement. Je dis bien provisoire parce qu'il ne suffit pas d'occuper un local pour passer devant ceux qui demandent des HLM et sont inscrits depuis longtemps sur une liste d'attente. Quant aux sans-papiers, je me suis engagé à étudier au cas pas cas leur dossier. Certains d'entre eux ont en application de la loi droit à un titre de séjour. Mais je n'accepterai jamais de régularisation massive comme certaines associations le réclamaient. Je suis heureux que le sens de la responsabilité ait triomphé et que les plus extrémistes aient été marginalisés.


Q - Jean-Louis Borloo, lui, a défendu sur LCP-AN l'association Droit au Logement qu'il juge «utile» au pays...

R - Jean-Louis Borloo a sa propre sensibilité. Il lui est d'autant plus facile d'exprimer cette opinion que je respecte qu'il n'a pas porté aux yeux des Français la responsabilité de cette affaire.

Q - N'est-ce pas les déclarations du Premier ministre estimant mercredi qu'il était temps d'en finir qui vous a conduit à accélérer les choses ?

R - Nous étions alors sur le point d'aboutir... Je suis habitué à ce qu'au moment du dénouement d'une crise, nombreux soient les responsables du succès. Je n'en ai pas vu beaucoup, durant ces longues semaines qu'a duré l'occupation de Cachan, qui me disputaient la responsabilité de la gestion de cette affaire. Maintenant que c'est réglé, j'observe avec intérêt que les négociateurs étaient plus nombreux que je ne le pensais... En revanche, je suis reconnaissant au président de la République de m'avoir soutenu dans la gestion de ce dossier malgré les appels réitérés de Danielle Mitterrand.

Q - Avec l'expulsion de Cachan, les polémiques à propos des sans-papiers, les interventions musclées et médiatisées des policiers aux Tarterêts et aux Mureaux, n'êtes-vous pas en train de radicaliser votre image ?

R - Voilà qui m'amuse. Une semaine, je suis accusé de ne plus faire mon travail de ministre de l'Intérieur ; la semaine suivante, je suis accusé par les mêmes de le faire trop. La vérité c'est que je fais mon travail, tout simplement ! Aux Tarterêts, j'avais promis que nous arrêterions les coupables du scandaleux lynchage d'un policier. Aux Mureaux, nous avons arrêté deux coupables sur cinq et nous arrêterons les autres. Mais je continuerai à regretter que dans un département comme la Seine-Saint-Denis, malgré le déchaînement de violence, il y ait eu depuis le début de l'année une diminution de 9 % des mises sous écrous. Je propose la mise en place de peines-plancher pour les multirécidivistes qui doivent être condamnés plus sévèrement. Je propose aussi qu'un mineur de plus de 16 ans, qui commet à répétition des agressions violentes, soit puni comme un majeur.

Q - Etait-ce nécessaire que les descentes de police dans les cités se fassent devant appareils photos et caméras ?

R - C'était parfaitement inutile. Et la présence de la presse dans ces conditions gêne l'action de la police. Je m'en serais bien passé et les journalistes présents aux Mureaux savent bien que ce n'est ni mon cabinet, ni la direction générale de la police qui les ont prévenus.

Q - Qui alors ?

R - Vous êtes mieux placée que moi pour demander à vos confrères qui les a appelés ! Moi je demande qu'on nous laisse faire notre travail et qu'on nous juge sur les résultats. Ainsi pour la première fois depuis de nombreuses années les violences aux personnes ont diminué !

Q - De si peu !

R - C'est exact. Elles ont diminué de 0,55 % mais vous serez intéressée de savoir qu'elles avaient augmenté de 42 % entre 1998 et 2002. Depuis que je suis ministre de l'Intérieur c'est un million de victimes en moins par rapport aux cinq années de la gauche. Ceux qui me critiquent devraient réfléchir à leur propre bilan.

Q - Les opérations policières à grand spectacle ne risquent-elles pas de rallumer les feux mal éteints dans les banlieues, un an après les émeutes ?

R - En aucun cas. Ce qui risquerait de réveiller les délinquants ce serait la persistance d'un sentiment d'impunité, ce serait la démission des pouvoirs publics. Qui peut me reprocher d'envoyer dans les cités rechercher les coupables d'actes d'une rare violence ? Pendant des années le calme a été acheté au prix d'une démission généralisée, qu'on ne compte pas sur moi pour couvrir une telle stratégie ! Lorsqu'il se produit un crime ou un délit, la police doit interpeller les suspects, où qu'ils se trouvent.

Q - Ne craignez-vous pas cependant, en agitant les problèmes d'insécurité et d'immigration de faire monter Le Pen ?

R - En parlant des problèmes, en agissant pour trouver des solutions, il n'y a aucun risque de le faire monter, mais au contraire toutes les chances de le faire descendre. C'est justement parce que pendant des années les républicains ont eu peur de parler des questions qui préoccupent les Français que la France s'est dotée de l'extrême droite la plus forte d'Europe. Beau résultat ! Alors qu'on ne vienne pas me reprocher de tenter d'apporter des réponses au tsunami politique de 2002. Si certains l'ont oublié, pas moi !


Réaction sur Michèle ALLIOT-MARIE :
"Nous avons adopté une règle, une méthode et même un calendrier. Michèle ALLIOT-MARIE a voté toute cette procédure. Si elle souhaite être candidate, pourquoi pas. Mais une candidature en dehors de notre famille politique serait la marque d'une division que nos électeurs jugeraient sévèrement. Je ne peux y croire."



source http://www.u-m-p.org, le 9 octobre 2006

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