Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, sur "France 2" le 5 octobre 2006, sur les difficultés rencontrées par Airbus dans la production de l'avion A 380, sur le permis à points et sur l'harmonisation des limites de vitesse sur un même itinéraire. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, sur "France 2" le 5 octobre 2006, sur les difficultés rencontrées par Airbus dans la production de l'avion A 380, sur le permis à points et sur l'harmonisation des limites de vitesse sur un même itinéraire.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer;

ti : F. Laborde - Avec D. Perben, nous allons évoquer plusieurs thèmes d'actualités. Nous allons commencer évidemment par Airbus. Bonjour, D. Perben.

R - Bonjour.

Q - Merci d'être avec nous ce matin. Alors on sait qu'Airbus se trouve dans une situation extrêmement délicate, vous donnerez votre diagnostic global. Mais d'abord en tant que ministre des Transports, vous allez recevoir les sous traitants d'Airbus, n'est-ce pas ?

R - Oui, dans les tous prochains jours, je vais rencontrer les sous traitants d'Airbus parce qu'il faut savoir que le secteur aéronautique français qui est mondialement au top niveau, c'est bien sûr le groupe Airbus, le groupe EADS, mais c'est aussi une multitude de petites entreprises, qui sont très pointues comme on dit, très performantes sur leur créneau et qu'il faut aussi préserver. Alors qu'elle est la difficulté d'Airbus aujourd'hui ? Ça n'est pas la conception de l'avion A 380.

Q - Dont tout le monde dit qu'il est formidable.

R - Tout le monde dit qu'il est formidable, dont les essais sont très concluants, dont la certification aéronautique, c'est-à-dire le droit de voler va sans doute lui être accordé comme prévu avant la fin de l'année. Ce sont des difficultés de type industriel. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire, la mise en route, je dirais, des chaînes de production sur un créneau particulier qui est celui des circuits électriques, peu importe, c'est un problème de mise en oeuvre industrielle. C'est un bon avion qui a des difficultés pour l'instant à être produit. Alors la nouvelle direction d'EADS, vous savez que l'Etat français et les partenaires allemands ont modifié la direction, il y a quelques mois. La nouvelle direction, en laquelle nous avons complètement confiance, a fait vraiment un examen très approfondi de la situation, a dit les choses en toute transparence, un an de plus de délai de production, c'est ce qui a été dit avant hier, et vraiment maintenant va corriger les choses. Mais il est évident que cela a deux conséquences : les avions vont être produits moins vite, donc les recettes vont venir plus tard...

Q - Il y aura peut-être des pénalités aussi.

R - Et deuxièmement, il y aura sans doute des pénalités vis-à-vis d'un certain nombre de clients, qui ne vont pas être contents de ne pas avoir les avions en temps et en heure, et puis des dépenses d'investissements complémentaires. Donc tout ça exige de la part de l'entreprise un plan de compétitivité, c'est-à-dire d'essayer de faire des réorganisations, des économies. C'est tout ça bien sûr qui, légitimement, inquiète à la fois les clients, les salariés et les sous-traitants. Et donc je vais rencontrer les uns et les autres.

Q - Quand on parle d'économies, on pense forcément diminution de personnels, non renouvellement de contrats.

R - En même temps, il faut bien avoir à l'esprit que la question pour Airbus c'est de produire et de produire le plus vite possible. Donc même s'il peut y avoir des économies sur certain type d'effectifs, ce n'est à l'évidence pas là que les économies les plus importantes pourront être retirées. Alors nous attendons - je dis le Gouvernement, c'est-à-dire mon collègue ministre de l'Economie et des Finances qui bien sûr a toute sa compétence sur ce sujet et moi-même, comme ministre des Transports - nous attendons de connaître précisément les propositions du conseil d'administration d'EADS. Pour ma part, je vais rencontrer donc les sous-traitants pour voir avec eux comment on peut les aider à passer une période difficile.

Q - Le président de la région Midi-Pyrénées a appelé justement à l'aide du Gouvernement...

R - Bien sûr. Midi-Pyrénées est la première région concernée, il y en a d'autres. Il y a beaucoup de sous-traitants également dans les pays de Loire, en Aquitaine, en Rhône-Alpes, enfin dans beaucoup de régions françaises et aussi allemandes. Il faut aussi qu'à l'occasion de cette crise, le tandem franco-allemand soit consolidé, c'est un point très important.

Q - Alors, justement, est-ce qu'il y a un moment où on va un peu regarder les responsabilités, parce que je veux dire, on est quand même effaré de se dire, pendant des années, on est arrivé à construire des Airbus et c'était justement le fleuron d'une Europe qui avance, qui se fait industrielle, industrieuse, astucieuse, enfin tout ce que l'on veut, et là, patatras, on fait un avion formidable et on se rend compte qu'on n'est pas capable d'assembler trois fils, deux boulons, enfin bon je caricature, mais il y a un petit côté...

R - C'est un peu caricaturé. Non, le niveau technologique et le niveau scientifique et technique du groupe restent intacts.

Q - Ce sont les patrons qui sont mauvais ?

R - Il y a des difficultés dans la mise en oeuvre industrielle, ce que je puis vous indiquer, c'est que le conseil d'administration d'avant hier a dit clairement qu'il voulait connaître toute la vérité sur les responsabilités, et ça c'est vraiment à l'entreprise de faire le ménage, là où le ménage doit être fait.

Q - Le nouveau patron, c'est L. Gallois, qui avait fait déjà un job formidable, côté français...

R - Un des co-présidents, c'est L. Gallois, l'ancien président de la SNCF qui a donc pris cette co-présidence du groupe EADS, il y a quelques mois, après les difficultés de l'ancienne direction...

Q - Après les petits scandales, si je puis dire autour de Forgeard...

R - Et le responsable d'Airbus, à proprement parler, monsieur Streiff, qui est un industriel français, un ancien du groupe Saint-Gobain qui est complètement, j'allais dire les mains dans le cambouis avec l'ensemble des cadres et du personnel pour passer cette mauvaise passe. Mais je crois que les Français peuvent continuer à croire à l'avenir de l'aéronautique française, c'est un de nos fleurons industriels.

Q - Alors passons à un tout autre sujet maintenant, mais qui préoccupe aussi beaucoup les Français, qui est le permis à points. Le permis à points, qui est encore, je ne sais pas si c'est une invention franco-française que le monde entier nous envie, mais en tout cas, c'est un produit purement français. Et le permis à points, semble-t-il, il y en a beaucoup qui le perdent, et il y aurait plus de 30, peut-être 40.000 conducteurs qui maintenant circulent sans permis.

R - Par définition, le chiffre, je ne le connais pas, parce que les gens qui n'ont pas de permis, ne viennent pas nous le dire.

Q - Ils ne viennent pas vous le dire, oui.

R - Mais on constate, lorsqu'il y a des contrôles de police ou de gendarmerie, qu'un certain nombre de gens conduisent sans permis. De quoi il s'agit ? Pourquoi est-ce qu'on parle du permis à points en ce moment ? Ce n'est pas du tout pour modifier l'organisation du permis à points, c'est pour essayer de voir comment on pourrait inciter les gens à passer, à repasser quand c'est nécessaire, plus vite leur permis.

Q - Il y a six mois de délai quand on a tout perdu.

R - Un des sujets de réflexion qui a été confié à monsieur Aribot (phon.), qui est un préfet, c'est effectivement de réfléchir par exemple sur le délai nécessaire pour repasser son permis quand on l'a perdu. Mais ce que je veux dire, pour qu'il n'y ait pas de faux espoirs chez les uns ou les autres, ou de fausses inquiétudes, il n'est pas question pour le Gouvernement d'alléger les sanctions sur les petites infractions. Ça, ça a été écrit ici ou là, ce n'est pas du tout de ça dont il s'agit. Nous voulons poursuivre la politique qui est menée en matière de sécurité routière depuis quatre ans...

Q - On garde le permis à points.

R - ... qui est vraiment une politique qui réussit, qui nous a permis d'éviter 8.000 morts et 100.000 blessés. Donc nous restons sur cette politique de fermeté et de pédagogie. Par contre, on réfléchit à la façon dont on pourrait amener les gens à revenir vers leur permis pour éviter...

Q - C'est-à-dire qu'il n'y aurait pas de délai de six mois ?

R - C'est un des sujets sur lequel Aribot réfléchit, et il va remettre son rapport au Premier ministre à la fin du mois d'octobre.

Q - Question d'automobiliste de base : moi quand je conduis, je vois souvent des panneaux où on passe de 50 à 70, 70 à 50, il faut parfois être très habile et pas se mélanger les pinceaux, et parfois à la sortie, au bout...

R - Surtout le matin de bonne heure.

Q - ... Surtout le matin de bonne heure, on voit qu'il y a les policiers qui attendent avec des jumelles et on se fait entre guillemets "attraper" pour un excès de vitesse qu'on n'a pas forcément, même envisagé d'avoir fait. Est-ce qu'on ne peut pas harmoniser tout ça ?

R - Je comprends très bien cette question du changement trop fréquent de la vitesse limite sur un même itinéraire. C'est la raison pour laquelle avec mon collègue de l'Intérieur, N. Sarkozy, nous avons signé, il y a maintenant trois mois, une circulaire aux préfets en leur demandant d'harmoniser les limitations de vitesse sur les itinéraires, qu'effectivement on ne passe pas de 130 à 110, de 110 à 70, de 70 à 50 et inversement, dans des conditions telles qu'on ne mémorise pas le panneau et donc on se fait avoir, entre guillemets, "inutilement"...

Q - Et parfois les...

R - Ce travail, il est lancé, nous l'avons demandé parce que j'avais bien conscience de ça.

Q - Parce qu'ils sont espiègles au ministère de l'Intérieur, ils se postent à des endroits où précisément...

R - Vous le pensez...

Q - Oh oui, je le pense. Une toute dernière question qui concerne Lyon, qui est une ville qui vous intéresse puisque la mairie de Lyon, c'est un projet que vous avez en tête. Bertrand (sic) Collomb, l'actuel maire a quelques soucis avec sa majorité, notamment une de ses élus communiste...

R - Le maire socialiste de Lyon effectivement vient de suspendre une adjointe communiste, mais ce n'est pas la première fois qu'il a des problèmes avec sa majorité, puisque tout récemment, un de ses élus Verts, adjoint Vert de la commune avait mis en cause un autre adjoint socialiste de la même équipe. Donc on voit bien qu'il y a des tensions à l'intérieur de cette majorité et qui révèlent que le maire n'est sans doute pas complètement le patron de sa majorité. Moi, ça ne me perturbe pas plus que ça, mais je souligne cela. Par ailleurs, il rencontre aussi des difficultés sur des sujets de fond. Et je pense que les mois qui viennent vont permettre de le montrer d'une manière très évidente.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2006

Rechercher