Déclaration de M. Xavier Bertrand, ministre de la santé et des solidarités, sur la politique de prévention des accidents de la vie courante et le lancement d'une campagne d'information, Paris le 16 octobre 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Xavier Bertrand, ministre de la santé et des solidarités, sur la politique de prévention des accidents de la vie courante et le lancement d'une campagne d'information, Paris le 16 octobre 2006.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier.

FRANCE. Ministre de la santé et des solidarités

ti : Mesdames et Messieurs,


Chaque année ce sont 20.000 personnes en France qui décèdent des suites d'accidents de la vie courante. Chaque jour, ce sont 2000 enfants âgés de 0 à 6 ans qui sont victimes de ces accidents. Dans 80 % des cas, c'est l'intérieur de la maison qui est le lieu de ces accidents. Cette situation ne peut plus durer, dans la mesure où l'Institut de veille sanitaire estime qu'une proportion importante d'entre eux - entre un tiers pour les adultes et la moitié pour les enfants - pourrait être évitée par des mesures de prévention adaptées. La maison géante devant laquelle je vous parle est à l'échelle des perceptions des enfants de 0 à 2 ans. Car protéger nos enfants, c'est savoir se mettre à leur place. Vous le voyez, beaucoup d'éléments de la vie domestique constituent des dangers potentiels pour eux. Ce sont souvent des réflexes simples qu'il nous faut adopter avant qu'ils ne deviennent des habitudes - installer un portillon en haut d'un escalier, tenir hors de portée des petits les produits ménagers et les médicaments, éviter de placer un objet, comme un coffre à jouer, sous une fenêtre pour éviter que l'enfant ne grimpe sur le bord, tourner le manche d'une casserole vers l'intérieur de manière à ce que l'enfant ne puisse l'attraper....- Ces gestes, ils peuvent éviter des drames. Ces réflexes, il est de notre devoir à tous de les intégrer, de les faire connaître, de les diffuser pour qu'ils soient appliqués le plus largement possible.

Vous le savez, nous le savons tous : c'est la prévention qui est désormais notre priorité.

Je le dis, alors que je viens d'ouvrir aujourd'hui les Etats généraux de la prévention : je crois qu'il est important que nous mobilisions la société civile dans son ensemble autour d'un véritable débat citoyen pour inscrire la prévention dans la vie quotidienne de tous les Français. Prévenir la survenue des accidents domestiques en fait bien sûr largement partie.

I- Réduire le nombre et la fréquence des accidents de la vie courantes en particulier chez les enfants est urgent et doit notamment passer par une meilleure diffusion des réflexes pour les éviter.

Avec la loi de santé publique du 9 août 2004, nous nous sommes fixé des objectifs ambitieux en matière de réduction du nombre d'accidents de la vie courante que je veux rappeler ici :

S'agissant des traumatismes non intentionnels dans l'enfance, nous avons pour ambition de réduire de moitié la mortalité par accidents de la vie courante des enfants de moins de 14 ans d'ici à la fin 2008.

En 2004, ce sont 9000 personnes âgées de plus de 65 ans qui ont fait une chute. Ce nombre, nous voulons le réduire d'un quart d'ici à la fin 2008.

Notre politique de prévention des accidents de la vie courante et nos objectifs reposent sur des fondements scientifiques très précis et étayés : un département des maladies chroniques et des traumatismes a été installé à l'Institut de veille sanitaire et collecte de précieuses données épidémiologiques nécessaires pour identifier les lieux d'actions efficaces en matière de prévention.

Ce département récolte ces données auprès d'un réseau représentatif d'hôpitaux, et permet ainsi aux pouvoirs publics d'identifier les champs d'action prioritaires, de définir des moyens d'action, d'élaborer des outils de prévention et de mesurer les progrès. Ces données sont résumées dans l'Enquête permanente sur les accidents de la vie courante (Epac) publiée annuellement.

Ainsi, au total, chaque année, ce sont 4,5 millions de personnes qui sont victimes d'un accident de la vie courante suffisamment grave pour les conduire aux urgences d'un établissement hospitalier, soit 7,5 accidents pour 100 habitants.

Dès lors, notre politique en matière de prévention d'accidents de la vie courante vise en premier lieu l'éducation et l'information.

Agir sur les comportements, c'est développer l'éducation pour la santé, et, ce, dès le plus jeune âge. C'est à un renversement de culture et à de véritables changements de comportement que nous voulons aboutir. Pour cela, il est nécessaire d'informer et de former.

Informer le grand public: - le 14 juin une campagne TV et radio a été lancée sur les risques liés au soleil, à la canicule, aux noyades, aux défenestrations, aux sports nautiques, et aux accidents en montagne - le 11 octobre, l'INPES a lancé la campagne sur les risques liés à l'hiver (accidents de ski, incendies, intoxications au monoxyde de carbone) faisant la promotion des gestes simples qui permettent d'éviter les accidents.

Former : c'est aussi à l'école que nous devons transmettre aux générations qui grandissent les bons réflexes. Il ne s'agit nullement d'être obsédé par les accidents mais d'acquérir les automatismes qui préservent de bon nombre de dangers. Nous avons travaillé avec le Ministère de l'Education Nationale à la mise en place d'« un cours d'apprentissage sur les premiers gestes de secours est délivré aux élèves de collèges et de lycée ». Je me félicite de ce qu'il soit désormais obligatoire depuis un décret du 11 janvier 2006 sur la sensibilisation à la prévention des risques, à la formation aux premiers secours et à l'enseignement des règles générales de sécurité.

Aujourd'hui, nous faisons plus que de lancer une campagne supplémentaire, nous inaugurons un nouveau volet de notre politique de lutte contre les accidents de la vie courante en l'orientant de façon spécifique sur les enfants de 0 à 6 ans.

En 2004, on a estimé que 30 % des accidents de la vie courante touchaient des enfants de moins de 9 ans et 47 % les enfants de moins de 15 ans, tandis que les accidents domestiques représentent plus de la moitié d'entre eux. La France fait encore partie des pays ayant un taux moyennement élevé de mortalité d'enfants par accidents de la vie courante. Certains progrès sont cependant notables et nous incitent à continuer sans relâche les opérations de prévention : les décès ont diminué de 70 % entre le début des années 80 et la fin des années 90.

La campagne que nous présentons aujourd'hui se veut ambitieuse et le budget de 1,6 millions d'euros qui lui est consacré est à la hauteur de ces enjeux : 3 spots TV seront diffusés sur les chaînes nationales du 30 octobre au 19 novembre 2006 et évoqueront les trois risques suivants : l'étouffement, la noyade, et la chute qui à elle seule constitue 60 % des accidents de la vie courante pour les enfants. Une brochure sera distribuée auprès des professionnels de santé et sera disponible sur demande au numéro vert suivant : 0821 22 23 24. Deux affichettes traitant des principaux risques d'accidents de la vie courante compléteront ce dispositif.

II- Au-delà de l'information et de l'éducation, je veux que nous travaillons beaucoup plus sur les risques que la maison comporte pour notre santé.

Il est clair que la prévention ne peut être totalement efficace que si elle est adaptée aux spécificités du cadre de vie des individus auxquels elle s'adresse.

Ainsi, le monoxyde de carbone est à l'origine de 150 décès d'origine domestique par an l'expérience de ces derniers jours dans le Nord pas de Calais (avec l'arrivée de jours plus frais où en 3 jours 65 personnes ont été conduites à l'hôpital pour intoxication au monoxyde de carbone) nous montre toute l'urgence d'une action dans ce domaine.

La loi de Santé Publique du 9 août 2004 avait fixé l'objectif d'une réduction de 30 % de la mortalité par monoxyde de carbone de 2004 à 2008. Cet objectif figure également parmi les 12 actions prioritaires du Plan national santé environnement de 2004. Depuis, et pour atteindre cet objectif, le Ministère de la Santé a mis en oeuvre un plan d'action spécifique actuellement en cours de mise en oeuvre opérationnelle :
L'INPES a lancé une nouvelle campagne d'information sur les risques d'intoxication au monoxyde de carbone à l'approche de l'hiver. Les spots sur les radios sont diffusés du 2 au 22 octobre 2006.

Depuis le 1er janvier 2005, l'INVS a étendu son système de surveillance à la France entière. La réglementation a été entièrement revisitée pour la rendre plus efficace dès cette saison de l'hiver 2006-07. Ce cycle de révision est bientôt achevé avec :

- une ordonnance du 8 juin 2005 relative au logement et à la construction qui prévoit qu'en cas de vente d'un bien immobilier à usage d'habitation, un état de l'installation de gaz naturel soit fourni par le vendeur. Un décret dit de « diagnostic unique » du 14 septembre 2006 rend cette mesure obligatoire pour les chauffages au gaz.

- pour protéger les professionnels qui interviennent sur les installations de chauffage, l'AFNOR a intégré le risque oxycarboné dans les nouvelles versions des normes chaudières qui sont en cours de finalisation (règles de sécurité lors de l'entretien).

- Une circulaire des ministères de l'intérieur et de la santé du 4 septembre 2006 définit les règles de sécurité pour prévenir les intoxications collectives dans les lieux de culte dues aux appareils de chauffage.

Afin d'éviter les accidents liés au bricolage et à l'amiante, le Ministère du logement est en train de préparer une plaquette amiante pour les bricoleurs.

Ce sont aussi des actions résolues contre le saturnisme que nous lançons :

Un décret du 25 août dernier a renforcé les dispositions visant à lutter contre le saturnisme lié à l'habitat, notamment en rendant obligatoire à partir d'août 2008 la réalisation d'un constat de risque d'exposition au plomb lors de la vente et de la mise en location de tout logement construit avant 1949.

Par ailleurs, l'INVS initiera en 2006 les travaux de préparation de l'actualisation de l'enquête nationale de prévalence réalisée en 1996 par l'INSERM.

Un arrêté du 18 janvier 2005 a mis en place un nouveau dispositif financier instaurant la gratuité du dépistage du saturnisme chez l'enfant et la femme enceinte. Cette mesure vise à augmenter de 50 %, à 7500, le nombre d'enfants et de femmes enceintes dépistées chaque année.


La campagne que nous lançons aujourd'hui vise à introduire chez l'ensemble de nos concitoyens de bons réflexes, des réflexes simples, à la portée de tous, qui peuvent éviter drames et séquelles. Je compte sur l'ensemble des acteurs de santé, professionnels de santé, associations comme institutionnels, pour relayer cette information. Seule une prise de conscience de chacun, des comportements adaptés et une vigilance de tous nous permettra de protéger nos enfants.

Source http://www.sante.gouv.fr, le 17 octobre 2006

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