Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Le Parisien" le 20 octobre 2006, sur la situation des banlieues et les amendements proposés au projet de loi sur la délinquance en cas de violences contre des policiers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Le Parisien" le 20 octobre 2006, sur la situation des banlieues et les amendements proposés au projet de loi sur la délinquance en cas de violences contre des policiers.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

ti : Rose DJOB. Pourquoi la police n'est-elle plus respectée aujourd'hui en France ? Autrefois, quand je retournais au Cameroun, la police française, c'était une référence. On nous disait «Bonjour Monsieur, bonjour Madame» avant de nous demander nos papiers, et on ne nous tutoyait pas...

Nicolas Sarkozy. Je m'inscris en faux: notre police républicaine fait l'admiration du monde entier pour son savoir-faire et sa maîtrise. Nous avons connu en novembre 2005 des émeutes d'une violence inouïe. Certaines nuits, j'ai eu jusqu'à 14 000 policiers dehors. Une nuit, aux Tarterêts, dans l'Essonne, on a tiré à onze reprises sur les policiers: aucun n'a sorti son arme pour répliquer. Il n'y a eu, au total, aucune victime parmi les émeutiers, aucune victime parmi les policiers. Ce matin (NDLR: hier matin), on a été chercher les huit coupables de l'opération d'Epinay où un groupe a brisé la mâchoire d'un fonctionnaire: c'était un vrai guet-apens. Aucun policier n'a tiré. Aux Tarterêts, le CRS frappé à la tête pendant quatre minutes d'affilée avec des barres de fer et des battes de base-ball avait une arme: il n'en a pas fait usage. La police est républicaine et, dans son immense majorité, elle est impeccable.

Certes, il peut y avoir quelques personnes qui dérapent et je suis, dans ce cas, d'une sévérité absolue.

Rose DJOB. Et le tutoiement systématique ?

Nicolas Sarkozy. Je déteste la familiarité. J'ai interdit le tutoiement, qui est insupportable. Je déteste le bras qui pend à la fenêtre de la voiture: les policiers au travail ne sont pas "en goguette". Cela dit, il y a moins de comportements discutables qu'autrefois. Pour deux raisons: la présence de femmes, qui jouent le rôle de modératrices. Quand une femme est présente dans une équipe, la tentation du relâchement recule. Le second élément qui a fait bouger les choses, c'est que le visage de votre police - je dis bien votre police - a changé: il ressemble au vôtre. Il n'y a pas assez de policiers de couleur ou d'origine étrangère au niveau des commissaires, des directeurs et des préfets. Mais, sur le terrain, on trouve nombre de nos compatriotes de la France multiple. Cela dit, pourquoi y a-t-il plus de policiers blessés? Depuis le début de l'année, 2890. On va se parler franchement: jusqu'en 2002, on leur demandait de ne pas entrer dans les cités sensibles. S'il y a eu plus de blessés, c'est parce qu'ils vont davantage au contact et qu'ils interpellent. Tout manque de respect, je le condamne. Mais être policier, c'est un sacré boulot difficile.

Aïssata TOUNKARA. Qu'avons-nous, nous qui vivons dans ces quartiers-là, comme moyens d'expression pour qu'on nous entende et qu'on puisse demander justice ? Il y a eu des phrases qui ont blessé et quand on est blessé, on est tenté de riposter...

Nicolas Sarkozy. J'ai été souvent à Argenteuil, notamment sur la dalle, qui est le lieu le plus criminogène d'Ile de France, où les gens ont peur de se promener dès que la nuit tombe. Vous n'allez quand même pas me dire que le trafic de drogue en banlieue, la violence en banlieue, la peur dans les transports en commun, la détestation de vivre dans certains quartiers, ça a commencé lorsque je me suis rendu à Argenteuil, où j'étais attendu par 200 voyous ? Le ministre de l'Intérieur de la République a le droit d'aller où il veut et quand il veut, que cela plaise ou non aux voyous.

Aïssata TOUNKARA. Mais pourquoi la nuit, et pas à 10 heures du matin ?

Nicolas Sarkozy. Je suis désolé: à 10 heures du matin, ça ne sert à rien car - les voyous - dont je m'occupe, ne sont pas levés à cette heure-là. Tant que je serai ministre de l'Intérieur, chaque centimètre carré de la République française sera un lieu ouvert. A Argenteuil, une femme d'origine maghrébine a ouvert sa fenêtre à mon arrivée et a crié : M. Sarkozy, on n'en peut plus. Débarrassez-nous de cette racaille ! Et c'est parce que j'ai répondu à cette femme qu'il y aurait eu des émeutes ? Vous êtes trop intelligente pour vous laisser aller à penser cela. Et pourquoi n'y suis-je pas revenu depuis ? C'est simple : si je me déplace, on dit que je fais de la provocation ; si je n'y vais pas, on dit que j'oublie. Les victimes, ce sont les gens qui habitent là, qui demandent à bosser et qui en ont marre. Du trafic de drogue, de la brutalité, de la violence faite aux filles, de la loi du silence et de la terreur que fait régner une petite bande.

Omar DAWSON. Beaucoup critiquent votre politique sécuritaire. Moi qui habite Grigny, je pense qu'il serait possible de vous soutenir mais à une condition: êtes-vous prêt à nettoyer le milieu politique et financier des voyous, de la racaille en col blanc, au risque de «karchériser» certains de vos collègues au risque de vous éclabousser vous-même ?

Nicolas Sarkozy. Oui. Dans un discours à Agen, j'ai employé une expression qui m'a été reprochée par certains de mes amis. J'ai dénoncé les «patrons voyous» et je continuerai à le faire. La faiblesse à l'égard des délits économiques et financiers, je ne l'accepte pas. Mais, jusqu'à plus ample informé - cela fait 25 ans que je fais de la politique et j'ai été examiné sous toutes les coutures et on ne m'a jamais rien reproché sur le plan de l'honnêteté - J'ai plutôt l'impression que le scandale Clearstream, on l'a fait contre moi. Cela dit, laissez-moi reparler de l'insécurité. Je pense que porter atteinte à l'intégrité physique d'une personne ou ne pas y porter atteinte, c'est différent. Je propose donc que toute personne portant atteinte à l'intégrité physique d'une victime fasse de la prison préventive. Et que, dans l'autre cas, la prison provisoire soit exclue. Vous volez le sac à main d'une dame posé sur un banc: pas de prison préventive. A moto, vous lui arrachez le sac et vous lui cassez le bras: prison préventive.

Omar DAWSON. Pourtant, on dit que les effectifs des brigades financières ont diminué !

Nicolas Sarkozy. Il n'y a pas les voyous des banlieues et les voyous des beaux quartiers. C'est la même chose. A Périgueux, j'ai même dénoncé à la tribune ceux qui remettent en cause le pacte social en fraudant les Assedic, la Sécurité sociale, le fisc.

Mohamed RAGOUBI. Quand un maire décide de raser un immeuble en présentant ses occupants comme des délinquants, sans savoir où ils pourraient ensuite être relogés, ne peut-on pas parler d'épuration sociale ?

Nicolas Sarkozy. On ne peut pas nous en vouloir d'essayer de reconstruire des quartiers à dimension humaine. On sait bien que toutes ces tours et toutes ces barres, ce n'est pas formidable pour créer de la convivialité.

Si on veut reconstruire, il faut bien commencer par démolir.

Deuxièmement, faute de regarder la vérité en face, on a créé de véritables ghettos. L'immigration, c'est positif, et j'ai été l'un des premiers hommes de droite à dire cela. Mais on ne peut plus continuer à recevoir tout le monde. Prétendre régulariser tout le monde, c est une folie.

Troisièmement: on doit changer de politique de la ville. Refaire un immeuble, c'est bien mais, si vous ne donnez pas une formation, un boulot, une perspective à celui qui va s'installer dans l'immeuble, permettez-moi de dire que, très vite, l'immeuble sera à nouveau dégradé. A chaque jeune, on doit mettre un marché en main en lui donnant la chance d'une formation rémunérée. Mais, en échange, on doit leur dire: «Tu te lèves tôt, tu suis tes cours, tu mérites la chance qu'on te donne.»

Dawari HORSFALL. Les opérations de rénovation des immeubles permettent-elles réellement de faire diminuer la délinquance ?

Nicolas Sarkozy. Je vais vous citer un exemple: la délinquance dans les Hauts-de-Seine entre 1998 et 2002 avait augmenté de 18,49 %. Depuis 2002, elle a baissé de 9,11 %. Je ne sais pas si j'ai bien fait mais en 2002, on a eu Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle. Pour la première fois dans l'histoire de la République française, on a dépassé cette année-là les 4 millions de crimes et délits. Les gens n'en peuvent plus. Prenez les transports en commun: entre 2000 et 2002 dans le métro et le RER en région parisienne, la délinquance avait augmenté de 30 %. Je mets en place une police régionale des transports: la délinquance diminue de 8 %. Cela ne veut pas dire que la violence endémique de notre société a été extirpée. Cela ne veut pas dire que, dans tous les quartiers, ça va mieux, mais on a avancé.

Dawari HORSFALL. Et vous voulez aller jusqu'où ?

Nicolas Sarkozy. Qu'est-ce qui a fait des ravages à Antony, à Massy comme presque partout ailleurs ? Le sentiment d'impunité d'un certain nombre d'individus qui se croient tout permis. Je propose donc deux choses. Je pense à un cas qui s'est produit au tribunal de Bobigny. Un individu avait à son actif 50 vols à la portière. On le met sous contrôle judiciaire, pas en prison. Il sort du tribunal, il fait le 51ème vol. A un certain niveau de récidive - cinq ou dix condamnations, par exemple - on ne doit plus condamner au titre de la dernière infraction commise mais en tenant compte de l'accumulation des délits. Pour que, enfin, ça s'arrête. Ma deuxième proposition concerne la création de peines plancher. A quoi ça sert de voter des lois plus sévères si tel ou tel magistrat ne les applique pas ? Je propose qu'un multirécidiviste soit certain de la peine minimale qu'il va encourir. Dernier point, le plus important, les mineurs. Je propose qu'un mineur récidiviste âgé de 16 à 18 ans soit considéré comme majeur. Dans certains quartiers, les mineurs sont utilisés par les majeurs parce que ceux qu'on appelle les "grands frères" - tu parles, il faudrait plutôt parler de «caïds» - les mettent en avant : ils savent que, dans le système actuel conformément à l'ordonnance de 1945, c'est pour eux le régime de l'impunité.

Saïd REZEG. Vous avez été le premier à militer pour la discrimination positive mais rien ne bouge vraiment...

Nicolas Sarkozy. C'est bien beau de dire qu'on est tous égaux, qu'on a tous les mêmes droits. Mais quand ce n'est pas vrai, on finit par douter de la République. Quand il y a une injustice, on ne peut pas prétendre la combattre sans être volontariste. Les femmes en politique, s'il n'y avait pas eu la loi sur la parité, dans 40 ans on en serait resté toujours au même point. Les administrations sont obligées par la loi d'avoir 6 % de leurs collaborateurs avec un handicap. Qu'est-ce que c'est, sinon un quota ? J'aimerais qu'on me dise pourquoi il serait normal de faire de la discrimination positive pour les femmes ou les handicapés, et pourquoi ce serait anormal pour les compatriotes de couleur.

Dernière chose: les quotas ne sont acceptables pour moi que dans la mesure où ils sont limités dans le temps. L'objectif est de débloquer une situation, de résoudre une injustice.

Saïd REZEG. La discrimination est aussi économique. Beaucoup de jeunes de moins de 26 ans n'ont aucune possibilité d'avoir accès à certaines formations...

Nicolas Sarkozy. La discrimination positive, c'est quoi ? Un certain nombre d'enfants de votre entourage sont en retard scolaire et ils n'ont aucune chance de réussir aujourd'hui le concours de gardien de la paix. J'ai donc créé les Cadets de la République, des jeunes qu'on va préparer à ce concours pendant deux ans parce qu'ils ont au départ des handicaps. Cela dit, le jour venu, ce sera le même concours pour tous. C'est cela l'égalité républicaine. Les fils de bonne famille n'ont-ils pas droit, eux, à des cours particuliers ?

Jérôme HANARTE. La violence contre les policiers est de plus en plus fréquente et leurs agresseurs sont souvent laissés en liberté. Quelles sont vos solutions ?

Nicolas Sarkozy. Début novembre, je défendrai à l'Assemblée nationale le texte sur la prévention de la délinquance et je vais déposer un amendement très important. Je demanderai aux députés de voter un texte qui stipule que toute personne qui s'en prendra à un policier, à un gendarme ou à un pompier ne sera plus passible du tribunal correctionnel mais de la Cour d'assises. Parce que je considère que, quand on porte atteinte à un fonctionnaire qui porte l'uniforme de la République, c'est à la République que l'on porte atteinte. Qu'est-ce que ça veut dire ? En cour d'assises, on se trouve devant un jury populaire. J'ai été très heureux de la déclaration du président de la République au dernier conseil des ministres : il a jugé intolérable qu'un homme ou une femme, payé pour faire son devoir, soit violenté ou brutalisé. Deuxième proposition: je veux que, dans les tribunaux correctionnels, il y ait des jurés populaires. Si chaque adulte pouvait, deux jours dans l'année, siéger au tribunal correctionnel, ce serait du civisme. Cela permettrait de voir la "vraie vie". On économiserait du temps de magistrats. Et on rapprocherait la justice de nos concitoyens.

Voilà mes propositions. Elles sont discutables, mais je m'étonne d'être le seul à en faire. Moi, au moins, j'essaie de faire bouger les lignes.

Mohamed RAGOUBI. Des jurés populaires, même s'ils sont d'origine étrangère ?

Nicolas Sarkozy. Vous plaisantez ? Quelles que soient la couleur de la peau ou l'origine, on est français ou on ne l'est pas. C'est naturellement un jury populaire de citoyens français dont je parle. Quand vous regardez les magistrats, il n'y a pas beaucoup de diversité. Avec le jury populaire, vous faites entrer la diversité dans le tribunal.

Fambis ANDELE. Il n'y a pas que les policiers qui sont des victimes. Moi, quand je suis habillé en racaille, les policiers m'arrêtent tout de suite et me traitent comme de la merde ! Nous, on se pose des questions sur l'immigration...

Nicolas Sarkozy. Je ne cesse de répéter que l'immigration est positive, qu'on ne doit pas piller les élites africaines, qu'on doit avoir plus d'étudiants étrangers chez nous, mais que ceux qui viennent, on doit leur trouver un travail et un logement. On aura beaucoup parlé de Cachan mais ça s'est terminé comment ? Sans drame. Il fallait prendre en compte ce que vivaient les malheureux dans le gymnase, mais il ne fallait pas que cela conduise à une explosion du racisme, à la montée du Front national. J'ai géré l'affaire à la fois avec humanité et fermeté. Regardez les Espagnols et leurs 500 000 régularisations. Il y a maintenant là-bas un débat terrifiant à ce sujet. Les premières victimes, c'est vous qui êtes en situation régulière et qui êtes pris dans l'amalgame. Vous me dites que le système d'intégration à la française, ça ne marche plus. Mais si je laisse les portes ouvertes, vous croyez que ça va améliorer les choses ? Si je m'efforce de faire respecter la règle républicaine de la loi et de l'ordre, c'est pour que vous ne soyez pas menacés. Je me bats pour qu'on vous laisse la paix dans les cités. Mes valeurs sont simples: si vous voulez empoisonner la vie des autres, on vous sanctionne; si vous voulez vous en sortir, on vous aide plus qu'un autre puisque vous avez plus de handicaps au départ. Ma façon de vous respecter, c'est de me conduire avec vous comme avec le président de la République.

Manuel DOS SANTOS. Comment l'Etat peut-il aider les commerçants qui s'installent dans les banlieues sensibles ?

Nicolas Sarkozy. Un quartier où il n'y a plus de commerçants, c'est un quartier où on ne peut plus vivre. Il faut donc donner des avantages à ceux qui créent des entreprises dans ces endroits-là. Je suis pour la pérennisation des zones franches et pour des exonérations fiscales en faveur de ceux qui ont le courage de s'installer dans des quartiers que tout le monde veut quitter.

Aïssata TOUNKARA. Vous parlez d'immigration choisie. Est-ce que cela veut dire qu'il y aurait une immigration jetable ?

Nicolas Sarkozy. On suggère que je ne voudrais prendre que les élites : non. J'ai créé un visa de travail pour les travailleurs saisonniers. Dans le bâtiment ou la restauration, on a besoin de main-d'oeuvre. Aujourd'hui, 5 % seulement de l'immigration est une immigration du travail. Je veux que demain, toute l'immigration soit une immigration du travail. A quoi ça sert, en effet, de venir en France si on n'a pas d'emploi, pas de logement ? On ne va quand même pas m'en vouloir de souhaiter que la France décide qui peut rentrer sur son territoire! Un mot sur l'Education nationale : on lui fait porter trop de responsabilités. Un jeune en situation d'échec total, il n'y a aucune raison de le laisser à l'école. Avoir 19 ans en troisième, ça n'a aucun sens. Je souhaite pour ceux-là, à partir de 16 ans, une filière spécifique, celle de l'apprentissage. Et j'en ai assez de l'absentéisme systématique. Il faut mettre sous tutelle les allocations familiales dans les familles où on ne déclare pas que son enfant ne va pas à l'école. Je veux aussi un changement complet de la médecine scolaire. Elle doit s'intéresser aux troubles du comportement. Avoir tout jeune des troubles du comportement ne signifie nullement qu'on va devenir un délinquant, mais ça veut dire qu'on traverse une période de trouble, de crise, d'angoisse. Quand je dis cela, certains me suspectent de vouloir criminaliser les enfants en maternelle: honte sur eux !

Dawari Horsfall. Allez-vous faire évoluer la loi qui permet à certains maires, au prix d'une amende, de ne pas construire un minimum de logements sociaux ?

Nicolas Sarkozy. A l'impossible nul n'est tenu! Comment imposer 20 % de logements sociaux au maire d'une commune dont la plupart des terrains sont déjà bâtis ? Il faudrait exproprier des immeubles, puis les démolir ? Ce qu'il faut, c'est dire aux communes: maintenant, si vous voulez construire, vous devez prévoir tant de logements sociaux, et peut-être 40 % et pas seulement 20 %.

Omar DAWSON. J'ai été très surpris de voir à vos côtés Doc Gynéco qui chantait naguère une chanson dont le refrain était Egorgeons les poulets.

Nicolas Sarkozy. Je suis bien placé pour savoir que la politique, c'est aussi des images et des symboles. Je dois me faire comprendre de 62 millions de personnes qui me connaissent très bien et qui, en même temps, ne me connaissent pas du tout. Comme, dans les quartiers, il y a beaucoup de gens de couleur, je ne voulais pour rien au monde qu'on puisse associer mon combat à une sorte de coupure avec nos compatriotes de couleur. Moi, je hais le racisme, je déteste la discrimination. J'ai trouvé que donner la parole à Doc Gynéco - qui n'est culturellement pas sur la même ligne que moi - c'était une façon de donner la parole et de respecter un homme de couleur. C'est ma manière de dire que la France est multiple et que vous n'avez pas à craindre la différence. Cela dit, on ne va pas s'en prendre à Doc Gynéco parce qu'il me soutient tandis que Joeystarr, ce serait le «must» parce qu'il me combat.

Omar DAWSON. Vous vous êtes prononcé en faveur du droit de vote des étrangers aux élections municipales. Jusqu'où êtes-vous prêt à aller ?

Nicolas Sarkozy. J'ai défendu trois idées, minoritaires dans ma propre famille : la suppression de la double peine; la discrimination positive; sur le droit de vote des étrangers, j'ai dit que quelqu'un qui payait ses impôts, qui est en France depuis dix ans, ça ne me choque pas qu'il puisse voter aux élections municipales. Pourquoi j'ai dit ça ? Pour faire de la pédagogie. Dire cela de la part d'un homme de droite, c'est déjà important. Je voudrais ajouter une chose: je suis l'homme politique qui a le plus affronté Le Pen, qui est le plus attaqué par Le Pen. Quand des gens osent dire que je défends des idées de Le Pen, je suis profondément blessé. Je mets au défi qui que ce soit de trouver une seule idée que j'ai défendue qui soit conforme à ce que pense M. Le Pen, y compris sur l'immigration choisie.

Aïssata TOUNKARA. Et quand vous dites qu'il faut aimer la France ?

Nicolas Sarkozy. Aimer la France, ce n'est tout de même pas le monopole de Le Pen ! Quand on n'aime pas la France, on n'est pas obligé d'y rester... Si vous m'invitez et que j'accepte votre invitation, je ne vais pas dire du mal de vous ! Si je ne vous aime pas, je ne viens pas. Si on n'aime pas la France, on ne vient pas. Mais quand on vient en France, on respecte ses lois, on respecte la France, on respecte les Français. Cela dit, si Le Pen dit que le soleil est jaune, je ne vais pas dire qu'il est bleu ? Quand Ségolène Royal dit Mes idées sont les vôtres, c'est exactement ce que Le Pen dit, mais il est vrai que c'est Ségolène...Moi j'aime mon travail. Quand je vois tous les matins les attaques dirigées contre moi, je me dis : mais qu'est-ce que ça va faire avancer, ces attaques ? J'ai envie de dire à certains: vous vous êtes fait plaisir ? En quoi vous avez changé la vie des gens. Je veux transcender les clivages. On dit que je veux ramener les électeurs du Front national. Oui, c'est sûr. Je ne veux pas les laisser là-bas. Mais je veux aussi ramener les électeurs de la gauche qui ne peuvent se retrouver dans un PS devenu totalement immobile. Je souhaite que les gens se disent, même s'ils ne sont pas d'accord avec tout: on ne peut pas continuer comme ça; lui, au moins, il va faire bouger les choses.

Source : http://www.u-m-p.org, le 20 octobre 2006

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