Déclaration de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, sur la politique maritime contenue dans son programme électoral pour l'élection présidentielle de 2007, La Rochelle le 21 octobre 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, sur la politique maritime contenue dans son programme électoral pour l'élection présidentielle de 2007, La Rochelle le 21 octobre 2006.

Personnalité, fonction : LE PEN Jean-Marie.

FRANCE. Front national, président

Circonstances : Conférence de Presse de Jean-Marie LE PEN à La Rochelle le 21 octobre 2006

ti : Mesdames et messieurs,


Vous le savez, à coeur breton, nul port de mer n'est étranger, surtout qu'amoureux des bateaux par tradition familiale et par goût personnel, je suis toujours ému lorsque je songe aux merveilleuses histoires des marins, voyageurs, aventuriers, corsaires et soldats partis de La Rochelle, de Brest, de Nantes ou de Bordeaux à la conquête du monde.

Chacun des grands ports de la façade atlantique française a son histoire, ses traditions, ses particularités.

Incontestablement, du XVIème au XVIIIème siècle, les marins de La Rochelle furent les premiers à participer à l'exploration et à la mise en valeur du Nouveau Monde. C'est d'ici même que s'embarquèrent les fondateurs de Montréal et la plupart des colons Français du Canada.

Plus tard, depuis La Rochelle et d'autres ports, la marine envoya sa flotte combattre bien sûr, mais aussi surveiller les comptoirs d'Afrique, des « îles à sucre » (les Antilles) et de la « Nouvelle France ».

La France, alors dotée d'une solide marine de guerre et d'une ambition universelle, avait mis en oeuvre une grande politique maritime.

Depuis quarante ans, dans la foulée de la disparition de l'Empire colonial, les gouvernements français successifs ont dédaigné la mer.

Ils ont oublié qu'elle était à la fois une réserve de ressources alimentaires et d'énergies fossiles, le formidable support du commerce et de l'industrie des transports, et enfin un redoutable vecteur de puissance militaire.

Permettez-moi d'en donner un premier exemple tout-à -fait récent, puisque j'ai visité ce matin la Cité de l'huitre à Marennes, inaugurée le 9 octobre dernier, en vous signalant au passage que je suis « né natif », comme on disait dans la Royale, de la Trinité sur Mer dans le Morbilhan, qui était naguère le « berceau de l'huitre plate », espèce aujourd'hui pratiquement disparue.

C'est une belle réalisation, une superbe vitrine qui rappelle que la France est le premier producteur d'huîtres de l'Union européenne. Hélas, la relative bonne santé de l'huitre ne s'étend pas aux moules et aux palourdes, puisque l'ensemble du secteur de la conchyliculture affiche un déficit commercial de 50 millions d'euros par an.

Malheureusement pour notre pays, il en va des ressources alimentaires de la mer comme du commerce et de l'industrie qu'elle génère.

Or, aujourd'hui comme hier, l'exploitation des divers potentiels qu'offre la mer est essentielle à la prospérité des nations qui ont la chance d'avoir une façade maritime.

De surcroît, je crois que la politique du grand large, c'est celle des grandes ambitions.

C'est à cette vocation que notre pays a aujourd'hui renoncé, limitant son horizon politique à l'Europe continentale, appendice occidental de l'immense Eurasie.

Bien évidemment, il s'agit là d'un choix idéologique lié à la construction de l'Europe et non pas d'un fait géopolitique.

I- En effet, à l'orée du troisième millénaire, la France dispose d'atouts considérables, qui lui confèrent de fait le statut de grande puissance mondiale.

D'un point de vue territorial tout d'abord, notre pays a un horizon planétaire.

Nous possédons en effet de grandes îles :
la Corse en Méditerranée,
la Réunion et Mayotte dans l'Océan Indien,
la Martinique et la Guadeloupe dans le bassin Caraïbe,
la Nouvelle Calédonie et la Polynésie dans le Pacifique sud,
les terres australes et antarctiques

mais aussi 30.000 petites îles et îlots dispersés aux quatre coins du monde.

Il s'agit là de points d'appuis témoignant de l'horizon mondial de notre pays.

Ces perspectives stratégiques évidentes par elles-mêmes, semblent être tombées en désuétude, au moins dans l'esprit de nos dirigeants, qui ont tous réglé leur montre à l'heure de la fin de la guerre froide, des « dividendes de la paix » et du nouvel ordre mondial.

En vérité, même si nous étions entrés dans une ère où le commerce prend le pas sur la guerre, la puissance économique et commerciale resterait liée à la sécurité des communications.

Je ne prendrais qu'un seul exemple : la souveraineté française sur les îles Eparses dans le canal du Mozambique permet théoriquement à notre pays de contrôler plus de 90% du trafic maritime dans cette région, où transite une bonne part du commerce entre l'Asie, l'Europe et l'Amérique.

Une grande politique maritime permet donc d'assurer la continuité des approvisionnements, mais aussi de bénéficier de matières premières ou de ressources alimentaires indispensables.

Ainsi, la France dispose de plus de 11 milliards de km² de zone économique exclusive, c'est-à-dire d'un immense patrimoine maritime. Cette zone exclusive contient, on le sait, de considérables richesses halieutiques et minérales, qu'il faut impérativement mettre en valeur par une politique d'exploitation bien définie.

Notre économie recèle ainsi d'immenses possibilités de développement : 20% de la production mondiale de pétrole est issue du sous-sol marin, et les scientifiques font état de gisements potentiels autour de Saint-Pierre et Miquelon.

Partout, les fonds marins regorgent de nodules polymétalliques ainsi que de minéraux aussi divers que le cuivre, le nickel, le cobalt, la manganèse ou l'uranium !

II- Tout cela est bel et beau, mais hélas, ne sert à rien.

Toutes ces ressources sont quasiment inexploitées, en raison de l'absence de navires battant pavillon français, de l'absence de politique de recherche-développement en matière de fonds marins, de l'absence d'intérêt des uns et des autres...

L'économie maritime française est en voie d'atrophie.

Prenons d'abord l'exemple de l'industrie de la construction et de la réparation navale.

En matière de constructions militaires d'abord, la Direction des Constructions Navales annonce, à nouveau, une baisse d'activité de 6% pour 2006.

En matière de constructions civiles, les crises successives des arsenaux ont durement affecté les entreprises du secteur.

Heureusement, l'industrie française a su se créer une spécialité dans la gamme des navires à forte valeur ajoutée (paquebots de croisière, méthaniers, ferries, etc...) qui lui assure encore un bon niveau d'activité.

Mais cela n'est qu'une niche, et la bataille principale, celle du transport des marchandises et des matières premières, semble, hélas, perdue par nous.

dans le domaine des grands navires, le tonnage construit en France a baissé a été divisé par 3 entre 1980 et 2005.
L'emploi salarié industriel a considérablement reculé dans ce secteur.
Les Ateliers et Chantiers du Havre ont fermé en janvier 2000.
Les Chantiers de Saint-Nazaire et de Lorient sont passés sous le contrôle du norvégien Aker Yards en mai dernier.

La base industrielle de la construction navale est donc entamée, ce qui a entraîné l'effondrement de tous les secteurs qui lui étaient adossés.

Conséquence du ralentissement de son effort de construction, la France ne dispose plus ni d'une flotte adaptée, ni d'une importante capacité d'affrètement, ni même d'un environnement portuaire capable d'affronter les zones d'échange concurrentes.

La marine marchande comptait 424 bâtiments en 1980, plaçant la France au 4ème rang mondial.

Il n'en reste aujourd'hui que 212, soit exactement la moitié, et la France se retrouve au 27ème rang.

Cela se comprend, le coût du pavillon Français étant le plus élevé de l'Union Européenne.

Notre marine marchande a été sacrifiée au libre-échangisme mondial, qui a amené la concurrence des marines coréennes et japonaises, dont les tarifs de fret étaient considérablement inférieurs aux nôtres, pour des raisons de sous-évaluation monétaire et d'absence de charges sociales sur les salaires.

Le résultat en est la disparition à échéance prochaine d'une capacité de fret française proprement indépendante.

C'est déjà grave, mais pas aussi grave que la situation de notre marine de guerre.

Rogné d'années en années, le budget d'équipement de la Défense nationale ne nous permet plus d'avoir une Marine digne de ce nom.

Depuis 1992, nous avons du désarmer 36 bâtiments, dont 2 porte avions et 8 sous-marins.

Nous n'avons toujours qu'un seul porte avion, le Charles de Gaulle. La plupart des bâtiments de la flotte sont vétustes, les programmes de modernisation sont incertains, en raison de nos difficultés financières. On manque de Chalands de débarquement, de moyens aéronavals d'observation, ce qui nous place une nouvelle fois dans la dépendance totale à l'OTAN.

Dès lors, la souveraineté militaire et la puissance géopolitique de notre pays ont vécu.

Comme d'ailleurs notre indépendance alimentaire, puisque désormais, il est acquis, notamment à Bruxelles, que la pêche française doit disparaître au profit de l'Espagne dans un premier temps, puis des pays de l'hémisphère sud.

Ainsi, de 11.700 navires en activité en 1983, on tombe à moins de 6.000 aujourd'hui. Le port de La Rochelle, qui fut naguère le 4ème port de pêche français, n'abrite plus que des bateaux de plaisance !

Le symbole de La Rochelle aujourd'hui, ce n'est plus ni l'industrie ni la pêche, mais les Francofolies !

L'effondrement de la pêche est la conséquence directe de l'ouverture à la concurrence mondiale, de la politique des quotas, de la limitation des prises, du chantage aux aides à la modernisation !

L'Europe bleue a plombé le bilan de nombreux bateaux, acculés à la faillite.

Le résultat est simple : 1 million de tonnes de poissons sont importées chaque année et la France accuse un déficit commercial de 14 milliards de FF par an dans ce secteur !

Tandis qu'aux Kerguelen, les flottes russes et japonaises pêchent de façon intensive, on interdit aux pêcheurs Français de dépasser les quotas de langoustines, de soles et de cabillauds.

La prise des thons va être interdite en Méditerranée, pendant que d'autres, continuent, ailleurs, à assassiner l'espèce, par des prélèvements massifs.

A juste titre, les professionnels bretons n'hésitent pas à parler de « torpillage des pêches françaises par l'Union Européenne ».

Aujourd'hui en effet, l'Europe s'attaque à la pêche en grands fonds, ce qui est catastrophique pour Lorient, dont les pêcheurs capturent 6000 tonnes par an d'espèces vivant en eau profonde, soit 30 à 50% de leur tonnage total.

Petit-fils et fils de patron-pêcheur, marin pêcheur moi-même dans ma jeunesse, je veux leur dire ma profonde solidarité.

III- Mesdames et messieurs, après le bilan, fut-il très lourd, vient le temps de la réflexion et de l'action.

La France doit renouer avec sa tradition de grande puissance maritime. C'est là une question de puissance et de prospérité, mais aussi d'identité.

Ecoutons le bel hommage de Jacqueline Tabarly à Eric, qui est aussi un hommage à la France.

« La mer peut être source de vie et de puissance, de force et d'alliance entre les hommes. La France n'a jamais été aussi grande que lorsque ses bateaux, de guerre comme de commerce, allaient sur l'eau pour son plus grand rayonnement. Mais il y a de cela très longtemps. Et depuis trop longtemps, nos gouvernants, quels qu'ils soient, ont tourné le dos à la mer »

En effet, Mesdames et Messieurs, comment se fait-il que la France, qui est le pays le plus maritime d'Europe par son kilométrage de côtes, ne possède pas un véritable ministère de la Mer ?

La mer française dépend directement ou indirectement d'une dizaine de ministères, ce qui interdit toute politique d'ensemble.

Comment se fait-il que la France ait accepté que l'on brade, hier sa marine marchande et aujourd'hui ses pêches ?

Il n'est que temps de mettre un terme à ces gaspillages et à ces erreurs politiques.

La puissance maritime est une vieille réalité géopolitique, pointée par les auteurs du début du siècle, tels Mac Kinder, qui considérait que les puissances maritimes encerclaient les puissances continentales.

Cette vision doit être prise en compte dans le monde d'aujourd'hui, qui je le répète, reste évidemment un monde de rapport de forces.

Une grande politique de la mer suppose de préserver la souveraineté française sur notre zone économique exclusive, sur nos zones de pêches, sur nos territoires et départements d'outre-mer.

Pour cela, il faut construire des bateaux, pour redresser la situation de la marine marchande, renforcer la capacité opérationnelle de notre marine de guerre et exploiter les considérables gisements d'emplois de l'industrie nautique, qu'elle soit civile ou militaire.

Ainsi, la France sera plus présente sur les océans du globe, contribuant à limiter le risque de catastrophes écologiques maritimes, en raison du contrôle effectif du trafic dans telles et telles zones.

L'économie de la mer, par nature pourvoyeuse d'emplois industriels, militaires ou artisanaux, ne peut être oubliée : la pêche française ne pourra être sauvée que si nous sortons de l'Europe bleue.

Il nous sera ainsi possible de protéger notre marché national, et de préserver nos entreprises de pêche.

Je propose également de créer des zones industrielles franchisées en bord de mer, pour dynamiser l'activité de construction et de réparation navale, et des Ports de Pêche franchisés, pour restaurer la profitabilité de la pêche industrielle et artisanale.

Enfin, un effort de recherche - développement public doit être consenti pour développer toutes les technologies relatives à l'exploitation du sous-sol marin.

C'est peut-être là que résident les sources d'énergie de demain.

Voilà à grands traits, mesdames et messieurs, l'objectif de la grande politique maritime que je compte mettre en oeuvre si je suis élu Président de la République.

Vous l'aurez compris, elle correspond à une certaine vision de la France, à une certaine conception de sa grandeur et de son rayonnement.

C'est l'objet de ma candidature, et depuis toujours, le sens de mon combat.

Je vous remercie.


Source http://www.frontnational.com, le 25 octobre 2006

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