Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, sur "Europe 1" le 31 octobre 2006, sur la sécurité dans les transports en commun et sur sa candidature à la mairie de Lyon. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, sur "Europe 1" le 31 octobre 2006, sur la sécurité dans les transports en commun et sur sa candidature à la mairie de Lyon.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer;

ti : Q- Vous êtes en charge des transports publics et de leur sécurité, et parfois, de leur insécurité. D'abord, pouvez-vous confirmer que les quatre jeunes interpellés sont les auteurs de l'incendie du bus, et que la police est allée aussi vite que ce que disait hier, ici, à votre place, N. Sarkozy ?

R- Ce sont des suspects. Ensuite, l'enquête dira si il y a certitude sur leur culpabilité. Ce qui était très important, c'est que nous mettions tous les moyens pour retrouver les auteurs présumés de ce crime abominable. Et hier, nous en avions encore reparlé chez le Premier avec N. Sarkozy. Et vraiment, les policiers, le procureur de Marseille, tout le monde s'y est mis, les moyens scientifiques et techniques, les systèmes d'investigation, l'appel à témoins, qui est très important, et...

Q- Donc, les voisins ont parlé, pensez-vous ?

R- Probablement, en tout cas, il avait été rappelé que, depuis une loi que j'avais fait voter, on peut témoigner de manière anonyme, en étant protégé. Et je rappelle d'ailleurs que toute la gauche s'était mobilisée contre ce texte, je ne l'oublie pas...

Q- Pas de politique, tout de suite...

R- Eh bien, si. Parce que, quand on vient donner des leçons aujourd'hui, il faut se souvenir des actes que l'on a posés dans le passé, et là, il y avait une hostilité manifeste. Alors que c'est probablement un des moyens qui a permis de retrouver ces suspects.

Q- Vous avez été ministre de la Justice. Que va-t-il arriver à ces mineurs, il y en a trois sur les quatre interpellés ?

R- L'enquête va se dérouler et ils risquent de très longues peines de prison.

Q- Se déplacer en RER ou en bus, c'est devenu une aventure dangereuse. Reconnaissez-vous que beaucoup d'usagers puissent avoir peur ?

R- Je comprends que beaucoup d'usagers puissent avoir peur. Je veux simplement rappeler, qu'y compris ces derniers jours, il y a eu effectivement un certain nombre d'incendies de bus, que pour autant le service a été assuré, et je dis bravo aux conducteurs, bravo aux conducteurs de bus, aux conducteurs de tramways, aux conducteur de métro et de trains. Et que, pour l'essentiel, le service a pratiquement partout été assuré, sauf quelques exceptions. Donc, cela veut dire aussi, qu'il y a aussi un grand nombre de transports qui se déroulent dans de bonnes conditions. Mais nous devons être encore meilleurs, en termes de prévention, et nous travaillons là-dessus avec les transporteurs...

Q- Cela veut dire qu'il y aura des CRS ? Parce que beaucoup les réclament, dans les autobus, dans tous les moyens de transport ? Je sais que vous avez encouragé le développement à la SNCF, à la RATP, d'agents de sécurité internes.

R- Ce qu'il faut, c'est à la fois, renforcer les moyens de police - c'est ce qu'a fait N. Sarkozy - avec en particulier une police spécialisée des transports, tout spécialement en région parisienne, mais pas seulement en région parisienne. La SNCF accentue son recrutement pour son service de sécurité - 2300 personnes, ce n'est pas rien - ; la RATP, a également un service de sécurité - 1100 personnes, ce n'est pas rien. Et puis, il faut qu'il y ait une bonne articulation entre les sociétés de transports et les PC des polices, dans les différentes villes, c'est très important.

Q- Ces agents de sécurité, on va essayer de voir ce qu'ils font. D'abord, ils sont armés, on les voit avec des armes ?

R- Bien sûr. Mais nous avons souhaité, à la suite des incidents de l'an dernier, qu'ils puissent disposer de pouvoirs judiciaires plus importants. C'est la raison pour laquelle, dans le texte qui est actuellement en discussion au Parlement, qui a été voté au Sénat, qui va être voté à l'assemblée, et qui sera en application d'ici à la fin de l'année, ils auront la possibilité de procéder à des procès-verbaux et à des constatations d'infractions...

Q- D'abord, à des contrôles...

R- Des contrôles d'identité, et des constats d'infractions. Et ils pourront exiger que certaines personnes, sortent du train ou sortent du bus.

Q- C'est-à-dire, ils ne les signalent pas à la police pour qu'elle les interpelle, ils le font eux-mêmes ?

R- Ils pourront le faire eux-mêmes.

Q- Mais n'y a-t-il pas un danger de police parallèle, là ?

R- Non, ce seront des gens contrôlés, à la fois, habilités par le préfet et par le procureur de la République, et ce sont des moyens complémentaires. Ce sont, comme je le disais tout à l'heure : 2300 à la SNCF plus 1100 à la RATP. Cela veut dire qu'on a, là, 3500 personnes de plus sur le réseau francilien. C'est...

Q- Mais ils ne remplacent pas les CRS ?

R- Cela vient s'ajouter aux policiers et en particulier à la police des transports, qui est de l'ordre de 1500 personnes sur la région parisienne.

Q- Le maire d'Evry, M. Valls, Parti socialiste, propose la mise en place d'une police des transports, "pour rassurer, dit-il, et pour empêcher les voyous de passer à l'acte".

R- Il est décalé, là, parce qu'elle existe la police des transports, alors, je ne sais pas... Peut-être n'est-il pas au courant. Mais je viens de vous expliquer le dispositif ; il y a une police des transports qui a été mise en place par le ministre de l'intérieur...

Q- Mais qui concerne aussi l'Ile-de-France ?

R- Mais qui concerne aussi l'Ile-de-France. Alors, peut-être a-t-il autre chose en tête ? Peut-être l'élargissement du nombre d'agents de sécurité chez les transporteurs ? Mais la police des transports existe.

Q- Mais pour rassurer, pour calmer toutes les craintes de ceux qui, dans les villes, Marseille, Lyon, Toulouse, Grenoble, et des villes plus modestes, ont des inquiétudes, que faut-il faire ? Faut-il multiplier la présence de policiers et d'agents de sécurité ? Il y a autre chose ?

R- On vient de parler des effectifs de police, il y a aussi une police des transports à Lyon, Marseille, dans les très grandes villes. Je pense qu'il nous faut aussi faire de la prévention. La prévention, cela veut dire quoi ? Cela veut dire, développer la vidéo surveillance, c'est très important, à la fois, dans les trains, dans les tramways, dans les métros, et dans les bus...

Q- Est-ce efficace ou pas ?

R- C'est efficace, parce que : un, c'est dissuasif, et deux, cela permet l'enquête judiciaire dans de meilleures conditions. Deuxièmement, il faut améliorer les liaisons entre les véhicules de transport et les PC sécurité. On peut le faire...je vais être très concret : vous avez un bus qui est suivi par GPS, avec...si il a un bouton d'alerte que le conducteur peut déclencher dès qu'il sent que quelque chose ne va pas, on peut avoir immédiatement dans un PC-police l'indication d'une alerte, et le lieu précis du bus. Et à ce moment-là, une voiture de police peut intervenir tout de suite. Donc, vous voyez, on peut mettre en place des dispositifs techniques, c'est ce que nous faisons, c'est ce que l'on a déjà engagé, c'est ce qu'il faut poursuivre pour sécuriser, et pour que les usagers aient ce sentiment de sécurité indispensable.

Q- Il y a parfois des pépins, parce qu'à Marseille cela n'a pas fonctionné, alors ?

R- C'est vrai qu'à Marseille on est...alors que cette ville montrait depuis quelques jours, la maturité de sa population, le savoir vivre ensemble, y compris dans des quartiers dits difficiles, pourtant c'est là qu'a eu lieu un incident. Et je crois qu'on peut, d'abord le regretter en pensant à cette jeune femme, et puis, le regretter parce que, je sais le travail associatif, municipal, qui est fait à Marseille, un travail de grande qualité, et malgré cela, il y a eu cette énorme bavure.

Q- Dans ce climat incertain, et peut-être même, dangereux, le moment est-il bien choisi pour déclencher une grève le 8 novembre à la SNCF ?

R- C'est un tout autre sujet. La question de la grève du 8 novembre, se pose moins par rapport à la situation dans un certain nombre de villes, que par rapport à l'idée qu'on se fait de ce que doit être le dialogue social dans une grande entreprise performante et moderne comme la SNCF.

Q- Peut-on éviter cette grève du 8 novembre ?

R- Ce que je regrette, c'est que l'on affiche la grève un mois et demi à l'avance, et que, aujourd'hui, à quelques jours de cette grève, on n'a toujours pas la plate-forme de revendications. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que, la grève...

Q- Non, mais cela veut dire que le préavis n'est pas encore déposé ?

R- Le préavis n'est pas encore déposé, ce qui est encore légal, puisque c'est cinq jours, donc d'ici au 3 on est dans le délai. Mais cela veut dire autre chose. Cela veut dire que, comme on n'a pas la plate-forme de revendications, on ne peut pas essayer par la négociation d'éviter la grève. C'est-à-dire, qu'il y a une espèce d'habitude, d'affichage de la grève, a priori, sans que l'on se donne les moyens par la négociation, par la discussion, de construire un bon compromis entre la direction...

Q- Oui mais cela c'est un jugement politique sur le dialogue social et ses perversités, vous le savez bien, il ne fonctionne pas. Est-ce que les voyageurs de novembre pourraient, d'après le ministre des Transports, ce matin, échapper à la grève prévue du 8 ?

R- Eh bien justement, si on avait à la fois une plate-forme de revendications précise et puis, donc, à ce moment-là, la possibilité d'en discuter, on pourrait essayer d'éviter la grève. Alors, quelle sera-t-elle ? Je n'en sais rien. Mais il y a manifestement la volonté de ceux des syndicats qui ont déposé, qui ont annoncé cette grève, la volonté de ne pas en discuter sur le fond avant la grève et de faire de la grève une manifestation de force alors que la grève doit être le constat d'un échec.

Q- Mais est-ce que ce matin c'est un appel au dialogue social du ministre des Transports, qui s'adresse autant à la chef de la SNCF, un peu contestée ces derniers jours, A.-M. Idrac, que vous connaissez bien, qu'aux syndicats ? Vous leur dites : mettez-vous d'accord, parlez-vous, avant de faire grève ? C'est ce que vous dites ce matin, ou alors c'est la condamnation de l'absence de dialogue ?

R- Bien entendu, et je l'ai dit il y a huit jours à l'assemblée nationale sur une question d'actualité d'un parlementaire. Discutons, faisons en sorte que le droit de grève, d'une part et le droit des usagers, d'autre part, soient mieux compatibles, puissent mieux aller ensemble. Et pour y parvenir, pour respecter les usagers tout en respectant le droit de grève, il faut tout faire pour aboutir par la négociation en évitant la grève à régler les problèmes. Et ça n'est pas en faisant comme cela semble devoir se faire qu'on va y arriver.

Q- Dans Le Figaro le président de la République distribue aujourd'hui des bons points à des ministres et au Premier d'entre eux. Ceux que n'a pas cité le président de la République, les a-t-il oubliés ou n'a-t-il pas eu le temps, ou la place de le faire ? En tout cas, le Gouvernement reçoit une bénédiction qui est plus tactique que sincère. Pour 2007, il dit : "tout est possible".

R- Pourquoi vous mettez en cause la sincérité ? Je crois que...Moi, je prends bien en tout cas cette interview parce que quelque part, il signifie que le Gouvernement à de bons résultats, et c'est vrai ; c'est vrai sur le chômage, c'est vrai sur la construction de logements, c'est vrai sur les investissements publics...

Q- C'est-à-dire, c'est pour donner le moral aux ministres, au Gouvernement ? Ils étaient en train de le perdre ?

R- C'est pour dire aux Français : le Gouvernement agit, le Gouvernement a de bons résultats, sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan de la sécurité, il faut agir jusqu'au bout, et moi président de la République, jusqu'à la fin, jusqu'à l'ultime moment de ce quinquennat, je veillerai à ce que le Gouvernement ait les moyens politiques de travailler.

Q- Il y a un plaisir pour D. Perben, de dire : "moi, président de la République" en parlant comme J. Chirac. Vous l'avez accompagné en Chine, quand vous entendez dire, qu'il prévient que "tout est possible", que pensez-vous ?

R- Cela veut dire que "tout est possible". J'ai été très fier de l'accompagner en Chine, et d'entendre l'expérience, la vision mondiale de J. Chirac, c'est très impressionnant.

Q- "Tout est possible" ?

R- "Tout est possible".

Q- Oui. Vous l'avez trouvé en forme ?

R- Très en forme. Pour que tout soit possible. Et un interlocuteur respecté et admiré à l'étranger et en particulier par les dirigeants chinois, ça m'a beaucoup frappé, avec une vraie vision de la géopolitique.

Q- Un mot sur vous, vous allez vous présenter aux prochaines élections je crois à la mairie de Lyon ?

R- De Lyon, bien sûr.

Q- Face à G. Colomb qui est bien implanté. Depuis le week-end on sait qu'il y a A. Begag qui a envie d'être candidat. Est-ce que c'est une présence autonome télécommandée par D. de Villepin ou il sera sur votre liste ?

R- Je lui ai toujours proposé de travailler avec lui, je pense qu' Azouz, qui comme moi est né à Lyon, qui a une expérience, qui connaît beaucoup de gens, qui a réfléchi sur la façon de construire une ville j'allais dire multiculturelle et en même temps chaleureuse et sympathique, je suis tout à fait ouvert à travailler avec lui, il le sait et c'est sans doute ce qu'il a voulu dire peut-être un peu maladroitement.

D'accord, il répondra dans la journée. Merci.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 3 novembre 2006

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