Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Les Nouvelles calédoniennes" le 3 novembre 2006, sur la situation politique locale et la stratégie électorale de l'UDF pour la Nouvelle-Calédonie et l'outre-mer. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Les Nouvelles calédoniennes" le 3 novembre 2006, sur la situation politique locale et la stratégie électorale de l'UDF pour la Nouvelle-Calédonie et l'outre-mer.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président

ti : François Bayrou est le premier candidat à l'élection présidentielle à

venir faire campagne en Calédonie. De récents sondages font de lui le

personnage clé dans la conquête de la charge essentielle. Le patron de

l'UDF, marchant sur les traces de Raymond Barre et de Michel Rocard,

rêve de faire travailler dans un même gouvernement des hommes venus d'

horizons différents, de droite et de gauche.

Q- Les Nouvelles Calédoniennes : L'image de l'outre-mer en Métropole

n'est pas souvent flatteuse. Comment expliquez-vous cela ?

R- François Bayrou : Comme vous le savez, j'ai exprimé beaucoup de

réserve sur la manière dont l'Etat s'est comporté outre-mer dans les

décennies précédentes et j'ai toujours considéré que l'idée d'

impartialité de l'Etat n'a pas été respectée. Et je pense que c'est en

grande partie ce qui explique la mauvaise image de l'outre-mer en

Métropole. On a eu l'impression que c'étaient des concessions et je n'

ai pas aimé cette période. Pour moi, il ne peut y avoir d'Etat s'il n'

est pas impartial. Si l'Etat est partisan, si l'Etat est clanique, l'

Etat est fautif. Et cela se retourne contre lui, contre le pays, contre

les citoyens. Ce combat-là, c'est le mien et cela n'a jamais cessé de

l'être. En Guadeloupe, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie, j'ai

toujours dit la même chose et je continuerai à le faire. Si l'Etat est

impartial, il rassemble et donne confiance. Je pense que le XXe siècle

aurait dû nous apprendre ça.

Q- LNC : L'indexation des fonctionnaires et des fonctionnaires

retraités en outre-mer fait débat. Êtes-vous favorable à une remise à

plat du système ?

R- F.B. : J'ai proposé en Polynésie que l'on mette toutes les cartes

sur la table et, au lieu de se battre sur des affaires idéologiques,

qu'on regarde la vérité du coût de la vie et on verra qu'il y a des

différences. J'ai indiqué un sujet qui me préoccupait et qui devra être

traité, c'est la situation des fonctionnaires qui font toute leur

carrière en Métropole et qui ne viennent s'installer outre-mer que pour

leur retraite. On peut s'interroger, notamment au nom de l'équité.

Alors je suis prêt à entendre des objections, notamment pour les

fonctionnaires originaires d'outre-mer, mais il m'a semblé observer ces

derniers temps que de plus en plus de fonctionnaires ayant fait toute

leur carrière en métropole s'installaient outre-mer pour avoir une

retraite avec surprime. Ça pose un problème en termes d'équité. Mais,

pour le reste, il s'agit d'un booster pour l'outre-mer. Certains de mes

amis disent qu'il vaudrait mieux donner l'argent directement aux

gouvernements locaux. Je n'en suis pas sûr. Je ne crois pas trop à la

centralisation jacobine. Il faut regarder le coût de la vie et je suis

certain qu'on verra qu'il n'y a pas vraiment lieu à polémiques.
Quant à la défiscalisation, ceux qui parlent de la remettre en cause ne

le feront pas car un rapport récent a prouvé de manière unanime qu'elle

constituait un vrai moteur pour le développement de l'outre-mer. Il y a

peut-être des ajustements et des réglages à faire mais il me semble

que, placés devant la réalité, la plupart des décideurs politiques s'

accorderont pour ne pas remettre en cause ce qui a eu des effets aussi

positifs sur le développement de l'outre-mer.

Q- LNC : Quelle est la position de l'UDF sur le gel du corps électoral

?

R- F.B. : Je vais dire les choses en pesant mes mots. C'est un dossier

dangereux. Je rappelle qu'à l'époque, l'une des rares personnalités

locales qui aient dit « attention, il risque d'y avoir dans cette

affaire une mine », c'est Didier Leroux. Mais il y a eu un accord. Et

moi je veux mettre en garde contre la remise en cause des accords. C'

est une période dangereuse dans laquelle nous entrons. Je considère que

ces accords ont permis d'assurer la paix civile et une perspective de

développement pour la Calédonie. Je comprends très bien les

frustrations mais il faut remettre les choses dans leur cadre parce

que, quelquefois, il me semble qu'on ne connaît pas bien ou on a oublié

les détails de cette affaire. Je veux rappeler que, pour les

municipales et les législatives, tout le monde vote. Je veux rappeler

que pour la décision qui sera le terme ou la conclusion du processus,

l'affaire du corps électoral est réglée et personne ne la remet en

cause. C'est un corps électoral rigoureux, rigoureusement défini. Il

n'y a donc que pour les provinciales que la question se pose. Alors je

comprends très bien les frustrations mais je demande à tout le monde,

sachant la sensibilité du dossier, de réfléchir. De réfléchir au risque

dans une période où l'avenir de l'usine du Nord n'est pas encore

clairement défini. Je rappelle que c'était les deux grands chapitres de

l'accord. Voilà, je ne suis pas Calédonien, je ne donne pas de leçons,

mais je demande vraiment que l'on réfléchisse. Nous, nous voterons le

texte qui sera présenté.

Q- LNC : Pensez-vous que les grands projets miniers constituent une

chance ou un risque pour la Calédonie ?

R- F.B. Je soutiens l'idée du développement économique dans le Nord. Je

pense que la Calédonie a besoin d'un équilibre et je suis pour soutenir

ce développement. J'espère que l'on va avoir des réponses rapidement et

qu'elles seront positives, parce que toute la population calédonienne

ne peut pas venir vivre à Nouméa. Évidemment, je suis comme tout le

monde et je préférerais que le stade des questions soit derrière nous

et que l'on soit déjà au stade des réponses, des projets et de la

programmation. Mais je n'ai aucune réponse actuellement. J'ai interrogé

tous ceux qui savent, devraient savoir ou sont censés savoir et eux non

plus n'ont pas de réponse. C'est d'ailleurs la même inquiétude que pour

le corps électoral. C'est le même ensemble.

Q- LNC : Est-il, selon vous, plus facile d'entreprendre en Calédonie

que dans les autres territoires d'outre-mer ?

R- F. B. : Je pense que l'écart entre la Nouvelle-Calédonie et ses

principaux concurrents de la région est plus resserré que dans les

autres territoires d'outre-mer. Et je pense que c'est mieux de ce point

de vue-là. La Nouvelle-Calédonie approche des 20 000$, c'est l'unité

internationale, de PIB par habitant, la Métropole, c'est 24 000. Pareil

pour l'Australie ou la Nouvelle-Zélande. On est là dans des zones qui

ont le même ordre de niveau de vie et c'est une chance pour la

Nouvelle-Calédonie. Les investissements le montrent.

Q- LNC : Dans vos interventions, vous faites souvent référence à

Raymond Barre et à Michel Rocard. Soucieux tous les deux de travailler

avec des hommes venus d'horizons différents, ils ont échoué dans leur

quête d'ouverture politique. Pourquoi auriez-vous plus de chances qu'

eux de réussir ?

R- F.B. : D'abord, ils n'ont pas tellement échoué. Cette démarche est

restée une référence pour les Français. J'ai toujours cette nostalgie,

je pense que Barre et Rocard auraient dû travailler ensemble car ils

avaient en fait le même projet. Mais ceci appartient à un temps qui n'

est plus d'actualité. Mais surtout, les Français ont eu sous les yeux

des décennies d'échec de l'approche partisane et clanique. La dimension

des défis que nous avons devant nous et leur urgence ne supportent plus

que l'on se comporte comme autrefois. Si vous ajoutez le défi de la

dette, le défi du climat, le défi de la formation, le défi du modèle de

société, le défi international, si vous regardez ça, vous vous dites

que l'on ne peut pas continuer avec des gouvernements ultra-

minoritaires. Or, la place des extrêmes fait que tout gouvernement est

minoritaire. Tout gouvernement de la moitié du pays contre l'autre

moitié, en raison du poids des extrêmes, est ultra-minoritaire et je

pense que l'on ne peut pas continuer comme ça. Donc, il est nécessaire

de reconnaître qu'au moins ceux qui pensent la même chose, quelle que

soit leur étiquette, pourraient travailler ensemble.

Q- LNC : Si vous êtes élu président de la République, vous demanderez

donc à votre Premier ministre de former un Gouvernement avec des gens

de droite et des gens de gauche ?

R- F.B. : C'est exactement mon engagement. D'accord sur l'essentiel,

s'accordant sur des priorités essentielles, décidés à dépasser les

clivages et représentant ainsi une véritable majorité du pays et non

une minorité. Ne serait-ce que pour sortir le pays des problèmes qui

sont les siens et pouvoir ainsi entreprendre des réformes qui sans cela

ne pourront pas être accomplies. Je ne supporte plus les alternances

qui font que le gouvernement qui arrive démolit ce qu'a fait le

gouvernement qui s'en va. Ça a coûté très cher à notre pays et cette

situation doit être changée. Il faut trouver un chemin nouveau.

Q- LNC : Et si vous devez vous « contenter » d'un rôle d'arbitre,

quelle sera votre attitude au second tour ?

R- F.B. : C'est très simple, l'avenir de cette élection se joue au

premier tour. C'est à l'Elysée que ça se joue et c'est au premier tour

que ça se joue. Je ne me laisserai jamais prendre au piège de tous ceux

qui veulent que l'on présente aux Français un premier tour préfabriqué.

J'observe d'ailleurs, et un récent sondage du Journal du Dimanche le

prouve, que ce premier tour préfabriqué, les Français n'en veulent pas

! Eh bien, pour moi, c'est un grand motif d'encouragement.
Tout mon travail, tout mon effort, toute mon énergie seront consacrés

dans les mois à venir à montrer aux Français qu'ils ont une

alternative. Qu'ils peuvent changer la donne. Et je les aiderai à

changer la donne.

Q- LNC : Que pensez-vous de la tournure actuelle de la campagne en

Métropole ?

R- F.B. : Je pense que les patrons sont les Français et quiconque s'

adressera à eux en les estimant, en ne se laissant pas impressionner

par l'extraordinaire matraquage déployé pour obtenir le résultat que

vous savez, celui-là rencontrera leur confiance.

Q- LNC : Pensez-vous possible une candidature de Jacques Chirac ?

R- F.B. : Il me semble qu'a priori, ce n'est pas la perspective la plus

probable, mais avec Jacques Chirac, j'ai appris à n'écarter aucune

éventualité...

Q- LNC : Qu'est-ce que le parler vrai en politique ?

R- F.B. : C'est ce que je suis en train de faire devant vous.


Source http://www.udf.org, le 7 novembre 2006

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