Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "LCI" le 9 novembre 2006, sur le dialogue social à la SNCF au lendemain de la grève, sur la réforme du permis à points. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "LCI" le 9 novembre 2006, sur le dialogue social à la SNCF au lendemain de la grève, sur la réforme du permis à points.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer

ti : Q- La base n'a pas suivi, avez-vous dit. Considérez-vous la grève d'hier, à la SNCF, comme un échec des syndicats ?

R- Mobilisation faible, bonne garantie du service minimum, bonne réussite du service minimum. Je redis que cette grève aurait dû être évitée.

Q- Pourquoi ?

R- Parce qu'il fallait développer le dialogue et pas après la grève. Il y a une mauvaise habitude à la SNCF, ce n'est pas la seule entreprise française qui est comme ça - où la grève est une espèce de manière de poser un rapport de force, avec d'engager des discussions. C'est dommage. Le bon dialogue social moderne, c'est "on va jusqu'au bout des discussions, et si on ne se met d'accord, à ce moment-là, on va vers la grève. C'est dommage d'inverser les choses.

Q- Pour favoriser le dialogue, ce n'était peut-être pas une bonne idée de la part de A.-M. Idrac de dire que ce dialogue social était archaïque, qu'il datait d'avant le Mur de Berlin. Elle a fait une bêtise.

R- Elle veut faire bouger les choses...

Q- Elle les a plutôt bloquées là !

R- Non, je ne pense pas. D'ailleurs, le résultat, il est là, il y a une faible mobilisation. Je crois que c'est vraiment ce qui s'est passé hier, faible mobilisation et très bonne organisation du service garanti.

Q- Est-ce que le vrai résultat de tout cela, ce n'est pas que A.-M. Idrac, la présidente de la SNCF, recule face aux syndicats sur l'emploi, sur les réformes ?

R- Mais pas du tout ! Elle a fait ses propositions sur l'emploi, sur le calendrier salarial, sur le fret, avant la grève. C'est bien dommage, justement, que face à ces propositions de la direction, de la présidente, il n'y ait pas eu amorçage d'une vraie négociation avec les organisations syndicales. On va le faire maintenant, c'est dommage de ne pas l'avoir fait avant, parce qu'en temps, les usagers ont trinqué.

Q- Le fret ne sera pas filialisé, assure-t-elle : le confirmez-vous ?

R- Bien sûr. Il n'en a jamais été question. Cela fait partie de ces idées fantasmatiques qui permettent de faire semblant de mobiliser pour une grève. L'année dernière, il y avait eu une grève sur le thème de la privatisation de la SNCF, dont personne n'a jamais parlé et qui n'a jamais été...

Q- Les Allemands, eux privatisent aujourd'hui, n'ouvrent-ils pas la voie ?

R- Mais nous sommes en France ! Nous avons aussi la liberté de nos choix. Vous vous souvenez que l'année dernière, j'étais monté au créneau, le président de la République, lui-même était monté au créneau, et d'ailleurs, la grève avait été u n échec. Et cette fois-ci, on essaye de nous faire le coup avec la filialisation du fret.

Q- Pourquoi la droite ne tient-elle pas ses promesses en matière de loi sur un service minimum ?

R- Parce que nous avons mis en place, et je poursuis la mise en place, d'un système de service minimum conventionnel. Comprenons-nous. On ne peut pas, à longueur de journée, expliquer que c'est mieux le dialogue, que c'est mieux le contrat plutôt que la loi et puis lorsque l'on a un vrai sujet qui est celui de la défense des droits des usagers compatibles avec le droit de grève, et que l'on peut avancer par le contrat, ce que nous avons fait en région parisienne - et cela a été respecté hier, on était même au-dessus ! On était à 50 % de trains alors que l'engagement contractuel c'est 30 %. Et nous étendons : j'ai maintenant quinze agglomérations où les transports en commun se sont engagés sur le même type de démarche. Donc, je crois au contrat. Si le contrat ne marche pas, à ce moment-là, on va vers la loi. Mais si le contrat marche, c'est meilleur, cela responsabilise.

Q- Vous souhaitiez qu'un permis de conduire supprimé après la perte du douzième point, soit récupéré très vite, le plus vite possible. Vous avez été déjugé par le Premier ministre.

R- C'est un an au lieu de trois ans !

Q- Non, c'est un an pour pouvoir rattraper ses points mais quand on a perdu son permis, on reste pendant six mois sans permis.

R- Je ne m'étais jamais engagé là-dessus, nous avons trouvé une solution qui me parait tout à fait raisonnable, qui est de dire que l'on peut engager les formalités administratives pour se préparer au nouveau permis, parce que pour récupérer son permis, il faut le repasser. Donc, on peut engager les procédures administratives et, effectivement, pouvoir passer son permis au bout de six mois, alors qu'en fait, en ce moment, ce n'est pas cela. A partir de six mois, vous pouvez engager les formalités administratives, mais très souvent, vous passez votre permis dix mois ou douze mois après.

Q- En effet, un point perdu va revenir au bout d'un an et non pas trois ans. Vous incitez les automobilistes à appuyer sur le champignon !

R- Non, pas du tout. Les décisions que nous avons prises hier en comité interministériel, sont des décisions qui sont des encouragements à la bonne conduite. Je pense que quelqu'un qui perd un point, pour un dépassement de vitesse inférieur à 20 km/h ou un léger franchissement d'une ligne jaune, s'il ne recommence pas dans l'année, eh bien il peut effectivement récupérer son permis (sic) au bout d'an. C'est une incitation à ne pas recommencer. C'est pédagogique.

Q- Reconnaissez-le, il y a aussi un autre aspect : vous avez peur d'un vote sanction des flashés aux prochaines élections ; les gens sont en colère.

R- Cette politique de sécurité routière est extrêmement populaire. Il y a un certain nombre d'irritations ici ou là, mais elle est très populaire. Donc nous poursuivons. D'ailleurs, je vous rappelle les derniers chiffres d'octobre sont encore très bons : -5,5 % de tués ; on est à -14 % depuis le début de l'année sur les dix premiers mois. Ce qui veut dire que malgré le fait qu'on ait beaucoup progressé, 8.700 morts de moins depuis 2002, cela continue de baisser. Ce qui prouve que cette politique est vraiment une réussite.

Q- N. Hulot réclame moins de camions sur les routes et le bridage des moteurs ; estes-vous prêt à lui donner satisfaction ?

R- Moins de camion, c'est évident. On ne peut pas continuer comme cela. J'ai un projet, je suis maintenant à peut près sur de pouvoir le réaliser avant la fin de la législature parce que je veux que ce soit un bel exemple, c'est l'autoroute ferroviaire entre Perpignan et Luxembourg, c'est-à-dire tout cet axe Lorraine-Saône-Rhône, qui est extrêmement embouteillé. Nous allons ouvrir un service aux routiers, qui leur permettra de mettre leur remorque sur cette autoroute ferroviaire. Là, on aura fait du concret. S'agissant de...

Q- Brider les moteurs, c'est plus compliqué ?

R- Brider les moteurs ; je suis déjà en train de défendre bec et ongle - et j'ai du mal - à Bruxelles, le limitateur volontaire de vitesse, qui est déjà une bonne orientation. Mais il faut effectivement développer le débat et essayer d'obtenir, de la part des pays européens, un consensus sur ce type d'orientation.

Q- Vous étiez garde des Sceaux en 2003-2004. Avez-vous détruit vos agendas, comme D. de Villepin a détruit les siens au Quai d'Orsay ?

R- Je ne garde pas indéfiniment mes agendas. Je ne sais pas quel est le dernier qui est encore vivant, mais c'est vrai que je ne les garde pas indéfiniment.

Q- En tant qu'ancien ministre de la Justice, vous considérez que les juges de l'affaire Clearstream sont fondés à mettre en examen éventuellement D. de Villepin ?

R- Je ne vais pas dire une chose pareille ! D'abord, je ne connais pas le dossier sur le plan judiciaire. Deuxièmement, je ne sais pas ce qui est éventuellement reproché à D. de Villepin, apparemment, je ne vois pas bien quoi. Et troisièmement, je ne vais pas m'immiscer, même si je ne suis plus ministre de la Justice, dans une procédure judiciaire. Je ne connais pas le dossier, je fais confiance à la justice, c'est à eux de décider ce qu'ils ont à décider.

Q- M. Alliot-Marie sera entendue demain par les juges...

R- Comme simple témoin.

Q- Oui, simple témoin. C'est bizarre que la ministre de la Défense n'ait pas été mise au courant à l'époque de ce qui se tramait ?

R- Ecoutez, je ne vais pas faire de commentaires sur, encore une fois, des choses que je ne connais pas...

Q- Il y a de la manoeuvre politique dans tout cela ?

R- Je n'en sais rien, je ne veux pas rentrer dans ce débat. Vraiment, quand on ne connaît pas un dossier, on ferme sa gueule !

Q- Un dossier que vous connaissez, c'est Lyon. Deux ministres candidats à Lyon, vous-même et A. Begag. Ça va donner quoi ? Cela va donner un ticket Perben-Begag ou vous lui demandez de se retirer ?

R- Depuis deux ans, je propose à Azouz de partir avec moi. Il m'a d'ailleurs toujours dit qu'il me soutiendrait et qu'il participerait peut-être à l' "aventure" - entre guillemets - municipale, si...

Q- La porte est ouverte ?

R- Bien entendu, et depuis toujours. Nous nous connaissons depuis longtemps, c'est quelqu'un que j'aime bien. Ses déclarations ont paru un peu contradictoires ces dernières semaines, les unes par rapport aux autres. Mais je pense qu'on aura l'occasion ensemble d'en reparler.

Q- "Deux des employés privés de badge à Roissy ont des relations avec des islamistes radicaux", c'est une note de l'Unité de lutte anti-terroriste qui l'affirme. Le confirmez-vous ?

R- Je confirme cette information interne. Mais ce qui est important, c'est ce que nous avons voulu avec N. Sarkozy, et nous nous étions rendus sur place, l'année dernière, à Roissy, pour vérifier les dispositifs. C'est que nous avons le devoir, en tant que ministres chargés de la sécurité - des Transports pour l'un, en tant que ministre de l'intérieur pour l'autre -, nous avons le devoir de vérifier, comme c'est prévu par les textes, que les employés qui travaillent dans les entreprises, dans l'enceinte réservée de l'aéroport, effectivement, remplissent toutes les conditions de sécurité, en particulier par rapport au terrorisme.


Source/premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 novembre 2006

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