Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur la lutte contre l'antisémitisme, tant au niveau national qu'international, les relations franco-israéliennes, la paix au Proche-Orient et sur le refus de l'Iran de suspendre ses recherches sur le nucléaire militaire, Paris le 12 novembre 2006 | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur la lutte contre l'antisémitisme, tant au niveau national qu'international, les relations franco-israéliennes, la paix au Proche-Orient et sur le refus de l'Iran de suspendre ses recherches sur le nucléaire militaire, Paris le 12 novembre 2006

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Dîner du Congrès juif mondial à Paris le 12 novembre 2006

ti : Monsieur le Président du Congrès juif européen, Cher Pierre Besnainou,
Monsieur le Président du Congrès Juif mondial,
Monsieur le Président du Conseil représentatif des institutions juives de France, cher Roger Cukiermann,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


C'est un grand honneur pour moi de me trouver parmi vous ce soir, à l'occasion du vingtième anniversaire du Congrès juif européen. Avant toute chose, permettez moi de remercier le Président du Sénat, Christian Poncelet, de nous accueillir dans ce haut lieu de la République, dans ce cadre prestigieux et symbolique, si propice à l'échange et à l'affirmation de nos valeurs communes.

Merci également au Président du Congrès juif européen. Monsieur le Président, vos paroles chaleureuses et fortes me touchent profondément. Vous avez parlé d'émotion et de reconnaissance. Vous avez également fait part de votre inquiétude devant la situation au Proche-Orient. Au moment où cette région est confrontée à un regain de violence, soyez assurés de la mobilisation totale de la France pour assurer la sécurité d'Israël et travailler à une paix juste et durable.

Nous pouvons pour cela compter sur la relation de confiance et d'amitié entre la France et Israël, une relation qui doit beaucoup à la communauté juive de France dont je veux saluer ce soir les représentants. Je suis fière qu'elle puisse accueillir ce soir à Paris cette assemblée générale du Congrès juif mondial.

1. La France mène une lutte résolue contre l'antisémitisme, dans notre pays comme au niveau international.

Depuis 2002, nous mettons tout en oeuvre pour renforcer la prévention et la répression.

Nous avons d'abord pris des mesures fortes en matière de protection. Les sites sensibles comme les lieux de culte et les centres communautaires font aujourd'hui l'objet d'un dispositif de surveillance renforcé. Des unités de forces mobiles sont spécialement engagées dans les départements les plus touchés. 1 200 hommes, auxquels s'ajoutent les forces locales de police et de gendarmerie, assurent exclusivement la sécurité des lieux culturels ou associatifs de la communauté juive. Enfin, un programme immobilier de sécurisation des sites sensibles est inscrit au budget du ministère de l'Intérieur.

Nous luttons aussi contre l'impunité, en renforçant la législation contre les actes à caractère raciste, antisémite ou xénophobe. Cette législation, elle est appliquée avec la plus grande rigueur et la plus grande fermeté. Des magistrats spécialement chargés de suivre les affaires racistes et antisémites ont été désignés dans chaque parquet. Par ailleurs, le ministère public fait systématiquement appel lorsque les peines sont estimées trop clémentes.

Nous avons ainsi obtenu de vrais résultats : en 2005, les actes antisémites ont diminué de 47 % par rapport à l'année précédente. Les chiffres disponibles aujourd'hui pour 2006 confirment cette tendance à la baisse. C'est le résultat de la mobilisation de tous.

Mais notre vigilance doit demeurer intacte, car ce combat nous le gagnerons que dans la durée.

Vigilance face aux actes : nous avons créé un Comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Il se réunit plusieurs fois par an sous ma présidence, notamment pour surveiller l'évolution de la situation à partir des informations fournies par le ministère de l'Intérieur et le Conseil représentatif des institutions juives de France.
Vigilance également face aux discours, en particulier dans les médias, et je sais que c'est une question qui vous préoccupe tout particulièrement. Depuis décembre 2004, nous avons interdit la diffusion de la chaîne Al-Manar sur notre territoire. Nous avons également interrompu le signal d'Al-Manar vers l'Asie et l'Amérique du Sud, qui était relayé par la société Globecast, filiale de France Télécom.

Renforcer la prévention, c'est aussi être fidèles à notre devoir de mémoire.

La France regarde son passé en face. Vous connaissez l'engagement du président de la République dans ce domaine. Il l'a réaffirmé en janvier dernier lors de l'inauguration du Mémorial de la Shoah à Paris et à l'occasion du soixantième anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz.

Cette mémoire, elle ne doit pas simplement vivre à travers les commémorations officielles mais bien dans chacun d'entre nous. A l'heure où la génération qui a été témoin de ces heures tragiques disparaît, nous avons le devoir de tout faire pour transmettre aux jeunes le souvenir, le deuil et la conscience qui s'est forgée à travers cette épreuve. Une journée annuelle est désormais consacrée au souvenir de la Shoah dans les collèges et les lycées. Des voyages d'élèves sont organisés sur les lieux de mémoire. Enfin, la France s'est engagée, aux côtés de 17 autres pays, dans le "Groupe d'action international pour la mémoire de la Shoah".

Ce combat contre l'antisémitisme, la France le poursuit également sur la scène internationale.

Dans le cadre de l'Union européenne, d'abord.

Avec nos partenaires, nous avons pris plusieurs initiatives. Je pense au groupe de travail composé de représentants de la Commission, du Congrès juif européen et de la Conférence des rabbins européens. Je pense aussi à la décision du Conseil européen de renforcer la lutte contre l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie.

Cette lutte contre l'antisémitisme, nous la menons aussi dans le cadre de l'OSCE.

La France y est particulièrement mobilisée, qu'il s'agisse de la lutte contre la propagande raciste, antisémite et xénophobe, avec la conférence de Paris en 2004, de la création d'ateliers de formation à la répression des crimes de haine ou de la mise en place de réseaux d'Organisations non gouvernementales spécialisées.

2. Pour mener ce combat, nous devons renforcer encore la relation franco-israélienne.

Depuis 2002, nous avons parcouru un chemin considérable dans la voie du dialogue et de l'amitié entre nos deux peuples.

Nous avons renforcé nos échanges politiques.

La visite en juillet 2005 d'Ariel Sharon, vers qui vont nos pensées ce soir, a été pour nous tous un moment particulièrement fort. Avec celle d'Ehud Olmert en juin dernier à Paris, elle a marqué une nouvelle étape dans notre relation. Face aux défis que nous avons à relever ensemble, nous avons besoin d'un dialogue toujours plus fort.

Nous avons aussi renforcé notre coopération.

Grâce au "groupe de haut niveau", que j'avais mis en place comme ministre des Affaires étrangères avec Shimon Peres, la compréhension entre nos deux sociétés s'est approfondie. Avec la Fondation France-Israël, nous voulons maintenant aller plus loin et ancrer ce partenariat dans la durée. Je souhaite que les autorités israéliennes s'engagent résolument à nos côtés pour faire vivre cette institution.

Aujourd'hui, nos entreprises, nos universités, nos associations, nos artistes et nos scientifiques ont appris à mieux se connaître et à travailler ensemble. Des projets conjoints voient le jour dans tous les domaines, économique, universitaire, scientifique, artistique et culturel.

3. Cette amitié, cet engagement, la France est déterminée à les mettre au service de la paix.

La paix au Proche-Orient d'abord.

La crise tragique du mois de juillet a constitué pour les Israéliens, pour les Libanais et pour tous ceux qui sont attachés à cette région une épreuve terrible.

Je pense aux habitants d'Haïfa et du nord d'Israël touchés par les tirs de roquettes du Hezbollah. Je pense aussi aux nombreuses victimes civiles libanaises.

La France s'est pleinement mobilisée pour faire voter la résolution 1701, qui a conduit à la cessation des hostilités et fixé les paramètres pour une solution politique durable.

En assumant le commandement de la FINUL renforcée et en déployant à ce jour plus de 1 600 hommes sur le terrain, notre pays pris toutes ses responsabilités.

Nous sommes aujourd'hui engagés pour soutenir l'application de cette résolution, qui suppose notamment la libération des deux soldats israéliens toujours détenus, le désarmement des milices et le respect de l'embargo sur les armes mais aussi l'arrêt des survols par les avions israéliens qui constituent une violation de la souveraineté du Liban.

Nous le savons tous, la situation actuelle au Proche-Orient reste très fragile.

Plus que jamais la stabilité et la sécurité passent par le règlement du conflit israélo-palestinien. Avec l'Union européenne, la France est pleinement mobilisée en faveur d'une solution juste et durable.

Notre objectif reste celui de deux Etats vivant côte-à-côte en paix et en sécurité. Seule une paix, fondée sur une solution politique et un règlement négocié, pourra assurer de manière durable la sécurité et l'avenir d'Israël et des peuples de la région.

Le président de la République a réaffirmé cette conviction avec force en proposant la tenue d'une prochaine conférence internationale. Pour rétablir la confiance, la libération du soldat Shalit enlevé au début de l'été et l'arrêt de toutes les violences sont indispensables.

C'est le même esprit de responsabilité et d'engagement qui nous anime pour relever le défi posé à la sécurité régionale par les risques de prolifération.

Je l'ai dit à plusieurs reprises : je partage les préoccupations légitimes d'Israël face aux propos inacceptables tenus par le président iranien, qu'il s'agisse de ses déclarations antisémites ou de ses appels à la destruction d'Israël. Je les condamne une nouvelle fois avec la plus grande force.

L'Iran poursuit un programme d'enrichissement de matières fissiles qui suscite des interrogations internationales légitimes.

Notre seul objectif est d'amener l'Iran à ses conformer à ses engagements internationaux : un Iran doté d'une capacité nucléaire militaire est inacceptable. En étroite coordination avec les autres Européens, les Américains, les Russes et les Chinois, nous avons ainsi présenté à Téhéran des propositions ambitieuses.

Devant le refus iranien de répondre à cette offre en suspendant ses activités d'enrichissement, nous avons pris nos responsabilités. Une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies est en préparation. Je souhaite l'adoption rapide de ce texte qui doit prévoir des sanctions progressives, ciblées et réversibles.

Dans cette nouvelle phase, il nous faudra maintenir l'unité de la communauté internationale, car c'est la condition de la légitimité de notre action, et donc de son efficacité.

Mesdames, Messieurs,

A l'heure où la région court le risque d'une nouvelle flambée de violence, la France se tient résolument aux côtés d'Israël. Elle ne transigera pas sur sa sécurité, qui passe par le règlement du conflit israélo-palestinien. C'est tout le sens de l'engagement de la France et de l'Europe au Proche-Orient, aux côtés des peuples de la région.

C'est également le sens des valeurs universelles de justice et de dialogue, des principes républicains de tolérance et de respect de l'autre, dont vous êtes les éminents défenseurs. C'est aussi le sens de la lutte contre l'antisémitisme qui est pour le gouvernement, pour moi-même, pour le Président de la République une priorité absolue.

Je vous remercie.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 13 novembre 2006

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