Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, à TF1 le 23 novembre 2006, sur le débat politique interne à l'UMP avant la désignation du candidat officiel à l'élection présidentielle 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, à TF1 le 23 novembre 2006, sur le débat politique interne à l'UMP avant la désignation du candidat officiel à l'élection présidentielle 2007.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

ti : PATRICK POIVRE D'ARVOR : Nicolas SARKOZY, bonsoir !

NICOLAS SARKOZY : Bonsoir !


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Alors chez vous aussi, premier jour de dépôt des candidatures, donc, pour la présidentielle au sein de l'UMP ; un délai qui a été repoussé jusqu'au 31 décembre parce que, visiblement, il y avait un petit peu d'eau dans le gaz avec Dominique de VILLEPIN et Michèle ALLIOT-MARIE ; peut-être aussi parce que vous vous êtes senti aiguillonné par ce débat qui a eu lieu au sein du Parti socialiste ?

NICOLAS SARKOZY : Vous savez, je ne pense pas que ce soit dû à cela ! Depuis 2004, dans la droite républicaine française, il se passe beaucoup de choses ! Si j'ai été élu, moi-même en 2004 président de l'UMP, c'est à la suite d'un processus profondément démocratique ! Franchement, ce n'est pas moi qui étais prévu. Si j'ai pu être élu président de cette formation, c'est parce que les adhérents l'ont voulu ! Et c'est un changement considérable !


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Il y en a combien, d'adhérents, aujourd'hui ?

NICOLAS SARKOZY : Aujourd'hui, nous sommes exactement 297.000.


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Il l y en 220.000 au PS...

NICOLAS SARKOZY : Et quand je suis devenu président de l'UMP, il y en avait 114.000. Mais le processus qui s'est engagé en 2004, je veux qu'il aille beaucoup plus loin ! La société française a besoin de débats. En 2002, on n'a pas eu le débat. Parce qu'il y avait Jean-Marie LE PEN au 2ème tour de la présidentielle. La société française est face à des défis considérables. Et les Français doivent pouvoir choisir entre différentes alternatives. Il faut que nous, les responsables politiques, nous ayons le courage de leur dire : " Voilà les défis, voilà les réponses, choisissez ".


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Donc, au sein de l'UMP, il faut qu'il y ait également débat ! ...

NICOLAS SARKOZY : Dans la société française en général, pour créer une nouvelle relation entre la politique et les Français, une relation de confiance, avec un pacte, des engagements qui soient tenus. Mais au sein de ma famille politique, je veux aller plus loin. Et je veux m'adresser à tous ceux qui se sentent proches de nos idées, de la droite républicaine et du centre. Tant de fois dans le passé, ils ont eu le sentiment qu'on ne mettait pas en oeuvre la politique pour laquelle ils nous avaient élus ; tant de fois, ils ont eu le sentiment qu'on les a déçus. Je leur propose de devenir les acteurs de ce changement, de nous rejoindre, et je leur dis que c'est eux, par leur vote, qui choisiront celui ou celle qui conduira cette famille politique au grand débat présidentiel. Cela ne s'est jamais fait.


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Ce que vous êtes en train de faire jusqu'à fin décembre...

NICOLAS SARKOZY : Cela ne s'est jamais fait ! C'est-à-dire tous ceux qui nous rejoindront avant le 31 décembre de cette année, pourront voter pour le projet et pour le candidat ou la candidate. C'est un changement considérable dans l'organisation de la droite républicaine française. Jamais, cela ne s'est produit. Avant, c'était beaucoup d'arrangements, aujourd'hui, c'est la démocratie et je veux que cette démocratie et ce débat aillent jusqu'au bout. Et je dis...


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Alors vous dites " le candidat ou la candidate ", cela veut dire que vous lancez un appel à Michèle ALLIOT-MARIE, Dominique de VILLEPIN ou d'autres...

NICOLAS SARKOZY : Michèle ALLIOT-MARIE, c'est quelqu'un de qualité dont on a besoin dans notre famille politique. Et je dis à tous mes amis, Michèle ALLIOT-MARIE, Jean-Louis BORLOO, Dominique de VILLEPIN, tous ceux qui pensent qu'ils ont quelque chose à dire, un projet à proposer aux Français, une énergie à mettre au service de la France : " Soyez candidat dans notre formation politique et ayons le débat le plus libre, le plus transparent, le plus loyal pour choisir la meilleure ou le meilleur ". C'est un changement...


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Vous n'avez pas peur de les affronter...

NICOLAS SARKOZY : ... Considérable dans la vie politique française.
Non, ce n'est pas la question. Le moment n'est pas de savoir... Moi, je dirai la semaine prochaine ce que je veux faire et ce que je propose. Mais j'ai construit une formation politique fondée sur la démocratie, la volonté de débats, la passion pour le débat ; la France mérite cela, que chacun d'entre nous, on arrive à donner le meilleur de nous-mêmes. Moi, je n'accepte pas l'idée qu'il y ait un Français sur deux qui ne vote pas. Et que sur ceux qui votent, il y en ait un quart qui, par désespérance plutôt que par espérance, vote pour l'extrême droite ou vote pour l'extrême gauche. La France vaut mieux que cela. Eh bien on va leur offrir ce débat.


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Pourquoi vous ne donnez pas l'exemple, ce soir, puisque cela fait quatre ans que vous vous préparez à cette candidature ? Tout le monde sait que vous serez candidat...

NICOLAS SARKOZY : Pour une raison simple...


PATRICK POIVRE D'ARVOR : C'est un petit peu de la politique à l'ancienne, que de ne pas le dire, non ?

NICOLAS SARKOZY : Non, non, Patrick POIVRE D'ARVOR, c'est pour une raison simple ! C'est parce que, aujourd'hui, c'est le premier jour de l'ouverture de ce débat. Si je donnais ma réponse aujourd'hui, je ramènerais tout à ma propre personne. Je ne le veux pas. Je veux que chacun soit libre de se déterminer. Et les adhérents, les électeurs décideront, le moment venu, de qui ira. Moi, la semaine prochaine, je dirai quel est mon projet. Et vous comprenez que je veux le débat et je ne veux pas la division. Parce que trop longtemps, la droite a payé la division. Si quelqu'un a des ambitions, du talent, une énergie décidée, c'est tout à fait normal, il doit les défendre dans le cadre de la famille politique. Avec cela, on va tous s'additionner, parce qu'on ne peut pas se permettre de reprendre cinq ans avec la gauche. Donc, par conséquent, il faut que chacun d'entre nous soit suffisamment ouvert pour porter ce débat et cette liberté dont les Français ont besoin ; et en même temps, assez responsable pour comprendre qu'on aura besoin de tout le monde. Alors la grande question, c'est : pour participer au débat, est-ce qu'il faut être candidat ou pas ? J'organiserai des forums régionaux pour que chacun puisse apporter sa contribution au débat, même si, au final, il n'est pas candidat. Parce que je sais une chose, c'est que de toute manière, pour gagner, il faudra additionner tout le monde.


PATRICK POIVRE D'ARVOR : De toute façon, à vous regarder et à lire entre les lignes, je peux terminer cette interview comme l'a fait une de mes consoeurs, ici même, c'était une interview du ministre de l'Intérieur, candidat à la présidentielle ! ...

NICOLAS SARKOZY : Mais parce que vous êtes très perspicace !


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Cela se voit, quand même ! Cela fait quatre ans que vous nous dites que vous y pensez en vous rasant...

NICOLAS SARKOZY : Mais j'ai trop de respect pour votre professionnalisme et votre indépendance pour faire de vous mon porte-parole ! Par conséquent, le temps de ma propre déclaration viendra, la semaine prochaine ; là, c'est le temps de l'ouverture du débat. Et j'espère d'ailleurs, parce que vous m'appelez, mon sentiment sur ce qui s'est passé avec les socialistes m'a beaucoup intéressé. J'ai vu que Monsieur STRAUSS-KAHN et que Monsieur FABIUS - personnes que je respecte - ont essayé de porter un débat, ont posé des questions à Madame ROYAL. Et j'ai vu avec quel art celle-ci n'a jamais répondu. J'ai même (phon) regardé " Le Journal " de TF1 où vous avez interviewé - c'est un grand mot - Madame ROYAL...


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Lundi soir, oui, oui...

NICOLAS SARKOZY : Et l'art avec lequel elle n'a répondu à aucune de vos questions ! Madame ROYAL, c'est quelqu'un de très respectable ! Mais il faut quand même qu'on comprenne, maintenant elle va être la candidate du Parti socialiste, il faut quand même, maintenant, qu'elle nous dise ce qu'elle souhaite pour la France ! Regardez, le prochain président de la République, sur son bureau en arrivant, il va trouver la question iranienne et la fermeté dont on doit faire preuve, l'indépendance du Liban qui a bien le droit à l'indépendance, la sécurité d'Israël qui a le droit à la sécurité, la question d'une patrie pour les Palestiniens, qui ont le droit, la relance de la construction européenne... Est-ce qu'ils pensent qu'on peut se contenter de dire aux Français : " Je vous écoute, dites-moi ce que je dois dire, et je suivrai "... Je souhaite un vrai débat...


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Cela change déjà d'un certain nombre d'habitudes politiques où les hommes politiques imposaient ! Là, elle va écouter !

NICOLAS SARKOZY : Vous savez, sur la question de l'Iran, d'Israël, de la Palestine, de la relance de la construction européenne, qu'est-ce qu'attendent de nous les Français ? Qu'on réponde à leurs inquiétudes, qu'on les protège, qu'on leur donne une perspective, qu'on refasse de l'avenir une espérance, une promesse alors que c'est aujourd'hui, une menace ! Mais on ne va pas passer les cinq mois de la campagne à dire aux Français : " Ecoutez, excusez-moi, je suis en panne d'idées, est-ce que vous ne pourriez pas m'en donner une ? " ... C'est une chose d'écouter, mais c'en est une autre quand on a envie de se présenter ! Qu'on porte les espérances d'une grande famille politique ! Les socialistes, c'est une grande famille politique, républicaine ! On ne peut pas se contenter de dire : " Je vous écoute, dites-moi ce que je dois faire ". Et moi, j'ai une ambition dans cette affaire, c'est qu'on redonne ses lettres de noblesse au débat politique, qu'on re-passionne les Français pour le débat politique. Et qu'ils comprennent ce qu'on veut faire...


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Et cela vous semble être une candidate plus facile à affronter que ne l'aurait été Laurent FABIUS ou Dominique STRAUSS-KAHN ?

NICOLAS SARKOZY : Non... Non, ce sont des gens respectables. Madame ROYAL, Monsieur FABIUS, Monsieur STRAUSS-KAHN, quoiqu'il arrive, c'est difficile. Parce que la France est un pays comme cela ! ...


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Elle est toujours à 50/50...

NICOLAS SARKOZY : ... Où les rapports de force sont à 50/50, où les gens hésitent.. Vous savez, il y a une aspiration très forte au changement, au renouvellement des générations, au renouvellement des méthodes, au renouvellement des idées. Mais en même temps, les mêmes qui appellent au renouvellement, ont une aspiration à la protection, à la sécurité, parce qu'ils se demandent de quoi demain l'avenir sera fait ! Ils ont à la fois besoin de quelqu'un qui rassemble et qui rassure et de quelqu'un qui est différent ! Donc, de toute manière, c'est difficile. On ne devient pas président de la République par hasard. C'est une fonction éminemment respectable, c'est un combat qui est très long, c'est le choix d'une vie, c'est un engagement qui implique beaucoup, pour soi-même et pour ses proches. Et ce que je souhaite pour notre pays, Monsieur POIVRE D'ARVOR, c'est que ce soit un débat digne, passionnant, et que les Français choisissent. Mais qu'ils choisissent en étant éclairés, en sachant ce qu'on veut faire, les uns et les autres. Cela s'appelle l'honnêteté et le respect.


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Et en ce qui vous concerne, ce serait pour un seul mandat, en disant que vous ne vous représenteriez pas éventuellement ?

NICOLAS SARKOZY
Monsieur POIVRE D'ARVOR, vous êtes redoutable quand vous m'interrogez. Je vous ai dit une chose, c'est l'ouverture du débat pour chacun de mes amis. Et c'est l'occasion, pour chaque électeur, de voter décidé. Pour moi, la réponse à cette question, c'est la semaine prochaine.


PATRICK POIVRE D'ARVOR : Merci, Nicolas SARKOZY...

NICOLAS SARKOZY : Merci de m'avoir invité.


Source http://www.u-m-p.org, le 27 novembre 2006

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