Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à RMC le 28 novembre 2006, sur la réforme de la grammaire, la durée et les conditions de travail des professeurs. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à RMC le 28 novembre 2006, sur la réforme de la grammaire, la durée et les conditions de travail des professeurs.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti : Q- Premier axe de discussion, ce matin : la réforme de la grammaire. C'est A. Bentolila, linguiste, que tout le monde connaît, professeur à la Sorbonne, qui a été chargé de réfléchir à la question. A. Bentolila va rendre son rapport. Il dit : "il faut rétablir, une bonne fois pour toutes, la leçon de grammaire". Etes-vous d'accord avec lui ?

R- Je suis d'accord avec lui et, demain, M. Bentolila va me rendre officiellement son rapport. Oui, je crois qu'il faut revenir à la grammaire, non pas par nostalgie, mais parce que vraiment la grammaire c'est quelque chose de structurant. A la fois, évidemment, cela aide à avoir une meilleure orthographe, et Dieu sait que l'orthographe a perdu, on va dire "des parts de marché", enfin, vraiment s'est dégradée au fil des décennies, mais surtout, la grammaire c'est quelque chose qui structure l'esprit, qui donne une logique, qui permet à l'individu de se situer dans le temps, dans l'espace, le présent, le futur, le passé. Cela permet à l'individu de bien se situer. Le "je", le "nous", le "il", cela permet aussi de se responsabiliser par rapport aux autres, de respecter les autres. Je crois que la grammaire c'est quelque chose de très important, qu'on n'a, non pas oublié, mais que l'on n'a pas mis suffisamment en priorité dans les enseignements. La logique c'est la maternelle, c'est l'apprentissage du vocabulaire ; on apprend des mots en maternelle, on apprend aussi des autres puisque c'est la première fois que l'on se trouve en société. Et puis, ensuite, il y a le CP. Et là, on doit savoir lire à la fin du CP. Et bien sûr, dans la foulée, quand on sait lire, il faut savoir écrire. Et écrire, avec la grammaire, l'orthographe, cela passe mieux, et donc dès le CE1, il y a des évaluations pour voir si on sait lire, et dans la foulée, il faut apprendre la grammaire.

Q- "Faire de la grammaire au fil des textes, comme on le fait aujourd'hui, c'est une bêtise absolue", dit-il. Vous n'êtes pas loin de partager...

R- Oui, je n'emploierais pas les mêmes mots, parce que je veux avoir un petit peu de réserve, mais je crois qu'il faut partir d'abord du plus simple pour aller au plus compliqué et non pas l'inverse. Et on a souvent fait l'inverse. Et là, on va aider les enseignants à travers des consignes simples.

Q- Comment ? Qu'allez-vous leur demander ?

R- Je vais faire évidemment une analyse très précise du rapport de M. Bentolila. Après cette analyse, je vais en sortir un texte d'application, une sorte de circulaire ministérielle, comme pour la lecture, dans le courant de début janvier - on va dire fin décembre, début janvier. Et ensuite, on va donner des consignes extrêmement précises pour aider les enseignants à bien appliquer les textes, les recommandations de M. Bentolila et celles que j'aurais pu ajouter par la suite, avec le regard, bien sûr, de ceux qui m'entourent, c'est-à-dire, l'Inspection générale, le Conseil supérieur de l'Education, le Haut Conseil de l'Education, et d'autres, qui pourront m'aider dans cette rédaction de texte.

Q- Faut-il rétablir des cours de grammaire à part entière ? Y êtes-vous favorable ou pas ?

Oui, des cours de grammaire, c'est utile. Je crois qu'on a un petit peu oublié cela, on va rétablir probablement des cours de grammaire. Mais là, vous êtes en train de dévoiler un peu les dossiers de demain, si vous permettez.

Q- Oui, donc, on va rétablir des cours de grammaire, c'est ce qui m'intéresse.

R- Et puis ce qui m'intéresse aussi, c'est que l'on quitte un petit peu le jargon jargonnant, quelquefois même un petit peu pédant, et que l'on arrive à des choses plus simples. On peut s'exprimer de façon simple, mais directe, sans faire de contresens, de façon à ce que les jeunes aient l'esprit clair, que lorsqu'ils s'expriment, ils soient compris. Et je voudrais aussi que les parents connaissent les règles de grammaire pour qu'ils puissent aider les enfants. Et donc, il faut que la grammaire ait des règles simples, il faut que les parents comprennent ce que les enfants apprennent.

Q- Sur l'apprentissage de la lecture, un mot au passage sur la méthode syllabique, on en avait parlé ici. J'ai entendu des enseignants dire : oui, mais de toute façon, cela fait bien longtemps qu'on emploie la méthode semi-globale, et le ministre peut dire ce qu'il veut, nous on ne changera pas nos habitudes.

R- Non, tout cela est fini, bien fini. Au début, il y a eu un vent de contestation, on va le dire comme cela. Et d'ailleurs, ce vent de contestation disait : mais pourquoi le ministre s'occupe de la lecture puisqu'il y a longtemps que l'on a abandonné la méthode globale ! Eh bien si on avait depuis longtemps abandonné les méthodes globale, semi globale, ou assimilée, je pense qu'il n'y aurait pas eu cette espèce de contestation, parce que certains, à tort d'ailleurs, se sont sentis mis en cause. Pas du tout ! Nous, ce que l'on veut, à travers les consignes sur la lecture, c'est aider les enseignants à trouver le bon chemin pour apprendre à lire. Et là, tout le monde est unanime pour dire qu'il faut commencer dès le premier jour par apprendre le lien qu'il y a entre les lettres et les sons, tout simplement. Le L-A/LA ou le B-A/BA, cela s'apprend, et dès le départ. Alors, ensuite, que l'on mixte progressivement, tout au long de l'année, tout cela est bien possible. Et je rappelle que cette consigne a été donnée à travers deux textes : une circulaire du 3 janvier 2006 et la révision des programmes. Les choses maintenant sont complètement clarifiées, il n'y a plus lieu du tout de faire de polémique, et maintenant elles sont vraiment mises en place, j'en ai eu confirmation par l'inspection.

Q- On va parler du temps de travail des professeurs. Le débat a été ouvert, entre autres, par S. Royal, mais elle n'est pas la seule sur ce terrain-là. Je crois savoir que vous avez préparé un projet de décret. Vous voulez limiter le nombre d'enseignants qui bénéficient de "décharges horaires", afin d'économiser environ 2.800 postes à temps plein. On le sait, certains enseignants bénéficient de ces décharges horaires, par exemple, je ne sais pas, pour ranger des cartes, ou pour, je ne sais pas nettoyer des pipettes, en chimie, c'est cela ?

R- Ne confondons pas la problématique du temps de travail des professeurs, maladroitement abordée par S. Royal, disons-le très clairement, et je suis prêt à en débattre avec elle quand vous voulez...

Q- Vous n'êtes pas d'accord avec elle, là ?

R- Je vais vous répondre. Je crois vraiment que l'approche, toujours franchement, de S. Royal est vraiment une mise en cause du travail et du temps de travail des professeurs. C'est pour ça que je n'ai pas beaucoup apprécié. Moi, je suis là pour défendre les professeurs mais en même temps pour leur demander évidemment de remplir les obligations de service public. Sur le temps de travail des professeurs, il y a deux temps, deux sortes de temps de travail : il y a le temps qui consiste à enseigner et il y a le deuxième temps qui consiste à préparer et à corriger. Ce que dit S. Royal, c'est qu'il faut passer à 35 heures - mais la plupart des enseignants font bien plus de 35 heures - mais dans l'établissement.

Q- Elle a raison, dans l'établissement, non ?

R- La façon d'aborder les choses - ce n'est pas une punition - c'est : donnons aux enseignants les moyens de travailler mieux et plus dans l'établissement. Par exemple, où voulez vous qu'ils se posent dans les établissements, aujourd'hui ?

Q- Ils n'ont pas de bureaux !

R- Alors, commençons peut-être, plutôt que de les accabler, par dire avec les Départements, avec les Régions qui sont en charge de cela, essayons de réfléchir à des lieux réservés à des enseignants : bureaux individuels ou bureaux à trois ou quatre.

Q- C'est facile à dire puisque ce sont les Régions ou les Départements qui paient.

R- C'est pour ça que je dis : discutons avec les Régions et les Départements. Et je vais vous en donner la raison, c'est qu'aujourd'hui il y a une baisse d'effectifs dans le secondaire, il y a une hausse d'effectifs dans le primaire et une baisse d'effectifs dans le secondaire, c'est-à-dire que dans les collèges et lycées, il y a moins d'élèves. S'il y a moins d'élèves, il y a probablement des espaces dégagés. Voyons comment on peut - en toute concertation avec les Régions et les Départements - aménager ces espaces pour permettre à des enseignants d'utiliser ces espaces en toute tranquillité et de ne pas avoir simplement un CDI, comme on dit, qui est une pièce commune. Mais avoir des espaces où on peut recevoir, qui les parents, qui les élèves de façon à pouvoir les aider, les accompagner, discuter, avoir davantage aussi de discussion à l'intérieur de la communauté éducative plutôt que, hélas, parce qu'on ne sait pas où poser son cartable, quand on est enseignant, arriver pour faire son cours et une fois le cours parti, on ne peut pas non plus poser son cartable dans le même couloir, on est obligé de partir. Voilà une façon d'aborder le problème qui naturellement entraînera un temps de présence bien plus important des enseignants. Ils ne demandent que ça.

Q- Le temps de travail des profs, des enseignants, on ne le connaît pas : 18 heures, 35 heures, 40 heures, 45 heures ? Il est difficile à mesurer.

R- C'est vrai, il est très variable aussi selon les types d'enseignement.

Q- L'objectif c'est de donner les moyens aux enseignants de rester dans les établissements, si j'ai bien compris, et pourquoi ne pas limiter le nombre de cours ?

R-Limiter le nombre cours ! Pourquoi limiter le nombre de cours ?

Q- Moins de cours parce que...

R- Pourquoi moins de cours ? Vous parlez de moins de cours parenseignant ou moins de cours pour les élèves ?

Q- Moins de cours par enseignant.

R- Les enseignants, aujourd'hui, sont à 17 ou 18 heures. Un agrégé fait même un peu moins.

Q- Et peut-être moins de cours pour les élèves, non ?

R- Attendez ! 17 ou 18 heures, je vous assure, c'est plutôt la moyenne basse, la moyenne plancher, on va dire de toute l'Europe. Je suis allé avec les partenaires sociaux dans d'autres pays où les enseignants enseignent quelquefois 20 heures, 21 heures, 22 heures. En France on est à 18 heures et pour certains 17 heures avec ces décharges dont vous avez parlé tout à l'heure à propos desquelles je n'ai pas pu vous répondre.

Q- On va y revenir sur les décharges. Oui, mais dans ces autres pays d'Europe, que vous citez, ils sont plus présents dans les établissements parce qu'ils ont les moyens d'y être, parce qu'ils travaillent en équipe.

R- Parce qu'ils enseignent 22 heures. Donc, par nature, ils font 4 heures de plus dans l'établissement, parce qu'ils y enseignent.

Q- Et le soutien dans l'établissement ?

R- Le soutien dans l'établissement c'est quelque chose qui vient en plus. Vous savez qu'actuellement on a des assistants pédagogiques en grand nombre puisque j'en ai recruté 5.000 en 2006, on va encore en recruter en 2007, qui font par exemple de l'accompagnement après les heures d'enseignement. Ils font ce que l'on appelle des "études accompagnées", notamment dans les zones d'éducation prioritaires.

Q- Est-ce que les élèves ont trop d'heures de cours en France ?

R- Quand on regarde la moyenne européenne oui. Ça dépasse 1.200 heures, je crois dans l'année. C'est beaucoup plus que la plupart et ça n'est pas pour ça que les élèves ont de meilleurs résultats que la moyenne européenne. Donc on a à s'interroger.

Q- Il y a un problème, là ?

R- Il y a un problème.

Q- Et vous avez réfléchi à cela, vous avez déjà quelques mesures en préparation ?

R- Je pense qu'avec le travail que je fais actuellement sur les programmes, non seulement, évidemment, on resserre les programmes sur ce qui est essentiel - vous avez parlé de la lecture, vous avez parlé de la grammaire, je vais peut-être vous parler du calcul. Et à travers cette revisitation des programmes, on a pour le moment des sources d'allègement de certains programmes, qui manifestement sont beaucoup trop lourds et beaucoup trop complexes et souvent pas très utiles pour la poursuite des études.

Q- Un mot sur ce projet de décret pour modifier les obligations de service des enseignants. Est-ce que vous le maintenez ? J'ai vu les syndicats d'enseignants qui ont protesté et vous les avez entendus,vous aussi évidemment, vous le maintenez ça ?

R- Cela fait très longtemps qu'on travaille avec eux sur ce sujet-là. C'est une question d'équité vous savez, c'est une question d'équité. Je vais prendre un exemple : depuis 1950, les enseignants qui préparent au bac ont le droit à une heure de décharge, c'est-à-dire qu'ils enseignent 17 heures au lieu de 18 heures. Et depuis 1950, le baccalauréat n'est plus en deux parties, il est en une seule partie. Pourquoi est-ce que des professeurs qui enseignent en Première, donc sans préparation au bac, sauf le français auraient encore une heure de décharge alors qu'ils ne préparent plus au bac et que les décharges étaient prévues pour ceux qui préparent au bac ? C'est une question d'équité par rapport à leurs confrères.

Q- Vous maintenez votre projet de décret ?

R- Je pense que quand on a un décret qui est aussi équitable, aussi juste, personne ne peut le refuser. Et c'est en même temps vraiment une question de bonne gestion. Vous savez, mieux l'éducation nationale sera gérée, et mieux l'exemple sera fait même à des élèves... Plus on est jeune, plus on a le sens de la justice. Un autre exemple que vous avez en tête, probablement, c'est certains professeurs de chimie en laboratoire ; ils devaient nettoyer les "paillasses", comme on dit, des laboratoires. Ceux qui ont maintenant des TOS pour nettoyer les paillasses, pourquoi voulez vous qu'ils aient une heure de décharge ? C'est une question d'équité, c'est une question de justice par rapport à leurs collègues.

[8h45]

Q- Un mot sur les violences scolaires qu'on arrive difficilement à recenser, paraît-il, depuis la publication dans le Point du palmarès des établissements plus ou moins touchés par la violence ?

R- Un palmarès qui est quand même curieux, parce qu'il ne tenait pas compte du nombre d'élèves et donc recensait effectivement une moyenne sur des nombres d'élèves qui sont variables d'un collège à l'autre. Ce n'était quand même pas tout à fait judicieux. Alors, oui, la violence scolaire existe. Je m'en suis préoccupé ; j'ai fait plusieurs textes, notamment des outils pour aider les chefs d'établissement, des outils qui ont été appréciés : un guide pratique, par exemple, pour prévenir la violence, un guide pratique pour donner des consignes en cas de violence dans l'établissement et, en même temps, pour dire très clairement que lorsqu'il y a des violences, il ne faut pas hésiter à faire appel aux policiers, le cas échéant...

Q- Ils sont toujours recensés ?

R- Ils sont toujours recensés. Au début, il y a eu effectivement, ce qui est compréhensible, un peu de grogne, parce qu'à quoi cela sert d'envoyer des statistiques si, ensuite, je me retrouve dans le journal et montré du doigt. C'est comme cela qu'on a réagi, les uns et les autres. Et donc, après ce moment-là, les choses reviennent progressivement dans la norme, on reçoit de nouveau des statistiques qui nous aident dans notre gestion.

Q- Parlons d'autre chose, et notamment de la présence dans les établissements... Je voudrais vous lire ce mail de Nathalie, une auditrice du Val d'Oise : "Je suis enseignante dans un lycée classée en ZEP sensible, prévention de violence, dans le Val-d'Oise, depuis quatre ans. Quand j'ai demandé ce poste, l'institution promettait alors une bonification de points pour pouvoir retourner en province au bout de trois ans. Or au bout de deux ans de service, cette bonification a été supprimée et on nous a alors dit qu'il fallait faire cinq ans pour l'obtenir...".

R- Je comprends cette demande-là ; je m'en suis préoccupé dès le début. D'abord, j'ai pris un certain nombre de mesures, simplement, en ce qui concerne la gestion des personnels, le rapprochement des conjoints. Tout le monde s'en fichait un peu dans le ministère mais maintenant, j'ai bien précisé que le rapprochement des conjoints serait fait en 2007, au plus tard en 2008. 2007 : 90 % et 100 % en 2008. Deuxièmement, j'ai bien perçu la demande qui était faite par les enseignants, notamment dans les zones d'éducation prioritaire, avec cette demande forte : on sort d'IUFM et on va en éducation prioritaire, c'est difficile et on est peu récompensé. J'ai amené 1.000 professeurs référents, donc expérimentés, en ZEP, notamment dans les collèges qu'on appelle "Ambition-Réussite" et j'ai mis en place un système d'accélération des carrières, de façon à ce qu'il y ait reconnaissance de celles et ceux qui font l'effort d'aller en ZEP.

Q- Pourquoi ne pas payer 30 % ou 40 % plus cher un enseignant qui travaille dans une zone difficile, dans un quartier sensible ?

R- Progressivement, ce sera le cas, parce qu'on prendra de plus en plus des professeurs qui seront expérimentés, avec une accélération de la carrière qui fera automatiquement une augmentation.

Q- Que dites-vous ce matin aux proviseurs et principaux qui ont manifesté dimanche ?

R- Je leur dis qu'ils ont une tâche difficile, on peut au moins partager ce constat, parce que c'est vrai, ils sont responsables, ils sont cadres et ils sont dans une situation...

Q- De chefs d'entreprise ?

R- Chefs d'entreprise, exactement, une entreprise qui est un collège ou un lycée. Et donc, vraiment, je sais qu'ils sont à l'écoute, mais en même temps qu'ils ont ce rôle difficile de pivot entre des parents pas toujours aimables, vous le savez, quelquefois même très agressifs et des enseignants qui estiment que le chef d'établissement, ce n'est plus eux - à partir du moment où on est devenu chef d'établissement, on est passé de l'autre côté de la barrière - et puis une administration centrale, y compris le ministre, qui les bombarde de circulaires, et ça c'est vrai. Ils sont submergés par la paperasserie, c'est ce qu'ils nous disent. Je réponds très clairement. D'abord, ils ont reconnu pendant leur manifestation, qui est une manifestation le dimanche - ce qui n'a pas entraîné la fermeture d'établissements, ce qui est rudement bien - que les personnels de direction ont été revalorisés et que leur avancement de carrière a été amélioré. Dont acte. Il y a encore des efforts à faire, et je réponds qu'aujourd'hui, on met à leur disposition, des outils nouveaux - je pense au Conseil pédagogique - qui va les aider à exercer leur fonction de patron-chef d'entreprise, comme vous disiez. Je pense aussi à la circulaire interministérielle sur la violence, qui les aide aussi à gérer de la violence à l'école ou à la prévenir. Je pense aussi au décret sur les parents, qui régularise ou qui fait les procédures, qui entraîne des procédures extrêmement précises pour la relation entre parents enseignants, parents et chef d'établissement. Mais je pense aussi, par exemple, aujourd'hui, à la création de pôles administratifs qui pourraient mutualiser des moyens administratifs pour que les chefs d'établissement puissent se reposer sur de vraies cellules administratives et les décharger de ces tâches qui sont quotidiennes et lourdes. Voilà quelques exemples. Une dernière remarque : avec cette déconcentration de l'éducation nationale, qui n'est pas - certains ont dit - "un mammouth", comme si on pouvait empêcher de bouger cette grande administration. Non, pas du tout, c'est complètement déconcentré, et aujourd'hui, nous avons une administration de l'éducation nationale qui est tellement déconcentrée que la gestion se fait au plus près, c'est une vraie gestion de proximité, qui est adaptée aux réalités locales. Et donc, c'est aussi pour cela que les chefs d'établissement ont beaucoup de boulot, c'est parce qu'ils ont de plus en plus de responsabilités. Ce sont eux qui peuvent répondre en direct sans dépendre de la centrale.

Q- On va écouter la question de Francisco, professeur de lettres et d'histoire dans un lycée professionnel de l'Hérault...

R- Francisco : Monsieur le ministre, vous venez d'évoquer les conditions de travail. Moi je voudrais vous parler des salaires, le deuxième sujet de conversation dans les salles des profs. Depuis 1989, revalorisation Jospin, nous n'avons pas obtenu de revalorisation. Qu'en pensez-vous ? Il y a environ 400.000 profs qui attendent cette revalorisation.

R- Moi, je n'en pense, Monsieur, que du bien, parce que je sais que les salaires des professeurs en France, ce sont des salaires qui sont plutôt moyens, moyens-bas par rapport à la moyenne européenne. Je m'en suis préoccupé depuis que je suis arrivé.

Q- Alors, allez-vous les augmenter ?

R- Vous savez très bien que cela ne dépend pas de moi. Donc, vous posez des questions, cela dépend de la Fonction publique. Là, vraiment, je ne peux pas vous donner une réponse. Ce que je sais, c'est qu'on a un paradoxe en France. La France est le pays du monde qui met le plus d'argent sur le primaire et sur le secondaire. Et on a des professeurs qui sont moyennement payés. Et donc, on a à se poser la question de savoir si on n'a pas finalement à revaloriser la carrière et à améliorer, si vous voulez, les programmes, les méthodes, etc. de façon à ce que chaque professeur puisse être un peu plus rémunéré, s'il y avait des accords dans ce sens.

Q- Vous êtes d'accord avec Francisco mais vous ne répondez pas à sa question.

R- Mais parce que je ne peux pas. Ce serait malhonnête de répondre à cette question-là.

Q- Ce n'est pas au ministère de l'éducation nationale qu'on décide du traitement et de la revalorisation des salaires des enseignants ?

R- Vous êtes dans des grilles qui dépendent de la Fonction publique, on peut espérer tout ce qu'on veut mais, en même temps, le budget de l'éducation nationale, c'est le premier budget du monde pour le secondaire et le primaire, cela veut dire que les Français mettent beaucoup, beaucoup d'argent sur leur école, moins sur l'université, et cela veut dire qu'avec les résultats que nous avons, les uns et les autres, les résultats sont moyens. Je pense qu'on a à revaloriser les carrières, mais peut-être à disperser un peu moins les moyens. Je ne peux pas en dire plus.

Q- Francisco : Monsieur le ministre, je peux quand même vous rappeler que la dernière revalorisation date de 1989, la revalorisation Jospin, et que dans une société fondée largement sur l'argent, le salaire ça compte pour un prof...

R- Je suis tout à fait d'accord, Monsieur. Le salaire ça n'est pas l'essentiel, mais ça compte.

Q- Alors, vous n'avez pas de réponse, ça ne dépend pas de vous, vous l'avez répété, mais vous n'avez pas de réponse à apporter à Francisco ?

R- Je n'ai pas de réponse.

Q- Vous en avez parlé avec le ministre de la Fonction publique,j'imagine ?

R- Bien entendu, et évidemment, tous les audits montrent que la France met énormément d'argent sur son système éducatif. Faut-il disperser les moyens ? Faut-il concentrer les moyens ? Je suis plutôt partisan d'une meilleure concentration des moyens, parce qu'à budget identique, cela fait des salaires relativement moyens aujourd'hui.

Q- On va déborder un peu ce matin, car vous êtes pris par le Conseil des ministres ensuite. Une question par mail qui revient souvent.

Q- P. Dufreigne (de RMC) : "Mon fils a 8 ans, il est en CE2, il pèse 25kg, il porte quotidiennement un cartable qui pèse 8kg, un tiers de son poids. Ne trouvez-vous pas cela traumatisant pour l'organisme, et est-ce que des réflexions sont en cours sur le sujet" ?

R- Oui, des réflexions sont en cours, elles sont très très avancées. Vous savez que, vraiment on est en train de se moderniser gr??ce aux technologies de l'information et de la communication. Et, très progressivement, on arrivera de plus en plus plutôt que de trimbaler des livres lourds, peut-être de trimbaler, non pas son disque dur, mais des clés USB, par exemple, pour une partie en tout cas du travail qu'on a à faire en classe. Je vais donner à tous les enseignants qui sortent d'IUFM une clé USB, avec dessus les contenus - le socle commun de connaissances et de compétences, les programmes, le programme et les matières et les disciplines qu'ils enseignent - de façon à alléger un peu le poids qui pèse sur les épaules, aussi bien d'ailleurs des enseignants mais aussi des enfants, ce qui est un petit peu plus grave quand on est en pleine croissance.

Q- Dounia est lycéenne, elle a 15 ans, elle a été exclue de son lycée dans les Hauts-de-Seine il y a un peu plus d'un mois. J'avais promis de l'aider, elle veut faire quelque chose de son avenir, aucun lycée ne veut la recevoir. Allez-vous l'aider ?

R- Pourquoi aucun lycée ne veut vous recevoir Dounia ?

Q- On va lui demander.

R- Dounia : Parce que, soi-disant il n'y a pas de place.

Q- G. de Robien fait une moue dubitative...

R- Je ne fais pas une moue, mais je m'étonne qu'il n'y ait pas de place. D'abord, l'école est obligatoire, on est obligés d'accueillir tout le monde, et cette année on a même accueilli, enfin, la totalité des enfants handicapés qui n'avaient pas d'école jusqu'à présent, on est passés à 150.000 enfants handicapés en France alors qu'il y en avait une centaine de mille, il y a encore deux ans. Donc, vraiment, oui, il y a de la place, surtout dans le secondaire, puisqu'il y a une baisse des effectifs.

Q- Dounia, je vais transmettre votre dossier aux services de G. de Robien. Ils vont s'occuper de vous. Je vous en avais fait la promesse. [...] G. de Robien, dernière question, elle est politique. Voterez-vous F. Bayrou à la présidentielle ?

R- Je ne vous répondrai pas aujourd'hui. Je voterai pour un candidat qui évidemment sera vraiment arrimé, on va dire, à la majorité, [qui] annoncera très clairement la couleur, annoncera très clairement celles et ceux qui pourront, le cas échéant, gouverner avec lui, ceux avec lesquels on peut créer une alliance. Et donc, il me faut des réponses claires à ces questions basiques avant de me prononcer.

[...]


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 28 novembre 2006

Rechercher