Interview de Jean-Marie Le Pen, président du Front national, à "RTL" le 18 décembre 2006, sur l'affiche choisie pour sa campagne, sur l'inutilité de la loi Veil face au nombre d'avortements clandestins toujours aussi élevés, sur l'Iran et son droit à avoir l'arme nucléaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Jean-Marie Le Pen, président du Front national, à "RTL" le 18 décembre 2006, sur l'affiche choisie pour sa campagne, sur l'inutilité de la loi Veil face au nombre d'avortements clandestins toujours aussi élevés, sur l'Iran et son droit à avoir l'arme nucléaire.

Personnalité, fonction : LE PEN Jean-Marie, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Front national, président;

ti : Q- Bonjour J.-M. Le Pen.

R- Bonjour.

Q- Vous avez pris donc quinze jours de vacances...

R- Absolument. Ça m'arrive aussi de temps en temps. Oui.

Q- Reposé ?

R- Ça va. Oui, je me suis mis en forme pour la deuxième étape.

Q- Deuxième étape. D'ici au 22 avril, date du premier tour de l'élection présidentielle, vous prévoyez encore de repartir en vacances ou non ?

R- Ah non. Non, non. Malheureusement, ce sont les quinze jours que j'ai pris dans l'année, ça.

Q- Donc, vous serez sur le pont tous les jours à partir de maintenant, durant vos vacances.

R- Absolument. D'ailleurs, voyez à peine au retour, vous me cueillez au pied de l'avion, si j'ose dire.

Q- Pendant vos vacances, le Front national a rendu publique une affiche qui a beaucoup fait parler. On y voit une jeune femme qu'on imagine d'origine maghrébine, issue de l'immigration, vanter les mérites de votre parti. Vous ne l'aviez jamais fait en 30 ans d'existence. Pourquoi avoir choisi cette jeune femme pour illustrer votre message politique ?

R- Non, mais je suis le premier homme politique à avoir présenté la candidature d'un Arabe à la députation à Paris, en 1957.

Q- Mais là, cette affiche...

R- Et je suis le premier à avoir fait élire une Musulmane en 1986 au Conseil régional.

Q- Ma question, c'était l'affiche.

R- D'abord, pourquoi dites-vous que c'est une petite Beur ?

Q- Ben, c'est quoi ?

R- J'en sais rien. Mais pourquoi le dites-vous, ça ?

Q- D'habitude, les personnages qui représentent ou qui vantent les mérites du Front National, disons, n'ont pas ces caractéristiques physiques-là.

R- Et pourquoi pas ? Vous ne vous souvenez pas qu'il y a eu au Parlement un groupe largement composé d'Arabes et de Kabyles, et c'étaient des gens qui étaient très amis de J.-M. Le Pen, çà.

Q- Cette affiche vous gênerait-elle, J.-M. Le Pen ?

R-Comment ?

Q- Cette affiche vous gênerait-elle, J.-M. Le Pen ?

R- Si je l'ai choisie, c'est qu'elle ne me gêne pas.

Q- Alors, pourquoi ne répondez-vous pas à ma question ?

R- Mais pourquoi ne prenez-vous qu'un seul des personnages ?

Q- Il y a six affiches. Il y en a cinq qui sont plus classiques ; et celle-ci a retenu l'attention.

R- Ah, celle-ci a retenu l'attention...

Q- Voilà.

R- Elle a choqué !

Q- Il paraît même que ça crée une discussion au sein des dirigeants du Front national.

R- Pas à ma connaissance. Mais n'importe comment, même si ça a fait une discussion, les discussions au Front national, c'est moi qui les tranche. a deux titres, d'ailleurs : au titre de président du Front National d'une part, et d'autre part au titre de candidat à la présidence de la République. C'est moi qui ai quand même la haute main sur ma publicité, si j'ose dire - ma
modeste publicité si on la compare à celle de Mme Royal ou à celle de Sarkozy qui ont droit, eux, à l'omniprésence médiatique.

Q- Convenez-vous d'un débat au sein de la direction du Front national à propos de cette affiche, précisément, c'est-à-dire de cette personne qui représente le Front national ?

R- Il n'y a pas eu de débat.

Q- Voilà. L'incident est clos et on a eu du tort de s'attarder sur cette affiche, au fond banal.

R- Ce n'est pas la première fois et ça ne fait rien. Non, non. Bien sûr, mais c'est un des éléments du public auquel je m'adresse qui est le public français.

Q- On n'en conclura pas qu'il y a une gêne chez vous, J.-M. Le Pen, à
commenter cette affiche ?

R- Absolument pas.

Q- Aucune gêne ?

R- Absolument pas.

Q- Et donc, il n'y a rien à en dire.

R- Vous voyez bien que s'il y a eu ce choix, c'est qu'il était somme toute délibéré, n'étant pas tout à fait débile du côté politique.

Q- Certains y voient, J.-M. Le Pen, la poursuite, l'approfondissement d'une démarche qui est la vôtre, initiée par votre fille M. Le Pen, une volonté de dédiabolisation, donc de changement d'image à défaut de discours du Front national.

R- Je ne me détermine pas par rapport aux censeurs de la politique française dont je connais l'inimitié à mon égard. Je me détermine par rapport aux intérêts du peuple français, aux intérêts de la France ; et j'ai suivi une ligne qui, somme toute, est assez directe depuis déjà un certain nombre d'années.

Q- Dans la même veine, P. Corbé, journaliste à RTL qui suit les affaires du Front national, disait ce matin sur l'antenne de RTL que vous pourriez abandonner ce qui a toujours été une caractéristique de vos programmes, c'est-à-dire l'abrogation ou la demande d'abrogation immédiate de la loi Veil qui date de 1974 et qui autorise les interruptions volontaires de grossesse. C'est vrai ou c'est faux, J.-M. Le Pen ?

R- A la vérité, on pourrait en effet, abroger cette loi qui est parfaitement inutile. La preuve, c'est qu'elle était faite pour empêcher les avortements clandestins. Or, le nombre des avortements clandestins est resté, hélas, fixe, avec 200.000 avortements clandestins par an. La loi Veil n'a ni apporté, ni retiré quoi que ce soit ; et je crois qu'il était plus réaliste dans un cas comme celui-là, qui touche à beaucoup de problèmes y compris des problèmes de choix et de conscience personnelle, d'encourager les femmes françaises ou les jeunes filles françaises à avoir des enfants et à les garder parce qu'à la veille de la Fête de la Nativité, vous ne me ferez pas un avocat, bien sûr, de l'avortement.

Q- Alors, je n'ai pas bien compris votre réponse. D'habitude, traditionnellement, vous demandiez ou vous disiez que l'abrogation de cette loi serait une bonne chose. Et maintenant, J.-M. Le Pen ?

R- Non, mais j'ai dit ça où et quand ?

Q- Je ne sais pas.

R- Ah non, c'est vous qui le dites.

Q- C'est dans votre programme de 2002, par exemple, ça y était : Abrogation de la Loi Veil.

R- Oui... Oui... On pourrait, je vous dis sans problème, abroger la loi Veil pour la raison très simple, c'est qu'elle a démontré sa parfaite inutilité. Voilà, c'est tout.

Q- Ça ne fait pas partie...

R- ... et malheureusement, le phénomène de l'avortement reste dans notre pays quelque chose d'assez constant, malgré les facilités exceptionnelles qui sont données pour ne pas avoir d'enfant alors que ce pays, il faut le dire, en aurait tellement besoin.

Q- Donc, je déduis de votre réponse que si, par exemple, vous étiez au pouvoir, vous n'abrogeriez pas la loi Veil parce que l'abroger n'a pas d'intérêt ?

R- D'abord, ça n'est pas mon problème. Je suis président de la République... Si la loi Veil était abrogée, elle le serait par une majorité parlementaire qui aurait découlé des élections législatives, M. Aphatie.

Q- Il y a des jours où il est plus facile d'obtenir des réponses de votre part que ce matin, peut-être que ce sont les vacances qui vous ont détendu au point que...

R- Tout ça me semble être extrêmement clair. Qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?

Q- D'accord. Ecoutez, si ça vous semble clair, tant mieux ; moi, ça ne me l'a pas semblé tellement. Il y a eu pendant vos vacances, une polémique importante autour de propos que Pascal Sevran a tenus, d'abord par écrit : dans un de ses livres, il parlait de la famine en Afrique. Il disait : "Les coupables sont facilement identifiables. Ils signent leur crime en copulant à tout va. La mort est au bout de leur bite". Et puis, interrogé plus récemment sur ses propos, il les a maintenus en disant qu'il faudrait stériliser la moitié de la planète. Ça a créé beaucoup de réactions, beaucoup d'émotions. Que pensez-vous de ces propos J.-M. Le Pen ?

R- Je n'ai pas d'opinion sur le sujet. Je sais qu'on entre là dans les domaines religieux, dans les domaines des dogmes religieux de la Vème République ; mais je ne me hasarderai pas à porter un commentaire sur ces sujets, quand on sait que ce sont des sujets qui sont pénalement sanctionnés. Demandez donc à M. Sevran qui me paraît plutôt être un ami de l'UMP que du Front national, ce qu'il faut en penser !

Q- Sur le fond, il a raison, il a tort ?

R- Demandez-lui. Ce n'est pas un problème.

Q- D'accord. Johnny est parti en Suisse. Vous avez une opinion ou vous n'en avez pas ?

R- Johnny est parti en Suisse comme beaucoup de donneurs de leçons le feraient s'ils étaient dans cette situation, c'est-à-dire de gens qui gagnent beaucoup d'argent en France et qui veulent un peu le mettre à l'abri. Il faut bien dire la vérité : l'excès des prélèvements obligatoires et l'excès des impôts dans notre pays est tel qu'il provoque la fuite, non seulement de Johnny Hallyday, mais de pas mal d'autres gens. Cela dit, Monsieur Hallyday devrait s'en expliquer peut-être avec l'ancien ministre des Finances qui est M. Sarkozy qu'il est allé soutenir récemment.

Q- S. Royal a fait un voyage au Proche-Orient qui a été assez remarqué, commenté lui aussi. Et elle a dit...

R- Oui, officiel, j'ai vu ça, avec les hélicoptères de l'armée, etc. Je ne sais pas : est-ce que j'aurais droit, moi, au même traitement de la part de l'Armée française si je me déplaçais, bien que n'étant que simple député comme elle ?

Q- Ce n'est pas moi qui décide de ces traitements ; mais elle a été protégée comme le sont des élus de la Nation qui se rendent dans des territoires comme ceux-là, non ?

R- Ah bon, je ne sais pas.

Q- Ça a été particulier, ça vous a choqué ?

R- Non, ça ne m'a pas choqué. Mais je voudrais être sûr d'avoir le même traitement parce que malheureusement, nous n'avons pas comme candidat à la présidence de la République, le même traitement ni dans ce domaine, ni dans beaucoup d'autres.

Q- Vous projetez des voyages à l'étranger pendant la campagne électorale, J.-M. Le Pen ?

R- Je ne sais pas mais je vous tiendrai au courant si je le faisais, bien évidemment.

Q- C'est très gentil. Donc, pendant ce voyage, S. Royal a expliqué que vis-à-vis de l'Iran, il fallait être plus ferme et leur interdire non seulement, bien sûr, l'accession à l'arme nucléaire, même au nucléaire civil. Que pensez-vous de cette position ?

R- Oui, je ne suis pas de son avis. Je pense que l'Iran est une nation souveraine et que la communauté internationale n'a pas les moyens de lui interdire de faire des recherches ou des mises en oeuvre de stratégie nucléaire, je crois.

Q- Et la communauté internationale a-t-elle raison de s'opposer à l'Iran qui cherche à se doter de l'arme nucléaire ?

R- Ecoutez, pour l'instant, elle ne s'y est pas opposée de façon officielle, à ma connaissance.

Q- Si, de façon officielle bien sûr. Peut-être pas de façon efficace, mais de façon officielle.

R- Alors, disons de façon efficace.

Q- Mais de façon officielle, nous convenons tous les deux qu'ils s'opposent.

R- Là aussi, je crois qu'il y a un certain nombre de gens qui sont autorisés à avoir l'arme nucléaire et d'autres qui ne sont pas autorisés. Chacun voit midi à sa porte.

Q- Et vous-même, vous pensez quoi ?

R- Je pense que ce sera irrésistible. Je pense que, malheureusement la prolifération de l'arme nucléaire est inscrite dans l'histoire et probablement ses conséquences. Mais cela ce n'est pas de mon fait.

Q- Une conférence visant à nier la Shoah s'est aussi tenue à Téhéran ces derniers jours. Ça vous a choqué Jean-Marie Le Pen ?

R- Ce sont des sujets sur lesquels je m'interdis de parler puisqu'ils sont pénalement répréhensibles.

Q- Ah dis donc... Voilà ! Donc, pas beaucoup de réponses, ce matin, finalement.

R- N'est-ce-pas ! Voilà surtout aux questions que vous posez, Monsieur Aphatie, et qui ne sont pas particulièrement innocentes, on s'en doute !

Q- L'innocence, vous le savez, ne fait pas partie de ce monde. Combien de parrainages de maires, à ce jour, J.-M. Le Pen.

R- Ecoutez : beaucoup.

Beaucoup. Voilà. C'était J.-M. Le Pen qui répondait aux questions, vous savez à la manière de Fernand Raynaud qui disait que pour refroidir, les canons mettaient un certain temps.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 décembre 2006

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