Interview de Mme Dominique Voynet, sénatrice Les Verts, à Europe 1 le 18 décembre 2006, sur la stratégie et les thèmes de campagne des Verts en vue des élections présidentielle et législatives de 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Dominique Voynet, sénatrice Les Verts, à Europe 1 le 18 décembre 2006, sur la stratégie et les thèmes de campagne des Verts en vue des élections présidentielle et législatives de 2007.

Personnalité, fonction : VOYNET Dominique, TRONCHOT Marc.

FRANCE. Les Verts, sénatrice ; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2007;

ti : Q- Après son congrès à Bordeaux début décembre et la réunion qui s'est

tenue pendant ce week-end, les Verts se sont mis en état de marche

derrière une nouvelle direction, une femme, derrière votre candidature

à la présidentielle, D. Voynet. Entre les politiques qui se trouvent

des vocations écologistes soudaines et des spécialistes de l'

environnement qui se découvrent des vocations politiques, n'êtes-vous

paradoxalement victime du succès des thèmes écologiste et

environnemental ?

R- Certains effectivement se contentent de parler d'écologie, nous nous

sommes des praticiens, nous en faisons tous les jours et depuis 20 ans,

nous avons donc non seulement le bon constat mais aussi les bonnes

solutions je crois, c'est ça la différence.

Q- Ça veut dire qu'il faut se méfier des imitations ?

R- Ca veut dire très concrètement qu'on a le choix, et on doit faire

des choix au moment de ces élections. Est-ce que face à un pétrole de

plus en plus cher, on continue à faire des routes et à avoir des

voitures de plus en plus grosses ou est-ce qu'on développe les

transports collectifs et qu'on met sur le marché des voitures plus

responsables ? Est-ce qu'on continue à demander aux gens qui ont du mal

à payer leur chauffage de se serrer la ceinture ou est-ce qu'on isole

les logements ? Est-ce qu'on continue, face à l'accumulation des

pesticides dans nos graisses humaines et à la croissance des cancers, à

proposer une agriculture intensive ou est-ce qu'on est capables de

faire la mutation ? C'est ça les questions. Est-ce qu'on continue à

produire des déchets et à les incinérer dans des incinérateurs qui

produisent des furanes et dioxines et de l'effet de serre et du carbone

ou bien est-ce qu'on est capables de mettre en place des plans et des

politiques plus responsables en matière de consommation ?

Q- Vous avez l'impression qu'il y a quelque chose qui a changé ? Al

Gore, d'une certaine manière, y est peut-être pour quelque chose : il y

a une prise de conscience, vous sentez cette prise de conscience et le

poids que ça pourrait avoir sur la campagne présidentielle à venir ? Et

que les Français ont pris conscience de quelque... ?

R- Al Gore disait la même chose il y a dix ans et personne ne l'

écoutait. Les Verts disent ça depuis très longtemps et on les écoutait

très peu. Aujourd'hui, je crois qu'on a pris conscience il faut

maintenant passer à l'acte. Ça fait longtemps qu'on décrit des

phénomènes et je crois que personne ne pourra faire l'impasse sur le

changement des politiques qui sont nécessaires. Et pour ma part, je

considère que nos impôts, puisque c'est un sujet d'actualité, doivent

être mis pour l'essentiel au service de cette grande cause, changer

tranquillement de modèle de développement pour permettre de réduire les

inégalités - il y a quand même des millions de très pauvres en France -

et pour permettre de préparer un avenir avec moins de carbone, moins

d'effet de serre et un peu plus de responsabilité écologique.

Q- Puisque vous parlez des impôts, une question d'actualité : T. Breton

dit qu'on paiera bientôt son impôt à la source en 2009. C'est une bonne

mesure ?

R- Je crois que ce n'est pas tant la façon dont on prélève l'impôt qui

est importante que que ce que l'on en fait. Qui paie quoi, et pour quoi

faire ? Actuellement, il y a des dizaines de milliers de SDF et des

tentes qui sont alignées le long du Quai de Jemappes pour attirer l'

attention sur ce drame. Est-ce que dans le cinquième pays le plus riche

au monde, c'est normal ? Non ! Il faut agir. Nous avons aujourd'hui des

millions d'enfants qui vivent au dessous du seuil de pauvreté, la

misère dans notre pays, ce n'est pas seulement quelque chose que l'on

voit quand il y a une vague de froid, c'est une réalité concrète pour

des millions de personnes, des femmes seules avec des enfants,

notamment, des travailleurs pauvres qui dorment dans leur voiture parce

qu'ils ne peuvent pas payer de loyer. Est-ce que c'est normal dans un

pays aussi riche que le nôtre ? Non ! Nous sommes incapables de

dépolluer les sols, de protéger nos stocks de poissons, de restaurer la

qualité des cours d'eau. Est-ce normal ? Non !

Q- Donc, le prélèvement à la source c'est une mesure technique qui ne

vous intéresse pas trop ?

R- C'est une mesure technique. Ce qui est intéressant, c'est peut-être

aussi de regarder la progressivité de l'impôt. Je constate qu'on a fait

des dizaines de milliards d'euros de cadeaux à ceux qui payaient le

plus d'impôts il y a quelques années, mais s'ils payaient beaucoup d'

impôts, c'est d'abord parce qu'ils gagnaient énormément d'argent.

Aujourd'hui, les inégalités face à l'impôt sont plutôt élargies.

Q- Le dernier truc à la mode, c'est le contrat que signeraient les

responsables politiques. Il y a le Pacte de N. Hulot sur le thème

"Signez ou bien je serai candidat à la présidentielle". Honnêtement,

est-ce une manière de procéder que vous acceptez ?

R- Je pense que ce qui est important c'est de passer un contrat entre

les Français et ceux qu'ils vont élire en 2007 pour dire : cette fois-

ci, nous n'allons pas nous contenter de bavarder, nous allons vraiment

passer à l'acte. Et ce que je constate de la part des principaux

candidats...

Q- Et le côté "Signez ou bien je vais être candidat"... ?

R- Je l'ai dit il y a quelques semaines déjà, cliquer pour dire "J'en

suis" ne suffit pas. Ça montre : "Ça y est, j'ai compris, il y a une

préoccupation, je vais répondre". Mais on attend des réponses de fond,

des réponses en termes d'engagement, de budget, de transformation des

administrations pour répondre à ces nouveaux enjeux. Le ministère de

l'environnement, c'est un tout petit ministère, on ne peut pas lui

confier seul le soin de réparer les dégâts si tous les autres

continuent comme d'habitude. Et donc, je crois que c'est indispensable

que tous les candidats à la présidentielle se positionnent sur ces

enjeux, et qu'on ne se trompe pas ; il y a ceux qui découvrent le

sujet, il y a ceux qui le font depuis 20 ans, et ce sont eux auxquels

on doit confier le changement de ces politiques.

Q- Entre le candidat écologiste venu de la société civile, comme Hulot,

et vous, qui êtes perçue comme une pro de la politique, la popularité

pour le moment, c'est plutôt le premier. Comment vous allez récupérer

cela ?

R- C'est normal. Moi, je me suis confrontée aux lobbies. J'ai eu

effectivement à dire aux agriculteurs : vous allez devoir changer de

comportement ; il y a quelques années, c'était conflictuel, c'est

douloureux. Aujourd'hui, ils savent bien qu'il va falloir changer, ils

souhaitent que nous les aidions à le faire. Même chose pour les

automobilistes, même chose pour les chasseurs, même chose pour ceux qui

sont aujourd'hui drogués à la consommation. On a besoin de retrouver

d'autres façons de vivre en société que le fait d'accumuler des biens

dans nos caddies. Et donc, N. Hulot a montré la beauté du monde, il est

rentré dans toutes les familles, via les écrans de TF1, il n'est pas du

tout identifié comme quelqu'un qui pourrait proposer un changement

douloureux. Moi non plus je n'ai pas envie de proposer un changement

douloureux. Mais j'ai envie d'être cohérente, j'ai envie de montrer

qu'au-delà des bonnes idées, il y a tout un travail à faire pour

permettre de changer vraiment la vie des gens.

Q- Comment vous allez faire alors si jamais il est candidat, vous

faites quoi ?

R- J'espère toujours qu'il ne sera pas candidat, parce que je crois

qu'il doit en être conscient aujourd'hui. Il a contribué à mettre cette

question au coeur du débat, mais il n'est pas forcément [un de] ceux qui

sont en charge du changement des politiques dans les collectivités,

dans les mairies, dans les régions à faire vraiment leur travail.

Actuellement nous sommes en train de discuter avec le PS pour les

élections législatives, et sur la foi effectivement du rapport de

forces dont disposent les écologistes dans la société, on nous propose

aujourd'hui beaucoup moins de députés qu'il y a quelques semaines, ce

qui n'est pas tout à fait normal, donc je dis à N. Hulot : fais

attention à ne pas affaiblir ceux qui sont tes partenaires et qui vont

aider à faire ce que tu proposes tous les jours.

Q- N. Mamère vous a conseillé à un moment de ne pas imiter J.-P.

Chevènement. Est-ce qu'il a besoin de s'inquiéter, avait-il besoin de

s'inquiéter ?

R- Non, non. Franchement, j'ai trouvé grotesque et un peu pathétique

aussi le comportement de J.-P. Chevènement. Annoncer qu'il serait

candidat aux présidentielles simplement pour négocier quelques

circonscriptions législatives dans des endroits où la victoire n'est

pas acquise, ça ne me paraît pas sérieux de la part de quelqu'un qui

donne des leçons de morale républicaine toute l'année à tout le monde.

Q- Il est allé à la soupe, Chevènement ?

R- On peut dire les choses comme ça, mais c'est vous qui l'avez dit.

Q- M.-G. Buffet dit elle aussi qu'elle ira jusqu'au bout - c'est fou le

nombre de gens qui disent qu'ils vont aller jusqu'au bout. "Il faut

faire de la politique et arrêter de se regarder le nombril", dit-elle.

Un ou une candidate de la gauche anti-libérale, ça a quel intérêt ?

R- Il n'y a déjà pas un candidat de la gauche anti-libérale, il y en a

déjà plusieurs. Moi j'ai compris que la LCR aurait son candidat ; j'ai

compris que LO aurait sa candidate habituelle. Et je ne doute pas que

le PC aura sa candidate quelle que soit la façon dont elle est

habillée.

Q- D. Cohn-Bendit est persuadé que vous ferez moins de 5% parce que

vous serez victime...

R- Non, il n'est pas "persuadé", il a dit "ça va être très difficile",

et il n'est pas sûr qu'on fasse 5%. Je suis d'accord avec ce

diagnostic, mais ça me donne plutôt des raisons de me battre, des

raisons aussi d'aller au contact des électeurs qui savent que l'

écologie c'est important et qu'on ne peut pas confier seulement aux

bavards le soin d'en faire.

Q- Le fait qu'une femme soit la candidate des socialistes, qu'elle ait

marqué assez tôt son intérêt pour les questions de défense de l'

environnement, est-ce que ça change les perspectives en termes de

relations avec le PS ? Et deuxième question, avez-vous trouvé jusqu'à

présent une bonne idée dans le discours de S. Royal ?

R- J'ai trouvé des bonnes idées en termes de communication,

incontestablement.

Q- Des exemples ? Un, en terme de communication, oui...

R- Mais ce que je constate aujourd'hui, c'est que cette question n'est

pas réellement au coeur du débat au sein du PS. On a sous-traité à

quelques spécialistes de la question le soin de répondre à N. Hulot,

mais pour l'essentiel, je crois qu'on est un petit peu en demande. Sur

les émissions récentes auxquelles a participé S. Royal, cette question

n'a pas du tout été abordée.

Q- F. Hollande rappelle qu'il ne faut pas oublier la menace Le Pen. Il

semble que les idées de Le Pen trouvent une certaine audience, peut-

être plus qu'auparavant dans l'opinion publique. Qu'en
pensez-vous ? Que faut-il tenir comme discours face à Le Pen aujourd'

hui ?

R- La banalisation des idées de J.-M. Le Pen est largement liée au fait

que quelques grands candidats n'ont pas été assez fermes pour les

dénoncer, voire même sont allés draguer sur les terres du leader d'

extrême droite. Pour ma part, je considère qu'on doit expliquer qu'il

n'y a pas de solution, les uns contre les autres. Si on veut la paix

sociale, si on veut effectivement vivre ensemble, on va devoir trouver

les modalités pour le faire. Dans les quartiers, on l'invente tous les

jours, il n'y a pas que des tensions dans les quartiers, il y a aussi

beaucoup de solidarité, beaucoup de générosité, beaucoup de créativité

et je pense qu'il faut regarder aussi ce qui s'y passe.

Q- Est-ce qu'il faut toujours considérer les Verts comme un parti de

Gouvernement, c'est votre objectif d'être dans un Gouvernement ?

R- Notre objectif c'est de contribuer à battre la droite parce que nous

sommes réellement inquiets du comportement de N. Sarkozy. C'est d'aider

la gauche à gagner et pour le faire, nous pensons qu'il faut que les

idées écologistes pèsent davantage et qu'elles soient au coeur du projet

de la gauche.

Q- La présence forte des femmes à gauche ou à droite dans la campagne

électorale c'est selon vous le signe de quoi ?

R- C'est peut-être le signe d'une défiance des Français en général à

l'égard de la classe politique, jusque là incarnée par des hommes. A

nous de montrer que nous pouvons faire de la politique un peu

autrement, discuter du fond, ne pas nous intéresser seulement à la

couleur des tailleurs et à la hauteur des talons. Je crois que c'est

bien parti quand même et que les femmes qui sont en responsabilité

aujourd'hui, C. Duflot chez les Verts à laquelle je souhaite le

meilleur, mais aussi toutes les autres qui vont s'imposer dans cette

campagne pourront discuter de ce qui intéresse les Français.

Q- Cela vaut pour M. Alliot-Marie à droite aussi ?

R- Je crois qu'on lui fait la vie dure et ça montre assez bien la

couche de machisme et de conservatisme qui sévit dans son parti.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19

décembre 2006

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