Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur la francophonie et le Salon du livre 2006, le 16 mars 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur la francophonie et le Salon du livre 2006, le 16 mars 2006.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Salon du livre, à Paris du 17 au 22 mars 2006

ti : Au fil de vingt-cinq éditions, le Salon du Livre s'est imposé comme un rendez-vous incontournable pour tous les professionnels de la chaîne du livre, mais aussi pour tous les amoureux de la lecture. Par le nombre et la qualité de ses exposants et de ses visiteurs, il atteste de la vitalité de la création, de l'édition et de la librairie françaises. A l'heure de relever de vastes défis -transformation des circuits de distribution, numérisation des savoirs-, cette vitalité constitue un atout précieux en même temps qu'un enjeu essentiel que nous devons défendre et mettre en valeur.

Nous le ferons en nous tournant vers l'avenir, en répondant aux aspirations de tous ceux qui s'interrogent sur le monde, de tous ceux qu'animent la curiosité, la soif de culture, la volonté de vivre son identité, dans l'ouverture à la diversité du monde. Le Salon du Livre est bien un de ces rendez-vous de la diversité. C'est avec une sorte d'évidence qu'il accueille, pour sa vingt-sixième édition, le Festival francophone en France et met à l'honneur des écrivains de langue française venus de tous les horizons. Car la francophonie porte elle aussi, depuis l'origine, le message de la diversité.

Son projet et son pari furent, dès le départ, de fonder sur une langue partagée un mouvement politique et culturel, de faire entrer des cultures en résonance, dans et hors de l'espace francophone, grâce à la langue française. En cela, je suis convaincu de sa modernité : elle est un élément de réponse créatif aux questions de notre temps. Une invitation au pluralisme. Un "esprit d'attention" aux différences en même temps que de fidélité à ses liens fondateurs.

La francophonie est une réalité forte : celle d'une communauté de 180 millions d'hommes et de femmes qui ont reçu le français en héritage ou qui ont choisi de l'apprendre, auxquels s'ajoutent près de 90 millions de gens qui étudient le français sur les cinq continents. Un nombre croissant de pays manifeste leur désir d'y participer, que rapprochent une commune exigence de dialogue et une même conviction de l'égale dignité des cultures.

Le français reste la deuxième langue étudiée au monde après l'anglais, partageant avec ce dernier le rare privilège d'être parlée sur les cinq continents. Notre langue est une langue de communication mondiale, langue officielle et de travail de l'Union européenne, dans les organisations internationales et les principales enceintes multilatérales, langue des Jeux Olympiques. C'est une langue vivante grâce tous ceux qui, dans l'espace francophone, l'enrichissent chaque jour de leurs apports, de leur regard, de leurs expressions. Elle doit cultiver cette ambition universelle, au même titre que les autres grandes langues du monde, car rien ne serait pire pour les cultures et les civilisations que l'évolution vers l'uniformité linguistique.

Voilà pourquoi je suis, depuis toujours, convaincu que défendre la francophonie, c'est défendre une certaine idée de la culture, de l'avenir, de cette part d'universel que la France a toujours portée. C'est aussi pourquoi j'ai voulu que la France accueille, en 2006, un grand festival qui affirme avec force l'actualité et la vitalité du projet francophone, dans tous les domaines de la création. Il ne s'agit pas d'enfermer mais d'ouvrir. Les 3000 personnalités venues du monde entier à la rencontre du public français donneront la mesure de cette ouverture, de cette capacité à dialoguer, à rencontrer, à accueillir, à recevoir et à donner.

Qu'ils aient choisi le français comme véhicule de leur expression ou que celui-ci les ait choisis, les écrivains de langue française, d'où qu'ils soient, participent puissamment à ce mouvement et offrent à tous les lecteurs francophones une ouverture extraordinaire où s'expriment, dans une même langue, toutes les nuances de l'expérience humaine telle qu'elle se déploie à travers les cinq continents. Ce n'est pas un hasard si un homme d'État qui était aussi un homme de lettres, Léopold Sédar Senghor, imagina le premier ce que pouvait être la francophonie, au service de cette "civilisation de l'universel" qu'il appelait ardemment de ses voeux, au lendemain des indépendances africaines.

En mettant la francophonie à l'honneur, le Salon du Livre invite à la découverte d'un hôte à la fois étrange et familier. Dans la singularité de son oeuvre, qu'il soit européen, américain, asiatique ou africain, un écrivain de langue française est d'abord et avant tout un écrivain, celui qui nous ouvre un univers nouveau, qui nous propose une aventure et un voyage à travers les pays et les mots.

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