Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation ationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à France 2 le 16 janvier 2007, sur l'éducation prioritaire et la manifestation des enseignants contre les suppressions de postes dans l'enseignement et sur la candidature de M. Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation ationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à France 2 le 16 janvier 2007, sur l'éducation prioritaire et la manifestation des enseignants contre les suppressions de postes dans l'enseignement et sur la candidature de M. Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle 2007.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti : Q- Samedi prochain, le principal syndicat d'enseignants appelle à la manifestation. Mais d'abord, aujourd'hui, vous avez décidé de relancer l'opération "Ambition - Réussite". En gros, il s'agit de concentrer les moyens sur 249 collèges en situation très difficile. Est-ce que vous allez aller plus loin ?

R- Je crois que c'est nécessaire parce que vous savez, ce que l'on appelle l'éducation prioritaire en France, c'est une très belle idée qui a été émise dans les années 80 et qui s'était complètement diluée, c'est-à-dire qu'on ne mettait plus les moyens là où il y a de véritables besoins. Beaucoup d'enseignants qui sortent d'écoles d'enseignants, allaient dans les zones difficiles. Maintenant c'est fini, j'ai voulu relancer l'éducation prioritaire, ce sont 1000 professeurs maintenant référents chevronnés, expérimentés qui viennent épauler les autres dans les zones d'éducation prioritaire. Cela s'appelle les collèges "Ambition - Réussite".

Q- C'est ce qui est en place, mais est-ce que vous allez en faire de plus ?

R- Je vais en faire plus parce que je veux continuer à relancer l'éducation prioritaire, c'est vraiment une exigence de la République que de mettre les moyens là où il y a des besoins, là où il y a des difficultés sociales, là où il y a du retard scolaire. Il faut par exemple, que chaque soir, ou au moins 4 soirs par semaine, il y ait des études accompagnées, des études suivies. Par exemple, il faut qu'il y ait davantage de soins de santé - je mets une infirmière ou un infirmier par établissement - ; je veux qu'il y ait des professeurs expérimentés qui se mettent à la disposition de la communauté éducative et je veux que les collèges travaillent avec les écoles de façon à créer un véritable réseau pour promouvoir les élèves, leur donner envie de réussir. Et, bien sûr, nous insistons sur l'apprentissage des fondamentaux. Parce qu'au départ de tout ça, surtout dans ces quartiers, il faut que les jeunes aient la maîtrise de la langue française. Si on n'a pas la maîtrise de la langue française, on ne pourra pas aller plus loin dans les études.

Q- Ce que disent les syndicats, c'est que le bilan n'est pas très bon finalement parce qu'en fait, vous êtes...

R- Attendez, ça je refuse. Vraiment, les syndicats sont en train de s'autodétruire ou d'autodétruire l'Education nationale en disant des inepties pareilles.

Q- Ils ont un argument, ils disent qu'en fait vous avez privilégié
certains établissements et puis que vous avez laissé les autres à l'abandon.

R- Cela voudrait dire qu'ils ne connaissent rien à la République, ils ne connaissent pas les fondamentaux de la République. Et la République c'est quoi ? C'est mettre le doigt là où c'est nécessaire, mettre les moyens là où c'est nécessaire. Et nous avons pris les 250 -249 - collèges où il y a le plus de difficultés sociales et où il y a le plus de retard scolaire pour y apporter des moyens supplémentaires qui vont permettre à ces collèges et à ces enfants - surtout à ces élèves - de réussir comme les autres, d'avoir envie d'aller dans l'enseignement supérieur comme les autres.

Q- Mais est-ce qu'il fallait prendre les moyens aux autres collèges, ou est-ce qu'il ne fallait pas plutôt créer de nouveaux moyens ?

R- 5.000 assistants pédagogiques ont été recrutés en plus...

Q- Ils ne sont pas tous en place ?

R- C'est vrai, alors là, il y en a 3.250, je crois, qui sont en place et ça a commencé au mois de septembre. Personne n'avait osé, en 20 ans relancer l'éducation prioritaire, je l'ai fait. C'est en cours, et je vous assure qu'à la fin de l'année, on verra les résultats. Mais dire que les résultats sont médiocres aujourd'hui, c'est vraiment se tirer une balle dans le pied. Les syndicats ou le syndicat qui pense ou qui dit cela, à mon avis dévalorise tout le travail que font les collègues dans les zones d'éducation prioritaires.

Q- Est-ce que ça va se limiter aux collèges ou est-ce que vous allez aller plus loin ?

R- Je pense qu'il faut l'étendre aux lycées parce que le lycée, c'est évidemment la porte d'entrée pour l'enseignement supérieur, et là encore, surtout, si on voit qu'il y a des élèves défavorisés et des classes difficiles, il faut leur donner la même envie de réussir dans l'enseignement supérieur que les autres. Donc je suis en train de réfléchir très nettement à ce que dans ces lycées qui seront baptisés, labellisés, "Ambition - Réussite", il y ait des moyens supplémentaires, il y ait le même taux de réussite que dans les autres et il y ait une liaison entre l'enseignement supérieur et ces lycées, entre le milieu des entreprises et ces lycées pour permettre à ces jeunes de réussir au moins comme les autres.

Q- Sur la manifestation de samedi, les syndicats dénoncent notamment les baisses d'effectifs, les suppressions de postes...

R- C'est une escroquerie de dire qu'il y a 5.000, parce que j'ai entendu ça partout...

Q- La semaine dernière, on a avancé le chiffre de 5.000 suppressions de postes.

R- C'est une escroquerie, je vous le dis comme je le pense, parce qu'on pense aux postes supprimés, mais on ne parle jamais des postes qui sont créés. S'il y a 3.250 postes créés, ça veut dire qu'on ne supprime pas 5.000 postes. On en supprime 5.000 là où il y a une base d'effectifs, c'est-à-dire dans le secondaire, et on en crée là où il y a des besoins, c'est-à-dire dans le primaire et dans le supérieur. Rien que dans le supérieur, on va créer 2.000 postes d'enseignants en 2007, c'est du jamais vu !

Q- Est-ce que vous pensez comme S. Royal que les professeurs doivent travailler plus au sein de l'établissement ?

R- Evidemment, il faut les encourager à travailler plus au sein de l'établissement, aujourd'hui ils ne le peuvent pas ou ils le peuvent peu parce que les conditions de travail ne sont pas réunies. Et je rencontre dans quelques jours les responsables des régions, qui ont compétence pour les lycées, les responsables des départements qui ont compétence pour les collèges, de façon à voir avec eux comment on peut ensemble faire quelque chose pour créer des espaces pour les enseignants. Et si les enseignants ont un bureau pour deux ou trois enseignants, ils pourront naturellement poser leur serviette, leur cartable, leurs livres...

Q- Cela sera fait quand, c'est rapide ?

R- Je vais engager une négociation, une concertation avec les départements et les régions pour que ces espaces créés à l'intention des enseignants leurs permettent d'améliorer les conditions de travail et de rester dans l'établissement.

Q- Il y a un audit qui montre que plus de 10 % des professeurs de l'enseignement professionnel ne sont pas devant les élèves... Qu'allez-vous faire là-dessus ?

R- Eh bien voilà, quand on dit que je supprime des postes ! Ce ne sont pas des personnes bien sûr, ce sont les postes où il n'y a pas d'enseignants, j'allais dire cela ne fait pas de mal à l'Education nationale, au moins c'est la vérité des chiffres. Ce que je veux, c'est que taux d'encadrement des élèves en 2007 soit le même que le taux d'encadrement en 2006. C'est-à-dire qu'il y ait pour un même nombre d'élèves le même nombre de professeurs, ça s'appelle le "taux d'encadrement". En 2007, j'en prends l'engagement, avec les moyens que j'ai, avec les ressources dont celles dont vous parlez, il y aura le même taux d'encadrement en France. C'est quand même la France qui met le plus d'argent sur l'enseignement primaire, le plus d'argent sur l'enseignement secondaire et qui n'a pas les meilleurs résultats du monde ! Donc moi je veux optimiser ces moyens au bénéfice des élèves.

Q- Sur la campagne électorale, qu'avez-vous pensé de l'entrée en campagne justement de N. Sarkozy ?

R- Mais quelle entrée en campagne ! Tous les jours, il y a des candidats qui rentrent en campagne mais souvent ce sont les mêmes !

Q- Il a été désigné dimanche par l'UMP.

R- Oui il a été désigné dimanche par l'UMP. Moi vous savez, j'ai une chance je crois, dans cette élection présidentielle, c'est que je suis, comme les Français, totalement libre. Je n'appartiens pas à une écurie présidentielle, je suis autonome, indépendant. Mais, comme tous les Français, j'ai beaucoup d'exigences pour ces élections présidentielles. Beaucoup d'exigences, ça veut dire que, comme des millions de français aujourd'hui, je suis dans l'expectative. Pourquoi dans l'expectative ?

Q- C'est-à-dire que vous n'avez pas choisi encore entre N. Sarkozy et F Bayrou ?

R- Mais la campagne ouvre quand même fin mars. Et donc qu'est-ce que c'est que ces ouvertures de campagne soi disant 2006, à la rentrée 2006, maintenant début 2007 ? Aujourd'hui, je voudrais qu'on échappe d'abord à un certain nombre de handicaps : la personnalisation excessive des candidatures, je parle de toutes les candidatures. Vraiment, si les Français sont...

Q- C'est-à-dire que ce n'est pas ce matin que vous allez me donner le candidat que vous choisirez ?

R- Si les Français sont consommateurs à ce point d'images, je vous assure qu'on n'arrive pas vraiment à élever le débat. Moi je voudrais qu'on pense à la France, je voudrais qu'on pense à un vrai projet qui allie bien sûr l'économie de marché avec la vraie solidarité. J'aimerais entendre des candidats qui épousent les valeurs du centre droit entre le réalisme, le pragmatisme et la solidarité. Qu'est-ce que c'est que cette histoire sur la démocratie participative ? Mais enfin de qui se moque-t-on ? Cela voudrait dire que les citoyens tous les jours de l'année quand un président est élu, se mêlent des décisions et prennent des décisions avec le président !

Q- Vous parlez de S. Royal ?

R- Un président c'est fait pour assumer le pouvoir que le peuple lui a confié. Et enfin, je ne trouve pas bien et j'espère que ça va cesser, que tous les candidats passent leur temps à critiquer tout le travail qu'ont fait les Français pendant cinq ans. Ce n'est pas bien, parce que les français ont fait plein de réussites pendant cinq ans. Alors, sous prétexte d'attaquer le Gouvernement, pour essayer de se positionner autrement, eh bien on attaque ce qu'a fait l'ensemble de la France et qu'elle a fait très bien, je parle du ...

Q- Le message sera transmis à N. Sarkozy.

R- Non, ce n'est pas N. Sarkozy, c'est tous les candidats qui cartonnent les résultats de la France. Je rappelle que la France a eu l'un des taux de croissance les plus élevés en Europe, je rappelle que la France a un taux de chômage qui baisse et j'aimerais qu'on valorise aussi le résultat des Français.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 janvier 2007

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